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malgré sa vaste étendue, lui paraît insuffisant; il fait effort pour dégager son pouvoir absolu de quelques formes qui le tempèrent; son calme est sombre, sa franchise est rude. Le 14, le Sénat se présente suivant Tusage, pour le féliciter, il faudrait dire plutôt pour le consoler* La harangue de ce Corps, présentée par son président le savant Lacépède , est une apologie contournée des fautes commises dans une campagne de six mois. Napoléon Técoute Toeil morne , et déclare l'étendue de nos malheurs par ces terribles mots : ce L'Europe tout entière marchait avec nous, elle marche aujourd'hui contre nous. » 11 aurait pu ajouter : « Il y a dix-huit mois je marchais sur Moscou, et j'y arrivais; aujourd'hui les armées alliées marchent sur Paris. » Le Corps législatif avait été convoqué pour le 2 décembre. L'Empereur prolongea ce délai dans l'espérance que le congrès de Manheim pourrait mettre fin à cette guerre et détourner l'invasion. Napoléon, de son autorité privée, prolongea et augmenta quelques impôts indirects. Cependant les députés arrivaient à Paris et se dédommageaient par de chaleureux entretiens , du silence qui leur était imposé à la tribune. L'Empereur impatienté d'un assez grand nombre de boules noires qui accueil-
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laient dans le Corps législatif ses projets de lois^ n'eût pas tardé à lui faire subir le sort du Tribunat; s'il fût revenu victorieux de ses deux dernières campagnes. Le malheur lui permettait peu un acte aussi tranchant; il fallait demander à ce Corps des ressources immenses pour d'immenses périls. Mais il importait de se couvrir du nombre de l'égalité. Il s'agissait de nommer un président, poste que Fontanes avant de passer aux fonctions de grand maîlre de l'Université , avait rempli avec assez de prestige oratoire^ et dans une occasion mémorable avec courage.
Le président avait seul dans ce Corps , le privilège de la parole; encore était*il restreint à un panégyrique perpétuel des actes de l'Empereur; son silence en certaines occasions, était traduit comme un blâme. L'Empereur craignait que le Corps législatif ne présentât à sa nomination que des candidats qui se pi* quassent d'une certaine dignité de conduite et de langage; il résolut de supprimer ce faible reste de liberté laissé à ce Corps de muets et de choisir lui seul ce président sans présentation de candidats; c'était violer un article des constitutions impériales^ mais tout se légitimait par un sénatus-consulte. L'Empereur avait une
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confiance exclusive dans ce corps qui allait le détrôner dans quatre mois. Il destinait Temploi de président au grand juge Régnier, faible homme d'État, jurisconsulte habile, dont le style était bien loin de représenter Téclat et la finesse de Fontanes. Il lui avait désigné pour successeur un jeune honime qui portait un des noms les plus glorieux de la magistrature. Une des pensées de l'Empereur était de repeupler son ministère et son conseil d'État de jeunes hommes qui, par leur position, leur naissance et leur âge, étaient étrangers aux habitudes de la Révolution , et dont les talents commençaient à se manifester; tels que MM. Pasquier, Séguier, Meunier, de Barante, de Cazes et plusieurs autres; tous lui furent fidèles, mais il arriva que chacun d'eux fut appelé à inaugurer parmi nous ce gouvernement représentatif, secret objet de leur prédilection politique. L'Empereur fit venir le comte Mole et lui dit : « Asseyez^-vous et rédigez un rapport au Sénat dont je vais vous tracer les motifs. Il les énonça avec cette rapidité et cette absence de transition qui ne permettaient qu'à ses secrétaires intimes de suivre et de démêler ses pensées. M. Mole restait interdit et confessait son embarras ; mais il le fut bien plus et fort doulou-
reusement quand l'Empereur insista sur la considération suivante qui devait entrer dans le préambule du sénatus-consulte; il l'exprima en ces termes :
« Il est y dans le palais , des étiquettes, des formes qu'il est convenable de connaître, et qui, faute d'être bien connues, peuvent donner lieu à des méprises, à des lenteurs que les corps interprètent toujours mal. Tout cela est évité par la mesure que nous proposons; mais il peut arriver que les hommes portés sur cette liste, quelque honorables et distingués qu'ils soient par leurs lumières, n'aient jamais été connus par TEmpereur.
