‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 24 sur 51 · PR06BÈS DE L'OPPOSITION · texte numérisé non relu

PR06BÈS DE L'OPPOSITION

corps soieot de bons citoyens et retournent dans leurs départements avec toute ma conrr fiance. Je sais comment se conduisent les grandes assemblées : un individu se met à droite , un second à gauche i un troisième au milieu, et les factions s'agitent et entraînent la majorité. C'est ainsi que vous avez été conduits. Vous avez nommé cinq membres de votre commission des finances y comme s'il n'y avait que ces cinq membres-là au Corps législatif. Vous avez re«« poussé ceux qui tenaient à la cour, au gouvernement, et pourquoi? Vous n'avez pas voulu de celui-ci parce qu'il était procureur général , de celui-là parce qu'il était de la cour des comptes; c'étaient pourtant de bons Français, et vous leur avez préféré des factieux. On est venu vous dire qu'avant de combattre il fallait savoir si l'on avait une patrie ; on ne trouvait donc de patrie que là où régnait l'anarchie? Moi aussi je suis sorti du milieu du peuple, et je sais les obligations que j'ai contractées. Vous parlez d'abus, de vexations. Je sais comme vous qu'il y en a eu; cela dépend des circonstances et du malheur des temps. Mais fallait-il mettre toute l'Europe dans le secret de nos affaires? Messieurs! messieurs! c'est du linge sale qu'il fallait laver en famille, et non sous

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les yeux du public. Dans tout ce que vous dites il y a la moitié de faux^ Tautre moitié est vraie. Que fallait-il faire? Me communiquer confidentiellement tout ce qui était à votre connaissance, département par département, individu par individu ; je vous aurais mis en rapport avec mes ministres, mes conseillers d'État; nous aurions tout examiné en famille; j'aurais été reconnaissant des renseignements que vous m'auriez donnés, et j'aurais fait punir les dilapidateurs ; je ne les aime pas plus que vous. Mais dans vos plaintes il y a de l'exagération. M. Raynouard a dit, par exemple, que lo maréchal Masséna avait pillé la maison de campagne d'un citoyen de Marseille. M. Kay^ nouard en a menti.

(( Le citoyen dont il parle est venu se plaindre au ministère de l'intérieur de ce que sa maison, où logeait le maréchal Masséna, était occupée par le quartier général pendant un temps plus long que ne le permettaient les lois. Il ne s'est pas plaint d'autre chose; et comme le quartier général ne pouvait pas être établi ailleurs, je lui ai fait donner une indemnité. Je vous le dis , il y a de l'exagération dans vos plaintes. Les onze douzièmes de votre corps retourneront dans leurs départements avec ma confiance

PROGRÈS DE L'OPPOSmON (1814). 309

tout entière; qu'ils disent que je veux sincèrement la paix; que je la désire autant que vous; que je ferai tous les sacrifices pour la donner à la France qui en a besoin. Dans trois mois nous aurons la paix, les ennemis seront chassés de notre territoire , ou je serai mort. Je serai mort! oui, messieurs, je serai mort! (Il porta la main à son front trempé de sueur.) Nous avons plus de ressources que vous ne pensez. Les ennemis ne nous ont jamais vaincus; ils ne nous vaincront point, et ils seront chassés plus promptement qu'ils ne sont venus. Les habitants de TAlsace et de la Franche-Comté ont un meilleur esprit que vous; ils demandent des armes , je leur en fais donner : je leur envoie des aides de camp pour les conduire en partisans. Retournez dans vos départements , je ferai assembler les collèges électoraux et compléter le Corps législatif. »

On m'a rapporté que lorsque Louis XVIII eut connaissance d'une allocution si terriblement acrimonieuse, il s'écria : u Voilà des paroles qui font plus, pour ma cause que trois victoires remportées parles alliés. » Ceci prouve que ce prince , doué d'un esprit fin et juste , jugeait mieux le caractère français , dans son château d'Bartvsrell en Angleterre , que Napo-

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léon au milieu de nous* Le despotisme n'avait jamais reçu une manifestation plus déplacée ^ plus injurieuse pour le peuple qui Taccepte. Le voilà qui se proclame le représentant unique de la nation. Un tel principe n'est pas celui du droit divin, mais c'est celui qu'invoquaient la Convention , ses proconsuls et ses décemvirs. Un seul homme se substituait au pouvoir usurpé par sept cents. La tyrannie concentrée n'en était que plus apparente. Cinq millions de Français l'avaient reconnu Empereur, disait-il avec ses exagérations ordinaires; mais lui avaient-ils décerné un pouvoir despotique? Est-ce que le peuple français, dans sa déplo* rable lassitude, s'était souillé de la tache des Danois, lorsque seuls entre tous les peuples européens, ils constituèrent un despotisme légal? L'éntendez-vous qui s'arroge un pouvoir au delà même de tous ceux du despote, le pouvoir de l'opinion , et qui inflige à l'un des plus honorables caractères de son siècle l'épi*^ thète de méchant homme? Son éloquence n'est plus qu'un torrent tout à la fois terrible et fan-^ geux. Son arme est l'invective. Il veut donner une définition philosophique du trône, et en même temps il en salit le velours par des expressions telles que celle-ci : « M. Raynouard

