CHAPITRE XLII
BATAILLE AE LEXPSICK (1813).
Fatale journée de Leipsick. — L'armée française est en retraite. — Le corps saxon passe dans les rangs ennemis. — L'armée française est forcée à la retraite. — Horrible accident da pont sur l'Elster, qui livre vio^t-trois mille Français aux ennemis. — L'armée coo»* tinue sa retraite. — - Les Bavarois marchent à sa rencontre pour faccabler. — CTombaV et viotoire de Blanaa.
Le 8 octabre, TEmpereur s'est décidé enfin à quitter Dresde y où la bataille générale se fait trop attendre. C'est sur Leipsick qu'il marche ^ et de là il se portera sur Magdebourg^ qu'une forte garnison française occupe encore. Cette importante forteresse deviendra son centre d'opérations pour son mouvement sur Berlin. Le nombre de ses ennemis presque doublé aujourd'hui, sera bientôt triplé. La grande victoire de Dresde est plus que contre-balancée par les sanglants revers qu'ont subis presque en même temps ses lieutenants Yandamme, Oudinot^ Macdonald et Ney. Mais il n'a encore abandonné dans sa pensée aucune de ses premières conquêtes. S'il quitte Dresde, c'est pour y revenir^
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car il y laisse sous les ordres du maréehai Saiut-Cyr, trente mille hommes dont il appauvrit son armée. Faute inconcevable chez un si grand capitaine dont le principe est de tomber toujours sur Tennemi par grandes masses. Notez qu'il n'a point encore rallié à lui son armée du Nord , sous le commandement du maréchal Davoust; sans compter les fortes garnisons qu il a laissées dans plusieurs places de la Prusse et de la Pologne. C'est sans doute un bel hommage qu'il rend à la plus vaillante armée du monde; mais son premier soin ne devrait-'il pas être de la conserver dans sa force? Il fatigue le ciel en lui demandant trop de miracles. A peine est-il arrivé à Leipsick , que tout wor spire à dissiper ses brillantes illusions. Il se voit enveloppé avec ses cent trente mille hono- . mes par une armée fort supérieure. SchwartzeiH berg le presse sur ses derrières et lui coupe ses communications avec Dresde. L'emperew Alexandre^ Bltlcber et Bernadotte développent devant lui, sur trois autres points, leurs colonnes immenses. Pour lui, il n'a reçu d'autre renfort que celui du maréchal Augereau, qui lui amène de Mayence quinze mille hommes de réserve, parmi lesquels on en compte trois mille de cavalerie. Il va être forcé de recevoir
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la bataille, lui qui voulait la livrera son heure, à son choix. Il faut se faire jour, et tout dit que c'est pour regagner le Rhin.
Une ardeur toute nouvelle rè^ne dans les rangs ennemis ; la pesanteur autrichienne a reçu un vif élan. C'est Schwartzenberg qui s'offre le premier pour engager la bataille. >^*ar une épouvantable progression de massacres guerriers, elle va durer trois jours. Un tel récit doit rebuter les plus intrépides lecteurs des exploits militaires. Malgré le grand éclat des noms historiques etTimmensité des résultats, l'horreur du massacre y prédomine sur les idées de gloire; la pitié étouffe l'admiration. C'est une bataille qui ressemble à celle de Cbâlons , où le patricien Aétius défendit contre Attila la civilisation romaine décrépite. Elle rappelle aussi celle que se livrèrent à Fontenay, les trois fils dénaturés de Louis le Débonnaire. Si vous voulez vous pénétrer du génie militaire, lisez plutôt cette autre bataille de Leipsick o& la victoire de Gustave-Adolphe obtint une brillante conquête pour la liberté des cultes en Allemagne. La gloire militaire est souvent en raison inverse du nombre des victimes qu'elle coûte. Je vais me borner à indiquer des résultats, et l'on m'en saura gré.
