CONCERNANT LA COMPOSITION
La partie de la composition dont vous me faites l'honneur de me parler, monsieur, demande du temps et de l'âge. Il faut être parfait musicien pour entreprendre l'étude de cette science, qui est le nec plus ultra de l'art.
1" Nos grands, dans ce moment-ci, ne s'arrêtent pas à cette partie, en ce que le théâtre les occupe perpétuellement, et que l'Opéra les attend; 2° cette science n'est utile aux demoiselles que pour l'accompagnement du clavecin, dont les éléments sont les mêmes, et elles y travaillent presque toutes; cela leur devient même indispensable, selon nos statuts et nos principes. Ce n'est donc que du côté de nos jeunes garçons que l'on doit attendre quelque chose dans cette partie. Mais, je le répète, il faut du temps et de l'âge.
Comment l'École de Paris, au bout de deux ans , aurait-elle pu fournir des compositeurs, tandis que l'on en compte quinze ou seize remarquables sortis des Conservatoires si vantés de Naples depuis soixante ans ? Cependant les sieurs Carbonel, Guénin fils et Catel,
quoique très-jeunes, douze, quatorze et quinze ans, devenus fort bons musiciens et jolis clavecinistes, font maintenant un concours de composition, et vont incessamment faire entendre de leurs productions. Le sieur Morin a composé des choses agréables qu'il nous a fait entendre. Un autre concours se fait entre ce dernier et MM. Rigel fits^Mcreaux fils et Deheirt le copiste. Vous voyez, monsieur, que cette partie est aussi en activité. Il en est dans ce nombre qui auront du talent dans la composition, je le garantis; mais auront-ils du génie? Le génie ne se donne pas.