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en a menti. » M. Raynonard qui, par cet acte courageux y a fait reconnaître que les vers sublimes de sa tragédie des Templiers ne pouvaient émaner que d^un noble cœuri Ces cinq com^ missaires qu'il traite de factieux, sont précisément les hommes qui se sont le plus éloignés des voies de Tambition quand tout paraissait tes leur aplanir. M. Laine seul entre eux a été ministre; il Ta été avec intelligence, désinté*ressèment et patriotisme* La France oubliera* t^elle que c'est à lui, à son ami le duc de Richelieu, et au duc Decazes, qu'elle doit l'ordonnance du 5 septembre , devenue un frein nécessaire aux tendances aristocratiques. Tombé noblement du pouvoir, il n'a jamais voulu y remonter. Yoilà l'un de ce^ noms auxquels un s'attache , et l'une de ces vies qu'il est beau d'étudier«

Si Napoléon a été jugé avec les emportements de la passion , n'en a*t^il pas donné lui-même le déplorable exemple? Étions^nous calmes quand nous nous sentions pressés entre l'inva* sion étrangère et un despotisme indigène? Com*» bien ne paraissait-il pas plus pesant depuis qu'il avait perdu son auréole de victoires, et quand on le voyait redoubler d'arrogance au milieu de ses revers, de ses fautes et de nos calami tés !

312 HISTOIRE DE L*£lfPIRE.

Mais je me garderai bien d'oublier, dans cette réfutation à laquelle je me livre, Téquité qui, seule dans Thistoire, peut commander la foi. Je n'ai pu copier, sans en être fortement frappé, ces mots que je répète: «Qu'auriezsvous fait dans les circonstances actuelles où il s'agit de repousser Tennemi?.... Auriez- Yous eu assez de force pour supporter des factions? Elles vous auraient écrasés, et vous auriez été anéantis par le faubourg Saint-Antoine et le faubourg Saint-Marceau* » On voit ici que Napoléon n'envisageait qu'avec horreur l'appel aux passions populaires et la ressource des massacres de la Terreur invoquée en 1792 par Danton et par Robespierre. Son moyen à lui fut de combattre avec un courage aussi indomptable que son génie militaire, qui, loin de l'abandonner, égala et surpassa peut-être ses premières merveilles. Tel, et plus glorieusement encore , il se montra dans un plus grand désastre, celui de Waterloo. Alors il était en quelque sorte sommé de se mettre à la tête d'un mouvement révolutionnaire déjà tout organisé ^ et il refusa. Ainsi il conserva intacte une des plus belles parties de sa gloire, celle de nous avoir délivrés de l'anarchie.

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Pendant son séjour à Paris , l'Empereur eut à s'occuper de deux négociations pacifiques trop éyidemment prescrites par la nécessité et qu'elle rendait plus pénibles. Étrange nouveauté ! il s agissait pour lui de traiter avec ses captifs : d'un côté avec le pape prisonnier à Fontainebleau y et de l'autre, avec les infants d'Espagne prisonniers à Yalençay. L'objet en était important. Dans l'état vacillant et presque désespéré de sa fortune , il fallait calmer la sourde irritation du clergé auquel il avait rendu une force nouvelle , et qui sait très-bien élargir son pouvoir. Les pontifes qui lui étaient dévoués n'avaient cessé de le presser pour rendre la liberté au pape. C'était un vœu qu'avait exprimé sur son lit de mort M. Duvoisin, prélat distingué par son esprit de tolérance et par une aménité fénelonienne. Napoléon différa de satisfaire à ce vœu. Celui qui partait comme la foudre au premier bruit de guerre, arrivait toujours trop tard lorsqu'il s'agissait de paix et surtout de sacrifices. Le pape , depuis qu'il avait rétracté le concordat de Fontainebleau, se défendait contre toute proposition comme un roc inébranlable. Il sentait que sa captivité ajoutait beaucoup de force à la cause des alliés; et quand l'Empereur , cédant aux ri-

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gueurs de sa position , lui fit dire par des prélats : « Eh bien ! retournez à cette Rome qui vous est si chère et resserrons notre première amitié , » ce fut le pape qui s'obstina à rester encore quelque temps à Fontainebleau.

Pour comble de disgrâces , l'Empereur éprouva même refus ^ ou du moins même hésitation de la part de Ferdinand Vil, qui n avait cessé de se montrer le plus docile et le plus courtisan des prisonniers ; on eût dit qu'il avait passé les plus beaux jours de sa vie à Valençay ; et peut-être cela fut vrai^ car s'il était destiné à régner comme un roi absolu, il connut toutes les amertumes d'un règne ingrat , vindicatif et toujours ébranlé. Napoléon traitait avec lui en lui rendant un royaume dont il ne possédait presque plus rien, sous Tunique condition de séparer sa cause de celle des Anglais, et de les renvoyer de la Péninsule. Cette dernière clause était difficile à remplir. Ferdinand le sentait bien; il demandait le consentement de la régence de Cadix qui lui avait sauvé sa couronne, et certes, les Certes flères de leur triomphe, étaient bien loin de songer à repousser leur libérateur, pour retomber bientôt sous la main de leur ennemi. La ratification du traité n'ar-

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riva paê f et les infants restèrent encore denx ou trois mois à Yalençay. Mais par ce refus Na-* poléon se trouva encore privé de cinquante à soixante mille hommes de troupes aguerries qu'il pouvait opposer à Tinvasion.