Le 16 octobre I trois batailles furent engagées à la fois autour de Leipsick, entre Tarmée des alliés^ forte de deux cent trente mille hommes^ et celle de Tenlpereur des Français , qui n'en avait que cent trente-six mille. Combien ne dut-on pas regretter, pour diminuer cette infériorité numérique, les trente mille hommes de Gouvion Saint-Cyr laissés à Dresde ! Elle eut trois théâtres différents, ou plutôt se divisa en trois batailles : Tune sous Leipsick et près de Yachau dont elle porta le nom, entre le prince Schwartzenberg et Napoléon; la secoude, sur les bords de la Partha au nord, entre le maréchal Ney, Blûcher et Bernadotte; la troisième, qui avait ponr objet d'ouvrir la retraite, entre le général Bertrand et un corps d'alliés sous les ordres du général autrichien Giulay. La première fut indécise; l'attaque des Autrichiens avait été d'une vigueur inaccoutumée, et nos postes avaient été obligés de se replier. Un -effort vigoureux de Murât , Latour-Maubourg et Eellermann , nous fit reprendre l'offensive. Le village de Gossa avait été enlevé avec vingtsix pièces de canon; mais Latour-Maubourg avait eu la cuisse emportée , le général Maison était tombé blessé. Nos soldats, exténués de fatigues poursuivaient leurs succès, lorsque
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Fempereur Alexandre lança contre eux la faible escorte qui le protégeait. Ses gardes reprirent las vingt-six pièces de canon. Près de VachaUy la victoire est non moins disputée. Poniatowski y signale une valeur et des talents qui excitent l'admiration de l'Empereur luimême. Le général autrichien Merfeldt est fait prisonnier ; plusieurs autres sont tués où blessés. On est maître de Yachau, et les alliés sont rentrés dans Gossa. Voilà tous les résultats d'un si vaste carnage. Je passe à la seconde bataille.
Ney, sur les bords de la Partha, s'est trouvé engagé contre des forces triples , et encore lui a-t-il fallu se priver pendant quelques heures de vingt mille hommes sous les ordres du général Souham , et que l'Empereur avait appelés près de lui dans un danger pressant. Il s'est trouvé que ce corps est resté inactif, car l'Empereur l'a renvoyé au maréchal Ney , dont la position paraîtdésespérée et il est revenu trop tard pour prendre partau combat. Ney, si terriblement assailli, n'a voulu opérer sa retraite qu'à la faveur de la nuit. Marmont, dont le corps d'armée est resté dans une vallée pendant cinq heures sous le feu de cent p^ces de canon , a £ait un effort vi^nreux et décisif poar assuner cette
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reb*ait6; mais il est blessé, ainsi que les gêné* raux Coiiipans et Frédéric.
De ces trois batailles , la plus heureuse est eelle du général Bertrand. En défendant Lindenau par de grands sacrifices d'hommes, il a ouTort à l'armée française une retraite éventuelle sur Erfurth. Napoléon est loin de goûter la joie d'une victoire : si sa gloire personnelle ne s'est pas beaucoup accrue dans cette journée, celle de l'armée française s'est soutenue avec éclat : car jamais elle n a eu à se mesurer contre des ennemis plus nombreux, plus exercés, plus bouillants d'enthousiasme. Ney, Victor, Marmont et Macdonald ont soutenu leur grande renommée.Poniatowski est dignementrécompensé des prodiges qu'il vient d'opérer ; l'Empereur lui a remis sur le champ de bataille le bâton de maréchal, qui tout à l'heure n'ornera plus que son tombeau.
On peut juger des impressions de Napoléon après cette boucherie, prélude de deux autres, plus funestes encore. Il fait venir yers lui son prisonnier, le général autrichien Merfeldt. 11 l'a conns : e*est avec lui que ^ans des «irconataaees bien diffi^rentes, après tles triomphes plus éclatants, «t sur la route de Vienne, il a traité de l'armistice de Léoben. Il le reçoit avec
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courtoisie, lui fait rendre son épée, le prévient qu'il va le renvoyer sur parole, et le charge de porter à Tempereur d'Autriche de nouvelles offres de conciliation. Voici le langage qu'il lui tient :
i< Cette querellç devient bien sérieuse, dit' il à M. de Merfeldt après lui avoir adressé quelques paroles consolantes sur le malheur qu'il a eu d'être fait prisonnier. Vous voyez comme on m'attaque et comme je me défends. Votre cabinet ne pense-t-il pas à prévenir les suites d'un tel acharnement? S'il est sage, il peut encore tout arrêter, il le peut ce soir; mais demain peut-être ne le pourra- t-il plus : car, qui sait les événements de demain ?
« Notre alliance politique est rompue; mais entre votre maître et moi, une autre alliance subsiste, et celle-ci est indissoluble. C'est elle que j'invoque : car j'aurai toujours confiance dans les sentiments de mon beau-père. C'est à lui que je ne cesserai d'en appeler de tout ceci. Allez lé trouver et répétez-lui ce que je lui ai déjà fait dire par Bubna.
