‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 19 sur 51 · DISPOSITIONS DE L*£SPBIT PUBLIC · texte numérisé non relu

DISPOSITIONS DE L*£SPBIT PUBLIC

salent de Tavoir servi , secondé et encensé avec une foi trop aveugle Ce sentiment de repentir pénétrait à la fois dans le Sénat, le Corps législatif, et jusque dans une partie du conseil d'État. Tout protestait maintenant contre Tau-^ torité absolue. Après avoir été trop emporté dans le sentiment de la liberté , on reconnaissait avoir été trop entraîné dans le sentiment de Tordre et de Tobéissance ; on sentait à la fois qu'il fallait opposer des remparts àTennemi et des barrières constitutionnelles, mais bien tardives , à l'iiutorité du souverain, rr Jamais, disait-on , une négociation pacifique ne réussira, confiée à Thomme des conquêtes. S'il fléchit un moment, c'est pour se montrer le lendemain plus superbe encore. Il lui échappe des paroles acérées qui blessent comme le glaive; plus la fortune le fait descendre, plus il se relève par des formes superbes. Vous ne trouverez plus en lui le moindre* vestige de celui qui porta avec orgueil le titre de soldat de la République. Lorsque ses fautes vont nous faire subir la honte d'une invasion, cet homme des camps plie et nous fait plier sous l'étiquette, plus rigidement que ne l'eût fait Louis XIV. Il faut rendre au sentiment national non l'énergie sauvage de 1792 et 1793^

mais celle de 1789 qui faisait battre tous les cœurs. »

Assurément, personne dans ces corps ne conspirait contre Napoléon; rn^is les esprits s y habituaient à méditer sur les chances de sa mort y de sa chute ou de son abdication. Qui le remplacerait? C'était là une question qui flottait entre les partis divers. Dans de telles conjonctures , le parti intermédiaire prévaut prea* que toujours. Ce parti ne pouvait avoir un caractère bien déterminé. Il était semi-monarchique^ semi-républicain. Ce fut, pour les hommes doués de Tesprit libéral, un jour de coDsternation que celui où ils apprirent Tarrivée du général Moreau dans le camp des alliés; ils jugèrent qu'il avait prononcé sa mort politique avant de subir celle du boulet. En effets tous les regards se portaient naturellement vers cet illustre exilé. Ses opinions n'effarouchaient personne; son républicanisme était à la fois sincère et modéré. Les royalistes eux-mêmes regardaient son autorité comme une transition à la monarchie. On croyait peu à ses talents politiques, et par conséquent très-peu à la durée de son règne; mais on pouvait l'opposer avec succès aux alliés , parce que la nature de ses talents militaires le rendrait plus propre

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que tout autre à repousser une guerre d'iayasion* Son habile et vigoureuse retraite devant Farchiduc Charles l'indiquait merveilleuse*ment pour ce rôle. Il tenait plus à Técole de Turenne qu'à celle de Napoléon. Son nom d'ail* leurs était respecté des alliés, sans être pour eux un sujet d'irritation. Sa disgrâce qu'on appelait une persécution j l'avait rendu cher à tous les ennemis de Bonaparte* La paix, telle qu'elle avait été offerte par le comte de Metternieh; semblait très-facile avec lui. Il devait ternir beaucoup plus aux conquêtes de la Repu*blique qu a celles de Napoléon. L'intérêt de sa gloire était engagé dans les premières ; et que lui importaient à lui les trônes de Joseph, de Jérôme et de Joachim Murât? Il était vraiment rhomme du Sénat; peu jaloux de son autorité, il aurait fait valoir lautorité aristocratique de cç corps préparé à être tout-puissant du jour où il serait libre. Les royalistes d'un côté, les républicains de l'autre, présumaient qu'il était peu propre à résister au choc de ces deux factions, unies peut-être pour le renverser, ainsi qu'en Angleterre , elles s'étaient liguées contre le successeur de Cromvsrell. Les royalistes, toujours présomptueux, ne désespéraient pas de Ifouver en lui un général Monk. Sa mort, jointe

aux désastres accumulés de Napoléon , porta plus haut les espérances de ce partie et les rendit plus prochaines. Ils se continrent et ne procédèrent point par des soulèvements partiels^ par des prises d'armes intempestives. Ils espéraient dans les souverains alliés; cependant ils paraissaient ne pouvoir rien prétendre auprès de l'empereur d'Autriche, qui se déciderait difficilement à sacrifier à un Bourbon les droits de sa fille et ceux de son petit-fils; encore moins pouvaient-ils compter sur l'appui de Bernadotte y c'est-à-dire du monarque parvenu , qui devait être un ennemi né des restaurations. Restaient l'Angleterre , la Russie et la Prusse; mais l'Angleterre avait été longtemps froide pour la cause des Bourbons, ou même avait été accusée de les sacrifier au gré de son égoîsme insulaire. L'empereur de Russie n'avait-il pas été entraîné par l'ascendant de Napoléon à livrer à ses coups les Bourbons d'Espagne ? Le roi de Prusse , subordonné à l'empereur Alexandre, auquel il devait la rentrée dans ses États, suivait sa direction politique comme une chaloupe suit celle du vaisseau auquel elle est at** tachée. Ainsi parmi les souverains alliés , répugnance d'un côté et froideur de l'autre pour les Bourbons. Mais les principes d'une

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restauration générale prédominaient dans cette ligue; il s'agissait de rasseoir les trônes ébranlés et de raffermir la foi monarchique des peuples. C'était par une nécessité impérieuse et non sans ombrage que les souverains favorisaient un essor libéral soit en Espagne , soit dans les États allemands , soit même en Italie. Ils étaient instinctivement résolus à ne le favoriser que jusqu'au triomphe de leur cause. Alors celle des Bourbons redevenait la garantie commune. Voilà ce que pressentait Louis-Stanislas-Xavier^ que nous nommerons bientôt Louis XYIII. Ce prince jouait sans éclat ^ sans humeur, mais non sans habileté, le rôle difficile d'un prétendant. L'amour des lettres, le goût d'une société agréable et piquante , et surtout les leçons d'Horace , son poëte favori , le suivaient dans son exil; tout contribuait à maintenir en lui une certaine égalité d'âme au milieu des tempêtes qui grondaient sur tous les trônes. Une obésité fâcheuse et des varices ouvertes aux jambes le rendaient inhabile non-seulement au mouvement des armes, mais à tous les exercices. 11 se montrait fort peu dans les cours, où il n'eût paru qu'à titre de suppliant, tandis que son frère le comte d'Artois les agitait vainement d'intrigues dont l'issue était presque tou-

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