Cependant le danger s'annonçait pour la France d'une manière qui surpassait encore les plus vives alarmes. Les alliés, importunés (et les victorieux le sont bientôt) des délais et des tergiversations qu'opposait Napoléon aux dernières ouvertures du comte de Metternich , avaient trouvé le moyen de faire une invasion au cœur de la France, sans avoir à se briser contre les lignes formidables des citadelles du Rhin et de la Meuse* La diète helvétique , intimidée, gagnée peut-être par For de l'Angleterre et secrètement hostile à son grand médiateur, avait toléré, c'est-à-dire avait ouvert aux alliés le passage de ses fleuves, de ses montagnes, et ceux-ci se précipitaient à grands flots dans la Franche-Comté, dans la Bourgogne, et déjà menaçaient Lyon. Ce fut là le plus terrible coup de foudre dont Napoléon fut frappé. Ses gran* des combinaisons étaient déconcertées , la chaîne de nos places fortes et le courage des plus vaillantes garnisons devenaient inutiles au salut de ce Paris que les soldats éiran-

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gcrs dévouaient à leur vengeance et à leur eu* pidité.

Les retards n'étaient plus permis et ils étaient insupportables à Napoléon. La Révolution avait introduit les campagnes d'hiver dans le cercle de nos nouvelles calamités. Les mois de décembre et de janvier se déclaraient avec leurs rigueurs ordinaires. L'Empereur voulait se porter sur la principale armée des alliés^ avant que tous les anneaux en fussent rassemblés. Nul n'avait médité plus puissamment que lui cette admirable et dernière campagne de Turenne qui sauva la France d'une invasion. Son front décelait toujours la tristesse sans aucune espèce de trouble. Prêt à partir pour l'armée y il appela dans son palais les officiers de sa garde nationale de Paris , nouvellement et trop tard réorganisée. Il y eut du pathétique et de la noblesse dans les adieux qu'il leur fit; il s'abstint de tout faste d'héroïsme. Le plus grand capitaine du monde n'avait nul besoin d'y recou* rir 9 on savait qu'il irait au delà de tout ce qu^il pouvait promettre. Les âmes furent vivement émues quand ^ tenant par la main son fils, faible enCant, il le confia au courage et h la fidélité de la garde nationale de Paris. Plusieurs de ces soldats citoyens ; qui avaient blâmé avec une

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profonde amertume ses dernières campagnes, ne parlaient plus de lui qu'avec attendrissement et admiration. Toutefois le dévouement n'existait que chez un petit nombre. Il eût été complet et capable des plus généreux efforts, si au lieu de porter un dernier coup à ce qui pouvait rester de nos libertés mourantes , Napoléon en eût rallumé la flamme et les nobles transports.

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CBArnVE. XLV.

^^ (JflANDE SEMAINE (1814). SpMMAUS.

^^^ peoplei pour la formation de la ligue, soit au Nord, > (/afls lt9 deux péninsules du Hidi. — Tous les souverains vont ^isier aux opérations miliuires. — Dispositions particulières de jr^mpereur Alexandre , de Frédéric-Guillaume , de Bernadette. — ^'empereur François II porte le coup le plus funeste à son gendre. ^Négociation de Metteroich avec les cantons suisses.— En ouvrant - le passage à Tarmée des alliés , ils rendent nos puissantes forteresses inutiles à la défense du centre. — L'armée autrichienne se précipite sur la Franche-Comté et la Bourgogne , et menace Lyon. — Plan de campagne de Napoléon. — Ghâlons-sur-Marne est désigné comme le centre de ses opérations; mais Brienne l'appelle d^abord. — Il y soutient deux combats : remporte dans le premier une victoire incomplète , est battu dans le second par des forces triples. — * Retraite de Tarmée française sur Troyes. — Les armées alliées divisent leurs opérations. — Napoléon en profite pour porter les coups les plus hardis. — La grande semaine. — Victoires de Ghampaubert, de Montmirail, de Yauchamps et de Montereau. — Un fatal retard de Victor rend cette dernière victoire incomplète. — Napoléon n'obtient plus que des succès balancés.— Bataille de Graonne. — Il échoue dans son entreprise sur Laon. — Ëchec partiel de Marmont. — Les alliés se remettent par degré de leur trouble. — Napoléon conçoit un nouveau plan d'opérations. — Il veut marcher sur les derrières des ennemis. — Il rend un décret tardif , inexécutable et fort inconsidéré pour la levée en masse. — Discussion à ce sujet. — Bataille d'Arcis-sur-Aube ; Napoléon y fait des efforts désespérés cpii deviennent inutiles.

Le monde n'avait point encore vu de plus

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formidable appareil que celui de la campagne de 1814. G^était l'Europe entière armée contre une seule nation, ou plutôt contre un seul homme. Tout était en mouvement , en marche et sous les armes ^ des bords du Borysthène jusqu'à ceux du Rhin, jusqu'aux colonnes d'Hercule.

