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CHAPITRE XL

CONGRÈS DE PBAGUQE (1813).

SOMMAtRE.

Armislice perfide qui arrête Napoléon après ses deux victoires. — L'Aotriche Ta fait accepter pour un terme fort court aux puissances JbelltgéraQies. — I^es alliés n'y paraissent souscrire qu'aTec répugnance.— M. de Metternich en profite pour jouer le r61e sus^ pect de médiateur. — II s'appuie sur une armée de deux cent mille hommes dont il peut renforcer, soit l'armée des alliés, soit la nôtre. — Napoléon pénètre ses desseins et s'en .explique arec lui dans les termes les plus irrités et les plus violents. — Le congrès de Prague ne respire que la guerre. — Les nations interviennent dans la politique de leurs gouvernements et les entraînent. ^-^ Deux généraux français vont entrer dans les rangs des alliés. — L'un est Bernadotle et l'autre Moreau. — Ce dernier quitte les États-Unis dans le moment où cette république se révolte contre les lois maritimes de l'Angleterre. — Beau rôle que Moreau eût pu jouer dans cette circonstance. ^-^ Le désir de la paix se produit avec chaleur parmi nos plus illustres maréchaux. — L'opinion publique prononce le même vœu à Paris et dans toute la -France. — Rupture du congrès de Prague.

C'étaient les alliés qui demandaient l'armistice; mais les vaincus de Lutzen et.de Bautzen avaient plutôt Tair de faire une grâce que de Timplorer. D'abord on n'avait accordé à cet armistice qu'une durée de dix jours^ et il fallut le crédit de M. de Metternich pour le

COKfiKÈS BE PRAGir£ (1813). I4S

prolonger d'um manière qui pût permettre Touverture de n^ciations pour la paix continentale. Les deux armées avaient un égal ]»esoin de repos. Bautzen suivie des deux journées plus sanglantes enoore de Wurtchen y avait été qualifiée de boucherie par le vainqueur luimême» Dans un espace de vingt jours ^ soixante mille hommes étaient tombés sur ces horribles thamps de bataille. L'armistice était beaucoup plus favorable aux alliés qu'à nous; ils attendaient le renfort d'une nouvelle armée conduite par Bennigsen ^ qui allait vomir sur TEurope les peuplades barbares de TAsie. Leur principal «spoir se fondait sur une armée de création nouvelle y composée de Suédois ^ de Prussiens ^ d'Anglais et de tous ces corps de partisans qui avaient été refoulés jusqu'aux rivages de la Baltique. Si elle od&ait un assemblage étrange^ 2e nom de leur chef devait exciter encore plus d'étonnement; c'était ce Bemadotte qui sous le nom de Prinee Royal exerçait une autorité su- ]H*éme. La politique de ee prinee devenu tout «ntier suédois, et peut-être aussi une inimitié longtemps couvée contre 'Napoléon , avaient £àH iaire «n lui la voix do la patrfe^tïe sourenir ie tant jde CMobate^ù il l'avait sfervieglorieusemwié IkiaiiftpeiEnHiMis; bwiMoup plufl iUfotire,

1/|& HISTOIHB DE L'EMPIRE.

le général Moreau , partait déjà des États- Unis, son paisible refuge, pour prendre le commandement d'une grande armée, et c'était celle des Russes. Notre gloire réagissait contre ellemême. On eût dit qu'il avait été reconnu par tant de rois et par tant de peuples pour le seul rival digne d'être opposé à Napoléon. La ven* geance^ l'orgueil irrité et une ambition vague avaient ulcéré ce caractère, qui relevait par sa modestie même l'éclat de ses talents militaires. Ah! s'il devait tirer du fourreau son épée savante trop longtemps inactive , une belle occasion pouvait s'offrir à lui dans cette même Amérique qui avait reçu avec de grands honneurs cet illustre exilé ! Cette puissance seule avec le Danemark osait lutter encore contre le despotisme maritime de TAngleterre; et au grand étonnement de l'Europe , elle venait de lui déclarer la guerre. Le président du congrès Jefferson n'avait pu souffrir plus longtemps les insultes faites au pavillon des États-Unis. Une puissance maritime si faible et si jeune encorei défiait celle qui courbait [toutes les m^rs sous ses trois cents citadelles flottantes. Un négo* ciateur français , M. Serrurier /^ frère de Hlr lustre maréchal de ce nom, avait décidé le congrès à une entreprise si hardie et qui devint

un nouveau titre de gloire pour cette jeune république. Il est vrai que sa témérité ne put être couronnée d'heureux succès sur les mers ; mais les Anglais emportés par leur orgueil^ voulurent saisir cette occasion d'exercer une vengeance sur leurs colonies rebelles; comme s'ils n'avaient point assez de leurs vastes possessions dans les deux mondes , ils firent une expédition contre la Louisiane vendue par Napoléon aux États-Unis. L'Américain Jackson se couvrit de gloire en leur faisant lever le siège de la Nouvelle-Orléans. Ah ! pourquoi Moreau n'était-il pas là! Un tel exploit eût compté peu sans doute pour la gloire militaire du vainqueur de Hohenlinden; mais il eût rappelé le souvenir du généreux ûis de Miltiade^ qui; subissant son ban d'ostracisme , leva une troupe pour combattre et pour vaincre les ennemis- de sa patrie. Le nom de Moreau n'eût rien perdu dans l'histoire en s'associant à celui de Washington dont il retraçait le patriotisme et la noble sérénité ^ et à celui de son illustre compatriote le général Lafayette. Exilé par Napoléon , battre sjbs plus cruels ennemis ^ n'était-ce pas là une magnanime vengeance ?

