‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 16 sur 51 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

SOMMAIRE

L'armistice est rompu. — L'Autriche se déclare et fournit à l'armée alliée un renfort de deux cent mille hommes. — Napoléon cherche à dégager ses forteresses. Pendant ce temps l'armée alliée attaque Dresde. — Gouvion Saint-Cyr s'y défend avec vigueur. — Dresde est prèle à tomber quand TEmpcreur entre dans ses^murs.^ Bataille générale. — Victoire éclatante des Français. — Mort du général Moreau dans le camp des alliés. — Napoléon poursuit sa victoire, — Quatre revers sanglants suivent ce grand succès* -— Son lieutenant Vandamme s'engage trop avant. — 11 est battu et fait prisonnier. — Macdonald est battu dans la Silésie. — Oudinot et Ney le sont tour à tour dans leur marche sur Berlin. — Défection de la Bavière et du Wurtemberg , qui vont se joindre aux alliés. — Fermentation de rAlIemagne. — Longue indécision de Napoléon. — Son séjour prolongé à Dresde.

L'Empereur a profilé des deux mois de l'armistice pour fortifier la ville de Dresde, dont il veut faire le pivot de ses opérations. Mais une guerre défensive ne convient ni à son génie, ni à Turgence de ses périls. Les promesses qu'il a faites à son armée en la quittant près du désastreux Vilna, il vient de les remplir. 11 a sous ses ordres trois cent dix mille hommes d'infanterie, parmi lesquels on en compte quarante

mille de cavalerie ^ tandis qu à Lutzen il ne pouvait opposer aux formidables escadrons des alliés que deux régiments badois. Sa nouvelle cavalerie est un objet d'admiration pour lui* même qui a su la créer en si peu de temps. Kellermann lui ramène cette grosse cavalerie qui a enfoncé les rangs de l'armée autrichienne, qui croyait à Marengo n'avoir -plus qu'à poursuivre une victoire. La cavalerie légère était commandée par des généraux d'un grand nom : Sébastiani, Latour-Maubourg , Arrighi et Nansouty. Nous avons laissé Murât frémissant de colère sous l'impression d'un bulletin qui blessait sa gloire. Les Anglais d'un côtéj, et de l'autre les conjurés italiens, connus sous le nom de carbonari , n'ont cessé de l'assaillir de promesses et de séductions , pour lui faire jouer, contre son bienfaiteur et son beau-frère, le rôle de Bernadotte. Il voit son trône en péril. On le lui garantit ainsi que la Sicile, s'il veut se mettre à la tête du grand mouvement qui peut reconstituer l'indépendance et l'unité italiennes. On a pu juger que la perspective d'un rôle si brillant, mais si coupable , le tenait incertain. Il a triomphé de cette épreuve; mais résistera- •t-il à de nouveaux revers, à de nouvelles alargues sur son trône? Il y tient encore plus que

ilk BISTOIBE DE L'SMPUIS.

S il y avait succédé à uue longue suite d'aïeux. Quant à Tarméedes alliés, elle se compose déjà de cinq cent soixante-dix mille hommes ave^ une réserve de quatre-vingt mille.

L'artillerie est présumée égale pour le nombre des bouches à feu entre les deux armées, mais avec une supériorité peu contestée d'intelligence et d'activité pour la nôtre. Deux corps, l'un sous les ordres deDavoust, et l'autre soùs ceux du maréchal Augereau , n'entrent point en ligne : l'un surveille les villes anséatiques et les mouvements insurrectionnels du Nord; l'autre commande une réserve à Mayence. Il faut aussi noter, parmi les absents, le général Rapp, enfermé à Danlzick avec un corps de vingt mille hommes. Un héros cher à deux nations et estimé de toutes, le prince Poniatowski , commande à quinze mille Polonais. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr est chargé de défendre Dresde avec quinze mille Français. Ney, avec vingt-cinq mille, est toujours destiné à porter les grands coups de la guerre auprès de Napoléon. Yandamme , à qui l'Empereur a promis le bâton de maréchal , est réservé pour une opération dont le suecès àera fatal. Oudinot est en marche sur Berlin ; Victor, Macdonald, Mar^ mont, Bertrand, Lauriston , commandent char

CUD à^ vingt mille homines, etReynier à quinze mille. Le maréchal Mortier a la gloire de commander la garde impériale , qui se porte à vingt-cinq mille hommes > petite armée qui semble en valoir deux. Napoléon, dès le début, a conçu un plan d'opérations pour couper Tarmée de Schwartzenberg de celle de Blûcher* C'est cette dernière qu'il poursuit. Blûcher paraît céder a cet effort. 11 donne quelques signes de précipitation et de désordre; mais son but est d'attirer Napoléon loin de Dresde , sur laquelle Schwartzenberg va se porter avec l'ensemble de ses forces. Le maréchal Gouvion Saint-Cyr devient le sauveur de l'armée par la résistance que, pendant quatre jours, il oppose dans ses retranchements , avec ses quinze mille hommes , à plus de cent mille. Le général Moreau , qui a tracé cet habile plan d'opérations , s'indigne de la lenteur et de la mollesse avec lesquelles Schwartzenberg dirige une attaque qui déconcerterait tous les plans de guerre de Napoléon ; il sent qu'avec un beaucoup moins grand nombre de ses vieux soldats, il aurait déjà emporté cette ville. Gouvion, cependant, a pu faire parvenir à l'Empereur l'avis de son ex* trême péril. Napoléon voit qu'il est temps de lui porter secours; et, déjà dans sa pensée, il