Voici d'abord une nation tartare d'origine , à qui le génie absolu et fantasque de Pierre l**^ a donné une face européenne. Inscrite depuis un si court intervalle au rang des peuples policés, elle marche à pas lents et mesurés, tantôt vers l'empire d'Orient , tantôt vers celui de l'Europe. Interrogez sa constitution civile et politique, c^est un troupeau d'esclaves ; voyez-la combattre 9 c'est une armée qui semble inhérente au sol qu'elle occupe. A la tête de ces peuplades qui sortent du désert, marchent des hommes qui, par leur politesse, semblent sor* tis des cercles de Versailles. Avec une patrie où n'a jamais résonné le mot de liberté, ils ont tout le feu du patriotisme; ils viennent d'en donner un gage que tous leurs alliés admirent en frémissant.

La Suède unit maintenant ses enseignes à celles de la Russie qui lui a volé ses plus belles provinces; sa gloire, après avoir dormi pen-

320 HISTOIBB DE L*£MPIRE.

dant un siècle, vient de renaître avec éclat. Longtemps fidèle alliée et noble émule des Français y elle s'étonne d'avoir à les combattre aujourd'hui, tandis qu'elle vient d'appeler un Français sur le trône des Gustave.

C'est des rangs prussiens que le cri de vengeance se fait entendre avec le plus de fureur. Les soldats du grand Frédéric croient ne pouvoir venger que dans Paris l'affront d'iéna et trois ans de vexations cruelles. De profonds professeurs de philosophie répètent avec l'accent de la ragC; les chants vindicatifs des jeunes bardes.

Le paisible et lent Autrichien semble s'offrir pour modérer ces transports; mais patient et rusé, il songe à en profiter pour recouvrer des pertes immenses subies après de longues défaites. Il paraît un peuple froid même au milieu des peuples allemands; et cependant c'est une guerre de famille que soutient son empereur, celle d'un beau-père contre son gendre, et dont lé résultat sera de détrôner sa fille et son petit-fils.

Vient ensuite une foule de rois, d'électeurs et de princes qui , Tannée précédente grossissaient encore la cour de Napoléon et fournissaient un ample contingent à ses guerres les

plus désastreuses. Vassaux révoltés , ils se relèvent aujourd'hui de leur obéissance > en courant à la perte de celui qui a changé leur titre d'électeurs ou de princes dans celui de roi.

Le Hollandais > échappé la veille d'une servitude où il n'a signalé que sa longue patience i croit en retrouvant ses princes d'Orange ^ remonter à ses jours de gloire et de liberté.

Portons maintenant nos regards au Midi. Je vois déjà s'avancer au delà des Pyrénées^ les Espagnols, peuple endormi depuis trois siècles sur Tor stérile du nouveau monde et sous les triples chaînes du despotisme ; de l'inquisition et de la paresse; mais il vient de signaler son réveil , sa résurrection par l'indomptable constance^ par le dévouement héroïque et quelquefois par la frénésie de son patriotisme.

La haine héréditaire qu'ils portaient aux Portugais s'est éteinte dans leur haine commune contre Napoléon. Mêmes griefs > mêmes fureurs. Malheureux Portugais , ils ne nlarchent à la liberté que sous les enseignes de l'Angleterre qui^ sans combat et par les seules ressources de la politique , de la corruption et de l'activité; s'est substituée aux fils des Vasco de Gama et des Âlbuquerque> dans l'empire

des Indes orientales , et les a réduits au plus étrange vasselage en leur procurant un débouché pour leur vin d'Oporto.

. Les Anglais, nous les trouvons partout dans cette ligue. En deçà et au delà des Pyrénées, leurs armées reparaissent avec un éclat de gloire militaire qui s'était fort obscurcie sur le continent, dans la guerre de la Révolution française. Le duc de Wellington a fait bien plus que réparer par son flegme savant ^ les fautes et les malheurs du duc d'York; il s'avance aujourd'hui comme le libérateur des deux peuples de la Péninsule I habitués à maudire les Anglais hérétiques.

Des Pyrénées, passons aux Alpes» Nous aU Ions voir se déclarer contre nous toute l'Italie , ce théâtre de nos plus belles victoires, cette Italie qui aspire toujours à changer de domina^ teurs , sans jamais en trouver un qui convienne à ses mœurs et qui la console de sa gloire et der sa liberté perdues. Qui donc va le premier dégager les peuples de cette autre péninsule de la foi qu'ils ont jurée à Bonaparte? C'est Mu'rat son beau-frère; Murât, le plus brillant, le plus prodigieux de ses généraux de cavalerie. Pour ne pas perdre son titre de roi, il semble abjurer son titre de Français. Ainsi , c'est Na*

poléon qui a formé le nœud de cohésion entre des peuples si dissemblables de mœurs ^ de culte y de religion et de gouvernement.

