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point habituées à un tel langage ; cependant on le trouvera bien réservé , si on le compare aux sévères remontrances adressées à nos rois par nos vieux parlements dans des circonstances où la hardiesse de l'expression n'était point appelée par d'imminents périls , ni par des fautes dont les suites avaient été désastreuses. Sa co- 1ère 9 lorsqu'il prit connaissance de ce rapport, fut portée jusqu'au délire, et ce délire fut une des causes principales de la chute de son trône. S'il avait un fâcheux éclat à craindre ne ponvait-il le prévenir? Était-il sans moyens d'action sur ce Corps législatif qui se souvenait, au nom de toute la nation , des jours de l'Assemblée constituante et do nos combats pour la liberté? Ne devait-il pas entrer avec franchise et noblesse dans la voie nouvelle qui lui était offerte avec tant de ménagement, et se déclarer le chef d'une rénovation libérale dont son bras de fer eût bien su prévenir les excès? C'étaient des hommes libres qu'il fallait appeler au com** bat, puisque ses excellents soldats ne suffisaient plus à l'étendue des périls. Eh bien! Napoléon, aveuglé par quinze années d'un pouvoir ab* solu, par les faveurs inouïes de la fortune, et plus aigri que corrigé par le malheur, ne sut que se livrer à des emportements qui perdaient
tout en le perdant lui-même. On a rapporté d'étranges et sini&tres choses des premiers accès de sa colère. On a prétendu qu'il voulait faire arrêter les cinq membres de la commission du Corps législatif^ et les faire conduire à Yincennes pour y être jugés militairement* De telles rumeurs ne doivent point être accueillies par Thistoire ^ puisqu'il ne s'offre aucun valable témoignage qui les confirme. Je suis même convaincu que nul fonctionnaire «e se fût prêté à cette violence effrénée. Mais la mesure à la* quelle il se détermina le précipitait dans le dernier excès du despotisme , c'était la dissolution du Corps législatif. Il allait donc à lui seul ordonner la levée des impôts pour les doubler, suivant toute apparence. A son pouvoir impérial il allait joindre une dictature qui ne lui était déférée par aucun corps, et encore moins par le vœu de la nation. Il tirait ainsi partie de ses malheurs et de ses fautes, pour agrandir encore son autorité. Cette intention il la rendit publique dans son audience du premier jour de l'année 1814, ce jour de bonne année, où l'expression du ressentiment et de la fureur fait un pénible contraste avec les souhaits que l'usage appelle. Il importe à l'histoire de ne rien supprimer de ces emportements qui eurent
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des suites si fatales* A peine le Corps législatif lui fut-il annoncé , que ses traits s'altérèrent et que son regard devint foudroyant. Voici ses paroles :
« Vous pouviez faire beaucoup de bien et vous n avez fait que du mal. Les onze douzièmes d'entre vous sont bons, les autres sont des factieux. Qu'espériez-vous en vous mettant en. opposition? Vous saisir du pouvoir? Mais quels étaient vos moyens? Êtes-vous représentants du peuple? Je le suis, moil (et ici Napoléon fit un geste violent) Je le suis, moi! entendez* vous? Quatre fois* j ai été appelé par la nation , et quatre fois j'ai eu les votes de cinq millions pour moi. J'ai un titre , et vous n'en avez pas; vous n'êtes que les députés des départements de l'Empire.
