‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 20 sur 51 · TI · texte numérisé non relu

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jours déplorable. Quand on pressait Louis XVHI d'entrer dans ces complots d'aventuriers^ il s'y refusait en disant : a Nous ne travaillercHis jih mais aussi bien à la chute de Bonaparte qu'il y travaille lui-même, d'un côté comme conquérant p et de l'autre comme despote* Les nations étrangères se révoltent contre l'un, et le peuple français se lassera de l'autre. La monarchie bien comprise se fait aimer plus facilement quand elle succède au d^potisme ; elle répond aux besoins actuels de la Fraikôe , paix , ordre et liberté, et tout est pour le mieux si ramoftr peut s'y joindre. » Louis XYIII s'exprimait ton* jours en homme qui avait l'intelligence et l'esh prit de son siècle. 11 n'en était pas ainsi de son frère, le comte d'Artois, prince fort accessible à tous les préjugés de sa naissance.

Les royalistes que Napoléon avait fait rentrer à grands flots dans la France, étaient, ainsi que Louis XYIII et le comte d'Artois, pei> tagés entre les deux systèmes de monarchie : ceux du dedans et surtout ceux qui avaient suivi les premières phases de la Révolution , aspiraient à la monarchie combinée avec le système représentatif. A leur tête se déclara bientôt l'éloquent écrivain qui avait donné la plus forte impulsion à l'esprit du xix* siècle, M. de

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Chateaubriand. 11 s'opérait un rapprochement iriseosible d'opinions, d'une part, entre Cazalès, Lalli-'ToUendal , Montlosier, l'abbé de Pradty l'abbé de Montesquiou; et de l'autre part^ des hommes qui, à l'Assemblée ëonfâti^ tuante , avaient soutenu contre eux une lutté pfassionnéé sans différer beaucoup sinon de leurs principes , au moins de leurs sentiments et de leurs intentions. Ces derniers faisaient dé bonne grâce le sacrifice de la constitution îèh foraoié de 1791 y de cet arbre sans raciùequi s'était écroulé si misérablement sur nos tètes. La mort de Loiuis XYI , celle de son infortunée compagne , avaient également révolté les deux partis. Une certaine imitation de la constitution anglaise avait été le point de départ des premiers, et devenait un ralliement pour ceux qui avaient été entraînés trop loin dans leurs courses excentriques. Presque seul, le plus puissant chef du parti modéré, Lafayette persistait dans sa foi pour la constitution de 1 791 . H avait perdu, dans les cachots d'Olmutz, ce qui lui restait de zèle pour les Bourbons. Longtemps partagé entre son patriotisme et sa reconnaissance pour Bonaparte, il ne pouvait , plùô lui pardonner d'avoir à la fois ravi à sa pafirié une liberté si péniblement conquisç , et

compromis rindépendance de son territoire. Il croyait à une république dont il serait le modérateur et S'il se pouvait, lé Washington. Les amis qu'il conservait dans le Sénat étaient au nombre des adversaires les plus constants et les plus courageux de Napoléon.

Un autre membre de F Assemblée constituante , dont le crédit était devenu beaucoup plus puissant que celui de Lafayette , se ralliait alors tout bas à la cause d'une restauration libérale ; c'était le prince de Talleyrand. Napoléon l'avait grandi successivement par ses faveurs et par'une disgrâce qui lui formait un titre de plus. Tous les diplomates de l'Europe s'étaient inclinés devant cet homme d'État qui semblait tenir de sa nature même , le don de l'impénétrabilité. Il y joignait un commerce facile 9 une politesse habilement graduée , Fart d'attirer à lui les secrets en renfermant les siens, et enfin beaucoup plus d'étendue d'esprit et de constance dans ses vues qu'on n'en avait d'abord soupçonné dans cet esprit railleur. Quoique son scepticisme parût universel, il marchait obliquement vers un but arrêté, et rien ne l'en détournait. Ami de Mirabeau , il l'avait surtout secondé et dirigé dans les intrigues et dans les principes qui formèrent la

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seconde et trop courte carrière de ce tribun homme d'État. Ses idées constitutionnelles étaient devenues tout anglaises, quoiqu'il regardâtcomme inopportune et impossiblela tentative de former en France une aristocratie aussi forte et aussi intelligente que celle de TÂngleterre*

L'opposition secrète du Sénat se partageait entre les deux ministres disgraciés , Talleyrand et Fouché. La défection et la mort du général Moreau firent tomber les plans de Fouché ; Tal« leyrand eut plus de liberté pour continuer les siens. Tout disait à Thabile prétendant : «Frappez à cette porte. » Il y frappa.

