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de coucher sur le champ de bataille^ mais il reconnaît la rigueur de sa position et T urgence de la retraite; il ordonne qu'elle se fasse pendant la nuit sur la ville de Troyes. Son inquié* tude est extrême; cette fois plus de sommeil pour lui| il en repousse la perfide faveur et se souvient du moulin de Leipsick; il s'agite dans le château de Brienne , où il est venu passer la terrible nuit qui suit une défaite. Il tremble que Tennemi ne tente une attaque nocturne. Le silence de la nuit ne suffit pas pour le rassurer, il ouvre sbuvent la fenêtre et ne respire qu'en voyant les feux des bivouacs brûler toujours dans les mêmes postes où ils ont été allumés après la bataille.
Par l'effet de cette retraite ^ Marmont se trouvait avec six mille hommes, coupé de l'armée impériale. 11 voit avec horreur que c'est le général de Wrède qui , à la tête de vingt-cinq mille Bavarois, vient lui fermer le passage de la Voire et sa retraite sur Arcis; il forme en cercles ses braves : « Reconnaissez-vous, leur dit-il d'une voix forte , ce perfide qui , près de Hanau, a voulu mettre la main sur la personne de l'Empereur, aux pieds duquel il rampait quelques jours auparavant? qu'il sbit puni, humilié; terrassé une seconde fois. Nous voila
S&O RISTOIRK DE L*£MPIRE.
sur le sol de la patrie lorsqu'elle a si grand besoin de nous , et nous ne serons pas moins intrépides qu'à Hanau. 11 n'y a que la mort qui puisse nous faire manquer à l'appel; allons, mes braves, la baïonnette en avant et forçons le passage! » En disant ces mots, il metl'épée à la main et passe sur le corps de vingt-cinq mille Bavarois étonnés de tant d'audace et de bravoure.
La journée de la Rothière, qu'on appelle autrement la seconde journée de Brienne , a fait rétrograder l'armée française de vingt-cinq lieues. Châlons , qui devait être le centre des opérations, est abandonné; Troyes, où Napoléon s'est réfugié, le sera bientôt. L'impatient Blticher s'est élancé sur la route de notre capitale, et son armée répète avec ivresse ce cri de Paris ! Paris ! qui, à Lutzen , fut châtié par nos soldats victorieux comme une insolente jactance. Ce n'en est plus une aujourd'hui , et nos soldats frjémissent de rage en entendant ce terrible hourrah de l'armée ennemie. Déjà ses avantpostes se sont approchés de la ville de Meaux. Ces sinistres nouvelles , circulent dans Paris avec l'exagération qui grossit le danger. La stupeur est au comble, et la ville des arts semble craindre les cendres de Moscou. L'Em-
pereur a gardé un sinistre silence sur la se-^ conde bataille de Brienne ; Tabsence d'un bulletin trouble plus les imaginations que ne le ferait un bulletin annonçant une défaite ^ mais indiquant de nouvelles ressources. Seulement on parle de quelques affaires d'ayant-postes toujours glorieuses pour nos armes. L'Empereur semble attendre un réveil de son génie. Le voilà étendu, un compas à la main, sur les excellentes cartes militaires de l'Empire français. Un rayon d'espoir vient de luire à ses yeux lorsqu'il apprend une nouvelle disjonction des deux armées de Blucher et de Schwartzenberg. Ces deux généraux , ainsi que leurs nations , diffèrent d'opinions et de caractère. L'un et l'autre rivalisent d'ardeur pour frapper le grand coup de la guerre par l'occupation de Paris ; mais l'Âutricbien admet des délais auxquels l'impétuosité de BIttcher se refuse. L'un suit lentement et avec précaution le cours de la Seine , tandis que l'autre veut arriver plus vite en suivant la Marne. Par cette séparation ils perdent le principal bénéfice de leur victoire de Brienne. Ils ont renoncé à marcher comme une masse compacte et serrée sur Paris , tandis que l'occupation prompte de cette capitale peut seule justifier la témérité de leur entreprise;
