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CHAPITRE XLJV

P1I06«^ DB L'OPPOSIUON (t81i^).

if9iKr«lle0 pertes de FEmptre fraaçais. — Les villei anté^tiquee et la HpU^D^e a'oayrent à {'armée de^ ^^^: -^ )Ç9pif^Utiolw rigoiireuses de Presde et d^s grandes forteresses occupées par nps armes. — » Nouvelle ouverture pacifique du cabinet de Vienne ; Huais H exige ipainteoant le saerifiee de Fltadie , auquel Napoléon ne peut se résoudre. — |f . 4^ ^eti^nieh négpcie av/^g |«i .cantons suisses , et les décide à permettre le passage des armées alliées. — La triple ligne de nos forteresses devient ainsi presque \uv^\t popr notre défense, t- âéductions qui s'exercent sur l'esprit du roi de Naples )f ur^t. II 7 ppdjB, et à la s^upé^i/sMop commune, \\ se joint à la cause des alliés. — > Le prince Eugène y résiste ; mais vivement attaqué par les alliés , il ne peut plus rien pour la défense de sa patrie. — LMnvasion de l'armée anglo-espagnole fait quelques progrès sur notre territoire. — Soult se défend avec vigueur; mais il est obligé de quitter Bayonne pour voler au secours de Toulouse menacée. — Irrésolution de Napoléon à son retour. — Nouveaux actes arbitraires. — Napoléon enlève au Corps législatif, dont il se défie, la nomination de son président. — Le mécontentement s'accroît dans ce corps. — Un rapport de H. Laine irrite violemment l'Empereur. — Discours emporté qu'il tient à la députation du Corps législatif. — Il l'ajourne et prend sur lui le vote des impôts. — • Négociations avec le pape et avec les infants d'Espagne. — • Adieux de Napoléon à la garde nationale.

Ma plume dans le cours de cet ouvrage ne pouvait suivre la rapidité de nos conquêtes;

PROoRts m t'orposmoM (1816). 263

elle fléchit bien plus quand il faut retracer la rapidité décuplée de nos pertes. Il a suffi d'une nuée de Cosaques commandés par Czerniehef » pour mettre iio à ce royaume de WestphaliCy qui semblait né d'un soufiOie de Napoléon, Les villes anséatiquesi tant de fois rançonnées et dépouillées par nos commissaires français, ont secoué un joug si onéreux. Hambourgi qui après une insurrection malheureuse était retombée sous les dures lois du maréchal Da* Toustf n attend plus que le signal de son dé« part pour proclamer la liberté entière du nord de FÂllemagne. Mais yoici bien plus; la Hol-* lande , en se voyant favorisée de près par rapproche d'un corps d'armée de Bulow et par la délivrance des villes anséatiques, a voulu échapper a la honte de perdre avec sa liberté, son nom même qui retentissait si impérieuse-* ment à la cour de Louis XIV , d'être transformée en départements français , et enfin de voir expirer sous la loi du blocus continental, son commerce autrefois si florissant et même si dominateur. Ses jours de gloire et de prospé^* rite la poursuivent dans son abaissement ac^ tuel; elle a gardé un souvenir fidèle de ses princes d'Orange qui se sont en quelque sorte incoi^orés avec la République* Napoléon s'est

36& HISTOIBE DE L*B1IPIRE.

endormi sur la soumission continue d'un peuple chez qui la patience remplace la fierté comme l'économie y maintient la richesse* Il n'y a laissé qu'un simulacre de troupes et de garnisons dont les Hollandais peuvent se jouer dans la renaissance de leur patriotisme. Utrecht, la Haye , Amsterdam , éclatent à la fois , et elles ont fait reparaître l'orange leur couleur chérie. Au lieu de cette guerre si longue et si laborieuse qu'a coûtée à la Hollande son afiGranchissement de TEspagne, quelques jours lui suffiront pour secouer le joug de Napoléon.