Quant au parti républicain , d'où avait dé^ bordé la sève révolutionnaire^ on ne savait plus où le chercher. Il est vrai que, dans le Sénat et le Corps législatif , on comptait plusieurs hommes qui avaient montré quelque constance dans la cause des Girondins, et qui la conservaient , quoique avec discrétion , sous l'empire de Napoléon. Ce qui restait de leurs anciens et terribles adversaires , les Montagnards, n'était pas facile à reconnaître sous leurs habits de princes» de comtes et de barons, et surtout dans l'ardeur intolérante de leurs nouveaux principes monarchiques. Il manquait aux uns et aux autres le peuple. Bonaparte avait en

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qji^^lque sorte décapité la faption jacobine p^r diverses rigueurs > et surtout pap }a déportation à Syna-Mary d'pn grand nombrp de memr bres et d'instruments des tribunaux et de$ gqt qiités révolutionnaires. ]Lie peuple n'avait pu résister à l'éclat; de §es victoires, de ses ppnqijètes; il voyait en lui sop vengepr pt même ^on mandataire chaque fois qu'il renversait des trôqps. Les grands revers ébranlèrent ces di^pp^tiqps et cette foi. L.e peuple flottait entre r^apoléon et ses détracteurs; il n'était plus çljéri, il était préféré comme nn moindre fléau. C'était la plus forte égidp qu'on fî^t appoier a l£t contr^rrévplutipn, qu'on ^e peignait sous les plu^ poires couleur^. Mais Tesprit républipain ^Yfti]; é\p tellement comprimé par les inititu* tiqn^ napoléoniennes que i même a l'approche 4'une iRvasiqn ifl»mi«PHtP et du sp^lèvpmept dp l'Eurppe entière, il np se réveillait plus par ces transports ardents qui, pu 17^2^ avaient été pousçiés jusqu'à la ragp, jusqu'à la férocitéfa^ un groupe turbulent ne circulait dans les rues pt 9ur Ips places publiques. On n^avai^ qu'un enthousiasme offiaiel, et c'est le p|u9 froid de tous; on eût dit des secousses galvar niques- Ce n'était point de la vie, c'était plutèf Vin semblant de vie.

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Cette torpeur républioaine favorisait une plus libre expansion du sentiment monarchique. La police, devenue timide et molle, semblait déconcertée pour en surveiller les conciliabules. Souvent ils se tenaient dans des châteaux plus ou moins éloignés de la capitale, et dans les salons de la capitale même. Ce qui restait des chefs vendéens reparaissait avec Téclat des faits héroïques accomplis par eux*mémes ou par leurs illustres compagnons. Les LatrémouillSi les d'Àutichamp , les La Rochejaquelein , se eroyaient dégagés du pacte fait avec le Premier Consul par les violences de l'Empereur. Eux seuls resteraient-ils froids, lorsqu'au dehors, et même au dedans, tout paraissait annoncer le retour des Bourbons? Il en était ainsi des deux frères de Polignao, acteurs dans la conspiration de Georges, auxquels l'Empereur avait fait grâce de la peine capitale, et qu'il avait rendus à la liberté à l'époque de son mariage ^ Le baron de Vitrolle était l'un des agents les plus actifs dé ce parti. La conspiration royaliste avait son principal centre dans un château du duc de Duras, où se réunissaient nombre de gentils^

* Ce que je viens de dire rectifie une errear que j'ai commise dans VHistoire du Consulat, en désignant mal l'époque où BfM. de Polignac •ortirenl de la maison de Mnté qui leur tenait lieu de prison.

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hommes depuis longtemps dévoués aux Bourbons.