« Comme une des prérogatives du Corps législatif est de pouvoir parvenir directement jusqu'au souverain par l'organe de son président, il a paru, pour que ces communications puissent être plus utiles à la chose et spécialement au Corps législatif, qu'il était convenable que le président se trouvât déjà personnellement connu de l'Empereur. De cette manière, le Corps législatif et chacun de ses membres seront assurés de trouver, dans son président, un intermédiaire, un guide, un appui. »
Jc^ne sais si une pareille exigence d'étiquette se fût offerte à l'esprit môme de Louis XIV
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qui en fut le suprême législateur; mais elle formait un déplorable contraste avec la grandeur réelle de Napoléon , et bien plus encore avec l'urgence de ses périls et des nôtres. Qui eût jamais supposé que de telles penséei^ roulassent dans Tesprit de Napoléon ^ fils de la Révolution^ quand un million d'ennemis allait se précipiter à la fois sur toutes les frontières de son Empire! Aussi ^ M. Mole se garda bien de faire entrer une telle considération dans son rapport au Sénat; mais Napoléon ne voulut pas perdre une pensée d'une politesse si exquise^ et il la fit insérer dans le rapport que le Moni-^ leur publia le lendemain. On ne pouvait prendre plus de soin pour se rapetisser. Le Sénat fui requis d'ordonner une nouvelle levée de trois cent mille hommes pris dans les onze années antérieures, en sorte qu'il s'y trouvait des hommes de trente-trois ans. Ce n'était pas ainsi que se formaient en Allemagne, ces land-? werhs, ces landsturms qui allaient déborder sur l'Empire. Elles étaient en grande partie spontanées, et c'est ce qui les rendait redoutables. Les professeurs des universités venaient s'inscrire d'eux-mêmes au nombre des défenseurs de la patrie. Pendant l'absence de l'Empereur et après le désastre de Leipsick; l'impé-
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ratrice régente avait été déjà chargée de venir demander au Sénat une levée de deux cent mille hommes et l'avait obtenue sans difficulté. Cette fois le Sénat montra quelque scrupule, quelque hésitation; l'Empereur crut devoir user de condescendance. Les sénateurs sem^ blaient lui dire : « Pourquoi n'avez-vous pas accepté la paix qui nous était offerte à Dresde par l'entremise de votre beau-père? » En effets c'était un grief qui retentissait partout, et les hauts fonctionnaires dont l'existence était cruellement compromise le ressentaient plus amèrement que tout autre; ils voulaient le faire entendre au superbe dominateur; ils demandé*rent communication des actes de la négociation de Dresde et de Prague. Il fut convenu que le Sénat nommerait une commission qui en pren-* drait connaissance. Ce fut un nouveau ministre des relations extérieures, M. de Caulincourt^ qui présenta ces pièces. Il y avait alors un cri général contre M. Maret, à qui l'on imputait la mauvaise issue des négociations. Il était plus commode de s'en prendre au serviteur qu'au maître; mais c'était méconnaître à plaisir le caractère de l'un et de l'autre. L'Empereur rendit à son infortuné ministre un poste pour lequel il était mieux né ^ celui de son secrétaire intimOé
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Ces ressources extrêmes paraissaient encore insuffisantes aux hommes exercés en politique et surtout à M. de Talleyrand. A peine Tarmée qui allait défendre la frontière de TEst pouvait-elle monter à cent mille hommes. Les trois cent mille nouveaux conscrits allaient être jetés en réserve à Bordeaux, à Metz, à Turin et à Utrecht. Le choix de ces deux dernières villes annonçait Tintention de garder le Piémont et la Hollande, ce qui répondait mal aux ouvertures faites à Francfort par les alliés. Voilà ce qui n'échappa point à la perspicacité de M. de Talleyrand; il fut nommé membre de la commission, ainsi que MIVL Barbé-Marbois, Fontanes, de Saint-Marsan et le général Bournonville, tous hommes pénétrés de la nécessité de la paix. M. de Fontanes fut chargé de rédiger l'adresse, mais on ne pouvait la lire sans voir que l'esprit de M. de Talleyrand avait dirigé la plume de Félégant académicien. Rien ne ressemblait moins au ton farouche, aux déclamations outrées, aux invectives furibondes qu'employaient la Convention et son comité de salut public dans de telles circonstances. Tout y était mesuré et presque flatteur pour les souverains alliés; on n'en excluait pas même le prince royal de Suède, Bernadotte, à qui l'on
rappelait son origine française et les lauriers cueillis par lui sous nos drapeaux. Ces louanges délicates ; mais un peu timides, étaient rele« vées par quelques phrases où Ton faisait un appel énergique au patriotisme et à l'honneur de la grande nation. Le sénatus-consulte, pour la levée des trois cent mille hommes, avait rencontré une opposition inaccoutumée. Ce docile Sénat aspirait évidemment à prendre de la vie et de Tautorité.