Les rois avaient perdu Tusage de faire la guerre par eux-mêmes^ et le grand Frédéric Tavait presque seul rappelé depuis la mort de Charles XIL Tout à Iheure ils étaient conviés à des congrès mornes et splendides pour y su^ bir le niveau commun de la vassalité, à Texception d'un seul* Les voilà ^ malgré la différence de leur àge^ de leurs penchants et de leur in* struction militaire , campés sur les rives du Rhin. Parmi eux brille au premier rang Tempereur Alexandre. Ce n'est point un grand capitaine , mais il ne craint ni les fatigues ni les périls de la guerre; il sait se plaire au bivouac; il a soif de gloire; il la cherchait tout à Theure sur les pas de Tempereur Napoléon, il la cher* che maintenant contre lui, non qu'il veuille Téclipser^ tant d'orgueil n'est point entré dans son âme. Quelques heureuses leçons qu'il a reçues dans sa jeunesse l'ont disposé à une gloire qui laisse de plus douces traces et cap* tive mieux les cœurs. Ne croyez pas qu'il arrive, une torche à la main, pour venger, dans Paris l'incendie de Moscou. C'est l'ouvrage du patriotisme de sa nation , et non celui des fu-

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reurs de rennemi, il le sait; voilà ce qui lui donne l'empire de la ligue. Il fait, par les inspirations d'un cœur juste et humain, ce qui lui serait prescrit par la plus habile politique. Toutes les déclarations qui émanent de lui, au moins depuis que l'hiver, son plus terrible allié a chassé les Français de son empire, ont un caractère de modération qui dispose à la foi.

On croit même qu'il a déjà pris des engagements de modération avec deux généraux français, deux illustres transfuges, Bernadolte et Moreau. C'est au premier qu'il a promis de ne point passer le Rhin et de laisser le mécontentement public agir seul pour le renversement de Napoléon , s'il survit au feu des batailles et à son désespoir.

On lit dans une relation d'un officier russe, que l'empereur Alexandre a dit au général Moreau : « Délivrez-moi de notre ennemi commun, de ce Napoléon que j'admire toujours et que je serais encore tenté d'aimer s'il ne m'avait attaqué au centre de mon empire, sans avoir le moindre grief contre moi, et ma vieille sympathie pour vos Français renaîtra tout entière. Combattez-le au dehors, remplacez-le au dedans, vous pour qui la voix de cette nation s'est si fortement élevée; et je serai peut-être assez

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fort pour détourner l'incendie qui s approche de vos villes et pourrait menacer jusqu'à votre capitale. Qu'on le sache bien^ je vous le dis à vous> dans toute la sincérité de mon âme» et je le répéterai dans toutes mes proclamations^ dans toutes mes paroles officielles^ je ne combats en France qu'un seul homme^ parce qu'il trouble le repos du genre humain. » Dea paroles de ce genre sont suffisamment attestées, non-seulement par les déclarations que le jeune czar répéta devant ses alliés^ devant les peu* ples^ mais par la conduite magnanime que tint, à Paris, celui qui avait été forcé de laisser brûler l'une de ses capitales.

Bernadottè ne parle plus qu'avec une dé-* fiance et une crainte peut-être exagérées de l'invasion de la France. Dans ses actes publics, il en dissuade les alliés, et lui-même a cessé de marcher dans leurs rangs depuis qu'ils ont touché le sol de la France. Peut-être l'ambition lui suggère-t-elle ce retour tardif de patriotisme. Il aimerait mieux commander en France, sous un titre modeste et qui se ressentirait encore des mœurs républicaines, que de régner sur un peuple fort généreux sans doute, mais pauvre et peu nombreux et sous un climat de fer. Voilà ce qui me paraît résulter de ses en-

s 26 HISTOIRE DB L'eMPIUB.

tretieDB intimes avec M*"* de Staël et Benjamin Constant , et ce qui est énoncé assez positive* ment dans un écrit fort remarquable de ce dernier.

La paix respire encore sur le front du prince de Metternicb, mais c'est un homme d'État dans rame duquel il est difficile de pénétrer* Son empereur laisse percer la douleur d'un père et décèle sur son front peu signifiant les embarras de sa politique; mais il sait que l'Au* triche est plus habituée à vaincre dans les négociations que dans les combats. Quant au roi de Prusse, c'est l'homme du devoir, je dirais presque l'homme de la consigne. Le malheur ne l'a ni élevé ni abattu; malgré son extérieur un peu froid, son cœur est ouvert aux passions tendres. Sa déférence pour Alexandre est celle d'un frère timide et reconnaissant. Tandis que des sentiments si peu orageux régnent dans le cœur des souverains, les passions les plus violentes éclatent dans le cœur de leurs armées, de leurs peuples. En Prusse , le peuple et l'arn^ée ne sont qu'un, et cette fureur a gagné jusqu'à ces Bavarois, ces Wurtembergeois et ces Badois qui n'ont cessé de faire cause commune avec les Français. Les bivouacs retentissent de chants belliqueux auxquels la du-