Les conspirations qui se fabriquent ne sont rien auprès de celles qui naissent d'un sentiment commun , et qui se forment sans correspondance , sans mot de ralliement et même sans chef. Telle était celle des femmes contre Napoléon. Je Tai peinte au dehors, voyons-la au dedans. Dans le cours de ses triomphes et le progrès infini de son autorité , il avait cru re-: fouler dans nos cœurs bien des sentiments généreux , mais il n'avait pas prévalu sur le cœur des mères. Ce n'est pas que je veuille accuser de tiédeur le sentiment des pères; leurs alarmes plus concentrées ne sont pas moins vives, leur deuil n'est pas moins profond. Ils sont capables des mêmes dévouements , mais ils ont une plus grande sphère de devoirs à remplir. Pour les femmes, la patrie c'est avant tout la famille. Elles palpitaient et se sentaient torturées sous les coups d'une conscription qui atteignait maintenant l'âge où Ton sort à peine de l'adolescence ; elles frémissaient de la voir exercer sa faulx rétrospective jusque sur ceux qui par le sort , ou par un rachat pécuniaire, ou par leurs blessures, semblaient être désormais affranchis de cette loi cruelle. Les

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mères paraissaient être condamnées à ne plus quitter leurs habits de deuil. Les coups de ca« non de la victoire tonnaient pour leur annoncer la mort d'un époux > d'un frère, et peut-être d'un ou plusieurs fils ; leurs regrets devenaient plus déchirants dans les fêtes et les chants qui signalaient Tallégresse publique. Et quelle était leur terreur, leur désolation, quand le canon se taisait après une bataille livrée ! Ce silence leur annonçait la grandeur du désastre; elles attendaient, avec de mortelles angoisses, le sénatus-consulte qui allait leur enlever leur dernier espoir, leur dernier enfant. Aussi tous leurs cœurs protestaient contre les phrases pro« noncées dans un Sénat complaisant, telles que celle-ci : « Vous avez permis à quatre-vingt mille conscrits de devancer Tâge pour être admis sous le drapeau. »

Les femmes des guerriers les plus illustres anticipaient sur le veuvage par une séparation presque perpétuelle. Auprès d'un large feu, et même sous l'édredon , elles grelottaient du froid qui perçait leurs fils ou leurs époux. Je les ai vues maintes fois aller au-devant du courrier, dans la crainte qu'un événement fatal ne leur fût caché , et revenir désespérées d'un nouveau retard qui les laissait plus près

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de la mort qu6 de la vie. Oo a mal réussi a faire de nous dee Romains; mais ee qu'on peut regarder surtout comme impossible., c'est de faire de nos femmes des femmes romaines ou Spartiates.

J'ai dit que la liberté des conversations était faiblement réprimée sous le Consulat et TEmpire; on juge qu'elle devait s'étendre et sur** tout chez les femmes, dans la même proportion que décroissait la fortune de l'Empereur. Un mot saillant leur tenait lieu de discussion. Il n'y avait pas moyen d'atteindre l'Empereur parles traits du ridicule; mais elles atteignaient le conquérant par des plaintes sorties du cœur. On me demandera peut-être encore pourquoi elles étaient peu séduites par les exploita mer« veilleux de Napoléon, elles pour qui la gloire militaire a beaucoup de charme. Mais outre que sa longue durée les froisse, les centriste et les annule, elles aiment mieux des faits chevale*resques que des combinaisons stratégiques | effroi de leur intelligence aussi bien que de leur cœur. Elles s'amusent d'un tournois , s'exaltent d'un beau dévouement, surtout quand elles en sont les objets ; un duel qui s'exécute par le choc de deux mille bouches à feu ne leur cause qu'une n)orne épouvante. Puis, comme je l'ai

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dit ailleurs , elles reprochaient à Napoléop la froide et despotique rudesse de sob accueil, de ses galanteries, et même de ses amours. Auprès de lui elles se trouvaient toujours en présence d'un maître. Elles ne concevaient pas que le plus habile des séducteurs politiques manquât pour elles de séductions et même de grâces. Il n'avait pas offensé impunément les prérogatives de leur sexe , en attaquant dans ses notes da Moniteur, plusieurs dames et particulièrement deux reines. Personne n'avait de sympathie pour celle de Naples , mais les invectives de Napoléon avaient passé la mesure. Quant à la reine Louise de Prusse , les femmes même en France, étaient touchées pour elle d'une tendre vénération. Et le moment fatal devait venir où Napoléon eût désiré dans sa jeune épouse , des qualités analogues à celle de cette nouvelle Zénobie.

