LIVRE ovzikMk. l
c< le plus ferme soutien des gouvernemetis mo* a narchiques, et un patrimoine d'honneur. qui « concoorait merveilleusement à soutenir leur « autorité, en sorte qu'on avait dit très-sagement: c point de monarque , point de noblesse ; point « de noblesse^ point de monarque. »
L'ordre souverain de Malte jouissait encore de ses anciennes possessions en Sicile, en Sardaigne et dans les états de la maison d'Autriche. Celles qui lui appartenaient dans l'État romain , ainsi que dans les duchés de Parme et de Plaisance , hri avaient été restituées presque en entier; et il se flattait d'une réintégration prodiaine dans ses biens de Toscane , de Portugal et d'Espagne.
L'empereur d'Autriche , toujours Juste et pro* tecteur des droits anciens , accueillit avec bienveillance les baillis Miari et Berlinghieri , et leur avoua r que son premier dessein avait été de «c doter l'ordre de Marie-Thérèse avec les biens (c de l'ordre de Malte , situés en Lombardie ; « inais qu'il attendrait que le Congrès eût pro- « nôncé ^ur son sort, et qu'il verrait avec plai- « sir sa conservation. »
Les plénipotentiaires, sans désigner expressément un Heu pour le nouveau siège de l'ordre, ce qu'ils auraient du faire , insinuaient « que, sans être trop éloigné du centre de la Méditerranée, il devait offrir un port capable de con-
l56 CONGRÈS DE VIENICK.
tenir toute espèce de bàtimens de guerre, ainsi qu'un local convenable pour un lazaret général ; a Que l'ordre devait y être indépendant et libre, comme il Tétait à Malte, jouir de tous les droits et prérogatives de la souveraineté, avoir la faculté d'envoyer des ministres près les pluissances , entretenir avec elles des rapports politiques et commerciaux; et faire observer, pour le maintien de sa neutralité constitutive , les lois et les réglemens qu'il avait suivis pendant plu» sieurs siècles, touchant l'admission dans ses ports des bàtimens armés des diverses nations en paix ou en guerre ; enfin , qu'il n'y existât qu'à des conditions honorables et conformes à la nature .d'un état souverain, tel qu'il avait toujours existé à Rhodes et à Malte, etc. »
D'après la séparation actuelle des langues et la dispersion des chevaliers, ceux qui se trouvaient à Catane en Sicile , n'étant pas assez nombreux, ni pourvus de titres suffisans pour procéder légalement à l'élection d'un grand-maître, les plénipotentiaires maltais priaient les membres du Congrès d'employer leurs bons offices près de leurs souverains , « pour , qu'en cas de la « réalisation si ardemment désirée du rétablissea ment de Tordre de Saint-Jean , ils daignassent ce solliciter le souverain pontife , comme chef de ce tous les ordres religieux , de nommer ( pour
LfVRE ONZIEME. iSy
<c cette fois seulement ) , et sans préjudice des « droits et privilèges de Tordre, son grand-mai- « tre, afin que la réorganiscuion statuaire n'éa prouvât aucun retard. »
Les plénipotentiaires présentèrent, le a4 février 1 8 1 5 , un second mémoire , dans lequel , après avoir fait le tableau des malheurs de Tordre , et réitéré leurs premières instances , ils demandaient : i^ Que la puissance, qui retiendrait nie de Malte, voulût indemniser Tordre des biens et propriétés de toute espèce, qu'il avait ^ été obligé d y laisser, et comme le lui dicteraient sa justice et sa générosité ;
o? Que le Congrès employât ses bons offices pour qu'on lui rendit la partie de ses biens vendus , ou qu'il fût indemnisé par d'autres biens ou revenus ;
3^ Que si, après qu'on aurait accordé ces bases, il était trouvé nécessaire d'y ajouter d'autres conditioifs, celles-ci pourraient être, ainsi que leur moyen d'exécution, l'objet d'une négociation particulière. Ce dernier article avait trait à des insinuations faites aux plénipotentiaires maltais, pour que l'ordre consentit à Tadmission de chevaliers de toutes les communions chrétiennes, et adoucit la sévérité des anciennes preuves, afin de compléter Tordre.
Le ton ^rave de ces deux mémoires et la con-
|58 GONGRIÈS DE YLENITE.
duite extrêmement réservée deS| plénipotentiai* res , permettaient d'espérer que le Congrès prendrait^ avant sa clôture, connaissance de la situation de l'ordre ; mais l'invasion de Bonaparte, en précipitant la fin du Congrès, empêcha cette assemblée d'assigner, à l'ordre de Malte , un chef-lieu indépendant.
Deux endroits semblaient à la convenance de l'ordre , l'île d'Elbe et celle de Corfou. La première avait été attribuée, comme on a dit, au grand-duc de^ Toscane ; et les nouveaux services que l'Angleterre rendit aux alliés, dans la guerre de 181 5, portèrent la Russie, l'Autriche et la Prusse à lui céder, sôus les dehors de la protection , l'île de Corfou et les autres îles Ioniennes. La concession de ces îles a rendu le sort de l'ordre de Malte encore plus incertain , et suspendu une réorganisation définitive, qui, si elle est trop long-tems retardée , pourrait conduire à une ruine entière. Les obstacles au rétablissement complet de l'ordre, viennent principalement de ce que plusieurs souverains , qui jouissent de ses biens , n'ont pas paru disposés à les' restituer, et ont montré de l'opposition à ce que le souverain pontife , premier supérieur de l'ordre de Malte, fît procéder à la réélection d'un grand-maître , en sorte qu'il n'a, depuis la mort de Ferdinand de Hompesch, dernier grand-
LIVRK OKZlkliE. l5g
maître, qu'un lieutenant du mtMgisière, lequel est sans territoire.