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triomphe à la fois de l'imprudence et de la lenteur de l'armée autrichienne , qui est venue se livrer à ses coups et lui offrir une victoire décisive pour l'ouverture de la campagne. Pendant l'armistice, il avait préparé son plan de bataille sous les murs de Dresde si Tennemi osait l'y affronter. Palissades, fossés, retranchements, batteries, redoutes, il avait tout disposé ; à chaque porte il avait placé d'avance un de ses grands corps d'armée. Tout devait agir à son heure et sans confusion. Sa crainte était que l'ennemi , frappé de ses grands préparatifs , ne renonçât à cette entreprise hasardeuse. Maintenant les Autrichiens y marchaient comme à un rendez-vous qu'il leur aurait donné. Toute l'armée partage son impatience et son brillant espoir. La ville* de Dresde, qui craint les horreurs d'un assaut, implore comme un libérateur un conquérant contre lequel elle conserve sa haine germanique. Le roi de Saxe > surtout, appelle de ses vœux le souverain auquel il garde une amitié" fidèle et courageuse. Dans la nuit du 26 , Dresde s'éveille avec joie. C'est l'Empereur; il galope sur le pont, toute son armée le suit dans un long et silencieux défilé. Chacun des corps se rend à un poste qui lui a été indiqué d'avance. Les soldats bivoua-

quenty joyeux dans les rues^ comme s'ils tenaient déjà la victoire. Saint-Cyr est félicité de sa belle défense. Il était du nombre de ces généraux éprouvés et sincères qui inclinaient pour la paix. Qu'aurait fait de mieux, pour arrêter une armée de deux cent mille hommes, un général qui aurait partagé Topiniâtreté guerrière de Napoléon ?

Le jour se lève, il est sombre, et bientôt fond sur les deux camps une pluie diluvienne ; elle va contrarier les plans de Schwartzenberg, qui s'est enfin décidé à une attaque générale des armées russe et prussienne : Tune est arrivée , l'autre en marche pour le seconder. Trois puissants souverains sont là pour enflammer l'ardeur de leurs soldats. Un autre personnage , qui ne porte point une couronne, n'occupe pas moins l'attention et fait naître encore plus l'espoir des alliés : c'est le général Moreau , qui s'est engagé à tourner contre Napoléon luimême, les secrets de sa tactique et de sa stratégie. Malgré la tempête qui se déclare, il n'est plus temps de reculer. On croit l'Empereur absent et poursuivant Bliicher dans sa retraite. Les premières opérations des alliés s'annoncent avec une vigueur inaccoutumée ; une des redoutes principales a été emportée par eux , mal-

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gré une belle défense; les feux d'une batterie sont éteints par le canon ennemi. Une colonne s'est emparée du faubourg de Pirna, et déjà retentit dans toute Tarmée le cri de « Paris ! Paris ! » Napoléon l'a entendu avec un sourire menaçant. Déjà percé jusqu'aux os, il reçoit avec délices une pluie qui force les alliés à se déployer lentement sur un terrain fangeux. « Il est temps , s'écrie-t-il , de leur apprendre que je suis là. » A son signal toutes les portes de la ville s'ouvrent comme autant de bouches d'un volcan. Pas un de ces corps qui ne soit bientôt appuyé par un second, puis par un troisième; jamais on n'a vu de mouvement mieux coordonné au milieu du double ouragan des cataractes du ciel et des foudres terrestres. Mais ce qui frappe le plus l'ennemi de stupéfaction, c'est de voir reparaître une cavalerie française, une brillante et nombreuse cavalerie, et à sa tête ce foudroyant Murât , qui se fait reconnaître de loin par ses panaches ondoyants et par son manteau de pourpre brodé d'or. Voici encore la vieille garde qui reparaît, comme sortie miral^uleusement des neiges de la Lithuanie. Trois de ses vieux chefs , Dumoustier^ Tyndal et CambroQe, dirigent la furie opiniâtre de sas attaquas. L'armée ennemie goûte une joie d'un