Que vont devenir nos garnisons abandonnées dans la Prusse, et ces trois beaux corps d'armée laissés à Dantzick^ à Dresde et à Hambourg? L'Empereur a fait ici des fautes que le général Bonaparte aurait repoussées avec dédain. Le grand principe de sa gloire et de ses succès n'était-il pas dans cette vigueur et cette netteté de conception qui lui faisait réunir sinon l'ensemble, du moins la plus grande partie de ses forces sur le point qu'il avait jugé favorable à une attaque? « Qu'on me donne , disait-il au général Moreau, une armée fort inférieure à celle de l'ennemi, je trouverai toujours le moyen d'être le plus fort sur le point

PROGRis DE L'OPPOSITION (i81&). 265

OÙ je commencerai Tattaque et de la rendre décisive, » Il rayait prouvé en Italie et bientôt il le prouvera encore dans la Champagne. Quelle dérision lui et nos grands généraux ne faisaient-ils pas de ceux qui, voulant pourvoir à tout, éparpillent leurs forces et se trouvent faibles sur tous les points. Combien nos jeunes ofi&ciers ne s'étaient-ils pas moqués des petits paquets du général Menou , qui fit perdre rÉgypte à la France? Mais Tempereur Napo* léon voulait retenir partout les gages d'une conquête, alors qu'il était forcé de l'abandonner. Ainsi y la désastreuse campagne de Russie détermina les fautes presque irréparables de celle de 18t3. Comment secourir l'armée qu'il avait laissée à Dantzick et dans d'autres forteresses de la Pologne? Comment dégager successivement les garnisons de Torgau, de Glogau^ de Stettin, de Custrin, de Magdebourg et de plusieurs autres encore? Pourquoi se priver d'un si grand nombre de ces fiers vétérans et de tant d'habiles généraux pour commencer une campagne dont le principal objet eût dû être de mettre la France à couvert d'une invasion si injurieuse? A ces fautes déjà commises , Napoléon en ajouta deux nouvelles plus funestes encore, en ne rappelant point à lui le corps d'armée du

966 BisTOiti m L'Eimiiv»

maréchal Davoust, et en laissant trente mille hommea à Dreede, aous les ordres du général Gouvion-SaintrCyr. De là le désastre de la dernière journée de Leipsiek; voilà des reproches que j'ai entendu cent fois articuler à d'illustres militaires et qui sont confirmés par 1 évidence des faits I les voici :

Gouvion-Saint^yr^ après avoir tenté vainement de s'ouvrir un passage , soit jusqu'à Napoléon combattant à Leipsiok, soit pour le re^ joindre dans sa retraite , fut obligé de capituler le 16 novembre; il avait obtenu la liberté de rentrer en France avec son armée ^ mais cette capitulation ne fut point ratifiée par le général autrichien Schwartzenberg qui se joua de la foi promise. Ce corps d'armée rentré dans Dresde, y attendit vainement du secours et fut obligé de se rendre prisonnier. Davoust à Hambourg I attaqué par Bennigsen, ne put venir au secours de la Hollande; il s'était mis en marche lorsque l'événement était déjà accom* pli; Bernadette vint à sa rencontre et l'attaqua dans son camp retranché» Abandonné des Da** nois, les derniers alliés de la France , il fut obligé de rentrer dans Hambourg , et usa des moyens les plus violents pour prolonger une défense que de plus graves événements rendis

pROGBj^ w ^*onomum («8i&). in renjt inutile. L'uae de 8^s pes^ouroM fut dt «'emparer des UéBon de la banque.

Le général Rapp, défenseur d^ Dantiiek^ réduit à cinq ou six mille hommes restes de yingi-einq ^lille, capitula squs la condition de ramener son armée en France , ipais elle ne fut point acceptée par Tempereiir Alexandre qui se conforma h l'exemple peu généreux donné par le prince de Schwartzenberg à Dresde, et la garnison fut faite prisonnière. Il en fut ainsi de celles de Jorg^u, de Wittsmbei^t Stettin, Gustrin^r Modlin, Zamoso, de la citadelle d'Erfurth, et enfin de la puispante forteresse de Magdebourg, Dans la première de ces villes, TorgaU| son gouverneur. le général de Narbonne avait péri ^YWt I9 capitulation } upe chute de .cb^val avait détermipé P» moft* Il avait les ^[râc/çp de Tesprit frpnçaip san^ m avoir la 1ergèretér Cett9 éléganqe exquise ne Tabandonnait m dai)9 les pntret^ienp savants, »i dans les eonseils de« homn}e« d'État Sa papsipn la plus prQfon4e était lapiour de sa patnei il avait s^ prifié à h liberté les pr^ppg^tives de sa naissance #t la faveur d'i^pe cour qui le regardait comine son plus brillant modelai cçeur loyal» j&sprit inodéré, il ayait bo?raur d^s excès; il n'avait flfttté ni Tivresiae populaire ni 0elle d'un

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conquérant qui montrait pour lui le goût le plus vif. La paix n'avait point eu de plus zélé partisan; et ce fut peut-être pour se soustraire à ses représentations assidues, que l'Empereur le relégua à Torgau, tombeau ignoré du plus aimable des Français.