^ « On se trompe sur mon compte. Je ne demande pas mieux que de me reposer à l'ombre de la paix et de rêver le bonheur de la France après avoir rêvé sa gloire. Et cependant votre
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politique sacrifie à la peur qu'elle se fait de moi| non -seulement les affections les plus naturelles, mais ses plus chers intérêts. Vous craignez jusqu'au sommeil du lion; vous croyez ne pouvoir être tranquilles qu'après lui avoir arraché les griffes et coupé la crinière. Eh bien ! quand vous l'aurez réduit à ce triste état , quelles en seront les suites? Les avez- vous prévues? Tourmentés par le désir avide de recouvrer d'un seul coup tout ce que vous avez perdu par vingt ans de malheurs , vous n'avez que cette idée, et vous ne remarquez pas que, depuis vingt ans, tout a changé autour de vous; que vos intérêts ont changé de même, et que désormais, pour l'Autriche, gagner aux dépens de la France , c'est perdre. \ous y réfléchirez, général Merfeldt : ce n'est pas trop de l'Autriche, de la France, et même de la Prusse, pour arrêter sur la Yistule le débordement d'un peuple à demi nomade, essentiellement conquérant, et dont l'immense empire s'étend depuis nous jusqu'à la Chine...
« Au surplus , je dois finir par faire des sacrifices : je le sais; je suis prêt à les faire. » L'Empereur entre alors dans le détail des conditions auxquelles il souscrit d'avance. Ces concessions étaient tardives et, malgré la fierté du
langage I ressemblaient à Taveu d'une défaite* Mais elles ouvraient une négociation dont T Autriche pouvait espérer de grands avantages ; elles ne furent point écoutées. Les alliés étaient ivres d'un demi-succès. L'armée de Bennigsen entrait dans leurs rangs et portait leurs forces à trois cent mille hommes , dont il faut cependant déduire le nombre de ceux qu'ils avaient perdus dans une si sanglante journée. Le lendemain , on attjendit vainement le général Merfeldt : plus d'espoir^ il faudra doubler et tripler un carnage qui doit finir par une retraite.
Le 17^ les armées se reposent, constatent douloureusement leurs pertes, et réparent leurs armes. La fureur a redoublé dans le camp des alliés, et le courage calme s'affermit encore chez les Français, qui se battent maintenant un contre trois. Les villages qui entourent Leipsick sont tour à tour pris et repris. Poniatowski, qui n'a plus que sept mille Polonais, contient une grande partie de l'armée de Sch wartzenberg. Il a juré à Napoléon de se défendre jusqu'au dernier homme. Les avantages restent balancés; nombre de généraux dans les deux camps sont hors de combat ; deux maréchaux de l'Empire^ Ney et Marmont sont blessés. La perte est immense des deux côtés, lorsque l'événement le plus inat-
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tendu^ le plus nouveau dans les fastes militaires^ jette dans le camp français Tétonnement etThorreur. Bernadette s avançait avec ses Suédois contre le village de Reudnitz, que défendait le général Reynier avec Tarmée saxonne , la cavalerie wurtembergeoise et quelques régiments français* Tout à coup un vide affreux se déclare dans nos rangs : les Saxons et les Wurtembergeois ont passé dans ceux de Tennemi. Y resteront-ils du moins inactifs? auront-ils la pudeur de la neutralité^ la seule qui leur reste pour atténuer une si flagrante violation de Thoaneur militaire? Non : quarante pièces de canon qu'ils emmènent vont tirer contre ceux que tout à Theure ils nommaient leurs frères. L'étonnement avait d'abord été tel cbez les Français^ qu'ils n'avaient pas même admis ridée d'une trahison ; ils ne voulaient y voir qu'un mouvement faux, qu'un ordre mal compris. Le général Reynier, qui commandait les Saxons^ s'était élancé sur leurs pas en leur criant : « Que faites-vous ? quel vertige vous a saisis ? Vous allez à la mort et vous nous y livrez aussi. — Retirez-vous! lui crièrent de jeunes officiers saxons; n'ajoutez pas à l'action déloyale qu'on nous commande celle de livrer notre générs^*» Cette défection ne peut pas être
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plus sévèrement condamnée que par les paroles même du commandant de Tartillerie saxonne, qui dit en s'approchant du général suédois : « Nous avons brûlé la moitié de nos munitions en tirant contre vous , et maintenant nous allons faire usage du reste en tirant contre vos ennemis. )) Le sentiment de Tarmée française dut être celui qu'éprouverait un voyageur qui, après avoir fait une route périlleuse avec un compagnon , le verrait tout à coup se joindre à des ennemis qu'ils ont ensemble repoussés. Voilà ce que les Allemands , dans leur frénésie insurrectionnelle, ont nommé un sublime parjure.