moment en voyant tomber sous ses balles deux de ces généraux, Tyndal et Dumoustier. On les voit tous deux reparaître avec une ardeur nouvelle. La redoute^ jonchée de morts est reprise. Ney, de son côté , a repris le faubourg de Pirna , en faisant un grand carnage parmi ceux qui l'avaient occupé. Les portes de Dresde ne ces^ sent plus de s'ouvrir à de nouveaux combattants. Victor et Marmont viennent couronner de si brillants succès. Ils s'emparent d'une colline sur laquelle tout à l'heure trois souverains^ accompagnés du général Moreau^ suivaient les mouvements de la bataille, « Napoléon est icil » s'est écrié Schwartzenberg , et il prend toutes ses dispositions pour une retraite qu'il conduit en bon ordre. Cambrone seul a fait prisonnier un bataillon ennemi. Ce trophée^ qui manquait à Bautzen, ne satisfait que fdblement Napoléon, a À demain ! » dit-il. Le général IMlo^ reau, forcé de se retirer, frémit de n'avoir tra-» versé l'Atlantique que pour assister à un nou-; veau triomphé de son rival. Il per^i^^e à Fempereur Alexandre que l'attaque peut se re* commencer le lendemain avec plus de succès i parce que dcmx nouveaux corps 'd'armée viendront grossir les f<n^es des alliés. Et l'empereur Alexandre dit comme Napoléon : « A demain, n

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« A demain , » répète avec joie le général Moreau , et ce sera le dernier jour d'une carrière jusque-là si brillante et si pure.

La bataille recommence le 27. Malgré l'éclat de ces journées ; dignes d'une Iliade^ je ne puis plus donner qu'un résultat sommaire de cette seconde journée. Ce résultat peut se présenter avec clarté , parce qu'il est dû à une conception simple et forte de Napoléon. 11 faut donner un grand rôle à cette cavalerie ressuscitée, Murât le réclame. Napoléon lui donne l'ordre de faire un grand mouvement sur l'aile gauche de l'ennemi, de le déborder, de le tourner et de couper sa principale communication. Et pendant ce mouvement, l'armée de Victor l'attaquera de front. Sur un autre point, sur celui de Pirna, son flanc sera attaqué par la jeune garde, que déjà l'on ne peut plus distinguer de ses aînées. Quatre des divisions de ces deux corps sont commandées par le maréchal Ney, les deux autres par le maréchal Mortier. A Fexlrémité du centre , Marmont , avec des réserves , occupera l'attention des alliés. Déjà le roi de Naples s'est emparé d'une hauteur qui domine tout le camp. La cavalerie renommée des Autrichiens et des Russes, frappée d'étonnement , cède à ses premiers efforts. Sur la gauche, du côté du

grand jardin , Saint-Cyp débouche , avec deux bataillons de la vieille garde. L'attaque , si générale, est d'abord contrariée par des torrents de pluie qui se répandent avec autant de fureur que la veille. L'artillerie en triomphe et chasse les nuages. Une éclaircie radieuse permet à Napoléon 9 trempé jusqu'aux os, de surveiller et de coordonner tous les points d'une si vaste attaque. Tout éclate à la fois : les Russes ont retrouvé Murât et Ney dans la vigueur de leurs attaques. La jeune garde, sous ce dernier chef, surpasse les prodiges qu'elle a opérés sur les champs de Lutzen et de Bautzen. La victoire n'est plus douteuse , et cette fois elle sera signalée. Mais au milieu de ce choc qu'on appelle celui des nations , voici un incident plus frappant encore de l'épopée napoléonienne (car on peut diviser la vie du conquérant en diverses épopées). Au milieu de ce choc , que l'histoire appelle déjà la bataille des nations, il a remarqué une batterie de sa garde qui, placée dans un lieu désavantageux , souffre beaucoup du feu de l'ennemi et produit peu d'effet par le sien. Il y court pour corriger le vice de cette position, et trouve les artilleurs mornes et découragés. Armé de sa longue-^vue, il plonge sur le camp ennemi et y découvre un groupe qui lui paraît

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indiquer des personnages importants. Il se souvient du boulet qui a enlevé à ses côtés son ami f le maréchal du palais Duroc et le général Kirgener. Le ciel semble lui offrir une revanche à prendre. 11 la saisit et dit à un canonnier de sîj garde : « Tirez là et visez juste. « Un trouble fort apparent qui se manifeste dans les rangs ennemis, et particulièrement dans le groupe sur lequel son attention s'est portée, lui révèle que le boulet a frappé une victime illustre. Cependant la victoire se poursuit et fait un théâtre de désolation de ces vallées qui tout à Theure offraient la végétation la plus éblouissante et la plus riche.. La place et les rues de Dresde s'encombrent de canons et de bagages pris à l'ennemi. Quinze mille hommes sont prisonniers, parmi lesquels on compte plusieurs généraux autrichiens. A trois heures l'ennemi est en pleine retraite.