Le même sentiment se prononçaitavec plus d'énergie dans le Corps législatif. L'Empereur avait daigné lui donner communication des pièces diplomatiques envoyées au Sénat. Cette assemblée avait donc aussi à nommer une commission. Elle saisit avec empressement cette occasion de manifester des sentiments qu'elle ne pouvait plus comprimer. La commission fut formée de •MM. Laine, Raynouard , Flaugergues , Gallois et Maine de Biran. C'est de ces cinq hommes que sortit le réveil de la liberté après un sommeil de quinze ans. Acte bien digne de l'histoire, et qui , jusqu'à présent, n'a reçu que l'arrêt des passions. C'est ce jugement de Sainte- Hélène, c'est-à-dire du juge le plus partial, qu'ont répété plusieurs histoires contemporaines. Les unes n'ont voulu y voir qu'une excès-»
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sive imprudence; les autres se sont efforcés d'y démêler une intention déloyale et favorable à Finvasion étrangère. Les noms^ la vie et les ouvrages des cinq commissaires, sont la réfutation la plus manifeste d'un reproche aussi injuste. Entre ces noms, je commence par invoquer celui de M. Laine, beau talent, né d'une belle âme, digne interprète de la liberté, parce qu'il ne la sépara jamais de la vertu. S'il en connut les limites, il en pratiqua rigidement les devoirs. Un tempérament irritable, qui se trahissait par des mouyements nerveux, plutôt que par l'accent de la colère, révélait que ce n'était pas sans de puissants efforts sur luimême qu'il était parvenu au calme de l'homme d'État et du sage. Son front mélancolique et sévère sans rudesse, indiquait des passions contenues, sur lesquelles avaient surnagé le sentiment de la bienveillance et ce culte de la vérité. Avocat au parlement de Bordeaux, si fer^ tile en orateurs éminents , il y avait conquis une noble place par le don d'une élocution nette 9 élégante et prompte. La médiocrité obtient souvent l'avantage de cette fluidité harmonieuse; chez M. Laine, ce calme était coupé par des élans subits, dans lesquels il attirait votre âme à la sienne et l'élevait à sa hauteur.
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Peu d'orateura parlementaires ont laissé plus de ces traits que le cœur retient sans le travail de la mémoire. On a voulu en faire un ami ^ un élève des Girondins ; il condamnait les égarements de leur politiquci et il honorait leur martyre.