et e'ett en présence d*un capitaine tel que Napoléon qu'ils ont commis une telle faute. Vous diriez que Bonaparte a deyiné le» discordes de ces deux généraux. 11 médite un des plus grands problèmes qui puissent exercer le génie mili* taire , celui de battre successivement les divisions russe et prussienne qui s'avancent sous les ordres de Blûeher. Il les voit engagées^ dès là saison des pluies , dans la partie la plus mar récageuse et la plus inabordable de la Brie champenoise I entre Césanne et Montmirailj il saura bien y pénétrer pour tomber sur eux. Le duc de Bassano^ qui lui apporte une dépêche à signer, le trouve absorbé dans la contention d'esprit la plus laborieuse à laquelle il se soit encore livré } il le voit se relever radieux et l'œil enflammé : «Je l'ai trouvé ^ B'écrie-t*il; je tiens Blûcher! je le bats de l'oeil I Blûcher battu, nous aurons affaire aux Autrichiens^ gens plus commodes.» 11 établit son quartier général au centre de ce pays que le piéton lui-même ne parcourt en hiver qu'avec maintes difficultés et une morne tristesse. Voilà le nouveau théâtre qu'il montre aujourd'hui à la patience héroïque de sa vieille garde. Autant il l'a ménagée dans la campagne de Russie , autant il s'en sert aujourd'hui comme la tête use du bras. Et les
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vétéraMy qui se désolaient de leur inaction, se réjouissent d'avoir à vaincre les plus grandes difficultés de^es horribles chemins de traverse. Ils s'embourbent avec orgueil, et traversent douze grandes lieues dont les pluies ont fait un vaste marais. Le msuréchal Marmont est par^ venu à rejoindre Tarmée par des défilés que lui-même avait jugés d'abord impraticables , et c'est lui qui aura la gloire de porter les pre« miers coups. Le 1 0 au matin on a le bonheur de rencontrer, au village de Champaubert, un corps prussien. L'action est engagée par nos soldats avec une telle vigueur que les colonnes ennemies sont coupées^ enfoncées^ taillées en pièces. Les Prussiens y perdent quatre mille hommes y vingt pièces de canon, et plusieurs généraux faits prisonniers viennent le soir partager dans une chaumière, le frugal repas de Napoléon qui renaît à la victoire.
Le coml)at de Champaubert a détourné les dangers qui menacent la capitale. Blttcher, à la tête du corps prussien d'York et du corps russe de Saken, s'avançait à marche forcée vers Meaux , dont il voyait déjà les clochers , lorsque la nouvelle de l'échec essuyé par ses troupes vient contenir son impatience. Il ne songe plus qu'à sortir d'une position dange-
3&& HISTOIBË DE L*£lfPIRS.
reusci et se replie sur Château-Thierry. Mais Tarmée que conduit Napoléon s'avance déjà pour lui couper la retraite; notr» avant-garde sortait de Montmirail lorsqu'elle a le bonheur^ dans la matinée du 1 1 , de rencontrer l'ennemi posté dans une ferme position. Ses principales forces se sont concentrées autour d'une simple ferme : voilà la modeste conquête qu'il faut faire aujourd'hui , et des guerriers tels que Ney, prince de la Moskowa, tels que le maréchal Lefèvre , duc de Dantzick , et Mortier, duc de Trévise, fondent avec la vieille garde sur cet enclos que défendent vingt-cinq mille hommes. Le reste de l'armée les suit, tandis que Bliicher se renforce de troupes nouvelles. Ce combat, à la grande joie de Napoléon, a pris les proportions d'une bataille. L'armée alliée est rompue, et en laissant des canons, des blessés et des prisonniers, elle se retire précipitamment sur Château-Thierry. Napoléon l'y poursuit et l'en chasse. Sa cavalerie fait des prisonniers et prend des bagages. Déjà la route est couverte de fuyards, et ceux qui avaient pour ralliement le cri de Paris! Paris! lui tournent le dos. L'armée, et surtout la vieille garde ont fait dans des marches aussi rapides que difficiles, tout ce qu'on peut attendre des
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forces humaines. Il faut bien lui accorder un repos de quelques jours. L'ennemi , qui a toujours des troupes fraîches à sa disposition , ne trouble pas impunément cette halte forcée. Il est battu dans chaque rencontre. Au nombre de ces victoires partielles > il en est une remarquable, parce qu elle a été remportée par un chef vendéen y le général Bourmont, et celuici goûte la joie de voir son nom inscrit dans un bulletin à côté de tant de généraux illustres dans nos fastes. Ce qui rendait cet exploit plus remarquable y c'est que le général Bourmont le remportait dans un moment où les autres chefs vendéens , tels que les La Rochejaquelein et les d'Âutichamp ^ se sentaient invinciblement rappelés à la cause des Bourbons.