Tout est affranchi jusqu'aux rives du Rhin. Les alliés semblent étonnés de la rapidité de leurs succès et de leurs courses^ mais ils se montrent intimidés en touchant aux rives de ce fleuve qui leur rappelle de cruels souvenirs et les exploits de nos héros républicains, Pichegru, Hoche, Moreau, Marceau, Kléber et tant d'autres. Le sentiment de la patrie s'est réveillé chez Bernadette; il craint de toucher au territoire sacré qu'il a longtemps défendu et dissuade les souverains de tenter cette entreprise. Ils hésitent; leur fureur est amortie, celle des peuples ne l'est pas. Alexandre se montre satisfait des triomphes obtenus et ne voit plus de motif politique qui l'engage à continuer le rôle fastueux, mais pour lui politiquement stérile de roi des rois. Une partie de son conseil l'en détourne, une autre l'y porte avec de vives instances. « Pouvez-vous, lui dit-on et lui disent surtout les envoyés britanniques , laisser inachevée la chute de Napoléon?

PROGBkS DE l'opposmoif (18U). 269

Combien de fois ne franchira-t-il pas encore les rives de ce fleuve qui semble vous arrêter? Il présume déjà qu'il lui suffira de deux ou trois victoires pour rentrer dans Dresde, Berlin et Varsovie. Ne serez-vous pas encore appelé pour voler au secours de rAllemagne et détourné du chemin de Byzance? Profitez de ce brillant enthousiasme qui transporte aujourd'hui les peuples pour frapper le colosse ébranlé. L'empereur d'Autriche incline plus ouvertement vers des dispositions pacifiques; voilà que la confédération du Rhin est brisée , il reprend sa suzeraineté en Allemagne , et sans tenter la voie des armes, il peut recouvrer sa domination en Italie; le fier Napoléon n'est plus en état de la lui disputer ; dans la situation où il s'est précipité, c'est lui rendre un service im< mense que de lui laisser la limite du Rhin. » L'empereur François II était moins harcelé par les fureurs vindicatives de son peuple. L'enthousiasme et les passions ardentes ne sont point le partage de l'Autrichien , nation facile à gouverner^ et qui^ sous les princes de la maison de Lorraine , mêle à son obéissance une affection peu exaltée, mais cordiale. L'empereur François II et son ministre le comte de Metternich firent dans de telles conjonctures,

270 Hisram 0B t'EiPiRi.

une démarche qui sauyait l'honneur et Yinl^ grité du territoire françai». Le baron de Saint-^ Aignaa, envoyé de Napoléon à la cour de Saxe- Weimar, avait été fait prisonnier contre le droit doB gens après la retraite désordonnée de Leip* siek. Le ministre autrichien en fut instruit et résolut de l'employer à une négociation dont la base devait être la France réduite à ses limites appelées naturelles, le Rhin, la Belgiq;ue moins la Hollande, les Alpes et les Pyrénées. Il l'appela à Tœplitz et s'entretint avec lui en présence du comte de Nesselrode^ ministre de reAipfereur Alexandre, et le chargea de porter à Na*poléon cette nouvelle proposition de paix. Ell6 était sans doute fort pénible pour rEmpereur, puisqu'il y perdait l'Italie, la plus brillante de ses conquêtes. Mais la fortune avait parlé dans les journées de Leip^ck, et son arrêt avait été foudroyant; il n'y avait plus à prendre qu'un parti pour éviter l'invasion diluvienne des peuples, c'était sauver la France aux dépens de l'Italie. Ainsi Napoléon animait maintenu les conquêtes de la République française jusqu'à sa brillante apparition sur la scène des combats. Supposons qu'une assemblée nationale eût été appelée à en délibérer, point de doute qu'elle n'eût acoepté cette çaiXf e& se eoïkforaHait au

PROGRÈS DK L'C^POftlTIOll (i8i&). 271

yœu de toute la France. Il n'en était pas ainsi de Tempereur Napoléon ; il s'arrachait par là tous les trophées de ses victoires ^ et quelle con* fusion pour lui de signer la destruction de tous les trônes où il a placé les princes de sa fa* mille y et d'abjurer pour son fils même ee titre de roi de Rome qu'il lui avait si fastneusement donné. Ne devait-il pas craindre que tous les esprits libéraux en France et tous ses ennemis ne profitasssent de son afiEaiblissement politique, soit pour renverser son autorité absolue, soit pour la réduire à des limites insup* portables à sa fierté.