Le prosélytisme est inné chez les femmes ; rétablissement de la religion chrétienne en est le plus éclatant témoignage et le plus beau triomphe. Elles }'ont secondé à sa naissance par le ipartyre j et quand l'empire romain s'écroulait sous les torrents de la barbarie , elles ont fait couler les eaux du baptême sur des rois eouverfs du sang des nations, et même sur un

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roi qui avait versé le sang de tous ses proches. On les vit^ pendant notre Révolution, se dégager les premières des liens de Tincrédulité. Leur zèle pour la monarchie mourante , entra pour beaucoup dans cette conversion ; mais cette foi nouvelle, quoiqu'elle n eût point tous les caractères de la sainteté , et qu'elle fût une réforme imparfaite des mœurs, tint ferme et ne subit ni les caprices de la mode , ni les oscillations de la politique. La monarchie leur restait chère comme la date et le symbole de leur empire. Ce n'était pas sans un profond dépit qu'elles voyaient envahie par les élections populaires, la grande part qu elles possédaient dans la distribution des emplois et des honneurs sous Tancien régime* Les clubs leur étaient en horreur; elles ne voyaient que des furies dans les personnes de leur sexe qui avaient ia^pplaudi à des prédications homicides. Le règne de Napoléon les en avait affranchies, mais c'était un régime sérieux et sévère , quoique les magnificences du trône fussent relevées par les splendeurs de la gloire. Les dames qui se piquaient d'une fierté intraitable, dédaignaient d'y paraître ou n'y paraissaient qu'un moment pour obtenir des grâces dans lesquelles elles ne voyaient que des restitutions. Les martyres de

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Louis XVI et de Marie-Antoinette, les plus longs et les plus effroyables dont Thistoire porte le témoignage, saignaient toujours dans leurs cœurs ; elles y ajoutaient celui du duc d'Enghien , en qui renaissait la fleur de la chevalerie. Plusieurs de ces dames étaient éloquentes, un cercle peu nombreux leur tenait lieu de tribune; elles cédaient aux hommes Tempire de la dialectique , et gardaient celui du sentiment. Plusieurs d'entre elles savaient écrire avec élégance, précision et noblesse. Leur commerce épistolaire en offrait de précieux témoignages. Leur parole improvisée avait encore plus de feu. Les illustres veuves de Lescure, de Bonchamp, avaient donné, sur les exploits héroïques de leurs époux dans la Yen*dée, des mémoires que l'Europe avait lus, et que la postérité lira avec l'intérêt le plus pénétrant. Parmi les missionnaires les plus habiles de la Restauration figurait au premier rang madame Charles de Damas , et sa sœur, madame deLatrémouille; mesdames de Duras, de Clermont-Tonnerre , de Chevreuse, de Custine; mesdames de Simiane , de Yintimille et de Yindée. 11 y avait sans doute entre ces dames des nuances d'opinions assez prononcées. Plusieurs avaient résisté aux idées constitutionnelles;

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d'autres les avaient acceptées avec tiédeur; mais il n'en était alors aucune qui n eût compris la nécessité d'une transaction; elles suivaient en cela les instructions données par le prétendant (Louis XVIII), et dont Tabbé de Montesquiou était l'habile et insinuant organe* Voici deft considérations que j'ai entendu présenter par quelques-unes de ces dames :

« Napoléon tombe de son propre poids; la force des armes et celle de sa volonté Font élevé à l'Empire^ et toutes deux maintenant s'unissent pour le renverser. Oui^ sa volonté inflexible ^ voilà son plus cruel ennemi. D'un bout de l'Europe à l'autre, mais surtout dans sa patrie, il est le fléau des mères , des familles; il est surtout celui de la jeunesse, qui lui garde encore un culte aveugle; il taille dans cette forêt non plus à coupes réglées , mais par de grands et universels abatis. Il l'épuisé, il la rase au point de n'y plus laisser que de vieux troncs minés par les ans; il dit à son armée : Fais des prodiges! elle les fait et meurt pour accroître sa gloire. Aussi, a-t-il grand soin de recommander aux mères d'être fécondes; c'est le premier et presque le seul mérite qu'il sache leur reconnaître. Quand donc une nière oserar t-elle répondre à sa question favorite : (c Gom-