Au milieu de ces avantages qui augmentent le nombre des prisonniers et le trouble de l'ennemi, mais qui remédient bien imparfaitement à une horrible disproportion de forces, Bonaparte est impatient de remplir avec éclat la seconde de ses grandes pensées j celle de fondre sur les derrières de l'armée autrichienne qui, sans être instruite des échecs essuyés par l'armée de Blûcher, continuait lentement sa marche vers Paris. Par une de ces fatalités trop ordinaires à la guerre, et dont on ne peut pas facilement
IM hutoiu m t'niriu.
reeoniiaitre les cauBdt, le maréchal Victor n'avait pas pu remplir Tordre qui lui avait été impé« rieusement donné d'ocouper le pont de Mon* tereau, au confluent de la Seine et de T Yonne ^ Tun des postes les plus décisifs pour arrêter une armée qui se porte vers la capitale. Ce pont n'était alors que faiblement occupé par des troupes alliées qui vraisemblablement l'avaient abandonné à rapproche des Français. Quand Victor se présenta^ après avoir perdu neuf heures I il était trop tard, ce poste s'était renforcé de tout le corps wurtembergeois, Victor sent tomber sur lui tout le poids de sa faute ou du malheur qui a contrarié sa marche i il atta<« que avec vigueur une armée supérieure en nombre et qui occupe une position formidable* Son désespoir est héroïquement secondé par son gendre le général Château i celui que nous avons vu tout à Theure reconquérir Briènne sur le général Blttcher. Il tombe blessé mortellement, et ses soldats ne peuvent plus soutenir un effort désespéré. Napoléon arrive , voit l'ennemi maître du pont et fulmine contre la négligence du maréchal. Toutes les heures , toutes les minutes lui seraient précieuses pour tomber sur les derrières de Schwartzenberg qui s'a* vanoe sur la route de Paris. Quelle moisson
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n'eût-il pas faite de prisonniers , de bagages et d'artillerie I Maintenant Montereau lui demande un eombat sérieux et lui coûtera un retard fatal pour son grand dessein. Maître des hauteurs de Surville ^ il domine le pont ^ la ville et les deux riyes couvertes d'ennemis. Son ardeur est telle, qu'il pointe lui-même les canons de sa vieille garde, voit tomber à ses côtés ses intrépides canonniers , et ne veut point se retirer d'un tel poste malgré les remontrances cour* roucées de ses vieux soldats, a Allez , leur dit-il, le boulet qui doit me tuer n'est pas encore fondu. » C'est parler encore une fois en homme du destin; mais c'est parler en grand capitaine qui fonde sa victoire sur une croyance inébranlable, dût*-elle être superstitieuse. La résistance est intrépide. Le général Pajol se jette impétueusement sur le pont à la tête d'un beau corps de cavalerie, en chasse les ennemis et pénètre dans des rues jonchées de morts. Quelques gardes nationaux bretons complètent la victoire. Bonaparte a retrouvé à Montereau son glorieux pont de Lodi. Cette ville célèbre par l'assassinat d'un prince assassin (Jean, duc de Bourgogne) est rentrée dans le domaine historique par un brillant exploit des Français.
3&d HISTOIRE DB L*BMPIAE.
L'esprit de Bonaparte en est exalté. Forte^ ment cuirassé contre la crainte , il sait mal se défendre contre les illusions de l'espérance. Comme on le presse de saisir cette occasion pour donner une plus prompte et plus heureuse issue aux conférences de la paix qui se traite à Ghâtillon : (<ie suis ^répond-il après le combat de Montereau^ plus près de Munich que les enne« mis ne le sont de ma capitale. » Déjà^ après la bataille de Montmirail^ se repentant d'avoir donné à son ministre Caulincourt plein pouvoir pour subir aux conférences de Châtillon , une paix fort dure^ il lui avait fait une défense formelle de rien signer. Cependant , quand il apprend qu'une forte division autrichienne vient de filer sur Troyes et échappe ainsi à sa poursuite, il modère sa joie et redouble de colère contre le maréchal Victor dont le fatal retard a rendu son triomphe incomplet. Il l'apostrophe dans les termes les plus durs. i( Puisque j'ai perdu la confiance de Votre Majesté, lui répond son vieux compagnon de l'armée d'Italie , je lui remets mes grades et mon commandement , pour continuer de servir mon pays en grenadier. » Cette réponse adoucit la colère de l'Empereur, mais il articule, dans son bulletin, un blâme sévère contre Victor; et
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le cœup de celui-ci en est profondément ulcéré. C'est une blessure de ce genre qui a conduit le brave et infortuné Junot au désespoir, à la folie et à la mort. Nous avons vu aussi quel effet calamiteux un tel blâme , infligé au roi de Naples lui-même , avait produit sur ce caractère fougueux.
Napoléon avait le tort de répéter trop sou-^ . vent des mots tels que ceux-ci : ce Je ne reconnais plus mes vieux maréchaux. Ils sont toujours braves, sans doute, mais ils ont de l'orgueil et souvent de la pesanteur. Ils substituent leurs manœuvres à celles que je leur indique, et compromettent Tensemble de mes opérations. Je les ai faits trop riches ; eh ! n'ai-je pas comme eux une famille à Paris? Mon Empire ne vaut-il pas leurs châteaux et leurs parcs? N'ai-je pas enfin assez de gloire acquise? et pourtant je passe mes jours dans les combats et mes nuits dans les réduits les plus misérables. Qu'a-t-on à conserver quand la France est envahie et Thonneur entamé ?