Qu'il me soit permis d'ajouter à ce portrait celui d'un autre homme que j'ai également honoré et chéri, M. Raynouard. Je bénis cette excursion qui me fait respirer un moment dans le récit de la plus terrible catastrophe. Dans quelque situation que la fortune eût placé M. Raynouard , elle l'eût trouvé un homme de bien y un esprit juste et ferme, capable des plus belles inspirations. Sa vocation l'appelait à la poésie ; il sut même dans son âge mûr, résister à ce penchant jusqu'à ce qu'il eût obtenu par des travaux obscurs , 1 indépendance qui lui paraissait nécessaire à une noble culture des lettres ; aussi l'exerça-t-il avec cette sérénité qu'il est rare de rencontrer dans cette car« rière orageuse. Son premier succès, la tragédie des TemplierSy fut une époque dans sa vie et dans notre littérature, qui crut un moment, sous le charme de beaux vers et de quelques illuminations soudaines, remonter jusqu'aux grands jours de Corneille ; mais il voulait plu-
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tôt essayer la gloire que lui donner son âme. Un travail obscurément utile le captivait autant que celui qui s'offrait avec les signes les plus éclatants de la faveur mobile du public, et lui convenait mieux parce qu'il ne dérangeait point l'assiette bien réglée de son àme. Riche par la modération de ses besoins , désintéressé , bien^ faisant avec largeur, il cherchait sans fracas les occasions d'être utile , et ne recula point devant celles qui lui étaient offertes de montrer le courage civique.
M. Maine de Biran était une &me fortement trempée dans l'étude et la pratique de la philosophie. Ami de M. Royer-CoUard , il avait pénétré avec lui dans les régions les plus hautes de la métaphysique. La France leur doit à l'un et à l'autre I ainsi qu'à M. Cousin , leur éloquent successeur, d'avoir reconquis sous les lois de Descartes , le trône de la métaphysique, science que l'incrédulité présomptueuse du xviii' siècle prétendait avoir abolie. Aucune autre ambition n'approchait de son àme. Des cinq commissaires , c'était celui qui inclinait le plus pour la cause des Bourbons, mais avec réserve et scrupule. Le grand point de ralliement entre eux était le recouvrement des libertés nationales; c'était surtout l'unique mobile de M. Gallois,
disciple et ami intime de Sieyès et de M. Flau* gerguesy esprit ardent, cœur intrépide.
Les commissaires assemblés avaient recueilli tous les murmures qui s'exprimaient dans les conciliabules du Corps législatif. L'orgueil de cette assemblée avait été choqué d'abord de ce qu'on lui retranchait le faible privilège de présenter des candidats pour la présidence. On était surtout révolté de cette phrase étrange du rapport y qui semblait présenter une grande partie des membres de l'Assemblée nationale comme des provinciaux qui, étrangers aux beaux usages de la cour, pouvaient dire ou commettre de graves inconvenances s'ils y étaient admis. On était plus sérieusement offensé de quelques actes récents d'un despotisme signalé. Ainsi , l'Empereur , dans une affaire de contrebande , avait fait casser par son conseil d'État, une décision du jury d'Anvers qui acquittait les prévenus. Un tel acte renversait violemment une des garanties fondamentales de la liberté, Tindépendance du pouvoir judi* ciaire.
J'ai négligé, ou plutôt j'ai évité de mentionner dans cette histoire plusieurs autres actes , et surtout des arrestations évidemment arbitraires. Je l'ai déjà dit, l'Empereur faisait un
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effort pour s'éloigner des voies de la tyrannie; il revenait assez facilement sur des actes aux* quels on pouvait reprocher ce caractère. Mais son premier mouvement était brusque et se ressentait trop de ses habitudes militaires. C'est ainsi qu'instruit de propos téméraires qui s'étaient tenus contre lui dans un séminaire de la Belgique^ il en fit enlever tous les jeunes clercs pour les incorporer à un régiment. Cet acte et l'exil de plusieurs princes de l'Église > étaient de vifs sujets de murmures pour le clergé, dont les hostilités pouvaient devenir funestes dans la crise actuelle. La commission pensa qu'elle devait demander une plus ferme garantie des lois de l'État, infiniment plus libérales pour l'Empereur que pour la nation. Le nouveau président du Corps législatif objecta que toute insinuation de ce genre était intempestive et inconstitutionnelle. A quoi M. Flaugergues répliqua par ces mots : « Il n'y a d'inconstitutionnel que votre présidence. »
Voici le rapport de M. Laine :
(c D'après les bases générales contenues dans lés déclarations , les vœux de l'humanité pour une paix honorable et solide, sembleraient bientôt pouvoir se réaliser. Elle serait honorable ; car, pour les nations comme pour les in-
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dividas ^ Thonneur est dans le maintien de ses droits et dans le respect de ceux des autres. Cette paix serait solide , car la véritable garantie de la paix est dans Tintérèt qu'ont toutes les puissances contractantes d'y rester fidèles.