Nos possessions dans l'Italie n'avaient été jusqu'alors que faiblement entamées par l'Autriche, qui frappait en Allemagne les grands coups de la guerre. Le prince Eugène , dont nous avons vu la noble constance dans la camh pagne de Russie et dans celle de Saxe, avait été envoyé après les événements de Dresde au secours de l'Italie, et avait jusque-là pourvu à sa défense. Mais c'était encore là une armée perdue pour la sûreté de nos frontières et de notre capitale. La France était faible alors de tout ce qui l'avait agrandie. Sans cette fatale dissémination , elle aurait pu parfaitement braver le choc européen.

272 HISTOIRE DE L'EMPIRS.

Ces lueurs de paix , présentées de nouveau par le congrès de Francfort, ne nous laissaient qu'un espoir fort incertain. Napoléon nous était connu. Mais elles semblèrent prendre plus de consistance quand les journaux anglais nous apprirent que le prince régent, à l'ouverture du parlement britannique, avait dans le discours de la couronne, déclaré que les souverains alliés étaient tellement émus du désir de la paix, qu'ils ne voulaient proposer aucune condition qui blessât l'honneur et les intérêts de la France.

On pouvait voir là une convenance diplomatique , peut-être aussi était-ce une condescendance apparente au vœu du peuple anglais, fatigué des dépenses accablantes où l'entraînait cette guerre; mais enfin ces paroles différaient beaucoup du langage acerbe de ses torys qui voulaient, les uns une guerre perpétuelle et les autres une guerre viagère contre Napoléon. Pressé de faire une réponse à l'Autriche, il semble plus occupé d'éluder cette proposition que de l'accepter pour le salut de son empire. Cet homme né pour le mouvement, tombait dans une étrange immobihté quand il s'agissait de sortir d'une conquête ou d'accepter un sacrifice. Le 16 novembre, M. Maret qui eût

PROGEÈS DE l'opposition (1816). 273

regardé comme un sacrilège de substituer sa pensée à celle de l'Empereur, répondit à M. de Metternich en ces termes :

wUne paix qui aura pour base l'indépendance de toutes les nations, tant sous le point de vue continental que sous le point de vue maritime, est l'objet constant des vœux et de la politique de l'Empereur des Français, et il accepte la réunion d'un congrès à Manheim. »

Ainsi, Napoléon vaincu semblait se mettre sur le même pied que l'Angleterre victorieuse. S'il se résignait à des sacrifices , il paraissait en exiger d'analogues de son rival. Cette réponse tout à la fois ambiguë et hautaine fit tomber la proposition de M. de Metternich. L'Angleterre s'en offensa, et tous les souverains dont elle soldait les armées s'associèrent à l'irritation de leurs exigeants banquiers. Voilà encore une paix manquée à notre grand désespoir. Nous pressentions trop bien que, dans les progrès de l'invasion, les alliés n'offriraient plus la paix qu'à des conditions beaucoup plus dures; qu'il n'y aurait plus de concessions ni pour la rive gauche du Rhin , ni pour la Belgique , et qu'on ne parlerait plus que des limites de la France avant la Révolution. Nous

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étouffions; Doas périssions sous le jeu de tout ou rien.

Quelle fut notre désolation quand nous apprîmes que la ligue , pour rendre inutile Timpénétrable frontière dont Louis XIV et Vauban avaient muni la France , se disposait à nous attaquer par un poiçt beaucoup plus vulnérable et qui est bien loin d'oflfrir la triple ligne de forteresses créée par la prévoyance et le génie. Mais cette Suisse si fière et si belliqueuse livrerait-elle sans combat ses montagnes dont elle avait si rudement lancé les rochers contre les soldats de rAutriche^ et où elle avait si cruellement châtié Torgueil de Charles le Téméraire? Nous ne pouvions nous le persuader encore. Après tout^ Napoléon avait fait fléchir pour la Suisse son ambition conquérante; il n'en avait détaché que Genève, la principauté de Neufchâtel et le YaUis; rare modération chez un prince qui portait assez facilement la main sur tout ce qui était à sa convenance. De plus, ce soldat de la République, qui avait fait disparaître tant de républiques de TEurope, avait du moins épargné celles de la Suisse. 11 pouvait porter avec orgueil le titre de son médiateur, car il avait banni les discordes civiles de ce territoire aussi bien que du nôtre; il y