(c Qu'auriez-*vous fait dans les circonstances actuelles, où il s^agit de repousser l'ennemi? Auriez-vous commandé les armées? Auriez-vous eu assez de forces pour supporter le poids des factions? Elles vous auraient écrasés, et vous auriez été anéantis par le faubourg Saint- An« toine et le faubourg Saint-Marceau. Députés, auriez-vous été plus puissants que l'Assemblée constituante et la Convention? Que sont deve« nus les Guadet et les Vergniaud? Ils sont
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morts, et votre sort eût été bientôt le même. Comment avez-vous pu voter une adresse pareille à la vôtre ? Dans un moment où les ennemis ont entamé une partie de votre territoire , vous cherchez à séparer la nation de moi ! Ne savez-vous pas que c'est à moi seul qu'on fait la guerre? Certes, il est honorable de voir diriger contre moi les efforts de nos ennemis; ils savent bien que s'ils me renversaient , ils pourraient avoir de grands avantages sur la nation, une fois qu'elle serait séparée de son chef; et loin de voir ce qui ne pouvait échapper aux hommes les moins clairvoyants, vous avez servi nos ennemis , vous les avez servis !
(( Je sais tout : votre corn mission a été conduite par l'esprit de la Gironde et d' Auteuil ( il voulait signaler les royalistes, et les républicains, MM. Laine et Destutt-Tracy). M. Laine est un conspirateur, un agent de l'Angleterre , et avec laquelle il est en correspondance, par l'intermédiaire de l'avocat Desèze; les autres sont des factieux. Je suivrai de l'œil M. Laine, c'est un méchant homme. Que vous a donc fait cette France pour lui vouloir tant de mal? Vous exi^ gez de moi ce que n'exigent pas les alliés. S'ils me demandaient la Cham.pagne , vous voudriez que je leur donnasse la Brie. Votre rapport est
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rédigé avec une astuce et des intentions perfides dont vous ne vous doutez pas. Deux batailles perdues en" Champagne eussent fait moins de mal. Vous pouviez faire tant de bien ! J'attendais de vous des consolations. Quoique j'aie reçu de la nature un caractère fort et fier, oui , j'avais besoin de consolations. J'ai sacrifié mes passions j mon ambition , mon orgueil au bien de la France. Je croyais que vous m'en sauriez quelque gré; et lorsque j'étais disposé à faire tous les sacrifices , j'espérais que vous m'engageriez à ne pas faire ceux qui ne seraient point compatibles avec l'honneur de la nation. Loin delà , dans votre rapport , vous avez mis l'ironie la plus sanglante à côté des reproches* Vous dites que l'adversité m'a donné des conseils sa* lutaires; comment pouvez-vous me reprocher mes malheurs? Je les ai supportés avec bon* neur, parce que j'ai un caractère fort et fier; et si je n'avais pas cette fierté dans l'âme, je ne me serais point élevé au premier trône de l'uni* vers.
« Oui, j'avais besoin de consolations, et je les attendais de vous. Vous avez voulu me couvrir de boue; mais je suis de ces hommes qu'on tue et qu'on ne déshonore pas. Était-ce avec de pareils reproches que vous prétendiez
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relever Téclat du trône? Qu'estrce que le trône ^ au reste? quatre morceaux de bois doré , revêtus d'un morceau de velours. Le trône est dans la nation^ et Ton ne peut me séparer d'elle sans lui nuire; car la nation a plus besoin de moi que je n'ai besoin d'elle. Que ferait**elle sans guide et sans chef? Je vous le répète , votre rapport était fait dans des intentions per* fides. Je le garde pour le faire imprimer un jour et apprendre à la postérité ce que vous avez fait. S'il circule dans les départements y à votre honte , je le ferai imprimer dans le Moni^ teur avec des notes y et je ferai voir dans quelles vues il était rédigé. Lorsqu'il s'agit de repousser l'ennemi , vous demandez des institutions y comme si nous n'avions pas d'institutions! N'étes-vous pas contents de la constitution ? Il y a quatre ans qu'il fallait en demander'une autre. Était-ce dans ce moment qu'il fallait la présenter, cette demande? Vous voulez donc imiter l'Assemblée constituante , et recommencer une révolution? Mais je ne ressemblerai pas à Louis XVI; j^abandonnerai le trône, et j'aimerais mieux faire partie du peuple souverain que d'être roi esclave.
« Vous avez été entraîné par l'esprit de faction, quoi<}ue lea onze douzièmes de votre