L'excuse d'un mouvement patriotique se présente mal ici , puisque ces soldats saxons se montraient en rébellion ouverte contre les ordres de leur souverain. La Saxe n'expia que trop ce fatal entraînement de son armée ^ puisque l'issue de cette guerre lui coûta le tiers de ses provinces. Les alliés ne tinrent aucun compte à cette armée du mouvement qui l'entraîna vers la cause teu tonique, et firent expier cruellement au roi de Saxe sa fidélité à un protecteur malheureux.
On ne peut douter que cette défection n'eût été tramée par le prince royal de Suède. Les Français avaient dit, avec un sentiment d'in-«
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dignation^ en se voyant attaqués sur ce point : « C'est le canon de Bernadotte. » Us ne savaient pas que ce canon était entendu avec des sentiments bien différents par leurs perfides alliés, et que c'était le signal d'une trahison préméditée* Ainsi, à l'horreur d'un coup si foudroyant, Napoléon ajoutait la pensée qu'il lui était porté par un Français, par un de ses lieutenants, par le beau-frère de Joseph. Le grand bouleversement qui se préparait avait amené une horrible confusion jdans les sentiments et dans les devoirs.
Je doute que Bonaparte ait jamais eu à faire un plus grand effort sur lui-même, que dans le moment où il vit l'artillerie saxonne rompant les rangs de son armée. Le grand général resta debout avec toute la puissance de ses facultés. Il s'agissait de combler un vide affreux; sa vieille garde, qu'il avait tenue en réserve, se présenta comme une barrière inexpugnable pour couvrir le village qui devenait le centre et le gage de la bataille; d'autres troupes s'y précipitèrent avec la même ardeur. Les généraux Vial et Rochambeau y reçurent une mort glorieuse. Tout fut défendu et maintenu jusqu'à la nuit qui ordonna la retraite générale. L'honneur était sauvé, l'armée ne l'était pas. Le mo-
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ment où les pertes furent constatées dat être affreux dans les deux camps; suivant le témoi* gnage des étrangers, la perte des alliés était évaluée à soixante mille hommes , mais quelque horrible que fût un tel vide, ils pouvaient facilement le remplir. Il n'en était pas ainsi de l'armée française qui n'avait jamais acheté aussi cher, je ne dirai pas une victoire, mais la possibilité d'une retraite. Quelle est la consternation de TEmpereur , lorsque les commandants de Tartillerie Sorbier et Dulauloy viennent lui apprendre qu'après avoir tiré plus de deux cent vingt mille coups de canon, il n'en reste pas, •dans les caissons, plus de seize mille.
Sans doute Napoléon, depuis les défaites successives de ses quatre lieutenants, avait dû songer plus d'une fois à une retraite sur le Hhin; mais une retraite, en le dépouillant du plus magnifique prix de ses victoires, semblait le dépouiller de son Empire. Même après la sanglante journée de Vachau, on ne le voit prendre aucune disposition qui indique une pensée sérieusement arrêtée vers ce parti extrême. Cependant les derrières étaient si mal assurés, que l'un de ses vainqueurs, Bernadette, le blâma dans son bulletin d'avoir soutenu une bataille si décisive, lorsqu'on se
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retirant il serait forcé de traverser deux ti-vières dangereuses » la Pleiase et l'Elster, en* trecoupées d'un terrain fangeux. Il ne profite point d'une journée de repos que l'ennemi lui laisse pour faire jeter plusieurs ponts sur l'Elster qui, près de Lindenau, se divise en plu* sieurs bras. D'où vient qu'il n'a pris aucune mesure pour dégarnir la ville de Leipsick d'une puissante artillerie qui protégerait sa marche rétrograde? D'où vient qu'il n'a donné aucun ordre, soit au maréchal Davousl, pour aban-* donner les villes anséatiques et se réunir à lui s'il est possible, ou du moins opérer une puis*» saute diversion qui diminuerait les forces destinées à sa poursuite? D'où vient qu'il n'a point songé à tirer le maréchal Gouvion-Saint-Cyr de la prison de Dresde où lui-même l'a enfermé avec trente mille hommes? D'où vient que rien n'a été prévu , n'a été ordonné pour les garnisons de Magdebourg, de Yittemberg, de Stettin, de Custrin, et surtout celle de Dant« zick , qui à elle seule forme encore une espèce d'armée? De telles sorties, de telles marches plus ou moins bien combinées, réprimeraient l'insurrection allemande, pourraient surprendre des corps isolés et jeter enfin de la lenteur et de l'irrésolution dans les opérations de l'en-
nemi. Tel était du moins Tavis de nos plus illustres maréchaux, parmi lesquels je puis citer Macdonald, à qui je Tai entendu développer d'une manière précise et lumineuse. Mais TEmpereur considérait encore ces places qu'il abandonnait comme des gages qui pouvaient entrer dans les négociations et lui épargner d'autres sacrifices. Vouloir ne rien perdre dans de telles conjonctures, c'était s'exposer à tout perdre. 11 engageait ainsi sa patrie dans le quitte ou double de son ambition.