PROGRÈS DE t*OPPOSlTiOM (1816). 275

avait respecté de vieilles institutions et de glo* rieux souvenirs. La Suisse renaissait à ses mœurs antiques, et supportait assez bien le conoibat entre deux religions et deux formes de gouvernement ennemies l'une de l'autre. Cependant raristocratie de plusieurs cantons nourrissait de vieux griefs et des défiances opiniâtres contre la politique française. Napoléon et la France allaient expier Timprévoyante et détestable politique du Directoire dans l'invasion de la Suisse^ et cette rapacité qui s'était signalée par l'enlèvement du trésor de Berne, objet réel de cette guerre > et enfin ces combats cruels que les vaillants soldats de notre jeune République avaient été forcés de livrer aux fils de Guillaume Tell.

Il semblait établi que tout ce qui parlait la langue allemande devait entrer dans la ligue contre Napoléon. Les écrits enflammés des publicistes germains passaient le Rhin et les Alpes Noriques et Juliennes, et allumaient dans les chalets des montagnards une haine obstinée contre de trop puissants voisins qui avaient été leurs oppresseurs. Il me semble inutile de dire par quels intermédiaires et à quel prix fut conduite une négociation dont l'issue fut plus fatale pour nous que Moscou et Leipsick même,

276 HISTOIRE DE l'EMPIRE.

puisqu'elle ouvrait nos portes à des flots d'ennemis.

Mais de toutes les défections qui se déclarèrent dans cette crise fatale , la plus révoltante pour le bon sens , la morale et Thonneur , fut celle de Murât roi de Naples, beau-frère de Napoléon. Blessé au cœur par les reproches amers et trop mérités que lui avait adressés l'Empereur sur sa conduite à Vilna et par la publicité qu'ils avaient reçue, il avait pu faire taire ses ressentiments. On croit que sa colère céda aux représentations de la reine Caroline, dont la beauté fixait mal son volage époux, mais qui avait sur lui l'ascendant d'un esprit plus froid et le grand titre de sœur de Napoléon. 11 reparut dans la campagne de 1813 , sans ajouter beaucoup à sa grande renommée de général d'avant-garde, mais du moins sans l'altérer et la compromettre. 11 avait quitté Tarmée avant Leipsick pour veiller au salut de l'Italie, concurremment avec le prince Eugène. Du moins, tel était son prétexte; mais en voyant le trône de son beau-frère fortement secoué, il trembla pour le sien. La royauté et le champ de bataille faisaient également ses délices; il avait espéré, convoité celle de l'Espagne, et ce n'était pas gans un profond dépit qu'il s'était vu préférer

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Joseph, ce timide frère du terrible Napoléon. Politique aussi vulgaire qu'irritable : il s'était vu pressé par l'Autriche qui , pour prix d'une défection et même d'une adhésion plus ou moins déclarée à la cause européenne, lui garantissait ce trône dont il avait la faiblesse de ne pouvoir plus se détacher. D'un autre côté son ambition se sentait amorcée par des patriotes italiens qui regardaient ce moment d'une combustion universelle comme favorable pour se rapprocher au moins de l'unité italique et de l'en rendre le chef. Un projet spécieux par ses résultats, mais chimérique dans sa base, avait été présenté à ce soldat impétueux. Il s'agissait de couper l'Italie en deux zones qui auraient pour démarcation la ligne du Pô; l'une resterait à l'empereur Napoléon et l'autre tomberait dans le partage du roi de Naples.

Mu^at avait embrassé ce dernier plan avec sa fougue ordinaire > et n'avait pas craint de le soumettre à son beau-frère; il mettait à ce prix sa coopération à la défense de l'Empire. Napoléon s'irrita d'une ambition si impérieuse et si déplacée dans les conjonctures cruelles qui le pressaient; il n'y vit qu'une trahison masquée qui cherchait un prétexte et tonna contre l'ingratitude et la présomption de son beau-