Napoléon ignore encore jusqu'à quel point la fortune Ta favorisé dans cette seconde journée. Le lendemain, tandis qu'il indiquait à ses divers corps d'armée de nouvelles directions à suivre jyour achever d'accabler l'ennemi , on lui amène un paysan qui a vu s'arrêter dans son village les souverains alliés. 11 a vu emporter un général qui, plaeé près de l'empereur

BATAILLE DB DRESM ET SfiS SUITES FACHEUSES. 183

Alexandre, a eu les deux cuisses emportées par uu boulet. Le paysan n'en peut dire le nom , mais il ne doute pas, aux regrets que cette perte causait aux souverains, que ce ne soit celle de Tun des personnages les plus importants de Tarmée. La pensée de TEmpereur s'arrête sur le prince de Schwartzenberg. « C'était un brave homme, dit-il, et je le regrette. » Puis il ajoute : (( C'est donc lui qui purge la fatalité ! ]'ai toujours eu sur le cœur l'événement du bal comme un présage sinistre; il est bien évident maintenant que c'était à lui que le présage s'adressait. » La vérité se fait bientôt connaître : un lévrier, qui suivait le maréchal blessé, est resté dans un village voisin, et le roi de Saxe s'est hâté de faire passer à Berthier le collier du chien. On y lit : c< J'appartiens au général Moreau. »

Ainsi un boulet avait terminé , dès le premier choc , ce grand duel de gloire et de science mi* litaires que Moreau était venu chercher des rivages du nouveau monde, contre un rival devenu Tobjet de sa haine la plus profonde. Il avait été frappé à côté de l'empereur Alexandre. Il eut le malheur de survivre quatre jours à une blea^ sure qui ne lui laissait plus qu'un tronc inha^bile à tout mouvement. Un billet , qu'il écrivit

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le soir même à sa femme ^ décèle à la fois les tortures physiques et morales qu'il cherchait en vain à déguiser. Ou y lit ces mots ^ si peu dignes de lui et de son rival : « Ce coquin de Bonaparte est toujours heureux. » Pendant ces jours de souffrances^ où il montrait l'impassibilité du soldat , il disait : « J'avais toujours désiré de finir par un* boulet. » Mais peut-on douter qu'au fond de sa pensée il ne fût déchiré d'avoir reçu ce boulet dans un camp ennemi ? Si, comme on le croit, il s'était bercé de l'espoir de devenir, après la ruine de Napoléon, un puissant médiateur entre sa patrie et l'étranger, et même d'y rétablir la liberté constitutionnelle, fout concourait à détruire une illusion qui était sa seule excuse. N'avait-il pas entendu ces mots tant de fois prononcés dans Y armée des nations : « Paris ! Paris ! » Les souverains voudraient-ils s'arrêter quand leurs peuples les poussaient à cette grande conquête?

Cependant Napoléon ne jouissait pas complètement de son triomphe. Sa constance à braver les intempéries du ciel avait été suivie d'une indisposition qui parut d'abord assez grave, mais qu'une forte transpiration termina bientôt. Ses soldats le portaient aux nues. Son regard semblait dire aux ministres et aux gé-

néraux qui avaient insisté sur des sacrifices pour obtenir la paix : « Voyez si je peux démembrer nlon Empire y quand mon génie reste tout entier. » Suivant M. Fain, qui accompagnait TEmpereur, les généraux paraissaient alors humiliés de la prudence qui avait régné dans leurs représentations. Humiliés , et pourquoi? Ne venaient-ils pas de faire éclater de nouveau leur héroïsme et leur fidélité? Quoi de plus beau que d'être à la fois un courtisan courageux et un serviteur, je devrais dire un ami intrépide! Ils avaient dit vrai avant le combat ^ et même après une victoire qui était autant leur ouvrage que celui de Napoléon; Ils disaient encore vrai , s'ils lui conseillaient de se défier de la fortune, prête à le quitter pour toujours, ou du moins à ne lui accorder plus que des faveurs éphémères, que des adieux aussi brillants que perfides. Ici reprend à la fois la série de ses malheurs et s'accroît celle de ses fautes politiques. Je serai même forcé de prononcer une fois le mot de fautes militaires.

La victoire de Dresde aura-t-elle les brillants résultats de celles d'iéna et d' Auerstadt ? L'Empereur a pris de telles mesures, que tout lui en permet l'espoir. Le maréchal Oudinot, même avant ce grand succès, était en marche

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sur Berlin. Ne va-t-il pas trouver l'armée prussienne, celle du général Bulow, affaiblie par les renforts qu'elle a fournis aux Autrichiens? Le maréchal Davoust a quitté les rivages de la Bal* tique pour se rapprocher d'Oudinot et seconder son attaque. Macdonald est resté en Silésie pour continuer une attaque vigoureuse que Napoléon avait commencée lui-même avant d'être appelé au secours de Dresde. Ne pourra-t-il pas entrer dans Breslau , capitale de la Silésie , au moment même où le maréchal Oudinot nous vengera dans Berlin de l'arrogance prussienne et des prédications furibondes dont elle remplit l'Allemagne? Quelque brillant que soit ce double espoir, il attend un succès plus décisif de l'armée du général Vandamme. Il l'a laissée à dessein dans la Bohême, pour couper au prince de Schwartzenberg sa retraite sur ce royaume. C'est un de ces généraux qui ont tîonservé dans un haut grade , l'âme , le langage et le dévouement du grenadier. Tel est son zèle que, jusque dans les mesures rigoureuses qui lui sont prescrites , il ne craint point d'aller au delà de ce que l'Empereur et la nécessité lui demandent. Il se fait un mérite d'être détesté du peuple allemand. Quelle ne doit point être son ardeur aujourd'hui ? Il va courir