Le Mémorial de Saitite-Hélhie ofiEre plus d'une réminiscence de ces reproches aussi injustes qu'amers. Plusieurs des histoires contemporaines les répètent avec trop de complaisance. Leur zèle pour la gloire de Napoléon les con-
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duit aveuglément à obscurcir celle de généraux qui, dans leur immuable héroïsme , ont toujours servi la patrie et ne Tout jamais comme lui compromise. Je m'étonne, en retraçant les exploits de cette glorieuse et malheureuse campagne, de ny pas retrouver le nom de Masséna, ce gagneur de batailles. Quant à Soult, il est retenu aux Pyrénées, et il va s'immortaliser à Toulouse. Davoust, le vainqueur de Brunswick et de Tarchiduc Charles , trop longtemps retenu à Hambourg par les ordres de Napoléon, frémit de n'entrer point dans les rangs d'une armée qui défend le sol sacré de la patrie. Berthier prince de Neufchàtel, expie la courageuse prudence de ses conseils par un refroidissement assez voisin de la disgrâce. Quant au prince de la Moskowa , il est aussi mécontent que fidèle. Je m'étonne , en parcou* rant les bulletins de cette campagne , de ne le voir plus donner le premier et le dernier élan à la victoire. 11 est toujours le même , toujours affamé de gloire; mais ce n'est plus lui qui est chargé de porter les coups les plus hardis. 11 est vrai qu'il est remplacé dans ce soin par un guerrier encore plus habile, par Napoléon lui-même. L'Empereur, impatient du contrôla, seBible accorder maintenant sa prédileetion à
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déjeunes géaéraui. Nul de ces secrets ressenti* ments n'existait dans Tarmée d'Italie lorsque Bonaparte âgé de vingt-six ans , faisait rayon* ner la gloire de ses vieux capitaines autour de la sienne. 11 semble qu'ici la mort héroïque du général Château i se sacrifiant pour réparer la faute de son beau-père» aurait dû modérer l'amertume des reproches de l'Empereur.
Malheureusement le 18 février, jour de la victoire de Montereau, fait la clôture de la grande semaine qui commence à Champaubert. Ce n'est pas que Bonaparte ni ses soldats des<* cendent pour le reste de la campagne , au-» dessous d'eux-mêmes; mais chaque pas fait douloureusement sentir les insurmontables di^ ficultés d'une lutte horriblement inégale. Il ne s'agit point ici de triompher d'une masse con^ fuse de Mèdes et de Perses; des deux côtés ce sont des vétérans qui ont eu aussi leurs jours d'épreuves et de gloire, et de jeunes soldats > animés de passions brûlantes, qui savent les subordonner à une discipline exacte. On s'est mesuré presque à nombre égal' à Eylau, à Austerlitjs, à Wagram; eh bien ! ici le nombre de nos ennemis déjà triple à Brienne, va bientôt devenir quintuple , cio* les alliés reçoivent de perpétuels renforts. L'armée russe n'a encore donné que
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par deux de ses corps; maintenant elle s'avance * en masse de la Hollande et de la Belgique qu'elle a rapidement conquises. Le général Maison a été forcé de se replier devant elle même au delà de nos frontières^ Un autre flot d'Autrichiens occupe une grande partie de la Bourgogne, de la Franche-Comté, et s'avance sur Lyon, où le maréchal Augereau ne peut plus lui opposer qu'une résistance forcément circonspecte, et pourtant ce corps d'armée fort de douze à treize mille hommes , était le seul renfort sur lequel Napoléon fondât quelque espérance. Mais voici le comble du malheur, et je puis ajouter de la stupéfaction; Bordeaux a ouvert ses portes au duc de Wellington qu'accompagne le duc d'Angoulême. Napoléon se trouve donc en lutte avec des Bourbons compétiteurs naturels de son trône, et qui invoquent contre lui un titre plus saint que celui des armes. II les a toujours redoutés et involontairélnent servis par ses institutions plus que monarchiques. Ils peuvent maintenant se présenter comme des modérateurs de l'autorité despotique. Le comte d'Artois est à Nancy, et son second fils le duc de Berri, est à Gersay, prêt à débarquer dans nos inquiètes provinces de l'Ouest.
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Cependant 9 après la grande semaine^ les alliés sentent avec un trouble évident la bar* diesse d'une position qui les place entre Paris , une armée admirable et la ligne de nos places fortes. Les routes sont couvertes de leurs fuyards, de leurs caissons abandonnés et de leurs bagages. Schwartzenberg a regardé comme un bonheur d'opérer sa retraite sur Troyes, et Blûcher a continué la sienne en la marquant par quelques viles attaques. Le maréchal Ney a pu rentrer dans Reims, et Napoléon dans Troyes d'où il a chassé les Autrichiens.