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reté des dialectes tudesques donne un accent terrible. L'homme chez qui ces sentiments éelar tent sans repos et sans frein est le général Blttcber. S'il ne l'emporte pas sur les autres gé« néraux des alliés par la force de ses conceptions, il prime sur eux tous par la violence de sa haine contre Napoléon et contre les Français. C'est toujours le Prussien forcené que nous avons vu se défendre dans Lubeck, au risque d'amener le sac de cette ville neutre et libre; il frémit à la pensée d'avoir lui-même signé une capitulation. Emporté, malgré son âge avancé, dans tous ses plaisirs, dans tous ses excès, il est plus maître de lui dans un jour de combat; le champ de bataille lui fournit des inspirations. La discipline règne encore moins dans cette ^armée que la passion; l'ascendant suprême doit appartenir à celui chez qui la passion bouillonne. Les sympathies de l'armée sont toutes pour ce soldat vindicatif. Par sa fougue, il subjugue, il entraîne les hommes d'État les plus froids. Dès qu'il a dit je marcherai, tout marche avec lui. L'empereur Alexandre a mis à sa disposition deux de ses plus beaux corps, ceux de Saken et de Wittgenstein. L'Autrichien Schwarlzenberg conserve le titre de généralissime; et lorsque la campagne ne pa-

raissaitpas encore ouverte , il en a déjà frappé le coup décisif par Tinvasion de la Suisse. 11 paraît certain qu'Alexandre s'était opposé à cette invasion; et c'était une nouveauté triste et bizarre que de voir les plus rudes coups portés à Napoléon par son beau-père^ tandis qu'Alexandre paraissait chercher à les détourner; mais les résultats de cette opération militaire furent si favorables au triomphe des alliés qu'Alexandre oublia bientôt la résistance qu'il y avait d'abord opposée.

Napoléon aux Tuileries^ semblait avoir vu avec flegme d'un côté, les alliés maîtres du Rhin, se précipiter de Bâle jusqu'à Genève, tourner une citadelle aussi puissante que Besançon ; déborder sur la Bourgogne et la Franche-Comté, de l'autre, descendre impétueusement des Vosges , masquer cette grande place de Metz, la terreur et l'écueil de Charles-Quint, envahir la Lorraine, entamer la Champagne sur plusieurs points en bravant les souvenirs déplorables de la campagne de 1792, traverser ailleurs et presque sans résistance les passages les plus difficiles des Ardennes, et enfin au Nord, inonder la Belgique et s'emparer de Bruxelles.

Que sont devenues les quatorze armées de la

LA GRAKDI SEMUME (iSl'a). 329

République? 11 faut que le génie -d'un seul homme 9 aidé de sa garde impériale et de ses habiles généraux, tienne lieu de ces douze cent mille combattants. Napoléon a sans doute pensé que les ressources les plus savantes de Tart de la guerre seraient impuissantes pour arrêter ce torrent dans son premier passage. Il sait d'ailleurs que les généraux qui lui sont opposés se sont formés au nouvel art de la guerre, tel qu'il Ta conçu. N'est-ce pas lui qui, par des succès tant de fois répétés, leur a appris qu'on pouvait marcher sur une capitale en négligeant la ligne plus ou moins étendue, plus ou moins profonde de places formidables? Déjà il est tard pour lui de venir se couvrir des fortifications de Yauban entre le Rhin , la Moselle et la Meuse. D'ailleurs, en prenant ce parti , il cesserait de défendre de riches provinces et mettrait en danger ce Paris où des factions s'agitent contre lui, où le mécontentement à gagné toutes les classes. Dans des perplexités si cruelles, l'empereur Napoléon renaît Bonaparte général de l'armée d'Italie. Ce ne sont plus les journées d'Àusterlitz, d'iéna, de Wagram qui s'ofiTrent à sa pensée; ce sont celles de Montenotte, de Montdovi et de Lodi. Son génie s'est retrempé à sa première source ;

330 HISTOIRE OB L'EMPIUH.

il veut que son couchant ait ia splendeur de son aurore. Une guerre défensive ne lui convient pas; il saura la transformer en une offensive vigoureuse par des surprises foudroyantes, n lui sera plus facile de se faire jour à travers ces armées lorsque y dans leur sécurité et Tivresse de leurs faciles progrès, elles étendront au loin leurs ailes. Il faut donc reculer pour se concentrer, se former sur un point donné ^ un noyau d'invincibles pour le porter à son choix sur le côté le plus vulnérable de Fennemi, couper une armée en deux corps qu'il saura ensuite réduire à des tronçons épars, lui fermer ses magasins, ses communications, Tisoler de ses réserves, jeter la discorde entre des généraux qui auront à se reprocher réciproquement leur peu de prévoyance ou de fermeté; se jeter ensuite sur la ligne dé ses places fortes, se for« mer une armée nouvelle des garnisons qu'il pourra en tirer, se recruter des valeureux habitants des provinces de TEst déjà chassés de leurs toits et privés de toutes ressources par le brigandage des ennemis. Que voit Napoléon au bout d'une campagne si merveilleuse? Vienne ou Berlin; et cet excès de confiance, nous verrons qu'il l'a manifesté dès les premières lueurs d'un retour de victoire. Lui seul peut conduire un

Ik GRANDE 8BMA11IE (181&). SSt

système d6 guerre de ce genre, dont il est en quelque sorte le glorieux inventeur, et une ar* mée française^ Tarmée qu'il a formée suivant son génie, est seule propre à Texécuter. Ses pro* diges de vélocité égalent ceux de sa valeur; elle s'enflamme par ses courses; toute autre armée est pesante devant elle. Pluies, neiges, mala* dies, tout ce qui a fait rétrograder les Prussiens en 1792, ne seront point des obstacles pour ces lestes vétérans de la garde impériale, ni pour ces jeunes cœurs qui ont déjà reproduit leur héroïsme à Lutzen et à Dresde. En voyant envahi le sol sacré de la France, ils font lire sur leurs traits basanés, une fureur taciturne. Ces pensées que Napoléon roule dans sa vaste tète seront pénétrées par eux dès les premiers jours de marche.