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frère, « Il y a deux hommes, dit-il, qui ne m'ont jamais pardonné de m'être élevé à l'Empire , ce sont Bernadette et Murât. » L'Autriche, qui avait voulu profiter du premier dépit du roi de Naples pour le détacher de Napoléon, renouvela ses démarches quand elfe connut la pensée nouvelle dont il était travaillé, et lui offrit ou parut lui offrir une assez riche part dans l'Italie s'il voulait se joindre à la cause des rois. Des ouvertures de ce genre avaient été faites au vice-roi d'Italie; on juge qu'elles ne purent ébranler sa fidélité. Murât fut plus facilement séduit, mais il couvrit encore de quelque voile une défection qui le faisait rougir et devait le faire trembler. Sommé par Napoléon de marcher avec trente mille hommes pour la défense des deux royaumes, il s'élait mis en marche , mais en laissant sur son passage des indices peu favorables à la cause de l'Empire et même de la France. Le prince Eugène avait pénétré ses desseins, et il avait écrit à l'Empereur ces mots : « Soyez sûr que le roi de Naples, avec ses trente mille hommes, ne marche que contre nous. « Ainsi , les forces de la France dans la péninsule italique, devenaient à peu près inutiles pour notre défense. Pour comble de malheur, des dangers plus

PR0GBË9 De L'opposition (1816). 279

pressants se présentaient dn côté de T Espagne. La déroute de Yittoria avait été si complète que Ton craignait de voir les Anglais pénétrer en France par la Navarre. Le maréchal Soulti que l'Empereur avait détaché de son armée d'Allemagne pour prévenir une extrémité si fatale et si honteuse, fit cesser ou du moins interrompit ces alarmes par la fermeté de sa défensive. 11 ne put cependant empêcher Wellington de forcer le passage de la Bidassoa, et même d'occuper Saint^ean de Luz; mais il se tint si ferme dans son camp retranché, qu'il arrêta pendant un mois entier l'armée des alliés. Les Espagnols, dans leur esprit vindicatif et présomptueux , poussaient déjà le cri de Pa** ris! Paris! comme un formidable écho de celui qui avait retenti sur les rives de l'Elbe et qui maintenant éclatait sur les rives du Rhin. La saison dans les Pyrénées se montrait contraire à cette invasion^ et Wellington avait trouvé dans le maréchal Soult un adversaire aussi vigilant qu'intrépide. Pressé par les ordres de son cabinet, qui ne voulait pas laisser un moment de relâche à Napoléon et par les cris de son armée, il engagea l'action le 9 décembre pour effectuer le passage de la Nivelle. La bataille de Leipsick avait duré trois jours,

celle-ci en dura quatre. Je yiens de rappeler Leipsicky parce que je trouve ici un événement de même nature. Au fort de la bataille^ des troupes allemandes qui faisaient partie de l'armée française , comme pour prouver Taccord des peuples contre Napoléon, imitèrent l'exemple des troupes saxonnes et passèrent sans pudeur dans le camp ennemi. Cette défection ne déconcerta point le général français; ce vide fut remplacé à Tinstant, et Tarmée anglo-espagnole fut obligée de s'arrêter sous les glacis de Bayonne.

Cependant Tévacuation de TEspagne n'était pas complète encore. Le maréchal Suchet nommé duc d'Abulféra, s'éloignait à regret du théâtre de ses victoires où il ne trouvait plus de résistance y et qu'il avait calmé par une ad« ministration équitable et judicieuse. Il s'était arrêté à Barcelone; son armée et celle de Soult avaient été dégarnies de troupes valeureuses et particulièrement de ces grenadiers de la garde impériale, qui allaient dans les plaines de la Champagne, rajeunir et surpasser leur vieille gloire. Ainsi après des exploits si prodigieux et de si vastes conquêtes, l'Empire français possédait à peine pour sa défense, le huitième ou le dixième des forces que la Convention

PROGRÈS DE l'opposition (1814). 281

avait fait mouvoir par ses terribles décrets; mais elle possédait encore Napoléon.

Le plus beau des spectacles , a dit Sénèque, est celui du sage luttant contre Tadversité. Le sage manquait ici , et il n'était qu'imparfaitement représenté par le grand homme de guerre. Napoléon allait se renouveler^ mais il fallait en même temps renouveler la France, car il avait besoin de la France tout entière, de la France animée de ses généreux transports qui ont valu tant de miracles à la liberté. C'était un nouveau contrat qu'il fallait sceller avec la France , mais un contrat où la franchise devait remplacer des prestiges vieillis, où le despo« tisme devait incliner ses faisceaux et ses ha« ches, ses pompes monotones et ses fastidieuses étiquettes devant les libertés nationales. Bonaparte avait le génie des grands coups de théâtre; il pouvait en produire un merveilleux par les inspirations d'un grand cœur. La France voyait tous les peuples de l'Europe ligués contre elle au nom de la liberté; il fallait que la France, pour retrouver toutes ses ressources, redevînt un peuple libre, le peuple de 1789. Un homme tel que Napoléon pouvait être à la fois le restaurateur et le modérateur de ces libertés. Sans doute; il ne les eût pas lâchées à