Des renforts ! des renforts! voilà ce qui manque à Napoléon pour justifier son audacieuse promesse de Montereau et rentrer dans Munich. Ici l'on se demande pourquoi, dans une si rude épreuve, il ne s'est point fait seconder par des masses populaires qui auraient donné à son armée plus de liberté d'action et divisé les forces écrasantes de l]ennemi. 11 est certain qu'à cette époque périlleuse, les républicains et quelques militaires eux-mêmes^ appelaient de leurs vœux ce qu'ils nommaient une Vendée patriotique, et les autres une Vendée impériale. L'exemple des guérillas d'Espagne semblait provoquer l'Empereur à ce parti extrême; sans elles, disait-on, Wellington fût-
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il parvenu à expulser les Français de TEspagne? Le caractère belliqueux des provinces de l'Est, et particulièrement des Lorrains, des Alsaciens et des Bourguignons, promettait du succès à une telle entreprise. Ces guérillas françaises auraient été appuyées sur une longue chaîne de forteresses qui auraient favorisé leur attaque et leur retraite. Là elles auraient trouvé des chefs habiles et une population aigrie par ses pertes et soulevée à la fois par la vengeance et Thonneur. Tant de vieux soldats et de vieux capitaines , retirés du service y auraient oublié leur âge , leurs fatigues et leurs blessures, pour défendre leur toit , leur famille et le champ cultivé par leurs nobles mains. Paris lui-même, ~ Paris, dont la population polie est surchargée d'ignobles chercheurs d'aventures , aurait été un vaste foyer de guérillas. Des Cosaques indigènes , si j'ose me servir de cette expression , auraient été opposés aux Cosaques du Don , et peut-être en serait-il sorti, comme aux temps de Charles YI et de Charles VU , des Lahire et des Xaintraille.
Ceci touche à une grande question sociale qui appelle un coup d'œil de l'historien. Bonaparte était né avec le génie de l'ordre , et c'est ce qui fit le plus beau principe de sa grandeur
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lorsque la France avait pour premier besoin celui de sortir de l'anarchie , et ne pouvait plus par elle-même se délier des nœuds inextricables du serpent qui la dévorait. Quoiqu'il fût le plus audacieux des guerriers , il voulait de la règle et du savoir dans les opérations guerrières. On peut lire dans les divers mémoires de Sainte-Hélène , qu'il ne voyait de force vraie et durable que dans les armées régulières. Cette prévention il l'avait puisée dans de fortes études. Rien n'égalait pour lui les conceptions de-Turenne, sinon les siennes. Plein de mépris pour la chouannerie y il l'étendait jusqu'à ces guérillas espagnoles dont il avait mal apprécié les dangereux résultats. 11 y voyait surtout une école de brigandage ennoblie par le patriotisme et qui survit à sa noble cause. Ce n'était , disait-il, qu'une double oppression pour les habitants paisibles, forcés de payer et de renouveler leurs tributs à leurs vengeurs aussi bien qu'à leurs ennemis. C'est la guerre dans son état sauvage, la guerre sans frein et la victoire sans prestige. L'Espagne, dépeuplée par une mendicité arrogante,- devait se prêter mieux que la France à ces sinistres guet-apens , à ces fuites de Numides , à ces actes de brigandage et de meurtre commis aussi souvent sur des con-
citoyens que sur des ennemis. D'ailleurs Napoléon était jaloux de sa gloire militaire ; voudrait-il en diminuer, en profaner l-éclat en la partageant avec des chefs de guérillas? Non moins jaloux de son autorité absolue , il comprenait à quel point elle pouvait être compromise par d'heureux partisans, plus enflammés de Tesprit républicain que du sien même. Les républicains 9 quoique la race en fût fort éclaircie , se seraient jetés avec ardeur dans ces rassemblements armés où chacun eût suivi sa propre impulsion. Ils étaient toujours les hommes d'action parmi le peuple, et peut-être le mot de république, qui s'échappait instinctivement de leur bouche , et qu'ils répétaient avec un vif élan d^enthousiasme dans les chants guerriers de la Révolution , serait-il devenu leur unique cri de ralliement. Je ne veux qu'ajouter un mot sur cette question, et il m'est fourni par les pages les plus tristes de nos annales. La France fournit-elle jamais un plus vaste théâtre de désolation, une anarchie plus tenace et plus meurtrière qu'à cette époque où les Valois, vaincus par les Anglais aux champs de Crécy, de Poitiers et d'Azincourt, appelèrent ou tolérèrent le secours des routiers et des tard- venus? Un tel souvenir suffit pour décider la question :
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J'âime mieux encore la guerre perfectionnée , que la guerre dans sa barbarie primitive.