Le plan de Napoléon est arrêté; voilà pourquoi il s'est rais en marche un peu tard. Peutêtre aussi a-t-il fondé quelque espoir sur une reprise des négociations pour la paix. Depuis que l'Autriche a réussi dans le coup le plus hardi de sa politique, c'est-à-dire depuis qu'en violant sans obstacle la neutralité de la Suisse pour s'ouvrir un passage à travers la Franche- Comté, la Lorraine, la Bourgogne et le Lyonnais, elle a pris le ton le plus altier, le plus

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Iratichant. 11 ne s'agit plus pour elle ni pour ses alliés, de laisser à la France l'imposante ligne du Rhin avec la Belgique tout entière; ce sont les limites de 1 789 auxquelles les alliés veulent la réduire aujourd'hui. Ainsi se trouvent supprimés y même avant tout combat sur notre territoire et nos frontières, les résultats des plus magnifiques victoires; ainsi la France serait dépossédée des beaux et riches départements qu'elle a rendus français depuis plus de vingt ans. Et c'est à Napoléon que de telles propositions sont adressées ! c'est lui qui nous dépouillerait du fruit de tant d'exploits antérieurs à ceux qui ont fait sa gloire! 11 aurait à rougir devant les généraux auxquels on doit ces fructueuses conquêtes qui forment de notre territoire un empire si compact et tracé en quelque sorte par les mains de la nature. A quel titre conserverait-il l'empire sur ces généraux, sur les Français déchus par lui de leur première grandeur, de celle qui semblait désormais être mise à l'abri des chances de la guerre? Un guerrier si cruellement humilié n'aurait-il pas à baisser le front devant ceux qu'il s'est subordonnés et asservis par l'éclat et la multiplicité de ses triomphes? On se souviendrait des reproches altiers qu'à son retour de l'Egypte il a

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adresses à l'ineptie du Directoire; on les rétorquerait contre lui en disant : ce Le Directoire au moins, nous avait conservé la Belgique et la limite du Rhin, et c'est vous qui nous en pri«* vez par les suites désastreuses d'une ambition insensée. » 11 était évident que pour Napoléon, signer une telle paix, s'était signer son abdication et sa honte.

Cependant l' Autriche, qui voulait conserver encore quelque vernis d'intentions pacifiques et quelques souvenirs d'une alliance matrimo*niale, avait proposé d'ouvrir un congrès à Châtillon pour traiter de la paix sur de telles bases. Napoléon, à qui la France reprochait sa mortelle antipathie pour la paix, avait consenti à ce congrès soit avec l'espérance de modifier la dureté d\m tel ultimatum, soit, comme il est plus probable, pour s'en délivrer par la victoire; car il était convenu que la guerre, c'està-dire l'invasion, se continuerait pendant celte étrange et avilissante négociation. Ce congrès de Châtiilon ne servit qu'à resserrer les liens des puissances entre elles. L'Angleterre y présidait par son premier ministre lord Castelreagh; c'est dire que cette négociation ne fut pour nous qu'une continuelle insulte; c'est pour cette raison que j'en parlerai peu. Ce fut

le nouveau ministre des affaires étrangères, Caulincourt; qui endura le supplice d'y assis*-* ter et d'être témoin de la jubilation de tant d'hommes d'État habitués , depuis quinze ans , à un langage plus modeste^ et que le vin de Champagne exaltait dans leur orgueil nar-* quois.

Ney, Marmont, Victor, Oudinot et Macdonald ont disposé leur mouvement de retraite pour une concentration dont ils pressentaient les puissants effets. Ils se sont mis à Fabri des revers qui répandent le découragement. Ils ont fait quelquefois des prisonniers, enlevé des canons, mais sans poursuivre avec une ardeur imprudente, de faibles avantages. Châlons-sur- Marne sera le centre des opérations de l'Empereur; son avant-garde est à Vitry, nouvelle frontière d'un empire qui, tout à l'heure, s'étendait jusqu'à Hambourg. Ce ne sont plus le Rhin , le Danube et l'Elbe dont il faut étudier le cours et les affluents; c'est celui de la Marne, de l'Âube et de la Seine. Qu'importe s'il y applique les grandes vues de sa stratégie ?

