LIVRE ONZIEME
une preuve irrécusable de ses intentions envers TAutriche ; et il déclara qu'il ne pouvait accorder Farmistice, ses instructions lui ordonnant impérieusement de poursuivre sans relâche l'armée napolitaine.
L^ cour de Vienne avait signé , dans les premiers jours de mai > un traité d'alliance avec la cour de Païenne. Ferdinand IV s'engageait à fournir 3o,ooo hommes, et à payer les frais de la guerre. La Russie et la Prusse avaient accédé à ce traité.
Le prince Léopold de Bourbon et le commandeur RufFo partirent de Vienne , le 5 rnai , pour le quartier-général autrichien; et dèsJors, le roi Joachira ne fut plus désigné que sous le nom de maréchal Murai^ comme si sa déchéance eût été décidée. Les armées autrichienne et napolitaine se rencontrèrent, le 1 mai, près de Tolentino, dans la Marche d'Ancône. Le combat fut très-animé; Murât voulant, à quelque prix que ce fût, emporter la position du général Bianchi. L'attaque recommença le lendemain, sans plus de succès de sa part. Craignant d'être tourné, Mùrat ordonne la retraite qui ne put être exécutée sans une grande perte en artillerie et en équipages. Murât , successivement battu à Caprano , à Ponte-Corvo et à Mignago , et voyant toutes ses communications coupées avec Gaëte II. 10
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qui était sa principale forteresse, il ne songe qu'à mettre 3a personne eq sûreté, et gagne la capitale. Dès le i4 niai, il y avait eu, parmi les lazzaronis de Naples, un soulèvement furieux qui avait contraint Caroline , femme de Murât et exerçant la régence, à signer, avec le coromodore Campbell, une capitulation par laquelle elle remettait la ville de Naples, et obtenait la faculté de se retirer avec son or et ses pierreries (1).
Murât qui était arrivé incognito à Maples, dans la nuit du 19 au 20 mai, avait employé la journée du 20, à préparer sa fuite sous im déguisement. Il s'embarque vis-à-vis de l'île de Nisida^ sur un petit bâtiment qu'escortait un che* bec, et arrive à Cannes, en Provence, dans le rnéme lieu où Bonaparte avait abordé trois mois auparavant. Le dessein de Murât étaibd'aller le rejoindre ; mais Bonaparte, feign^mt d'avoir l'Autriche pour alliée, refuse d'accueillir son beaufrère ftigitif (2).
(i) Madame Murât fut trausportée à Trieste , d*où elle se rendit à Gratz en Styrie. Elle obtint ensuite la permission de l'empereur d'Autriche de se fixer au château de Haimbourg à dix lieues de Vienne.
(a) On connaît la fin de Murât. Après avoir erré quelque teras en Provence, il passe en Corse, et y pi'é]îare des
Le général Carascosa qui commandait à Capoue les débris de l'armée de Murât, jugeant sa cause désespérée, conclut, le ai mai, avec le feld-marécfaal Biancfai, une capitulation, en vertu de laquelle le royaume de Naples, à l'exception des places d'Ancone, de Pescara et de Gaè'te , devait être remis à l'instant au roi Fer<dinand lY. Le prince Léopold et le feld-maréchal Blanchi font leur entrée à Naples, le a 3 mai, au milieu des acclamations d'une immense population, heureuse d'être délivrée du joug qui, depuis huit ans, pesait sur elle.
L'Europe applaudit à cette révolution , et aucune puissance n'éleva la voix en faveur de Murat. En Angleterre seulement où toutes les opinions sont librement débattues , plusieurs membres de l'opposition ayant dit que le mi-^ nistère était lié vis-à-vis de Murât, et lui avait garanti lai couronne , lord Castlereagh déclara : a Que, quoique le cabinet anglais eût promis, à une certaine époque, de maintenir Murât, il le
moyens d'invasion. Débarqué à Pizzo en Calabre , avec un petit nombre d'hommes , la plupart étrangers, il est enveloppé par les troupes et le peuple , et condamné par une commission militaire, à être fusillé, le i3 octobre iBi5 , comme violateur des lois sanitaires , et ayant tenté de renverser le gouvernement.
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croyait dégagé de cette promesse , depuis que cetui-ci avait fourni la certitude morale de sa duplicité et de $on infidélité aux traités; que sa conduite, lors de l'invasion de Bonaparte , ses proclamations, ses mouvemens offensifs et ses mesures pour insurger Tltalie , l'accusaient hau-. tement; et que les alliés avaient été déliés envers lui de tout engagement , du moment qu'il avait inopinément et sans provocation attaqué la cour de Vienne ; que de plus le Congrès s'était formellement réservé de prononcer à la fin de sa session , sur le sort du royaume de Naples , lequel était lié aux intérêts généraux de l'Europe; et qu'on n'avait pris encore aucune détermination au sujet de Murât, quand il lui plut de déclarer la guerre à l'Autriche. »
Cette assertion de lord Castlereagh qui est conforme à la plus exacte vérité, suffit pour démontrer combien fut téméraire et précipitée l'agression de cet ambitieux personnage. Il avait la même turbulence que son patron Bonaparte , mais moins d'énergie de caractère. Comme le théâtre, sur lequel il s'exerçait, était plus resserré , ses entreprises furent moins romanesques , à l'exception pourtant de la dernière qui causa sa ruine totale; car, quoiqu'il est vraisemblable que le Congrès ne l'eût pas laissé à Naples, il aurait eu, même dans ce cas, une indemnité sinon