Un historien militaire pourrait à ma place indiquer beaucoup d'autres précautions pour la retraite, omises par le plus grand de nos guerriers. Il en est de Fart de la guerre comme de plusieurs autres exercices du génie; le ciel y divise les talents , il accorde à l'un ce qu'il refuse à l'autre. Napoléon, gorgé de victoires, était mal préparé à l'art des retraites. Voyez-le traçant son plan pour ses attaques les plus hardies; pas un détail n'échappe à sa prévoyance aussi vaste que minutieuse. Voyez-le au contraire préparant soit sa retraite de Moscou, soit sa retraite de Leipsick; il semble attendre tout de la fortune qui se déclare son ennemie. Je vais en fournir un déplorable exemple et j'avais besoin d'y préparer l'esprit de mes lecteurs.
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Le 19 septembre, Tun des jours les plus né* fastes de notre histoire, FEmpereur a donné l'ordre de quitter Leipsick. Il s'est refusé, dit-on, d y prolonger une défense qui pourrait, par des moyens violents employés de part et d'autre, amener la destruction d'une ville paisible et florissante. L'attachement qu'il a conçu pour le roi de Saxe , le seul de ses alliés qui lui soit resté fidèle, lui fait repousser avec horreur un parti qui achèverait de briser le cœur de ce prince honnête homme. Il est venu dès le matin lui faire ses adieux et lui adresser de généreuses consolations sur la défection même de son armée , car il ne doute pas qu'il la désavoue avec une indignation profonde. Il lui rend noblement l'engagement que ce prince a pris avec lui et l'exhorte lui-même à se réconcilier avec les alliés qui peuvent maintenant disposer de ses États. Cet entretien douloureux se prolonge au point que la princesse Augusta se voit forcée de l'inviter à ne pas compromettre plus longtemps sa sûreté. En effet, Blûcher, Schwartzenberg et Bernadette attaquaient avec furie chacun des faubourgs de la ville. Napoléon se retire avec sa garde impériale et tous les corps sont disposés pour le suivre successivement après avoir ou repoussé ou contenu l'ennemi. Une
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seule précaution avait été prise , c'était celle de miner le pont sur TElsler, afin de le faire sauter quand toute l'armée aurait effectué sa retraite. Cette rivière n'est large que de vingt toises, et plusieurs autres ponts pouvaient y être jetés à la fois 5 ainsi que l'exigeait le salut d'une armée si nombreuse , de tant de canons et de tant de bagages. On n'en avait fait construire aucun autre. L'Empereur l'a passé. Alors tout le poids de ces horribles journées , paraît retomber sur son âme et brise ses forces physiques. Souvent il avait eu à se louer de cette singulière faculté de son tempérament qui lui permettait de goûter le sommeil dans les circonstances où il est refusé à tous les hommes. 11 y a peu de jours, nous l'avons vu endormi entre les canons après avoir dicté tous ses ordres pour la victoire. Ce sommeil va devenir le plus foudroyant de ses malheurs. 11 s^est retiré dans un moulin de Lindenau , poste d'où il peut compter et contempler chacun des corps qui se retirent. Mais Taccablement surmonte ce puissant caractère. Il s'endort pendant trois heures , au bruit de l'artillerie et de la fusillade les plus meurtrières. Nul n'ose le réveiller; et cependant son honneur et le salut de son armée n'ont jamais été plus compromis. Par qui , dans quelle circonstance,
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dao8 quelle fâcheuse extrémité, sera exécuté Tordre qu'il a donné de faire sauter le pont sur TElster? 11 se réveille au bruit d'une explosion; c'est le pont, Tunique pont sur TElstef qui vient de sauter avec un horrible fracas. Tous les corps de l'armée ont-ils pu passer cette rivière? Non ^ il en reste trois; il reste vingt-trois mille hommes abandonnés sur l'autre rive, et perdus pour une armée déjà si affaiblie , perdus pour le salut de TEmpire* Deux cent cinquante pièces d'artillerie sont laissées au pouvoir de Tennemi. Ceux qui , témoins de cet incident, purent en méditer les conséquences, crurent voir voler en éclats avec ce pont, le trône de l'Empereur. C'étaient les généraux en chef Poniatowski, Macdonald, Reynier et Lauriston, avec vingt généraux de divisions ou de brigades qui se trouvaient ainsi livrés aux coups de trois cent mille ennemis. Il n'est plus qu'un moyen de salut, c'est de passer TElster à la nage; mais c'est une ressource dont tout montre Textrème péril. Le lit de cette nouvelle Bérézina, plus désastreuse que la première , est profond et bourbeux. Macdonald et Poniatov^ski entreprennent de la traverser. Le premier a pu gagner l'autre rive ; mais le second, mal secondé par son cheval , est précipité dans un gouffre et ne reparaît plus.