J'ai dit que le Danemark presque seul ^n Europe , restait encore fidèle à ses justes ressen- VI io

m^ BISTOUE DE 1*£MPI1E.

fiments contre TÂngleterre et à Napoléon. Cette puissance n'avait qu'un bien faible secours à lui ottriVf et une perte fort grave allait s'ajouter à toutes celles qu'elle venait d'essuyer : c'était celle de la Norwége. L'empereur Alexandre et les alliés avaient disposé d'un pays qui ne leur appartenait pas 9 pour entraîner Bernadotte sous leurs drapeaux. L'Angleterre avait eu l'arrogance de sommer la cour de Copenhague d'en faire l'abandon à la Suède a^ Ce gouvernement s'y refusa, mais négocia pour obtenir des dédommagements qui ne lui furent point accordés. Cependant Hambourg et les villes anséatiques frémissaient sous le joug de Napoléon qui les rançonnait impitoyablement. Telle était l'irri* tation de ces villes, qu'elles cédèrent au premier choc d'une nuée de Cosaques commandés par ce comte deCzernicheff qui, deux ans aupa* ravant, avait fait à la cour de Napoléon une apparition si brillante et si perfide. Le maréchal Davoust; envoyé pour réprimer ce mouvement et tenir en respect ce pays devenu une frontière de l'Empire français, reprit assez facilement la ville de Sambourg; mais autour de lui tout s'agitait, tout s'exhalait en impréca* tîons, tout s'organisait en milices contre la fiance. C'était tm mouvement impétueux, mais

CONGRÈS 1» PRA6U (18iS). U7

non anarchiqne. Façonnés à la discipline , les peuples allemands la portaient dans leur insur^ reclion. Dans un pays où se conservaient tant de restes de la hiérarchie féodale ^ tel ric^ie capitaliste 9 tel grand propriétaire^ tel savant prenait le mousquet et suivait les instructions d un grossier caporal avec autant de docilité que le faisaient en France nos jeunes conscrits. Mais si telle était leur soumission à des sousofficiers illettrés 9 ils ne s'en montraient que plus impérieux envers leurs hommes d'État et leurs princes eux-mêmes. Il ne fallait plus parler de ménagements politiques ; Napoléon luimême n'aurait pu les séduire en leur proposant certains avantages particuliers à leurs provinces , à leurs nations. La cause allemande était le grand cri de leur ralliement. Ils interdisaient Tégoïsme à leurs princes. L'indépendance recouvrée était pour eux un premier gage des libertés qu'ils brûlaient d'obtenir» Ce n'était pas seulement à titre de conquérant qu'ils professaient contre Napoléon une haine implacable, c'était à titre de despote* On eût dit à la fierté emphatique de leur langage, qu'ils procédaient à rafiEranchissement même des Français , leurs vainqueurs. Ces armées se formaient sans ordonnance du conseil aulique. Si on sénatus-

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consulte ordonnait en France une leyée de trois cent dix mille hommes^ « Nous en formerons le double^ » disaient-ils , et ils allaient bien au delà de leurs promesses; car cette armée du Nord fut portée en moins d'un an à plus d'un million d'hommes.

Les Prussiens en voyant nos soldats traverser leurs provinces , grelottant de froid sous leurs habits tombés en lambeaux , pâles , hâves, décharnés, s'étaient abstenus de sévices contre eux, comme frappés de respect pour cette grande infortune des braves, mais ils se disaient entre eux : « De tels squelettes pourront-ils désormais résister à nos armes et nous empêcheront-ils de pousser à notre tour, notre marche victorieuse jusqu'à Paris ? » Paris ! Paris ! était leur cri unanime, ainsi que Rome ! Rome ! l'avait été pour tant de peuplades barbares qui se poussaient , se chassaient vers cette capitale du monde. Telle était à cet égard la frénésie de ces milices vindicatives que, jusque dans les batailles de Lutzen et de Bautzen, nos soldats étaient confondus d'entendre ce cri de Paris I Paris ! prononcé 'très-distinctement par des hommes qu'ils avaient vus si humiliés à leur aspect.

Et cependant un mouvement si unanime.

