‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 18 sur 51 · CHAPITRE XLIIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIIL

blSPOSmONS DE l'espbit pubug (1813-181b).

S0MMAI11B.

yopinioli pBbli<iae reprtnd dei force* nfrUTcUM in France* *<-* Dit-»

cttSBÎon sévère qui se fait des opérations militaires de Napoléoo. — Sombres présages. ^-< Les alarmes sont partagées par le iSénat et te Gofps législatif. — Le prétendant cherehe à éé rallier le pftril CCQStitiitionnel. — TalleTrand devient une puissance politi^tiei »— Dispositions hostiles de Lafayette , Sieyès et des républicains modérés contre l'autorité absolue de Napoléon. — Ce parti est déjà pltli pttisiamment représenté dans lé Sénat. «— Quelqaetf aper^ui sur dès personnages qui vont entrer en scène. •« Les femmes re*prennent une grande influence. ^ Elles manifestent une vive opposition contré les conquêtes et le conquérant.*-^ Mécontentement êëà grands générant. — 'Ils reprochent à Napoléon d'avoir Ainqttl l'heure d'une paix qui cbaqtte jour exigera de plus grands seeri* fices.

Le peuple français^ le peuplé de 1789^ ee** lui qui plus que tout autre a fait de ropinion le grand levier des mouvemeuts politiques^ reste-t41 seul, sans délibération, sans iroix, sans inouyement, quand cheas les autres tout a pris la parole, tout s'arme contre lui et suf^ tout contre son impérieux monarque ? L'histo*rien s'étonne et rougit d'avoir à tratersêt tb

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vaste silence» L'opinion publique y semble beaucoup plus captive qu'elle ne Tétait sous Louis XIV et sous Richelieu ; et cependant saitelle qui va intervenir de toute sa puissance dans le dénoûment de cette grande catastrophe? Son action était plus concentrée entre des personnages dignes par leurs lumières et par leur expérience non-seulement de la représenter, mais de lui donner une direction ferme et judi-* cieuse. Plus bruyante , plus asservie au mouvement des masses, elle eût perdu dans Fanar*ohie le principe de sa force. Voilà ce que je vais tâcher d'expliquer dans les derniers cha-* pitres de cette histoire. Ma tâche n est pas nonvelle, parce que je me suis efforcé d'y préparer les esprits dès le début et dans tout le cours de cette narration.

Le tribunal secret qui jugeait Napoléon dans toutes ses guerres, dans toutes ses négociations, dans toutes ses paroles , existait déjà dans Paris même et communiquait avec toute la France. A défaut de discours publics et d'écrits, je me trouve forcé de recourir à des entretiens qui se tenaient dans mille lieux à la fois. Déjà j'ai usé plus d'une fois , dans mes précédents volumes ^ de cette formule historique familière aux bis* toriens de l'antiquité ^ et particulièrement à

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Tacite. Ici elle devient nécessaire parce que le despotisme avait interdit toute communication patente de la pensée. Plusieurs des plus illustres de mes contemporains ont déjà reconnu la fidélité avec laquelle j'ai retracé leurs opinions successives. La guerre^ jusque dans ses plusbril* lants succès ; était déjà devenue une intolérable fatigue pour le peuple vainqueur. Chacun reconnaissait que la France était lancée hors de ses voies ; hors de celles du siècle ; et même hors des principes qui indiquent la véritable source des richesses» La voix des capitalistes , des hommes de .finance; concordait avec celle des philosophes monarchiques ou républicains ^ avec celle des pasteurs de l'Église. Après avoir parodié la république romaine d'une manière grande au dehors ; mais au dedans tantôt féroce et tantôt burlesque; nous sentions que c'était une funeste chimère de vouloir l'imiter dans la domination du monde. Oh! comme on eût étonné^ révolté les philosophes du xv!!!"" siècle et les hommes de 1789 fût-ce Mirabeau lui-même^ si on leur eût présenté une telle perspective! N'était-ce pas un démenti cruel donné à la phi* lanthropic; âme de ce siècle? un adieu fait à la liberté , une résurrection de l'empire romain dans ses jours les plus odieux? Depuis Moscou