Napoléon a quitté Paris dans la nuit du 24 au 25 janvier. C'est toujours à Marie-Louise qu'il a confié la régence, mais il lui associe son frère Joseph sous le titre de lieutenant. général

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de TEmpire. C'est sur un prince chassé d'un trône qu'il a occupé sans gloire et défendu sans vaillance , que va reposer le salut de la capitale; elle en conçoit un triste augure. Et lui aussi reste fasciné de son titre de roi, quoiqu'il n'en ait subi que les plus dures et les plus humiliantes épreuves. 11 a murmuré et s'est presque emporté contre le traité de Fontainebleau qui rendait l'Espagne à Ferdinand VII. L'Empereur n'a répondu à ses plaintes amères que par ces mots piquants : « Ne semble-t-il pas que je vole à mon frère une partie de l'héritage que nous a laissé le feu roi notre père. » Dans l'urgence du péril , Joseph ne signale son activité par aucune grande mesure; il semble n'être oc* cupé qu'à regarder dans le ciel si l'étoile de Napoléon est toujours à son poste.

Arrivé à Chàlons le 28 janvier , l'Empereur demande de tous côtés où est l'ennemi; il écoute sans pâlir , la réponse qu'on lui fait et qui va lui suggérer un triste rapprochement. Blûeher vient de s'emparer de Brienne^ séjour de cette école militaire où son adolescence encore obscure a formé ses premiers rêves de gloire. Le berceau de sa grandeur en serait-il le tombeau ! Napoléon y court plein de vengeance. 11 ordonne à Mortier de reprendre cette

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ville; sa vieille garde s'est chargée de cet exploit ^ et déjà on espère y surprendre Blucher que Ton croit encore séparé de la grande armée autrichienne.

On voit Farinée russe et prussienne qui se développe sur les hauteurs de la ville, défend le château et de là étend son avant-garde dans la ville basse. Blucher est vivement attaqué dans cette position, par le général Château, gendre du maréchal Victor, et par la vieille garde : tout est bientôt enlevé , tout cède à la furie de l'attaque. « C'est l'école de Napoléon , se disent les grenadiers, c'est là qu'il a étudié l'art de la guerre, et les ennemis se souviennent qu'il leur en a donné de fîères leçons; quelle honte pour nous s'ils en restaient maîtres! » Blucher, en présence de ces redoutables guerriers qui lui annoncent l'arrivée de Napoléon, comprend l'étendue de son danger, il veut s'ouvrir un chemin par les rues de la ville basse; il y descend avec une escorte d'officiers supérieurs. Des tirailleurs français y avaient pénétré, ceux-ci s'élancent sur cette troupe d'élite, tuent, blessent ou font prisonniers plusieurs ennemis d'un rang supérieur, parmi lesquels se trouve le comte Ardenberg, neveu du ministre de Prusse, cet opiniâtre en-

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nemi de Napoléon* BIttcher lui-même n'échappa à ce sort que par la vigueur de son bras et la vitesse de son coursier. Voici un autre jeu de la fortune : dans cette même journée le soir^ Napoléon se rendait de Brienne à Mézières son quartier général. Des Cosaques avaient été attirés sur cette route par Tespoir du butin. Napoléon tombe au milieu de leur embuscade; mais le général Corbineau, qui les a aperçus et a crié : u aux Cosaques ! » met en fuite ceux qu'il attaque, et l'un d'eux s'est élancé sur Napoléon lui-même. Le général G ourgaud, qui surveille les dangers de son Empereur , atteint le Cosaque d'un coup de pistolet et l'étend mort aux pieds de Napoléon.

' Ce combat est glorieux, mais il répond faiblement aux desseins de l'Empereur. Les Russes et les Prussiens se défendent encore non-seulement dans les environs de Brienne, mais dans quelques parties jde la ville basse, et la nuit n'a pas permis de les en débusquer. Il importerait cependant de prévenir la jonction de l'armée de Blucher avec la grande armée autrichienne, qui est descendue des hauteurs de Langres pour venir à sa rencontre. La jonction va s'opérer à Bar-sur-Aube, où Blucher vaincu a fait sa retraite. Ce sont maintenant cent vingt

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SM HlflTOIlB I» VwMfin.

mille homnoei qui s'avancent contre uûe armée de quarante mille; cependant la bataille est iné* vitable; elle s'engage le T" février , dans un village nommé la Rothière. No» guerriers s'y battent avec le même courage qui leur a valu leur plus belle victoire ^ avec plus de courage encore , puisqu'ils ont à combattre des forcés plus que triples*

À mesure que se prolongeait une bataille si héroïquement disputée, Napoléon frémissait, vu la disproportion de ses forces, de ne pou* voir plus se former comme *à Lutzen, un de ces puissants corps de réserve qui changent subitement le destin des batailles. Son déses^ poir était tel qu'il semblait chercher la mort en s'aventurant dans les postes les plus périlleux, mais sa vieille garde ne lui permet pas de mourir; elle s'élance, le couvre de son corps, et téméraire par dévouement, elle l'arrache au poste où pieuvent les boulets^ On l'entendit s'écrier : « Montébello à Ëssling fut plus heu-^ reux que moi ! »

La perte a été à peu près égale des deux côtés; on en porte le total à douze mille hommes, mais l'infériorité numérique de l'armée française la lui rend beaucoup plus sensible qu'aux ennemis. Napoléon goûte encore la consolation

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