Les déprédations des Barbaresques , encouragés par la chute de la marine maltaise , ne se sont plus bornées à des attaques détournées ou à des surprises sous pavillon masqué. On ne les a plus vus raser les côtes sur des chebecs, mais^\6e réunir eu escadres de grosses fréga* tés provoquant fièrement au combat , rançonnant les navires marchands, vouant les équipages à Fesclavage, ou enlevant impitoyablement les habitans des îles sans défense. SlqueU ques puissances obtenaient des égards , ils étaient dus à la crainte qu'elles inspiraient, ou aux tributs qu'elles payaient.
Les Étals-Unis humilièrent les Barbaresques sans les terrasser. Cette gloire était réservée à l'Angleterre , jalouse de se laver du reproche de favcH'iser secrètement Alger et Tunis, pour éloigner du commerte de la Méditerranée les petits états du Midi. Lord Exraouth, dans une attaque mémorable , a rompu les chaînes des prisonniers chrétiens et âfiruichit plusieurs peuples d'Eu-* rope de la double ignominie de l'esclavage et des tributs. Cependant le traité conclu à cette occa- .sion, entre l'Angleterre , Alger et les autres régences barbaresques, a paru incomplet. L'Angleterre aurait pu stipuler pour elle et pour l'Europe
l6o GOnGRÈS DE VIEHNS.
entière 9 en prenant sous sa sauvegarde le pa* vilIon des états du second et du troisième rang de la Méditerranée, soit dans la paix, soit dans la guerre; car lorsque celle-ci vient à éclater en Europe, les Barbaresques se hâtent d'en profiter pour multiplier leurs courses spoliatrices. A défaut d'une mesure généraiç qui eût enchaîné les pirates africains , on eût pu établir une haute police maritime permanente ^ capable de repousser les surprises des Barbaresques , et de détruire insensiblement leur marine qui n'est redoutable que pour les faibles. Il faudrait agir avec eux, comme la France et l'Angleterre se conduisent envers les bâtimeiis négriers.
Des politiques auraient voulu qu'on eût conquis l'Afrique septentrionale ou la Bari^arie , pour y fonder des colonies. Ils oublient que le puissant Charles - Quint qui, à la tête d'une armée formidable, tenta de dompter ces fiers descendans des Numides et des Carthaginois, n'éprouva que d'accablans revers. Il faudrait, pour s'assurer des côtes et de l'intérieur du pays, y tenir une armée forte et fréquemment renouvelée. Mais quel souverain, ou même quelle coalition exposerait aujourd'hui pour un objet secondaire, ses armées à p6rir par la faim et la soif, le fer et la peste , dans l'unique espoir de reléguer dans les déserts, l'indomptable population africaine ?
Ol
LIVHE ONZli^MK. l6l
. transplantée sous des zones dont ntraste trop avec le sol tempéré de la . succombera tôt ou tard. Saint*Domingue , :)agne et la Russie, attestent le danger des iinats opposés pour les conquérans impru* (]ens. Jusqu'à ce que les nations barbaresques se soient rapprochées du droit public et des mœurs d'Europe^ efFet d*une révolution dans la religion et les habitudes aussi lente que le cours des siècles; jusque-là, il faudra tenir dans la Médi* terranée des forces mobiles toujours prêtes à châtier les Barbaresques et à les poursuivre dans les rades et les anses nombreuses, que leur offrent les côtes et les îles de cette mer difficile. Il faudrait donc qu'il existât une puissance qui , dégagée de la passion des conquêtes et de la cupidité commerciale, se bornât à protéger les navigateurs chrétiens. Or, on ne peut dissimuler que Tordre de Malte , par la nature de son institution, sa réputation de courage et l'habitude de la guerre avec les Barbaresques, était capable de remplir ce but , qu'il avait en effet complètement atteint. Une alliance défensive des puissances de la Méditerrai^ée, entretenant une escadre permanente, serait sans doute d'une grande utilité ; mais indépendamment des jalousies et des rivalités qui se glissent toujours dans
l6'2 COWGRKS DE VIEN^E.
les associations politiques , irest-tl pas vraisemblable qu'une guerre générale survenant, lai* iiance maritime se dissoudrait?
Les ennemis de l'ordre de Malte ont dit qu'il s'était suicidé. Blessé par des traîtres, il a sur* vécu à ses blessures; et on ne peut te dire mort, puisqu'il a encore un gouvernement «t des raji* nislres auprès de plusieurs cours. Ainsi ont ei^isté plusieurs princes privés même de la totalité de leurs états, sans perdre pour cela la sou%'eraineté politique.
On a prétendu qu'il n'y avait pfus de noblesse pour le perpétuer; mais la noblesse ancienne existe toujours : elle est un fait indestructible qu'il faut bien reconnaître. On pourrait joindre, sou scertaines conditions, la noblesse nou-
velle k la noblesse ancienne ou de race. Onpourrait aussi admettre dans l'ordre, des langues protestantes. Quant aux vœux, ils pourraie^iC être modifiés et convertis seulement en l'obligflftion de poursuivre les pirates barbaresques , et de proléger le commerce des peuples de la Méditerranée.
Depuis long-temps l'ordre de Malte ne faisait point la guerre aux Barbaresques , comme sectateurs de Mahomet, puisqu'il respectait le pavillon ottoman ; mais aux Barbares^jues, comme