Objet de longs regrets pour toute cette race de héros ^ amis ou ennemis^ et de regrets encore plus profonds pour cette malheureuse Pologne dont il restait le plus brillant espoir, elle achevait de périr avec lui , mais de périr entourée de ces douloureux hommages qu inspirent le courage malheureux et la fidélité héroïque. Les généraux Lauriston et Reynier se défendent encore dans un faubourg. Chaque soldat veut vendre chèrement sa vie. Plusieurs se retranchent dans des maisons que leur bravoure convertit un moment en citadelles, et périssent sous les décombres; d'autres cherchent à la nage le salut deMacdonald ou la mort de Poniatowski. Inutiles effortsd'un beau désespoir ! 11 faut capituler. Mais à qui donc faut-il imputer une si effroyable calamité? qui a fait sauter ce pont, unique espoir de salut? Qui a livré à la mort ou à la captivité un tiers de Tarmée française? Qui le croirait? Un seul homme, un caporal de sapeurs-pompiers, est indiqué dans le rapport officiel, comme le seul auteur de cette perte immense. L'ordre de faire sauter le pont miné avait été donné à un officier du génie , et celui-ci, comme s'il avait jugé ce poste trop indigne de lui, Tavait délégué à ce funeste caporal. Mais un tel poste, qui demandait autant d'in-
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telligence et de sang-froid que d'intrépidité^ n'élait-il pas digne de FEmpereur lui-même? n'était-il pas sa place , ou à son défaut celle de Thomme le plus digne de sa confiance? N'y avait-il pas à craindre que Fexécution maladroite et intempestive d'un ordre si dangereux ne coupât l'armée en deux, pour en laisser une partie sans ressources et l'autre dans le plus éminent péril? Une double fusillade qui avait éclaté autour du pont, avait suffi pour étourdir ce sapeur et le faire recourir à la mèche fatale. «Qu'importe, s'était-il dit peut-être, mon Empereur est sauvé et c'est sur lui que je dois veiller. » Qu'un tel calcul, qu'une si infâme précaution fût entrée dans la tête de l'Empereur, on ne peut faire une telle conjecture sans commettre l'indigne profanation de la gloire. Mais la haine était terriblement allumée au dehors contre Napoléon, et au dedans, elle s'échauffait dans un calme sombre. La haine est impitoyable dans ses jugements les plus précipités. Elle admet et garde sans scrupule, tout ce qui la favorise et l'exalte. Napoléon a voulu pourvoir à son salut, même en sacrifiant le tiers de son armée. Tel fut le langage des prédicateurs fanatiques de la croisade européenne; et tel fut le sourd et long mur-
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mure que firent entendre en France > les divers partis lassés de sa domination despotique^ et indignés des périls honteux auxquels nous livrait son ambition opiniâtre. Mais était-il vrai que le salut personnel de Napoléon fût com^ promis dans le moulin de Lindenau? IS'y res« tait-il pas entouré des deux tiers de son armée qui sortait de deux chocs glorieux où le nombre de ses ennemis semblait tripler sa gloire? Était-il à présumer que les alliés se jetteraient sur un pont étroit ^ où ils pourraient être foudroyés par devant et par derrière , par les deux armées qu'ils auraient désunies? Était-ce après deux succès si contestés^ si incertains^ qu'ils pouvaient tenter un effort si hardi ^ si opposé aux lois de la guerre et à leurs habitudes excessivement prudentes? De telles raisons me paraissent évidentes pour justifier Napoléon d'un acte d'égoïsme qui eût été à la fois lâche et stupide^ deux mots que repousse un tel nom^ Mais est-il à couvert d'un reproche d'incurie? Non certes, et je ne trouve pour l'atténuer ^ qu'un affaiblissement momentané de ses facultés morales épuisées par d'atroces soufErances et surtout par la trahison de l'armée saxonne*
Qu'aurait-il dit, qu'auraiMl fait, si l'un de ses lieutenants, fût-ce le maréchal Ney^ ou le