Résurrecteur de Tordre^ Bonaparte tenait à conserver ce titre qui faisait la force et le voile de son autorité absolue. Tout ce que je viens de dire condamne d'avance un décret qu'un mois après Bonaparte , réduit à de plus dures extrémités 9 rendit pour ordonner une levée en masse ; acte trop évidemment renouvelé des mesures pratiquées pendant la Terreur. J'ai voulu montrer que son droit sens et l'intérêt de sa gloire répugnaient à ces moyens tyranniques. Ce décret tardif et horriblement arbitraire resta sans exécution , mais non sans un fâcheux effet sur l'opinion publique, et nuisit plus à Napoléon que des revers toujoursmêlés de gloire.
Après le combat de Montereau qui promettait des résultats plus décisifs , le grand effort de Napoléon fut de tenir pendant six semaines l'armée des alliés en échec, en l'empêchant de se porter sur Paris. Sans doute il y développa un grand art de la guerre , mais cette fois ses opérations ne brillent plus de leur éclat accoutumé. Ce sont des marches et des contre-marche^, entremêlées de combats où la victoire est souvent indécise. Les deux armées semblent enfermées dans un rayon de vingt-cinq lieues qu'elles ne
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peuvent dépasier. Les alliés font de vaines dé-^ monstrations sur la route de Paris, s'en rapprochent de douze ou quinze lieues et s'en éloignent bientôt. C'est tour à tour Blflcher qui poursuit larmée française , et Napoléon qui poursuit Bltt'cher* Troyesy Reims^ Château-Thierry^ Soissonsi Césanne et Ârcis-sur-Aube sont pris et repris deux ou trois fois. L'acharnement des combattants faisait craindre pour ces villes les horreurs de Fassauty celles de Tincendiei du pillage et du viol. Peu d'excès furent commis; la guerre perdait ce caractère d'atrocité qu'elle avait eu trop souvent dans les guerres précédentes, et surtout en Espagne et en Russie. 11 arrivait quelquefois que, par une sorte de convention tacite , une armée qui voulait rentrer dans une de ces villes, attendait avec une patience pleine d'humanité que l'ennemi en délogeât pendant la nuit, ce qui faisait le salut des habitants. Les campagnes, plus malheureuses, étaient cruellement dévastées; souvent les villageois s'étaient armés de faux et de fusils pour tomber sur des groupes d'ennemis dispersés , et souvent ils en étaient punis par l'incendie de leurs villages. Leur patriotisme les portait à tous les genres de secours pour leurs concitoyens blessés ou exténués par la faim* Comme
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la guerre de partisans n'était point organisée , on ne tirait qu'un faible parti de leur désespoir. Au milieu de ces poursuites alternatives^ les Français et leurs ennemis coupaient les ponts , des torrents se répandaient sur les routes et sur d'affreux chemins de traverse. Les verglas qui leur succédaient multipliaient les chutes et les blessures. L'armée de Schwartzenberg ne prend pas d'abord une part très^vive à ces combats ^ et même elle reste immobile pendant dix jours en vertu d'un armistice conclu à Lusigny près de Ghâtillon. Napoléon en avait espéré un résultat fort important et s'était flatté de détacher son beau-père de la coalition; mais Schvsrartzenberg n'avait voulu que réparer les pertes du combat de Montereau. Les liens de la coalition allaient toujours se resserrant dans le fatal congrès de Ghâtillon. La haine contre Na« poléon y reprenait toujours de nouvelles forces ; l'Angleterre était là. Si le ministre français, Caulaincourt ^ se prévalant des succès de la grande semaine^ essayait encore de conserver la Belgique; lord Castelreagh fulminait. Il sem^ blait que la possession d'Anvers mît en péril l'Angleterre et sa puissance navale. Les Anglais conservaient peu l'espoir de réduire par les armes cette ville et cette citadelle puissamment
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fortifiées par Napoléon. Carnot^ cet habile or-ganisateur des quatorze armées de la République, étouffant les sujets de ressentiment que dans son zèle républicain il gardait contre Napoléon, lui avait demandé le gouvernement d'Anvers, et y déployait les ressources de- son art et la vigueur de sa résolution.
Bientôt il fut démontré que l'armistice de Lusigny tournait uniquement à l'avantage de l'armée autrichienne qui réparait ses pertes et son désordre. Durant cet intervalle, une troisième armée ^ la grande armée russe, tombait sur notre flanc et appelait Napoléon sur la rivière de l'Aisne. L'extrême infériorité de ses forces restait toujours apparente, même pendant la courte inaction de l'armée autrichienne. Blûcher affectait de signaler son audace et se rapprochait toujours de Meaux; il poussait même des partis jusqu'à sept ou huit lieues de Paris pour y répandre une épouvante momentanée. Il est vrai que Napoléon ne tarda pas à le faire repentir de cette bravade ; il le fit replier brusquement et en désordre, et le général prussien était menacé d'un revers accablant si la ville de Soissons ne lui eût ouvert ses portes, soit par la faiblesse du commandant, soit par la terreur des habitants.