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ordonné avec tant de vigueur et de constance, échappait au vaste coup d*œil de notre aigle. Il croyait n'avoir qu a briser une nouvelle coalition de rois tant de fois vaincus par ses armes et par celles de la République, tandis qu'il avait a£Eaire à une croisade de peuples. C'était à Dresde , dans la ville même où résidait Napoléon pen* dant larmistice , qu'était le quartier-général de l'insurrection des peuples. En dépit des ordres d'un roi vénéré et chéri , les Saxons , peuple lettré, et cachant une vive exaltation sous des formes graves et réservées, tenaient des conciliabules impérieux pour tous les rois. Les femmes, dans toutes les parties de l'Allemagne et de l'Europe, prenaient feu pour cette cause des nations et l'annonçaient comme la cause des mères. L'image de la défunte reine de Prusse était toujours présente à leurs yeux , à leurs cœurs. Elles aussi levaient des armées : a Parlez , disaientelles à leurs époux , à leurs fils, partez et revenez vainqueurs, pour qu'on connaisse encore dans ce monde les paisibles joies de la famille. » Ce furent des femmes et des mères saxonnes qui décidèrent le corps d'armée saxon à une défection terrible qui fut le plus grand coup de foudre contre la fortune de Napoléon. 11 me paraît mesquin et futile d'exposer

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aprèg ee tablean du mouvenMut général des natioDs , ItB subterfuges politiques et les ruses décriées de la vieille diploinatie^ pour tromper le plus défiant et le plus habile des hommes d'État. Napoléon demandait-il qu'on ouvrît sérieusement des négociations pour la paix , les négociateurs étrangers , tous ennemis jurés de Napoléon , tels que T Autrichien Bubna ; le Prussien Humboldt, et le Russe Ânstett répondaient à MM. de Caulaincourt et de Narfaonne^ envoyés de Napoléon comme s'ils n'avaient rien prévu pour la paixv M. de Bubna affectait de partir en grande diligence pour aller chercher ses instructions à Vienne^ revenait lopins tard possible et ne rapportait rien. Nos ministres vonlaienMls s'adresser séparément à la Russie qui n'avait plus guère d'intérêt dans cette guerre^ l'empereur Alexandre refusait de recevoir M. de Caulaincourt quoiqu'il professât pour lui de l'estime et de l'amitié. «Adressez-vous disait-il^ au médiateur qne nous acceptons^ » et il le renvoyait à M. de Metternich. Metternich! c'était le nom qui retentissait le plus dans ce congrès dérisoire. On eût dit, à l'autorité qu'acquérait un tel nom , que ce ministre avait gagné dix batailles î'angées sur Napoléon. C'était tirer tin bien vaste fruit de sa dextérité; de sa patience

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et de Fart avec lequel il avait su devioer de loia, dans quel abîme se précipiterait m cenquéraot enivré de sa fortune. Voilà donc le swt de Napoléon et de son empire qui semble dépendre anjourd'bui d'un étranger dont il croyait avoir fait son courtisan ^ et enfin du négociateur qui a uni sa main victorieuse à celle de la fille des Césars» Le lion rugit de se voir tomber dans les filets du diplomate. Combien pourtant ne lui importe-t^il pas de le ménager ! Ce ministre est le maître de faire pencher à son gré , l'un des côtés de la balance où vont se décider les destins de TEurope et du monde. A des combattants épuisés par les trois vastes exterminations de Lutzen^ de Bautzen et de Wurtchen» il peut apporter le renfort de deux cent mille Autrichiens qui trois ans auparavant ont relevé lei^r gloire sur une île du Danube. Mais cette cour a beaucoup perdu. Sera-t^elle immodérée dans les restitutions qu'elle peut demander^ favorisée aujourd'hui par la mauvaise fortune du vainqueur de Rivoli^ deMarengo et d'Àusterlitz? C^est un beau-père qui traite avec son gendre ^ mais un gendre enrichi de ses dépouilles* La voix du sang fera-t-elle' taire ou modifierat-elle chez l'empereur François II un intérêt si {prépondérant pour lui-même et pour son em-

pire? Voici le moment où ce grand problème va être résolu. On annonce à Napoléon la visite du prince de Metternich ; le génie de la politique ou plutôt celui de la France , pourra-t-il veiller sur lui dans un moment si périlleux? Saura-t-il contenir dans son cœur tous les griefs de son orgueil offensé? Une minute, une seule minute, un emportement peut tout perdre. Voici le récit authentique de cet entretien :

« Vous voilà donc, Metternich! dit Napoléon, en le voyant. Soyez le bienvenu ; mais si vous voulez la paix, pourquoi venir si tard? Nous avons déjà perdu un mois , et votre médiation devient presque hostile à force d'être inactiv^. Il paraît qu'il ne vous convient plus de garantir rintégrité de l'Empire français : eh bien, soit; mais pourquoi ne pas me l'avoir déclaré plus tôt? Que ne me le faisiez-vous dire franchement à mon arrivée de Russie, par Bubna, ou plus récemment par Schwartzenberg? Peut-être étàit-il encore temps de modifier mes plans ; peut-être ne serais-je pas rentré en campagne.