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maréchal Soult, ou le maréchal Oudinot , eût donné un tel ordre pour en laisser l'exécution à un soldat sans intelligence? Ne le voyez-vous pas ordonner un conseil de guerre^ dans lequel Forgane du gouvernement accusateur aurait fait retomber, goutte à goutte^ sur Timprévoyant général le sang de tant de Français perdus pour le salut de la France? Eh bien ! Napoléon, encore sur le territoire ennemi, ne defvait-il pas ordonner un conseil de guprre, une enquête pour Téclaircissement d'un fait qui confondait et qui confond encore toutes les imaginations? 11 s'agissait pour lui plus que de son trône, plus que de sa vie, il s'agissait de son honneur. Pourquoi ne pas enlever un tel prétexte, une telle arme à la calomnie? Il se contenta de dire : « Ce sapeur était un stupide, » et il a cru tout expliqué. Eh bien! l'histoire n'est-elle pas autorisée à dire qu'il y eut alors éclipse dans son génie et même dans ^ son droit sens? Napoléon dit dans le Mémorial de Sainte-Hélène, en parlant des journées de Leipsick et de Dresde : « Je ne reconnaissais plus mes généraux, ils étaient gauches et lourds; >i mots injustes et réfutés par les faits les plus éclatants. Après la catastrophe du pont sur l'Ëlster, les généraux français n'étaient-
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ils pas autorisés à dire : ce Nous ne reconnaissions plus TEmpereur! »
Dans les trois journées de Leipsick , Tarmée française perdit cinquante mille hommes tués, blessés ou faits prisonniers, parmi lesquels on comptait trente-trois généraux, deux cent cinquante pièces de canon et une énorme quantité de bagages.
L'Écriture sainte, en parlant d'un conquérant, se sert souvent de cette grande expression : « La terre se tut en sa présence. » Ces temps n'étaient plus. Tant de voix étouffées pendant douze ans par l'admiration , la stupeur et l'épouvante, formaient, d'une extrémité de l'Europe à l'autre, un accord de tonnerre contre Napoléon. C'était la politique vulgaire des cabinets qui se taisait devant cette grande voix des peuples. Je ne puis concevoir que des hommes d'un esprit exercé ne veuillent voir, dans cette grande catastrophe, que des intrigues de diplomatie, que l'audace impunie de quelque gazetier, que des trames ourdies dans quelques salons, dans quelques vieux châteaux. C'est un insupportable fléau que des guerres d'invasion qui, d'année en année, viennent brûler vos moissons, vos chaumières, dévaster vos monuments publics, ou civils, ou
sacrés; font courber le vieillard, le magistrat, sous la loi du sabre ou du bâton, souillent de plus indignes outrages la jeune mère de famille et la fille pudique. Les peuples, même sous les gouvernements absolus, ne peuvent aimer de nouveaux maîtres ou des libérateurs qui annoncent leur avènement* le fer et la flamme à la main. Le despotisme n est pas toujours tyrannie; la conquête l'est nécessairement. C'est par là que j'explique la défection simultanée de la Bavière, du Wurtemberg, de Bade, de Nassau, de Darmstadt, enfin de tous ces princes de la confédération du Rhin qui devaient à Napoléon un titre plus pompeux, une autorité plus absolue, et quelques-uns de plus vastes États. A chaque pas de sa retraite, il était troublé par la nouvelle de ces défections qui menaçaient de lui fermer le retour dans ses États. Les soulèvements subits respectent peu la morale et se jouent de l'honneur, ainsi que nous venons de le voir pour l'armée saxonne. Je ne pourrai terminer ce douloureux chapitre sans en rapporter un exemple plus odieux encore. Tout était navrant pour le cœur de Napoléon , dans ce mouvement rétrograde. Il revoyait ce champ de Lulzen où sa jeune armée avait, avec tant d'éclat, fait reverdir sa
gloire; «il revoyait Erfurth^ où il avait tenu trois aDs auparavant sa cour plénière de rois. Maintenant isolé, il habitait au milieu du silence, ce château d'Erfurth où l'empereur Alexandre venait souvent saluer son réveil et ne le quittait qu à la nuit après des entretiens où ils s'étaient partagé le monde. Cette vue l'attristait et lui paraissait quelquefois insupportable* Erfurth, cependant, était pour lui un repos précieux; il y retrouvait un nouveau parc d'artillerie, des munitions et des approvisionnements de tous genres. Heureux s'il avait pu de là rappeler à lui les espèces de camps et d'armées qu'il avait laissés à Dresde, à Hambourg, à Dantzick et dans d'autres places. Il se plaignait et s'indignait quelquefois de ne recevoir, des deux maréchaux Sainl-Cyr et Davoust ni du général Rapp ^ aucune nouvelle qui lui apprît des efforts tentés pour rejoindre la grande armée en péril, ou du moins opérer des diversions en sa faveur. Mais ces guerriers le pouvaient-ils? leur avait-il laissé pour cet objet des instructions fermement tracées? Aucun des historiens ses apologistes n'a pu le dire. Que leur serait-il arrivé s'ils avaient pris d'euxmêmes cette résolution désespérée? Napoléon, à la première lueur d'un retour de fortune , ne