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Quelques jours sont employés à ces mouvements de troupes qui préparent une grande bataille. Napoléon Tattendait avec son impatience ordinaire. Les coups devaient se porter sur l'armée russe de Wintzingerode, derrière laquelle Blûcher en désordre était venu se rallier. Ce n'était pas assez pour les ennemis de la supériorité du nombre , ils occupaient à deux lieues de la ville de Laon et sur la montagne deCraonne, couronnée d'une puissante artillerie^ une position qui semblait inexpugnable; et cependant nos Français montrent la même ardeur que leur indomptable général à s'emparer de cette hauteur. Le 7 mars , à la pointe du jour, la bataille de Craonne commence; vous diriez qu'on est encore au champ d'Eylau ou de la Moskowa : même impétuosité chez les Français, même immobilité chez les Russes. C'est encore le héros de la Moskowa qui dirige cette attaque; il est secondé parle maréchal Victor, qui tient à se venger noblement des reproches amers qu'il a essuyés de Napoléon et qui tombe blessés sous ses yeux. On est enfin parvenu à s'emparer du plateau et le combat continue encore. Chaque pouce de terrain est une conquête péniblement achetée. Les généraux Nansouty et Grouchy jettent leur cavalerie dans les
rangs de l'armée russe ^ la font replier un peu , mais n'y peuvent jeter du désordre. L'un et Tautre sont blessés. Enfin le général Drouot par sa puissante artillerie y détermine le succès de cette sanglante journée. G^est encore une victoire ^ mais semblable ou même inférieure à celles qu'on a coutume de remporter sur les Russes. Un champ couvert de morts en est l'unique gage; point de prisonniers^ point de canons , point de drapeaux enlevés , et bientôt il faudra recommencer cette épreuve, cette boucherie , sur les hauteurs non moins imposantes de la ville de Laon.
Déjà Napoléon a conçu son plan de bataille, et son armée ne fait qu'une âme avec lui. 11 allait monter à cheval lorsque deux dragons se présentent à lui tout effarés. Ce sont des soldats de l'armée de Marmont. Ils lui apportent une nouvelle qui renverse le dessein dont il est tout rempli. Ce maréchal , qui a pris une part si glorieuse aux exploits de la grande semaine , vient d'éprouver un sanglant échec. Attaqué à l'improviste dans son bivouac par une armée fort supérieure en nombre, il a perdu deux mille hommes et une partie de son artillerie. A cette nouvelle en succède une autre non moins fâ.cheuse. Un corps d'armée russe ^ sous le
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commandement du général Saint-Priest , Français depuis longtemps au service de la Russie^ s'est emparé de la ville de Reims, ce qui établit ses communications avec Schwartzenberg. Napoléon ne perd pas de temps pour l'en chas* ser. Dans sa marche , il rallie le corps d'armée de Marmont qui brûle de prendre sa revanche. Les Russes sont surpris à leur tour; le général Saint-Priest se défend avec vigueur aux portes de la ville. Le combat est obstiné , comme il arrive toujours devant de tels ennemis; mais Saint-Priest est tué, et les siens renoncent à une défense désespérée. Napoléon rentre dans Reims. Un avantage obtenu par le général Gourgaud, son aide-de-camp, ne le console que faiblement de l'impossibilité reconnue d'attaquer les alliés de front. Que faire donc pour couvrir Paris avec lequel il a perdu ses communications? 11 tombera sur les derrières de cette armée gigantesque , se portera aux confins de la Champagne et de la Lorraine , inter-* cepterases dépôts, ses corps isolés, ses renforts, taillera en pièces les corps ennemis qui bloquent nos puissantes citadelles, et leur causera enfin de tels dommages , qu'ils seront forcés de renoncer à leur marche sur Paris. Mais d'où vient qu'il a conçu tant de sécurité pour
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sa capitale? Nous verrons tout à Theure dans quel déplorable état de défense il Ta laissée. A-t-il du moins détaché une partie assez forte de son armée , soit pour barrer aux alliés le chemin de Paris , soit pour en soutenir le siège? Ici Ion ne reconnaît plus ni la vigilance, ni les calculs exacts et rigoureux de ce grand homme de guerre. Dans son mouvement sur les derrières de l'armée ennemie, quatre corps restaient encore séparés de lui : c'étaient, d'un côté, ceux de Macdonald et d'Oudinotj et de l'autre, ceux de Marmont et de Mortier. Les deux premiers parvinrent à le rejoindre, soit qu'il les eût appelés ou non. Quant aux deux autres, il paraît certain qu'ils n'avaient point reçu d'ordres de l'Empereur, peut-être parce que les courriers avaient été interceptés. La direction qu'ils prirent dépendit de circonstances imprévues.