({ En me laissant m'épuiser par de nouveaux efforts, vous comptiez sans doute sur des événements moins rapides Ces efforts hardis,

la victoire les a couronnés. Je gagne deux batailles ; mes ennemis affaiblis sont au moment

de revenir de leurs illusions ; soudain vous vous glissez au milieu de nous; vous venez me parler d'armistice et de médiation, vous leur parlez d'alliance et tout s'embrouille. •• Sans votre funeste intervention , la paix entre les alliés et moi serait faite aujourd'hui.

ce Quels ont été jusqu'à présent les résultats de Tarmistice? Je n'en connais point d'autres que les deux traités de Reichenbach , que l'Angleterre vient d'obtenir de la Prusse et de la Russie. On parle aussi d'un traité avec une troisième puissance , mais vous avez M. de Sta* dion sur les lieux, Metternich, et vous devez Me mieux informé que moi à cet égard.

ce Convenez-en : depuis que l'Autriche a pris le titre de médiateur, elle n'est plus de mon côté; elle n'est plus impartiale, elle est ennemie ! Vous alliez vous déclarer quand la victoire de Lutzen vous a arrêtés; en me voyant encore à ce point redoutable, vous avez senti le besoin d'augmenter vos forces » et vous avez voulu gagner du temps... Aujourd'hui, vos deux cent mille hommes sont prêts; c'est Schwartzenberg qui les commande; il les réunit en ce moment, ici près, là, derrière le rideau des montagnes delà Bohême. Et, parce que vous vous croyez en état de dicter la loi , vous venez me trouver.

1S& HEsnuatE M VsmiMB,

La loi ! et pourqam ne vouloir la dicter qu'à moi seul ? Ne saisie plus celui que vous défeor diez hier? Si tous êtes médiateur^ pourquoi du moins ne pas teiûr la balance égale ?••• Je voua ai deviné, Mettemieh; votre cabinet veut pro^ fiter de mes embarras et les augmenter autaia^ que possible pour recouvrer tout ou partie de ee qu'il a p^du. La grande question pour vous ^t de savoir si vous pouvez me rançonner sans combattre y ou s'il vous fmidra vous jeter décidément au rang de mes ennemis; vous ne savoE pas encore bien l^uel des deux pifftisdoit vous offrir le plus d'avanti^es^ et peut-être ne veneavous ici que pour mieux vous éclairer. Eh bien ! voyons^ traitons, j'y consens* Que voulezvous?»

Cette attaque était vive; M. de Mettemich y répond ainsi : « Le seul avsuitage que Tem* pereor son maître soit jaloux d'acquérir, c'est l'inflnence qui communiquerait aux cabinets de l'Europe l'esprit de modération, le respect pour les droits et les possessions des États indépendants qui l'animent lui-même... L'Autriche veut établir un ordre de choses qui , par une sage répartition de forces , place la garantie de la paix sous l'égide d'une association d'États indépendants. — Parlez plus clair, dit l'Empe-

COêUÈM DB PtAfiOB (t8iS). ISS

reur en riaterrompant, et venoosaa but; mais n'oubliée pas que je suis un soldat qui sait mieux rompre que pli^.f e vous ai offert TlUyrie pour rester neutre; cela tous convient-il? Mon armée est bien suffisante pour amener les Russes et les Prussiens à la raison, et votre neutralité est tout ce que je demande. — Oh ! Sire, reprend vivement Metternidi, pourquoi Votre Majesté resterait-elle seule dans cette lutte? Pourquoi ne doublerait-«lle pas ses forces? Vous le pouvez, Sire, car il ne tient qu'à vous de disposer entièremennt des nôtres. Oui, les choses en sont au point que nous ne pouvons plus rester neutres : il faut que nous soyons pour vous ou contre vous ! »

A ces mots le ton de la conversation fléchit; l'Empereur conduit M. de Metternich dans le cabinet des cartes. Après un assez long intervalle, la voix de l'Empereur s'élève de nouveau, ic Quoi ! non-seulement l'Illyrie , mais la moitié de l'Italie et le retour du pape à Rome ! Et la Pologne , et l'abandon de l'Espagne ! Et la Hollande, et la confédération du Rhin, et la Suisse ! • . . Voilà donc ce que vous appelez l'esprit de modération qui vous anime ? Vous ne pensez qu'à profiter de toutes les chances, vous n'êtes occupés qu'à transporter votre alliance d'un campa

i56 HISTOIRB DE L'BMPIRE.

Fautre, pour être toujours du côté où se font les partages^ et vous venez me parler de votre respect pour les droits des États indépendants ! Au fait^ vous voulez Tltalie^ la Russie veut la Pologne^ la Suède veut la Norwége ^ la Prusse veut la Saxe^etrAnglelerre veut la Hollande et la Belgique. En un mot, la paix n'est qu'un prétexte : vous n'aspirez tous qu'au démembrement de l'Empire français!... Et pour couronner une telle entreprise^ l'Autriche croit qu'il lui suffitde se déclarer ! Vous prétendez ici, d'un trait de plume, faire tomber devant vous les remparts de Dantzick, de Custrin, de Glogau, deMagdebourg, de Wésel, de Mayence, d'Anvers, d'Alexandrie; de Mantoue, de toutes les places les plus fortes de l'Europe, dont je n'ai pu obtenir les clefs qu'à force de victoires ! Et moi , docile à votre politique ; il me faudrait évacuer l'Europe, dont j'occupe encore la moitié, ramener mes légions la crosse en l'air derrière le Rhin, les Alpes et les Pyrénées; et, souscrivant à un traité qui ne serait qu'une vaste capitulation, me livrer comme un sot à mes ennemis, et m'en remettre , pour un avenir douteux , à la générosité de ceux-là même dont je suis aujourd'hui le vainqueur ! Et c'est quand mes drapeaux flottent encore aux bouches de la Yistule et sur les