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leur aurait-il pas reproché d'avoir livré à l'ennemi d'importantes citadelles et des villes populeuses? Maintenant il était réduit à tâcher de leur faire parvenir^ par des émissaires audacieux et peu sûrSy Tordre de le rejoindre à tout risque. Il paraît qu'aucune de ses instructions ne leur parvint, ou du moins qu'elles ne leur arrivèrent que trop tard. 11 n'eût pas craint, malgré l'aflEniblissement de son armée, de livrer encore un« nouvelle bataille. 11 semble que les alliés, fatigués eux-mêmes de leurs énormes pertes , reculaient devant up engagement nouveau. Malgré leurs avantages , ils ne poursuivaient Napoléon qu'à une distance respectueuse, et laissaient à des Cosaques le soin d'inquiéter sa retraite. Mais ce repos pour lui ne fut que de six jours; ce n'était point comme en Russie, un amiral Tchitchakof qui s'avançait pour lui couper la retraite; c'était un de ses plus dévoués courtisans, un homme dont il avait fait la fortune et la gloire, le général bavarois Dewrède, qui marchait avec cinquante mille hommes pour mettre la main sur l'Empereur vaincu, sur son bienfaiteur. Sans doute, il avait cru que l'armée victorieuse n'avait laissé aucun repos a Napoléon et qu'il allait le mettre entre deux feux; trop d'ardeur à commettre un acte de félonie l'avait aveuglé.
228 HISTOIRE D£ L'£MPIRE.
L'Empereur marchait sur Hanau , lorsque ses éclaireurs vinrent lui annoncer que l'armée bavaroise venait de s'emparer de cette ville pour lui barrer le passage. Une épaisse forêt en défend les approches. Deux corps d'armée, ceux de Marmont et du général Bertrand restaient en arrière. L'Empereur avait avec lui sa vieille garde, la brillante cavalerie du général Sébastiani et les corps très-affaiblis de Macdonald et de Victor. S'il règne beaucoup d'horreur dans un combat nocturne, une bataille engagée dans une forêt, sous un ciel obscur, n'esl guère moins effroyable. Les illusions s'y multiplient; le bruit du canon y va toujours roulant d'échos en échos; il s'y mêle le bruit des arbres ou des rameaux qui tombent fracassés. Tout devient surprise, embuscade; les rangs sont vingt fois rompus par l'obstacle et ne se forment qu'avec une lenteur désespérante. Voilà l'image du combat de Hanau; mais est-il une épreuve que ne surmonte la vieille garde? Les Bavarois ont frémi de terreur en reconnaissant, à leurs longs bonnets, ces guerriers qui, si souvent dans leurs précédents combats, les ont appuyés comme de solides murailles. Une partie de la garde, sous les ordres du général Curial, débouche de la
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route et pénètre dans la forêt comme un torrent qui renverse tout sur son passage. La cavalerie commandée par Nansouty^ les dragons du général Letort et les cuirassiers du général Saint-Germain, enfoncent les Bavarois qui, dans leur désordre, vont retomber sous les sabres du général Sébastiani qui fait des prodiges; Tartillerie n'en fait pas moins sous les ordres du-général Drouot. Les Bavarois, écrasés par ces décharges, tentent un vaillant effort et s'approchent pour emporter les batteries. Le général Drouot qui les voit dans ses rangs, met Fépée à la main, tous les canonniers en font autant; les Bavarois i^culent: Nansouty était accouru pour le dégager. La ligne bavaroise est en déroute; ftewrède donne le signal de la retraite. Cependant un obus est tombé aux pieds du cheval de Napoléon, et Caulincourt s'est élancé pour partager ses dangers. 11 y avait eu un moment de désordre dans Tarmée; les gardes d'honneur, cette troupe que Napoléon avait composée des jeunes fils des familles nobles et .riches, soutinrent avec intrépidité le choc de Tennemi. La route est libre; on néglige Hanau, on marche sur Francfort, et l'Empereur vient enfin respirer à Mayence.
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