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H bien avez-vous d'enfants? » par ces mois : « Sire, vous ne m'en avez point laissé. » Mais voyez comme il paye la fidélité de cette armée héroïque; il Tenterre dans les neiges de Moscou. Faut-il assurer son salut à Leipsick, il n'hésite pas à y sacrifier le tiers de son ar* mée. L'heure de sa chute approche; il peut la retarder et la rendre brillante; il ne peut s'y soustraire. Faudra-t-il que la France succombe avec lui? En se faisant empereur^ il a cru se faire dieu. Vous étonnez-voufi que la Provi^ dence divine châtie celui qui loi a substitué le destin pour se substituer lui-même à cette aveugle divinité? La France ne veut-elle plus compter au nombre des nations? Se condamnera-t-elle à devenir la proie de celles qui marchent contre Napoléon avec tant d'unanimité, d'ardeur et de furie? Un seul homme semble appelé à détourner le cours de ces fléaux, c'est un prince français, c'est votre roi. Esprit judicieux et modéré , qui , dans un long exil et dans un cours effroyable de calamités, n a jamais manqué à la dignité du trône et du malheur; qui a déjà donné des gages de son amour pour la liberté, mais qui sait la comprendre. Ses penchants et sa position Téloignent de ce despotisme qui, plus que jamais^ nous

humilie et nous écrase. En resserrant la liberté dans des limites qu'elle n'eût jamais dû franchir, il lui donnera plus de vie et de force; c'est un médiateur qui nous est réservé par la Providence et sur lequel elle s'est plu à en imprimer les plus doux caractères. Une restauration est le dénoûment nécessaire de ces grandes crises sociales; l'Angleterre nous en a donné la preuve et l'exemple. Elle rafiTermira notre liberté en mettant fin à un despotisme qui fut d'abord séduisant par la gloire > mais qui est aujourd'hui diffamé par une invasion que Na« poléon seul 9 par un enchaînement de fautes inouïes, a provoquée et rendue poâsible. Napoléon ne peut imputer sa chute qu'à lui seul. Profitez-en du moins pour rendre à la nation française son rang, sa liberté et son repos avec son roi. » Oui, ce furent les femmes qui prirent l'initiative sur le mouvement monarchique qui éclata dans des circonstances funestes il est vrai , mais qui en adoucit l'horreur et qui nous assura un meilleur avenir. L'histoire nous dit qu'elles avaient eu beaucoup d'influence dans les conseils des Gaulois nos pères. Leur ascendant s'est prononcé plus d'une fois et s'est plus souvent fait apercevoir soit dans les jours glorieux de la

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monarchie, soit dans ses secousses diverses; et je ne nie pas que leur ascendant n'ait été funeste souô Isabeau de Bavière et sous Catherine de Médicis. L'histoire leur reprochera toujours de s'être fait un jeu de la guerre civile de la Fronde , et d'y avoir cherché un triomphe de leur coquetterie. La Révolution française avait fini pair relever leur ascendant, en les plaçant au nombre de ses victimes d'élite. Elles soutinrent avec héroïsme le défi atroce que les bourreaux révolutionnaires portèrent à leur pitié, à leurs devoirs, à la noblesse de leurs sentiments. L'échafaud devint le triomphe du sexe faible et amena la chute des tyrans. Leur rôle est de terminer les révolutions.

Je n'ai exprimé ici, dans l'opposition qui se formait contre Napoléon, que les accusations les moins violentes. On juge que la passion devait suggérer des paroles plus emportées. Dans des réunions clandestines, des royalistes entachés de chouanerie, épuisaient contre lui le vocabulaire injurieux et outré dont les factions se servent sans scrupule, et lui donnaient les noms tantôt de Minotaure, et tantôt de l'Ogre corse. La répression diminuait en raison de l'étendue, des diverses couleurs de l'opposition, et des griefs que des fautes nouvelles et