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rives de FOder, quand mon armée triomphante est aux portes de Berlin et de Breslau^ quand de ma personne je suis ici à la tète de irois cent mille hommes^ que F Autriche , sans coup férir^ sans même tirer Tépée, se flatte de me faire souscrire à de telles conditions !... Sans tirer Fépée ! Cette prétention est un outrage !••• Et c'est mon beau-père qui accueille un tel projet! C'est lui qui vous envoie ! Dans quelle attitude veut4i donc me placer en présence du peuple Français? 11 s'abuse étrangement s'il croit qu un trône mutilé puisse être en France un refuge pour sa fille et son petit-fils ! Ah ! M etternich, combien l'Angleterre vous a-t-elle donné pour vous décider à jouer ce rôle contre moi?...»

A ces mots y qu'il n'est plus possible de retenir, M. de Metternich a changé de couleur; un profond silence succède, et l'on continue de marcher à grands pas. Le chapeau de l'Empereur est tombé à terre; on passe et repasse plusieurs fois devant. Dans toute autre situation » M. de Metternich se serait empressé de le relever... l'Empereur le ramasse lui-même. ••

Les historiens (et Voltaire est quelquefois de ce nombre) y les historiens qui se plaisent à rapporter les grands événements à de petites causes ; ne manqueront pas d'attribuer à ce

ISS BISTOIBE DE L'EXPIKE. .

chapeau tombé , qui n'est point ramassé par le plus poli des hommes d'État ^ les grandes calamités que allaient pleuToir sur la France. 11 ne /aut y Toir qu une révélation tacite de la colère profonde qu'avaient excitée dans Tâme du ministre autrichien les paroles blessantes de Napoléon* Et en effet y tout fut dit contre la paix après cette apostrophe. Napoléon sans doute venait de s'exprimer avec une fierté éloquente, mais c'était un très-fâcheux et très-inconvenant prélude de négociation. Un sentiment juste de sa situation devait lui suggérer un langage moins acerbe. Sans doute il était révoltant pour son orgueil et pénible pour le nôtre que M. de Metlernich fût devenu l'arbitre de ses destinées j mais à qui devait-il une situation qui relevait l'Autriche inactive plus haut qu'elle n'eût pu l'obtenir de deux ou trois campagnes victorieuses ? Aux deux énormes fautes de Napoléon^ la guerre d'Espagne et celle de la Russie. Si la position eût été plus égale entre les deux ihter^ locuteurs^ M. de Metternich ne pouvait-il pas lui répondre : a Subissez les rigueurs d'une situation que vous avez été chercher, l'une au delà des Pyrénées en bravant toutes les lois de k. justice 9 et l'autireà Mos<^m en violant toutes eelles de la pradence. »

G01f6BÈ8 M PBA6UI (1813). IR

le ooirvieiis que les proposHiom de rAntriebe, en supposant qu'elles n'eussent pas été modifiées dans les négooiations^ plaçaient Napoléon dans une situation fausse ou du moins difficile, EUes^ne lui laissaient presque piusrien de ses conquêtes personnelles, achetées par tant de prodiges de valeur et dliabileté. Elles semblaient ébranler un trône fondé sur une gloire qui n'avait plus de rivale ; mais ces mêmes pro* positions laissaient à la France tout ce que réelamait une sage politique, c'est-à-dire la limite du Rhin avec une moitié de Tltalie. Ce n'était pas sans peine que MM. de Caulaincourt et de Narbonne avaient obtenu cette dernière concession de TAutricbe. M. de Metternich la faisait valoir comme un grand témoignage de la condescendance de l'empereur François pour son gendre. Que dirai-je? de - telles propositions, en pénétrant de douleur et ée regret nos plus grands capitaines, leur paraissaient encore coirvenables, au moins pour servir de bases aune négociatioai. Leur méconlentement édlata lorsqu'ils apprir^it la dore apostrophe faite à M. de Mett^mkh, i|»i leur ffarut wà lignai de guenra. Us 4SMi{i»raianl les i3eux victespes Aè Lutzenet^efiautaen^ ai «hè- Tement aebetéM ^et «i pauvres en ttafiaém steat