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celle-ci en dura quatre. Je viens de rappeler Leipsick, parce que je trouve ici un événement de même nature. Au fort de la bataille^ des troupes allemandes qui faisaient partie de Tarmée française, comme pour prouver l'accord des peuples contre Napoléon, imitèrent Texemple des troupes saxonnes et passèrent sans pudeur dans le camp ennemi. Cette défection ne déconcerta point le général français; ce vide fut remplacé à Tinstant, et Tarmée anglo-espagnole fut obligée de s'arrêter sous les glacis de Bayonne.

Cependant l'évacuation de l'Espagne n'était pas complète encore. Le maréchal Suchet nommé duc d'Abulféra, s'éloignait à regret du théâtre de ses victoires où il ne trouvait plus de résistance , et qu'il avait calmé par une administration équitable et judicieuse. Il s'était arrêté à Barcelone; son armée et celle de Soult avaient été dégarnies de troupes valeureuses et particulièrement de ces grenadiers de la garde impériale, qui allaient dans les plaines de la Champagne, rajeunir et surpasser leur vieille gloire. Ainsi après des exploits si prodigieux et de si vastes conquêtes , l'Empire français possédait à peine pour sa défense, le huitième ou le dixième des forces que la Convention

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avait fait mouvoir par ses terribles décrets; mais elle possédait encore Napoléon.

Le plus beau des spectacles , a dit Sénèque, est celui du sage luttant contre l'adversité. Le sage manquait ici , et il n'était qu'imparfaitement représenté par le grand homme de guerre. Napoléon allait se renouveler ^ mais il fallait en même temps renouveler la France, car il avait besoin de la France tout entière, de la France animée de ses généreux transports qui ont valu tant de miracles à la liberté. C'était un nouveau contrat qu'il fallait sceller avec la France , mais un contrat où la franchise devait remplacer des prestiges vieillis , où le despotisme devait incliner ses faisceaux et ses haches, ses pompes monotones et ses fastidieuses étiquettes devant les libertés nationales. Bonaparte avait le génie des grands coups de théâtre; il pouvait en produire un merveilleux par les inspirations d'un grand cœur. La France voyait tous les peuples de l'Europe ligués contre elle au nom de la liberté; il fallait que la France, pour retrouver toutes ses ressources, redevînt un peuple libre, le peuple de 1789. Un homme tel que Napoléon pouvait être à la fois le restaurateur et le modérateur de ces li* bertés. Sans doute, il ne les eût pas lâchées à

celle-ci en dura quatre* Je viens de rappeler Leipsick, parce que je trouve ici un événement de même nature. Au fort de la bataille, des troupes allemandes qui faisaient partie de l'armée française , comme pour prouver l'accord des peuples contre Napoléon, imitèrent l'exemple des troupes saxonnes et passèrent sans pudeur dans le camp ennemi. Cette défection ne déconcerta point le général français; ce vide fut remplacé à l'instant, et l'armée anglo-espagnole fut obligée de s'arrêter sous les glacis de Bayonne.

Cependant l'évacuation de l'Espagne n'était pas complète encore* Le maréchal Suchet nommé duc d'Abulféra, s'éloignait à regret du théâtre de ses victoires où il ne trouvait plus de résistance, et qu'il avait calmé par une administration équitable et judicieuse. Il s'était arrêté à Barcelone ; son armée et celle de Soult avaient été dégarnies de troupes valeureuses et particulièrement de ces grenadiers de la garde impériale, qui allaient dans les plaines de la Champagne, rajeunir et surpasser leur vieille gloire. Ainsi après des exploits si prodigieux et de si vastes conquêtes, l'Empire français possédait à peine pour sa défense ; le huitième ou le dixième des forces que la Convention

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avait fait mouvoir par ses terribles décrets; mais elle possédait encore Napoléon.