(cQui peut donc en retarder les bienfaits? Les puissances coalisées rendent à TEmpereur Téclatant témoignage qu'il a adopté des bases essentielles au rétablissement de Téquilibre et de la tranquillité de TEurope. Nous avons pour premiers garants de ses desseins pacifiques et cette adversité 9 véridique conseil des rois^ et le besoin des peuples hautement exprimé i et Tintérèt même de la couronne.
« A ces garanties peut-être croiriez-vous utile de supplier Sa Majesté d^ajouter une garantie plus solennelle encore.
ce Si les déclarations des puissances étrangères étaient fallacieuses , si elles voulaient nous asservir^ si elles méditaient le déchirement du territoire sacré de la France , il faudrait ^ pour empêcher notre patrie d'être la proie de Tétranger^ rendre la guerre nationale. Mais pour opérer plus sûrement ce beau mouvement qui sauve les empires, n'est-il pas désirable d'unir étroitement et la nation et son monarque?
« C'est un besoin d'imposer silence aux en-
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nemi8 sur leurs accusatious d'agraudissement, de conquête y de prépondérance alarmantes. Puisque les puissances coalisées ont cru devoir rassurer les nations par des protestations publi* quement publiées, n'est-ilpas dignede SaMajesté de les éclairer par des déclarations solennelles sur les desseins de la France et de TEmpereur?
« Lorsque ce prince ^ à qui Thistoire a con* serve le nom de Grand , voulut rendre de Fénergie à ses peuples, il leur révéla tout ce qu'il avait fait pour la paix, et ses hautes confidencea ne furent pas sans effet.
(c Afin d'empêcher les puissances coalisées d'accuser la France et l'Empereur de vouloir conserver un territoire trop étendu, dont elles semblent craindre la prépondérance, n'y aurait* il pas une véritable grandeur à les désabuser par une déclaration formelle ?
(( 11 ne nous appartient pas sans doute d'inspirer les paroles qui retentiraient dans l'univers ; mais pour que cette déclaration eût une influence utile sur les puissances étran* gères, pour qu'elle fît sur la France l'impression espérée , ne serait-il pas à désirer qu'elle proclamât à l'Europe et à la France la promesse de ne continuer la guerre que pour l'indépendance du peuple français et l'intégrité de son
SOO H18TOUIE DE t*EIIPIRE.
territoire? Cette déclaration n'aurait-elle pas dans TEurope une irrécusable autorité?
« Lorsque Sa Majesté aurait ainsi , en son nom et en celui de la France , répondu à la dé* claration des alliés ^ on verrait, d'une part, des puissances qui protestent qu'elles ne veulent pas s'approprier un territoire par elles reconnu nécessaire à l'équilibre de l'Europe; et de l'autre, un monarque qui se déclarerait animé de la seule volonté de défendre ce même territoire.
(c Que si l'Empire français restait seul fidèle à ces principes libéraux, que les chefs des nations de l'Europe auraient pourtant tous pro^ clamés , la France alors , forcée par l'obstination de ses ennemis à une guerre de nation et d'indépendance, à une guerre reconnue juste et nécessaire, saurait déployer, pour le maintien de ses droits , l'énergie, l'union et la persévérance dont elle a déjà donné d'assez éclatants exemples. Unanime dans son vœu pour obtenir la paix, elle le sera dans ses efforts pour la conquérir, et elle montrera encore au monde qu'une grande nation peut tout ce qu'elle veut lorsqu'elle ne veut que ce qu'exigent son honneur et ses justes droits. »
Les oreilles du superbe Empereur n'étaient