‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 14 sur 51 · BATAILLES DE LUTZEN ET DE BA0TZEM · texte numérisé non relu

BATAILLES DE LUTZEN ET DE BA0TZEM

au roi Jérôme la Westphalie j et FEspagne au roi Joseph, repoussé vers les Pyrénées? Telles étaient les pensées dont les généraux s'entrete-» naient cette nuit. Au point du jour, ils s'élan* cent pour recommencer le combat. L'impatience de l'Empereur est telle qu'il se place à Tavanl-garde. 11 a été rejoint par deux beaux régiments de cavalerie, les lanciers et les cuirassiers; après un combat assez léger, Tennemi se retire dans un ordre imposant, et Napoléon s'en désespère. « Comment, dit-ii, après une telle boucherie, je n'obtiendrai aucun résultat ! Point de prisonniers! Ces gens*là ne me laisseront pas un clou. » 11 veut s'avancer jusqu'à Gorlitz, et c'est Ney qui ouvre la marche; quatre généraux accompagnent Napoléon. Ce sont Caulaincourt, Mortier, Duroc et le général du génie Eirgener. L'ennemi tire trois coups de canon; un boulet vient frapper un arbre près de TEmpereur. 11 a gagné le plateau, et tandis qu'avec sa lunette il reconnaît la position de l'ennemi , le duc Charles de Plaisance, fils aîné de l'architrésorier Lebrun accourt e£faré; il annonce que Duroc vient d'être tué. « Duroc! s'écrie l'Empereur, cela n'est pas possible, il était tout à l'heure avec moi. » La fatale nouvelle est confirmée; le boulet quia frappé l'arbre a ricoché

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d'abord sur le général Eirgener^ et ensuite sof Daroc dont oo désespère. Quelques momentd auparavant^ Napoléon lui avait dit^ en^ voya»! tomber trois soldats de son eseorte : « La jour^ née s'annonce mal pour nous. » 11 se contient î mais avec un effort qui paraît briser son cœuri Il considère encore quelque temps Tennemi qui se retire ^ puis il rentre daûs le carré delà garde, y reste livré à un chagrin muet et som^ bre; puis, cédant à un noble besoin de soa cœur, il veut voir son ami Duroe dans les tor^ tures de la souffrance et déjà presque dans lé râle de Tagonie. 11 n'a plus à lui donner que la plus commune y mais la plus sublime des cmi^ SDlations. « Duroc, lui dit^il d'une voix brisée par la douleur, il est une autre vie ettmus non reverrons. » Cette foi restait gravée dans soa coeur, il l'aportée àSainte*Hélène,etramflni« festée à son lit de mwt, à la grande confusiott des matérialistes, qui s'atta'ibuaient, non saut qmlque vraisemblance, un si puissant adepte» Il estt^fi^ autre vie! Mais, conquérant, pourquoi, cédant à ton orgueil, as-^tu fait sortir dé la vie présente tant de'Viéui et de jeunes héros et plusieurs mîllionB'de tes frères? Je me repro^ che l'apostrophe qui m'échappe; puis-jeou* Uiertiue Texpiirtion du famstè vertige des^con^

BATAILLES DB' IXmBIf ' ET DE BAUTEEN (1813). 13t

qitétaflpa eommemé pour Napoléon (ièsMoseou^ atoujouniétés'aggravaiit à ehaquepa» de sa retraite; qne^ e% front, en apparence si ferme et si fier^ a voilé les plus atroces soulErances que rhamme puisse endurer dans son orgueil et dans son* coeur; qu'il a tu et qu'il voit ses amis les plus chers tomber autour de lui ; que sa destinée le pousse yere le champ de Leipsick, plus fatal encore pour lui et pour la France que les waar» embrasés^ de Moscou , et que pour dé* fendre sa patrie il va montrer des ressources iaoinB'heur0Qse&, mais non moins sublimes et pllisétonnantes que celles dés Thémisfoele, des Aristide et de» Camille? puis-je oublier Watei^ loo^ si près d'un retour apparent de sa fbrtune, et dix ans d'un exil seanblable à csiui de Pbi^ loctète? Je m'arrache à ces réflexions , et je iv» prendàr le récit do tant de crneUes catastrophes, ennxe répétant ce mot de Napoléon lui-même t K'Il est une autre vie; » Le gén^l Drouot fait dtemandèrdes" ordres pour rarCillerâe : <r A de* isainîteut, n est la seule réponse qui s- édiappe dfiD m eosnr oppressé. Dtms cette même ma^ tinée^ il^ avait eu à regretter la mort de Vmt & se» plus braves compagnons*, le général Broyée. Il est bien difficile den^èlfe pas plus mu moins^ ftitaliste sur* lé diamp de bataille;

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Napoléon Tétait par système et un peu par nature. 11 lui importait que Ton crût à Timmutabilité de sa fortune ; mais quand le destin lui était contraire f il recueillait et reprenait toutes les forces de son âme pour lui résister. La foi qu'il afTectait dans les anniversaires devenait aujourd'hui pour lui un nouveau supplice; car il se rappelait qu'à pareil jour, celui de la bataille d'Esslingy il avait perdu le plus ancien^ le plus dévoué et le plus illustre de ses compagnons de gloire, le maréchal Lannes. Je n'ai pas besoin de parler du soin qu'il prit pour honorer la mémoire et consoler la famille d'un homme d'un grand sens et d'un grand cœur, qui tenait maintenant le premier rang dans son amitié; autant il en avait fait pour le maréchal Bessière.

Le lendemain, il n'appartient plus qu'à, ses devoirs de général. Pour donner un gage certain de sa victoire, il s'avance dans la Silés|e, vient débloquer Glogau et peutxéunir à son armée une garnison de quatre mille hommes, qu'il y avait laissés et qui s'étaient vaillamment défendus. 11 marche ensuite sur Breslau , dont il s'empare. C'est là qu'il se. croit au terme de ses vœux, car il a yu, le 29 au matin, arriver à ses avant-postes des commissaires chargés

batailles'de lctzbn et de bautzen (1813). l&f par les alliés de négocier ua armistice , et c'est depuis six semaines seulement qu il a quitté son palais de Saint-Cloud. Trompeuses espé* rances! ces commissaires ne se présentent point ayec le front humilié de ceux qui venaient Timplorer après Marengo^ et même après Austerlitz. Ceux-ci ne veulent qu'arrêter le cours de ses armes pour suspendre sa marche faiblement victorieuse, appeler contre lui le ban des nations, lui créer des ennemis dans chacun de ses alliés, dont le plus funeste sera son beau-père lui-même.

1^2 BBTOIBE DE LteVPlBE.

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