Le plus beau des spectacles , a dit Sénèque, est celui du sage luttant contre l'adversité. Le sage manquait ici ^ et il n'était qu'imparfaitement représenté par le grand homme de guerre. Napoléon allait se renouveler ^ mais il fallait en même temps renouveler la France, car il avait besoin de la France tout entière, de la France animée de ses généreux transports qui ont valu tant de miracles à la liberté. C'était un nouveau contrat qu'il fallait sceller avec la France , mais un contrat où la franchise devait remplacer des prestiges vieillis , où le despo« tisme devait incliner ses faisceaux et ses ha« ches, ses pompes monotones et ses fastidieuses étiquettes devant les libertés nationales. Bonaparte avait le génie des grands coups de théâtre; il pouvait en produire un merveilleux par les inspirations d'un grand cœur. La France voyait tous les peuples de l'Europe ligués contre elle au nom de la liberté; il fallait que la France, pour retrouver toutes ses ressources, redevînt un peuple libre, le peuple de 1789. Un homme tel que Napoléon pouvait être à la fois le restaurateur et le modérateur de ces libertés. Sans doute, il ne les eût pas lâchées à

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pleines mains , mais il eût laissé entrevoir celles que la prudence ne permettait pas encore de réaliser. Il se fût aidé puissamment du Sénat et du Corps législatif en donnant à Tun et à Tautre un principe d'action, un principe de vie qui leur manquait encore. Il pouvait de luimême opérer le passage d'un despotisme déri* soirement pallié à une monarchie limitée et représentative. Sa mission d'ordre était terminée. La France était soumise à tel point que la rébellion n'y trouvait plus un seul foyer, mais elle se sentait humiliée. Parmi les hommes puissants en apparence, pas un seul n'était content de lui-même. C'est un horrible malaise que de sentir son caractère brisé. On était af«faissé sous le poids de ses complaisances , sous le poids des manteaux de velours et d'hermine qui en étaient les tristes gages; et le moment approchait où Ton pouvait en être dépouillé par la soldatesque étrangère. Ceux même qui étaient le plus animés de reconnaissance pour l'Empereur se désolaient de ne plus pouvoir le servir. Sa volonté de fer, en pesant sur tous, pesait encore plus sur lui-même pour Tentraî* ner à sa perte. Voilà ce que sentait chacun de ses conseillers intimes , et je n'en excepte pas son archichancelier Cambacérès, homme émi-

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neminent doué de sagacité et de prévoyance. Si ce n'était lui, c'étaient du moins ses anciens amis 9 convertis en ses parasites, qui trahissaient ces alarmes; et l'Empereur du moins pouvait les lire sur leurs fronts pâles, dans leurs yeux ternes et dans leurs paroles d'assurance péniblement articulées. Que fallait-il donc? Les revivifier d'un 60u£Ele de 1789, au lieu de les laisser mornes et abattus dans le regret de leurs jouissances épicuriennes si rudement menacées. Certes, les opérations militaires suffisaient bien pour exercer le plus vaste génie. Il fallait que le mouvement national vînt de la nation même, et pouvait-il s'opérer quand tout était contraint? La presse pouvait mieux qu'un sénatus-consulle créer une armée, et jamais elle n'avait été plus asservie. La tribune pouvait créer un de ces grands mouvements qui répandent l'héroïsme dans toutes les âmes; et la tribune était aussi inanimée, aussi froide, aussi muette que le marbre dont elle était formée. Quoi de plus affreux qu'un mutisme qui étouffe le cri de la souffrance, le cri d alarme , le cri d'honneur! Quant au Sénat, c'était un corps composé d'hommes absorbés, suivant l'expression de Sieyès, et pourtant il y avait là beaucoup de gloires militaires et plusieurs

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beaux noms historiques. C'eût été un beau moment que celui où Napoléon leur eût dit : i< Parlez y agissez, multipliez-vous , le péril le veut. Réveillez partout le courage, réprimez partout la licence et Tesprit de faction. J'ai rempli ma mission pour Tordre, c'est maintenant une tâche facile que de le maintenir. Que rborreur de l'occupation étrangère remplisse toutes les âmes comme elle soulève la mienne. Je vais recommencer le cours de nos victoires dans cette Champagne qui en fut la source féconde. Le genre humain a trop souffert de cette guerre, et je veux la terminer. Périsse mon autorité pourvu que la France soit libre et fière ! »

Il me semble que de telles paroles auraient produit cet enthousiasme que la Grèce fît éclater dans l'isthme de Corinthe quand elle crut à la renaissance de sa liberté , et l'effet en eût été garanti par des prodiges nouveaux.

Suivons maintenant l'Empereur depuis son retour à Paris, 9 novembre 1813, jusqu'à son nouveau départ pour l'armée. Ces deux mois sont remplis pour lui de tortures auxquelles vient s'en ajouter une qui lui est inconnue jusqu'à ce jour, l'irrésolution. 11 ne conçoit que des demi-plans; son pouvoir impérial,

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