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dea mftlheurs nouveaux lai fournissaient. Cette oppoMtion existait jusque dans tes obefs de Tannée. Expliquons^nous : elle n'arait parmi ennx, ni tendances politiques ai intentions hostiles; elle était tempérée par la reconnaissanee et par l'admiration qui résistaient à des fautes nombreuses. Leur fidélité restait inébranlable, mais l«ur patriotisme était en souffrance et leur véracité franchissait les limites d'une obéissance muette. Irrités d'avoir vu souvent leurs représentations les plus sages re^ poussées par l'Empereur^ et cruellement confirmées par les désastres qu'ils avaient prévus, ils ne pouvaient s'abstenir de laisser répandre dans le public les objections qu'ils avaient faites, et le mauvais succès qu'ils avaient obtenu. Leur point de vue , à dater de la campagne de Russie, était différent de celui de l'Empereur; ils jugeaient fortement et avec une intelligence sûre la position dans laquelle on entrait. Ils n'avaient plus caché leur désir de la paix à Dresde; et certes, l'heure en était alors favorable* Quand elle fut manquée, les grands capitaines qui avaient parlé en sages se battirent en lions. Ils écoutaient la leçon des revers quand Napoléon y était sourd; ils méditaient la guerre. défensive dont tout leur démonlarait

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la fatale nécessité^ lorsque Napoléon parlait encore de guerre d'invasion. Ils voulaient que les forces fussent concentrées quand TEmpe* reur laissait encore plus de cent mille hommes disséminés de Dantzick à Hambourg et à Dresde; ils songeaient au Khin quand celui-cî rêvait encore au Niémen. Hommes judicieux autant qu'intrépides, ils ne craignaient pas d'encourir la disgrâce de celui qu'ils voulaient sauver d'une chute épouvantable. Croit*on qu'un tel effort ne fût pas pénible au cœur de Berthier, comblé par son maître de biens et d'honneurs. €ette prudence sévère était-elle dans* les habitudes d'hommes tels que le fougueux Murât et l'inébranlable héros de la Moskov^a? Macdonald et Gouvion-Saint-Cyr n'avaient--ils paâ à craindre de retomber dans la longue déffltveur qu'ib avaient noblement encourue dans le procès de Moreau?

Au moiûeût où je rendis ce témoignage à des hommes dont la gloire , sans être égale à celle de Napoléon, en est du moins rapprochée , je ne puis me défendre d'un mouvement d'irrita*lion contre des écrivains qui répèlent avec trop^ de fidélité et une foi trop aveugle, les reproches que l'exilé de Sainte^Hélène adresse à des généraux qui, mieux écouté» par lui/ lui eu«-

sent sauvé ce fatal voyage. J'entends ces écrivains qui disent avec une froide assurance : « Ces vieux maréchaux ne valaient plus rien pour la guerre. Gorgés de biens et d'honneurs, ils ne songeaient plus qu'à l'heure d'en jouir ; leur génie était usé, celui de Napoléon conservait seul sa vigueur et sa flamme. Il eût dû les remplacer par de jeunes militaires plus ardents à seconder ses vœux et à commencer une carrière de gloire et d'honneur; exempts de préjugés et de routines militaires, ils eussent suivi avec ardeur et inspiration le pas de charge de la conquête. »

L'idolâtrie qui s'adresse au tombeau est plus séduisante que celle qui s'élève vers le trône, parce qu'elle ne peut être décriée par le salaire qu'elle obtient. Il importe donc à l'histoire d'en réfuter les erreurs et les injustices. Voyez quels étranges reproches ! Ces généraux voulaient la paix, dit-on. Eh! que Napoléon n'était-il animé d'un même désir! Ils voulaient la paix, mais avec la France entière ; ils étaient les sincères organes de leur patrie , ils en étaient comme les intrépides défenseurs, ils n'avaient jamais conçu de pensées ambitieuses. Ceux qui avaient donné la première impulsion des victoires, pouvaient-ils se considérer comme de simples

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machines de guerre aux ordres d'un officier d'artillerie? Quand la chute de Napoléon s'annonça > songèrent-ils comme les successeurs d'Alexandre ou les indignes vengeurs de César à s'en approprier quelques dépouilles? Ils pouvaient noyer leur patrie dans un long cours de calamités, s'ils avaient voulu opposer au prince qui fut rappelé sur le trône de ses pères par le vœu tout au moins tacite de la France, des guerres de partisans, de guérillas, qu'ils auraient peut-être élevées au fatal honneur des guerres civiles. Deux fois l'occasion s'en présenta pour eux; et deux fois ils la rejetèrent, ou plutôt ils se conduisirent comme si jamais elle ne se fût offerte à leur pensée.

Bjsmni DE Vtumn.

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