160 HISTOIRE DE L'EMPHUS.

résultats, à celle qui, sous les murs d'UIm, avait été suivie de la capitulation d'une armée tout entière. Ils voyaient sur les lieux ce que l'Empereur ne voulait pas voir, c'est-à-dire un débordement de peuples chez lesquels l'enthousiasme, la vengeance et la cupidité même ne rompaient pas le frein de la discipline. En quinze jours, l'armée victorieuse avait été afifaiblie de trente mille hommes. Elle attendait, il est vrai, de puissants renforts, et l'Empereur l'évaluait à trois cent dix mille hommes ; mais enfin c'était la dernière armée qui restât à la France, non plus pour ressaisir ses conquêtes , mais pour couvrir ses frontières, et peut-être sa capitale même. Après avoir fait lever une conscription de jeunes gens de dix-huit ans, où trouver les éléments d'une levée nouvelle ? Et cependant l'armée des ennemis était déjà .doublée et allait plus que se tripler. Deux cent . mille Autrichiens, que la défection du cabinet de Vienne allait détacher de nos drapeaux et tourner contre nous. La Bavière, Wurtemberg, Bade et la Saxe peut-être en recevraient ou donneraient le signal.

Nos généraux, secondés avec un courageux civisme par nos deux négociateurs MM. de Caulaincburt et de Narbonne, persécutaient

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en vain TEmpereur de ces représentations. Le Mémorial de Sainte-Hélène nous offre un témoignage authentique de la résistance qu'il éprouvait dans son conseil et dans son armée même : « Quelles n'étaient pas mes tribulations de me trouver tout seul à juger l'imminence du danger et à y pourvoir ! de me voir placé entre les coalisés qui menaçaient notre existence. .., et les harassements de tous les miens > de mes ministres mème^ qui me poussaient à me jeter dans leurs bras. Et j'étais obligé de faire bonne contenance dans une si gauche posture ! de répondre fièrement aux uns et de rembarrer les . autres^ qui entretenaient la mauvaise pente de l'opinion au lieu de l'éclairer^ et laissaient le cri public me demander la paix , lorsque le seul moyen de l'obtenir était de me pousser ostensiblement à la guerre ! »

Parmi les conseillers intimes de l'Empereur^ il en était un qui passait pour l'encourager dans son refus indigné contre les propositions du médiateur: c'était M. Maret^ duc de Bassano. Encourager l'Empereur! ce mot me semble bien impropre, en parlant d'un homme qui était à lui seul son conseil. Il est vrai que le duc de Bassano atténuait l'effet de son dévouement par l'excès qu'il portait dans

It2 HISTOIBK DE l'empire.

son admiration imperturbable. L'Empereur grandissait toujours à ses yeux, parce qu'il le voyait de plus près et plus assidûment qu'au* cun autre homme. Je ne sais si Napoléon le consultait avec une grande déférence, mais, àans ce cas , il prenait son écho pour son oracle* Pendant que l'Empereur était absent, et surtout depuis qu'il était malheureux, l'opinion publique reprenait à Paris une grande puisaauee; elle se faisait jour jusque dans les corps signalés et décriés par leur prompte et uniforme obéissance; quelquefois même elle devenait hostile. Chacun discernait que dans ces circonstanciés extrêmes, les intérêts de la France ne se confondaient plus avec ceux de son superbe dominateur. On était très-vivement frappé de ces alarmes qui se présentaient à l'esprit des plus inlrépides généraux; on ne les exagérait pas, car elles furent surpassées par l'événement. On s'accusait d'avoii? trop sacrifié à la grandeur du héros et à un repos qui n'exislait plus. Les victoires de Lutzen et de Bautzen avaient pourtant adouci cette exaspération. L'bonneur national avait joui de ces deux triomphes. S'ils eussent été plus vastes, on aurait craint qu'ils n'eussent encore exalté l'orgueil de Napoléon et réchauffé en lui la fu-

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reur des eooquètes. Mais ces victoires, telles que le ciel les avait accordées, faisaient renaître les espérances de cette paix qui était devenue Tardent soupir de toutes les âmes. La consternation fut grande, quand on répéta, dans toutes les sociétés, ces mots si peu conciliateurs : « Metternich, combien V Angleterre Yous a-t-elle donné? » Par de telles paroles, disait-on, l'Empereur vient de procurer deux cent mille hommes de plus à Tarmée ennemie. On demandait pourquoi, dans de telles circonstances, il n'avait pas eu recours à un homme d'État tel que M. de Talleyrand; s'il avait fait venir Fouché à Dresde, ce n'était certes pas pour entendre de lui des vérités sé^ vères sur la situation des esprits; la défiance, seule lui avait suggéré cette mesure. Les vieux fondateurs de notre liberté, et particulièrement ce qui restait de membres de TAssemblée coi^ stituante, reprenaient un grand crédit; on recueillait leurs paroles avec avidité. Sieyès roihpait son silence par des mots secs, yaiileurs et par des apophthegmes ainers. C'étaient des vétérans de l'Assemblée constituante, et particulièrement MM. Lanjuinais, Garât, l'abbé Grégoire, Yolney, de Tracy, qui formaient, dans le Sénat y un faible noyau d'opposition; tout an-