à travers les montagnes de la Bohème et les rangs ennemis , après ce bâton de maréchal que Napoléon vient de lui promettre. Vingt-cinq mille hommes sont sous ses ordres ; il peut lancer une assez forte cavalerie sur une armée autrichienne tout à Theure formidable j il est vrai y mais qui, débandée après une bataille décisive y peut difficilement retrouver ses chefs, sa confiance et sa discipline; telle est du moins ridée qu'il s'en forme. De quels nombreux troupeaux de prisonniers sa marche triom* phale ne sera-t-elle pas accompagnée ! Maître des sommets de Péterwald, il s'est emparé bientôt de Culm , et déjà il brûle d'aller troU"* bler dans la ville de Tœplitz , les délibérations des souverains, des princes et des diplomates alliés ; mais pour pénétrer jusqu'à ce quartier général y pour l'enlever s'il se peut, il faut s'enfoncer dans une vallée profonde. S'il parvient à s'emparer de celte ville , il peut barrer toute retraite à une armée de deux cent mille hommes, qui, poursuivie par Napoléon luimême, ne descendra des montagnes que pour s'engager dans des ravins , dans des bourbiers dont il vient de reconnaître le danger. 11 n'est plus qu'à une demi-lieue de Tœplitz ; il a battu facilement les corps qui pouvaient s'opposer à

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sa marche. L'empereur Alexandre a vu tous les dangers de ses alliés et le sien même. Il appelle un de ses plus intrépides officiers, le comte Ostermann, qui commande les grenadiers de sa garde : ((Va, lui dit-il , barrer le passage au sanglier qui s'élance sur nous. C'est à toi de sauver dans ce moment décisif , la cause de tant de rois^ de tant de peuples. Fais du vallon de Tœplitz des Thermopyles. Un jour on lira sur un monument : C'est ici que dix-huit cents grenadiers russes ont arrêté et battu vingts cinq mille Français. »

Ostermann s'est éhncé à ce poste de la mort, et par une terrible volte-face il a déconcerté Yandamme qui ne s'attendait plus à nulle résistance. Le combat s'engage dans une position dont les Français subissent tout le désavantage. Ostermann a un bras emporté et reste au milieu de ses grenadiers dont les rangs s'éclaircissent et se reforment avec une prestesse toute française. Mais pendant que Yandamme et son avant-garde combattent corps à corps avec des ennemis resserrés dans un étroit espace , il voit un nouveau danger fondre sur lui. C'est une armée prussienne du général Kleist qui vient l'assaillir par derrière ; elle a tourné les hauteurs de Péterwald. 11 faut courir à ces nouveaux en-

nemis. D'abord les Prussiens ne peuvent résister au choc furieux du général français Corbi* neau. On se presse ^ on s'entasse ^ on s'égorge sur une chaussée étroite^ dominée par de hautes montagnes ; on ne peut plus passer que sur des monceaux de cadavres. On éprouve une même difficulté à mouvoir ses bras que ses pieds ; la victoire a ses alternatives. L'artillerie prus-» sienne a été prise et reprise. Les deux généraux ennemis Kleist et Yandamme sont eux-mêmes faits prisonniers ; mais Kleist est délivré par les siens, et Yandamme reste au pouvoir d'ennemis habitués à maudire son nom. 11 est couvert d'outrages et promené en captif à Prague , où le peuple mêle ses imprécations à celles des soldats. Une grande partie de son armée a mis bas les armes avec lui. Le général du génie Haxo qui avait été retenu à Culm est au nombre des prisonniers. Artillerie et bagages , tout est perdu , et voilà les lamentables résultats de l'une des plus grandes victoires de Napoléon*

L'orgueil humain est souvent châtié par de cruelles ironies de la fortune.