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on n'avait plus à subir que la série des désastres de la guerre 9 et leur progression marchait dix fois plus vite que celle même des victoires. Deux ans pouvaient sui&re pour renverser l'ouvrage de vingt années. L'édifice de Napoléon cédait aux coups que lui portait Napoléon luimême. On l'avait suivi avec un mélange de sollicitude et d'espérance dans .sa nouvelle campagne de 1813. Les victoires de Lutzen et de Bautzen avaient ravi tous les cœurs , chacun y voyait de favorables indices de paix. Ces victoires n'étaient point assez brillantes pour rendre à Napoléon toute son ivresse , mais elles montraient aux souverains une jeune France aussi habile , aussi ardente que la première à repousser leurs attaques. C'était dans ce moment que les regards se portaient avec intérêt vers l'Autriche. Cette alliance , dans laquelle on n'avait vu d'abord qu'une vanité fastueuse d'un monarque parvenu , pouvait devenir tutélaire pour le repos des deux empires et pour celui du monde. L'Autriche , avec une armée de deux cent mille hommes , pouvait faire pencher la balance à son gré et surtout comman-* der la paix. Il y avait sans doute des restitutions à faire à un arbitre aussi puissant. Les provinces illyriennes n'étaient point assez pour

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la Batiafaife; il fallait lui rendre au moins quelques*-une8 de ses possessions en Italie. Quoique un tel sacrifice dât coûter beaucoup à Vorgueil de Napoléon^ il semblait coloré d'avance par les relations d'un beau-père et d'un gendre. Cette jeune impératrice ; qu'on n'avait jusque-là considérée qu'avec indifférence, allait être chérie comme Tange de la paix. Jamais plus heureux à-propos ne s'était présenté. Combien n'eût-on pas désiré qu'une négociation si plausible eût été traitée entre deux hommes d'État aussi puissants ; aussi maîtres d'eux-mêmes que le prince de Talleyrand et le comte de Metternich. Napoléon voulut s'en charger et perdit tout. Ces mots : (( Metternich, combien l^An^» gleterre vous a-t-elle donné pour tenir une telle conduite? » tombèrent comme un coup de foudre sur les partisans de la paix. Les confërences de Prague ne furent plus en effet que des paroles banales et artificieuses qui devaient bientôt être étouffées par le bruit du canon. La victoire de Dresde parut d'abord semblable à celles qui avaient emporté si loin Napoléon ^ et l'on jugea qu'il répugnerait plus que jamais à des sacrifices. Il était tantôt fataliste^ et tantôt porté à interpréter en sa faveur les actes de la Providence, tl n'était aucun de ses

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pârtiaftaa , fussent-ils athées , qui ne voulût Toir dans la mort du général Moreau un arrêt du eieh Au bout de quatre ou cinq jours , toute cette joie fut convertie en mortelles alarmes pour rhonneur et le salut du territoire. Quatre défaites ; partielles mais sanglantes , dont trois avaient été essuyées par d'illustres maréchaux de TEmpirê^ donnaient trop évidemment le signal de la retraite. Serait-il entendu de Tindomptable Napoléon? Nous ne Tespérions point; et nos pressentiments n'étaient que trop fondés. Nous maudissions son séjour obstiné à Dresde , autant que nous avions murmuré contre son séjour prolongé sur les cendres de Moscou. Pas une des défections qu'il essuya n'échappait parmi nous à la plus commune prévoyance. Où il ne voyait encore qu'une ligue , chacun de nous voyait une croisade; et cette fois le simple bon sens était plus feûr que les calculs du génie faussé par l'ambition. Le cri de (( Paris ! Paris ! >> ne nous paraissait plus une vaine bravade de quelques soldats gorgés d'eau-de-vie. w A Mayence! à Mayence! m voilà ce que d'un bout de l'Empire à l'autre toutes les voix criaient à Napoléon, w N'exposeîs plus à un grand désastre ce qui vous reste de votre seconde grande arméei où^n trouverex^vous une troisième? »

236 HISTOIBE DE L*fiMPIRE.

Qu'on juge ce que nous dûmes éprouver à la nouvelle des trois journées de Leipsick. L'explosion du pont de TElster nous fit frémir d'horreur. Napoléon avait des ennemis passionnés , habitués à proférer contre lui les reproches les plus sanglants , fussent-ils même absurdes. Voici quel était leur langage : Napoléon fuyait , et pour rendre sa retraite plus sâre, il Ta fermée à un tiers de son armée; et, ce qu'on n*a jamais vu, à son arrière-garde, à ce brave Macdonald dont il a repoussé les avis tutélaires , à ce héros polonais qui, la veille, lui avait assuré la plus difficile et la dernière de ses victoires, (c C'est ainsi, disait-on, que, dans la dernière campagne, il a déserté son armée, lorsque lui seul pouvait la tirer du gouffre de Vilna. » On faisait d'autres rapprochements suggérés par une injustice flagrante et tellement absurde , qu'il n'est pas nécessaire de les reproduire. L'admiration qui s'arrête fait place bientôt à un sentiment contraire et rebrousse chemin pour se transformer en haine. Il semble qu'on se venge d'avoir été pris pour dupes. Si les hommes de parti s'exhalaient ainsi en reproches qui portaient le Caractère de la passion, d'autres plus modérés condamnaient encore moins le despote imprudent que le despotisme , et s'accu-

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