164 HISTOIRE DE L*£MPIRE.

noDçait qu'il pourrait bientôt se grossir. La conspiration de Malet avait révélé à ce corps qu'il pouvait renverser un Empire comme il avait paru le créer. C'était à qui s'einparerait d'une machine si commode et si expéditive. Un sénatus-consulte était substitué aux révolutions populaires ou prétoriennes, pour créer, renverser ou transférer un trône. Mais c'est un triste pouvoir que celui qu'on obtient par une grande renommée de complaisance. Les regards se portaient sur le général Lafayette dont le cœur était balancé entre sa reconnaissance pour Napoléon, qui l'avait tiré des cachots d'Olmutz et le déchirement qu'il éprouvait en voyant sa patrie soumise à un despotisme qui paraissait entraî-ner à sa suite un grand désastre et le comble de l'humiliation. Un fait singulier, c'est que ces dispositions du Sénat et de l'esprit public étaient ignorées de l'Empereur et paraissaient connues de Louis XYlll. Cependant, un simulacre de congrès s'était ouvert à Prague; une si triste comédie dura encore un mois. Plus l'Autriche faisait désirer aux alliés son adhésion, plus, sans avoir combattu, elle montait au premier rang des puissances, et si M. de Metternich balbutiait le mot de paix, les négociateurs russes et prussiens le repoussaient

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avec humeur, ce L'armistice dure trop longtemps^ disaient-ils; il fait perdre un temps précieux pour les opérations de la guerre. Nos soldats et nos peuples frémissent de ces retards. » Alors M. de Metternich paraissait modérer celte impatience; il altendait que son armée de Bohême fut prête à entrer en ligne. Napoléon lui-même attachait si peu d'importance ou d'espoir à ce congrès^ qu'il s'absenta pendant six jours pour aller trouver l'impératiîce à Mayence. 11 espérait qu'elle pourrait réveiller, dans le cœur de son père, le scrupule de prêter son concours pour détrôner un gendre. Il paraît certain que l'empereur Fraivçois II eût désiré éviter cette catastrophe , mais il lui fallait de vastes restitutions , et on ne lui en offrait que de mesquines, u Je donne à l'Autriche 9 disait Napoléon , les provinces illyriennesy et je garde Trieste. » On se débattait sur ce point; qui n'était pas, à beaucoup près, le dernier terme des exigences de M. de Metternich; Napoléon, enfin, finit par céder ce port important, mais il ne fit cette faible concession que la veille du jour où finissait l'armistice, c'est-à-dire le 9 août. Cependant les événements se présentaient de manière à faire cesser l'irrésolution feinte ou réelle de l'Autriche.

MB HISTOIBE BE L*E!tfPIRF.

11 n'en était point de plus impartant qne la victoire éclatante de Wellington à Vitoria. Elle décidait sans retour l'expulsion des Français de cette Espagne, qui avait coûté à TEmpereur tant de fraudes et à notre armée tant d'héroïques et stériles victoires. Celle-ci avait été remportée sur le roi Joseph lui-même; c'était la seule bataille où l'armée française parut desoendre de sa gloire. Ce désastre pourrait être regardé comme une fatale conséquence de ceux de lacampagne de Russie. En effets jusque dans M moment où Wellington, vainqueur à Salamanque, apparaissait comme le suprême arbitre d'une guerre si longue et si calamiteuse, l'Empereur s'était va forcé de tirer de son armée d'Espagne, déjà si affaiblie et si harassée, cinquante mille hommes de troupes aguerries, parmi lesquels on en comptait six mille de la vieille garde et une excellente cavalerie. Le combat devenait inégal; une cause évidente et lamentable de la victoire des Anglais , ce fut Ténormité des dépouilles que l'armée ramenait de Madrid et des antres villes qu'elle abandonnait. Surchargée de bagage», de trésors, de meubles et de tableaux précieux, elle se présenta sans ordre au combat; elle était pourtant commandée parle maréchal Jourdan; Ce vainqueur de Fleu-

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rm, qui; depuis^ avait été malheureux dam ses rencontres avec l'archiduc Charles, n'avait pu suivre des progrès que l'art militaire, devait i Napoléon; car il n'avait été employé par lui dans aucune de ses guerres. L'attaque de Wellington^fut à la fois vive et savante. Les Français, chassés de poste en poste, virent leur centre ouvert par une charge furieuse que secondait une puissante artillerie. Tout fut perdu; plusieurs milliers de prisonniers, cent cin* quante canons et tous les bagages étaient tombés au*pouvoir de l'ennemi. Le général anglais se hâta de restituer de si riches dépouilles aux palais ou aux églises d'où elles avaient été arrachées.

Londres tressaillit d'orgueil et de joie en ap« prenant un triomphe si va«le ,et si complet, qui lui rappelait ceux d'Aboukir et de Trafalgar. Jourdan avait perdu dans la mêlée son bâton de maréchal. Le prince régent, faisant allusion à ce trophée, dans une congratulation pleine'd'enthousîasme , nomma le duc de Wel* fington maréchal du Royaume-Uni.