La nouvelle de ce revers inattendu était d'au* tant plus accablante pour Napoléon qu'il venait d'apprendre les graves échecs subis par Oudinot dans sa marche sur Berlin et par Macdonald

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dans laSilésie; une erreur continuelle régnait pour la première fois dans les plans militaires de Napoléon. Il se trompait non-seulement sur les forces numériques de chacun des corps qu'il avait à combattre, mais, ce qui était plus grave encore, sur leur force morale. L'enthousiasme nouveau dont elles étaient saisies, échappait à ses calculs. Il était loin de s'attendre qu'Oudinot marchant sur Berlin avec les généraux Bertrand et Reynier , qui réunis formaient à peine cinquante mille hommes, allait rencontrer sur son passage Bernadotte avec cent mille. Cette armée formait une masse hétérogène de Suédois, de Prussiens, d'Anglais, d'Allemands des différents cercles et enfin de Cosaques commandés par Czernicheff, troupes nouvelles pour la plupart, mais enflammées de patriotisme et de cupidité vindicative. Une discipline sévère y régnait, et Bernadotte avait donné à ses belli* queux Suédois et à leurs alliés cette vivacité de mouvement, particulière au soldat français. Le • prussien Bulow avait déjà remporté quelques avantages sur les. généraux Reynier et Guille^ minot. Oudinot sentait tout son désavantage , mais il avait l'habitude de vaincre et non de reculer. La bataille s'engagea à Gross-Beeren a¥ec des chances lofngtemps balaaeées*

Mais les Saxons, auxiliaires devenus suspects^ soutinrent mal une charge vigoureuse du général Bulow. Notre centre fut compromis j le général Guilleminot fut chargé de le couvrir et y réussit. Oudinot à force de bravoure se maintint jusqu'à la nuit dans toutes ses positions; mais il avait éprouvé des pertes qui rendaient plus que jamais le combat inégal. 11 se décida à la retraite. L'entreprise sur Berlin était manquée.

Celle de la Silésie fut beaucoup plus déplorable; Macdonald qui la commandait^ se trouva en présence de Blûcher qui , averti du départ de Napoléon pour Dresde, interrompit une retraite qu'il avait prolongée à dessein pour l'attirer loin de ses lignes. Plein d'un feu de gloire et de vengeance il reprit l'offensive. Plusieurs circonstances fatales pour notre armée favorisèrent le succès du général pruâsien. Il livra la bataille sur les bords de la Katzbach. Nos troupes ne purent s'y présenter avec ensemble; des torrents de pluie et un épais brouillard avaient déconcerté leur marche au point que deux fortes divisions se heurtèrent dans un défilé d'où elles ne purent ae dégager qu'avec peine et des sacrificcis. 11 arriva que les cavaleries prussienne et russe chargèrent MacdoQiddy

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lorsque la sienne était encore sur ses derrières. Les résultats en furent désastreux. La division Putliod , coupée dans sa marche par des ruisseaux devenus des torrents, ne put ni porter ni recevoir du secours; Macdonald perdit quinze mille hommes et cent pièces de canon, et fut obligé d'évacuer la Silésie.

A huit jours de distance, une quatrième défaite vint déconcerter, au moins pour un moment, Taudacieux plan de campagne conçu par Napoléon. Le nom du guerrier qui avait subi ces revers en augmentait beaucoup la gravité. C'était le maréchal Ney, ce héros de la Moskowa, cet homme indomptable aux éléments ainsi qu'à l'ennemi. Le nom de son vainqueur rendait encore l'irritation plus profonde. C'était un Français que l'offre d'un trône avait rendu Suédois, ce général Bernadotte , dont les talents quoique justement honorés n'entraient point en parallèle avec ceux du plus intrépide successeur du duc de Montebello. Les forces étaient inégales; Ney avait peut-être été emporté par son ardeur belliqueuse et par sa confiance dans de premiers succès. 11 avait fait replier devant lui le général prussien Bulovsr. Il marchait sur Baruth à trois journées de Berlin, et ne doutant pas que l'Empereur ne vînt bientôt à son secours , il avait

engagé Taction le 5 septembre contre le général Bulow. Il paraissait tenir une victoire déjà chèrement achetée, lorsque Bernadotte parut sur le champ de bataille avec quarante mille hommes. Il fallut songer à la retraite ; elle se fit en désordre, Ney y perdit huit mille hommes et douze pièces de canon.

Frappé de tant de coups qui faisaient presque évanouir la grande victoire de Dresde, Napoléon reste quelque temps absorbé dans un morne silence > et, ce qui est nouveau pour lui, reste inactif pendant quelquesjours.il prévoit un plus grand malheur encore; la fidélité de deux rois qui lui doivent ce titre , celui de la Bavière et celui de Wurtemberg s'ébranle. Ils murmurent déjà quelques mots de neutralité, et Ton a vu ce qu'est devenue celle de l'Autriche. Ne suivront-ils pas cet exemple? Ne se laisseront-ils pas séduire par Tadroite et profonde diplomatie du comte de Metternich ? Ne reprendront-ils pas leurs liens avec un suzerain qui les a dominés si longtemps et qui a fait trembler si souvent la Bavière? Sans doute ils attendent encore Tarrêt de la fortune. La victoire de Dresde les a rattachés quelques heures; mais les jour-^ nées de Culm, de Gross-Beeren en ont trop fait avorter les résultats et les ont trop changés en

i%U HISTOIRE DE L'£MPIRE.

Hfï€ «alamité nouvelle. L'esprit germanique BOufQe trop chez leurs peuples , pour ne pas pénétrer dans leurs cours et dans leurs cabinets. Un événement qui vient <îe se passer dans le eamp même de Napoléon démontre quelle est la force de ce courant qui entraîne les peuples à l'indépendance et à la rébellion. Deux jours avant la bataille de Dresde, deux régiments westphaliens sujets de son frère Jérôme, ont déserté en passant dans les rangs ennemis. Exemple fatal pour les Saxons, qui dans leurs bivouacs répètent souvent les chants patriotiques et belliqueux des nouveaux bardes de la Teutonie. N y aurait-il pas quelque chose de suspect dans la manière dont ils ont lâché pied dans la bataille de la Katzbach? Il esivrai que leur monarque se montre inébranlable dans la voi€ de la reconnaissance et de Fhonneur^ mais sera-t^il toujours obéi? La conspiration générale contre Napoléon a partout des mis* sionnaires chez les femmes, et celles de la SsLxe sont les plus enthousiastes et les plus élchquentes«

Napoléon sort de cette méditation qui lui montre une avalanche de peuples se grossissani toujours et roulant contre lui; il en sort avec une hardiesse de conception dJgne d'un homme

qui semble ne régner et ne vivre que sous la loi d'étonn€r toujours le monde* Il veut se montrer aussi haut . dans 9on naufrage que sur le tr6ne où il rangeait tant de rois à ses pieds. C'est dans son foyer qu'il veut étouffer l'incendie prêt à te dévorer. Il déclare à ses généraux étonnés sa résolution de marcher sur Berlin. C'était le plan avec lequel il s'était mis en marche en ouvrant celte nouvelle campagne. Napoléon a-t-il jamais renoncé à l'un de ses plans? La terreur rentrera dans le cœur des rois et des peuples, quand il passera son armée en revue à Postdam* Il la grossira de ses garnisons blo« quées dans la Prusse et dans la Pologne.

C'était un plan digne de celui que l'histoire prête à Milhridate vaincu. Et sans doute son génie était habile à le colorer de grandes apparences de succès. C'était ainsi que, sur les cendres de Moscou , il avait parlé de marcher sur Saint-Pétersbourg. U n'était alors, comme je l'ai dit, aucun de ses généraux qui n'eût combattu cette 'résolution désespérée par des raisons qu'indiquait la commune prudence. Fallait-il, quand le retour dans la patrie devenait si incertain^ se porter à deux cents lieues vers te cercle polaire, braver l'hiver sur son trône, dans la saison où s'annonçaient ses première»

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rigueurs , et oublier enfin que Tannée de Kutusof , incomplètement battue à la Moskowa^ et se recrutant dans un pays tout belliqueux , pouvait gagner sur lui des marches pour la défense de Pétersbourg, oja couper ses commu«nications et le réduire aux rigueurs de la famine et d'un horrible froid ? L'expédition sur Berlin projetée par Napoléon j ne présentait pas sans doute des chances aussi désespérées; mais la défense du sol français contre une invasion dix fois plus redoutable que chacune des précédentes, ne devait-elle pas être le premier objet qui s'offrit à la pensée de ses intrépides défenseurs de la patrie? La marche sur Berlin, tentée après quatre échecs si récents et si graves contre des forces doubles animées par le succès, pouvait avoir une conséquence effroyable : elle faisait craindre une destruction presque complète de la seconde grande armée que Napoléon avait formée miraculeusement pour la défense de nos frontières. Les conscriptions étaient épuisées et dépassaient déjà l'âge requis par les lois. Pourrait-il remplacer une ardente jeunesse par des invalides, par des hommes qui avaient payé de leur sang la dette à la patrie ? Ne vous y trompez pas, lui disait-on, la guerre actuelle a pris un caractère tout nouveau. Nous marchons

contre des peuples eDrégimentés. Leurs forces s'accroîtront/ par les coups que nous pouvons leur porter. Tuons-en cent mille, il en renaîtra un million. Soumettre de nouveau Berlin, c'est un grand exploit sans doute , mais ce n'est pas étouffer la vengeance qui bouillonne dans le cœur des Prussiens et qu'ils ont communiquée à toute la Germanie. Si les armées régulières venaient à leur manquer, ce qui n'est nullement probable y ils se formeraient en hordes de Cosaques y en guérillas; car c'est Tesprit de l'Espagne qui souffle maintenant sur la Germanie* Faudra-t-il livrer nos frontières, nos provinces, nos villes les plus florissantes à ces invasions de barbares? Barbares ! non , ils ne le sont plus pour l'art de la guerre. Leurs capitaines, tant de fois battus, se sont formés depuis vingt-cinq ans aux sévères leçons que vous leur avez données. S'ils n'ont pas beaucoup de génie, ils savent du moins éviter les grandes fautes que vous leur avez fait si durement expier. Il règne de la méthode jusque dans ce ^mouvement insurrectionnel. L'Allemand est né discipliné* En un mot, il s'agit moins aujourd'hui d'une offensive contre laquelle la fortune se déclare, que d'une défensive régulière et vigoureuse dont nous possédons encore toutes les res-

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sources. Des attaques téméraires et malheureuses pourraient les anéantir.