C'était pour prévenir un tel désastre que Napoléon avait détaché le maréchal Soult de mn armée. Ce guerrier arriva du moins assez à tempff pour réparer la gloire de Tarmée.

168 HISTOIRE DE L*£MPIRE.

Le jour où M. de Metlernich déclara que l'Autriche entrait avec toutes ses forces dans la coalition ; fut dn jour d'allégresse pour toute la Germanie. Les hommes d'État les plus cuirassés de diplomatie et de mystère s'embrassaient et célébraient leur triomphe dans des banquets bruyants. 11 fut annoncé par des signaux et des feux de joie sur les montagnes. Cet enthousiasme^ plein de vengeance, était exalté par l'arrivée du général Moreau à Berlin, et par les honneurs qu'on lui décerna. Sans doute, en les recevant, il sentit dans son cœur la voix de la patrie qui protestait contre sa défection. De tels actes se conçoivent mieux dans des caractères bouillants tels que Coriolan, le comte de Warwick et le prince de Condé. Moreau semblait avoir bien plus les vertus d'un Camille que l'ardeur de ces hommes emportés. L'histoire peut difficilement alléguer ces motifs, et ne les recevra pas comme des excuses. On a dit que Bernadette et lui s'étaient proposé de se prévaloir des importants services qu'ils rendraient à la coalition, en se présentant comme médiateurs entre elle et leur patrie. Ce qui est constant, c'est que l'un et l'autre auraient eu horreur de contribuer à l'invasion de la France, et nous verrons que Ber-

nadotte refusa de passer le Rhin. Une ardente rivalité de gloire, militaire peut èlre assignée comme le mobile qui détermina Moreau. Alexandre lui offrait le commandement de son armée ou du moins la direction générale du plan de campagne de la ligue. Moreau avait pénétré dans ^ toute sa profondeur, le secret des grandes combinaisons stratégiques de son formidable rival; il croyait, et l'Europe semblait croire avec lui, qu'à lui seul était réservé le privilège de détruire le prestige dont s'environnait Tlnvin- ^ible.

Une autre défection ^ mais d'une nature moins importante, concourait avec celle-là pour perfectionner les plans de guerre des alliés. Napoléon avait attaché à son état-major le baron Jomini , Suisse de naissance, qui, dans plusieurs écrits, avait montré de profondes connaissances dans cette stratégie qui, inventée en quelque sorte par Frédéric le Grand, avait reçu de grandes applications des généraux de la République et particulièrement du ministre Carnot, et dont Bonaparte avait fait un art rempli de merveilles. On croit qu'il avait reçu communication du plan de campagne de l'Empereur pour la guerre de Saxe. Par des motifs non encore expliqués, il déserta peu de jours

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avant la reprise des hostilités ; et fut appelé au même emploi par l'empereur Alexandre.

Il fallait donner un généralissime à Tarmée des alliés qui allait se porter à six cent mille hommes. La grande déférence que Ton devait montrer à rAutriche fit nommer le prince Schwartzenberg. Mais les opérations de la campagne avaient été concertées dans une grande conférence entre les généraux, et Ton croit que les.inspirations qui prévalurent furent celles de Moreau et de Bernadotte. La pensée première était de porter, avec le plus de célérité possible/ toates les forces sur le point où Napoléon rassemblerait l'élite des siennes, et de négliger toutes les opérations partielles dans lesquelles on les avait trop souvent disséminées:

Ainsi se préparait le choc entre les peuples et Napoléon. Le monde n'avait point vu, même sous Tirruption des Barbares , une telle masse de combattants. Ce qui était beaucoup plus nouveau , c'étaient les assauts du génie de la guerre dans les deux camps.

Ce ne sont plus ici des batailles froidement meurtrières, commandées par les spéculations d'une politique avide et tracassière, ou par les intrigues d'une cour, ou par les caprices d'une fiiyorite, à des généraux courtisans, à des sol-

CONGKfcS DE PRAGUE (1813). 171

(lats automates. C'est la passion qui charge le fusil, qui lance le boulet; c'est la passion raisonnée qui soumet au niveau de la discipline Thomme fier de son savoir ou de la supériorité de son rang. Napoléon, par son exemple, les peuples par leur dévouement, ont fait une loi à leurs maîtres, empereurs, monarques ou princes souverains, de se trouver sur le champ de bataille* Le xix"" siècle remonte à cette loi des temps homériques. Au sacre qu'ils ont reçu de rÉglise, il, faut ajouter celui des balles^ et des boulets. Les passions cupides font une alliance secrète avec les passions généreuses. L'ardeur de se défendre est stimulée par l'ardeur d'envahir. Ici c'est Berlin ou Vienne dont on veut se venger; là, c'est Paris <ïont on veut enlever les richesses, ruiner les monuments^ écraser l'orgueil, en se noyant dans tous les plaisirs babyloniens qu'on lui reproche. Vous diriez un grand combat de la civilisation contre eHe-méme; c'est la guerre dans sa gloire la pl«LS éblouissante,. c'est la guerre dans 9a pins prdoiiide horreur.

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