Peut-être on me demandera si quelques mémoires laissés par nos grands généraux, m'autorisent à leur prêter de telles représentations. Je répoudral que je n'en connais point; mais puîs^ quil est certain qu'à cette époque, ils lui ont parlé un langage courageux et sévère, il me paraît impossible qu'il ne se soient pas appuyés sur des considérations de cette sorte, en les revêtant de Ténergie et de la franchise du langage militaire, que je n^ai point tenté de reproduire. Les écrivains les plus dévoués à la cause de Napoléon parlent uniformément de cette résistauce qu'abrs il a rencontrée chez ses généraux, et dont plusieurs avaient fait des essaijs malheureusement infructueux à Vitepsk e( àSmolensk. Le zèle de ses apologistes me paraît aller trop loin, quand ils osent accuser ces vétérans de la victoire d'avoir perdu une vigueur qui ne se conservait plus que dans l'àme de Napoléon. Eh! ne l'avaientr-ils pas signalée dans les combats dont ils sortaient? ne l'ont-ils pas &it éclater plus héroïquement encore dans ces trois funestes batailles de Leipsick , qui furent trois hécatombes de généraux français ? Pourquoi ose^t->on dire iqu'ils regrettaient les délices de leurs palais.

BATAILLE DE DRESDE ET SES SUITES FACHEUSES. iM

de kttfs châteaux somptueux , délices qn'th n'ayaient pu connaître que pendant un si petit nombre de jours? Est-ce qu'aucun d'eux aurait pu en jouir dans une patrie qui, par leur lâche abandon ou leur mollesse tardive^ aurait été trou» quée , mutilée^ asservie? Us songeaient^ dit-om encore à leurs familles; oui^ sans doute, mais ils songeaient aussi aux nôtres , et Napoléon ne les sacrifiait-il pas à son inflexible orgueil? Je n'aime pas que Thistoire absorbe dans un seul homme la gloire de ses plus illustres contemporains^ et qu'elle calomnie leur pvudence pour couvrir sa témérité.

L'égoisme vulgaire se décrie par sa pusilla*nimité ; l'égoïsme de la gloire éblouit par un air de grandeur : tel était celui de Napoléon* Une volonté indomptable avait été la principale cause de ses succès; elle devait devenir celle de ses revers les plus accablants. Les re^ présentations de ses généraux ne l'ont point cei^ vaincu; il paraît hésiter, mais qu'il est loin msieore de songer à une retraite sur le Rhin ! Pendant quarante jours il reste dans la ville de Dresde. Il y attend une bataille générale, c'est-àdire une victoire qui lui rendra la plus grande partie de ses conquêtes et le mènera jusqu'à Dantziek. Le Mémorial de Sainte^Hé&ne prouve

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qu'il n'avait point abandonné cette pensée. Mais cette bataille ne vient pas; les alliés l'évitent malgré la supériorité de leur nombre. Tout se passe de part et d'autre en marches et contremarches dont le but paraît indéterminé. Pendant ce temps, les alliés reçoivent des renforts qui leur viennent des progrès de l'insurrection dans le Nord. Une armée nouvelle, une armée de soixante mille hommes entre déjà dans leurs rangs : c'est celle de Bennigsen. Les Tartares de toutes tribus, Baskirs, Cosaques et Kalmouks y semblent entraînés par le mouvement qui les porta sous Attila jusqu'au cœur de l'empire romain. Des milices irrégulières y sont mêlées sans confusion avec des troupes fort exercées à la tactique européenne. Les uns brillent par la hauteur et les belles proportions de leur taille, par la beauté de leurs coursiers et la richesse de leurs habits; les autres épouvantent par leurs traits hideux et leurs mœurs sauvages. lien est qui, n'ayant pour toutes armes qu'un arc et des flèches, excitent la risée de nos guerriers ; troupeau de tigres après le combat, bétail ignoble et servile dans le repos. Ce n'est rien encore; la déception de la Bavière et du Wurtemberg , que craignaient nos généraux se déclare et foule toute loi de l'honneur

militaire. Le général bavarois Dewrède^ que le sévère Napoléon a traité en ami , a passé dans le camp des alliés et se montre le plus acharné à la perte du grand homme. Nous le verrons bientôt réclamer Fhonneur de lui porter les coups les plus décisifs, heureux s'il pouvait traîner comme son prisonnier celui dont il s'est montré le plus fervent admirateur! Les régiments westphaliens désertent à grands flots; un' régiment saxon a déjà passé à l'ennemi. Bernadotte a ouvert une correspondance mystérieuse avec les autres corps de l'armée saxonne. Napoléon qui les surveille avec ombrage, leur adresse des harangues qu'il fait traduire; mais les chants belliqueux de leurs bardes ont plus de prise sur leurs cœurs.

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