Ce nouveau plan de campagne. Napoléon l'avait appuyé par un fatal décret rendu à Fimes le 5 mars. C'est celui que j'ai indiqué plus haut, et qui appelle l'examen rigoureux de l'histoire.
En voici les dispositions :
« Tous les citoyens français étaient autorisés à courir aux armes; ils devaient sonner le toc-
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sin au premier bruit du canon ennemi , se ras* sembler, fouiller les bois, couper les ponts, intercepter les routes , tomber sur les flancs et sur les derrières des coalisés. Tout citoyen français pris par Tennemi et mis à mort devait être vengé sur-le-champ par des représailles^ par la mort d'un prisonnier; enfin tous les maires , tous les fonctionnaires publics^ tous les habitants, qui, au lieu d'exciter Vélan patriotique du peuple , refroidiraient Tardeur des citoyens ou les dissuaderaient d'une «légitime défense , seraient considérés comme traîtres et traités comme tels. »
Ce que Machiavel , le moins scrupuleux des publicistes sur la morale, condamne le plus sévèrement chez les despotes , ce sont les mesures qui produisent plus d'indignation que d'épouvante , et voilà le caractère de ce décret conçu dans un accès de désespoir. La Convention, quand elle rendait des décrets de celte sorte, était du moins investie de la plénitude de la puissance législative. Par les constitutions impériales , Napoléon la partageait tantôt avec le Sénat, tantôt avec le Corps législatif. Il usurpait leurs attributions pour créer de nouvelles peines, pour dicter de nouveaux articles du Code pénal, spécifier de nouveaux crimes et
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pour étendre d'une manière indéfinie la peine de mort* Qu estrce» en effet, qu'un délit ainsi qualifié : a Les maires, tous les fonctionnaires « publics, tous \g^ habitants , qui, au lieu d'ex* «citer l'élan patriotique du peuple, refroidi- « raient l'ardeur des citoyens ou les dissuadées raient d'une légitime défense, seraient consiu dérés comme traîtres et traités comme tels? » Était-il un citoyen français qui ne pût craindre d'être traduit devant un conseil de guerre et fusillé pour avoir refroidi l'élan patriotique? terme qui sans doute n'avait jamais été employé dans aucun Code pénal, fût-il dicté par la Convention même. Quant à la mesure de condamner à mort tout prisonnier parmi les soldats étrangers, en représaille des actes de violence de leurs compatriotes , n'est-il pas évident que les étrangers pouvaient en user à leur tour contre les prisonniers laissés en leur pouvoir, et combien n'étaient-ils pas plus nombreux après la retraite de Moscou et les trois fatales journées de Leipsick? Puisque Napoléon ne donna aucune exécution à une mesure si violente , il est à présumer qu'il n'avait voulu en faire qu'une menace diplomatique; mais les alliés ne s'en épouvantèrent pas, et les Français en conçurent un juste effroi.
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Napoléon était rentré plusieurs fois dans des villes qui avaient été occupées, et il ne sévit qu'une seule fois contre des Français qui avaient eu des intelligences ouvertes avec Tennemi. Ce fut dans la ville de Troyes* Deux émigrés avaient provoqué hautement le retour des Bourbons. L'un d'eux, M. de Vidranges, échappa par la fuite à sa condamnation ; le second^ M. Gouant, fut fusillé. Aucune levée en masse n'eut lieu ni au nord, ni au midi; on ne peut donner ce nom à quelques partisans qui se présentèrent , principalement dans la Bourgogne. On peut donc y voir, comme je Tai dit, une menace faite pour intimider les diplomates réunis à Ghàtillon.
Mais si les souverains alliés se sentirent assez forts pour braver cette mesure , ils ne virent pas sans trouble et sans crainte le' nouveau plan de l'Empereur, qui consistait à marcher sur leurs derrières pour couper en tous points leur ligne d'opération. Paris dut encore à ce plan une délivrance momentanée. Tous les partis que les alliés lançaient sur les environs de Meaux , de Melun et de Fontainebleau , se replièrent aveé promptitude mais en bon ordre. Il résulta de leurs craintes réciproques une rectification fort habile du plan qu'ils avaient
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suivi jusque-là. Ils prirent , sur les conseils et par Tautorité de l'empereur Alexandre, la résolution de concentrer leurs forces en une masse formidable qui marcherait en rompant tout obstacle vers Paris. Ainsi , pour renverser Napoléon f, ils parurent animés du génie de Napoléon même qui, pour marcher deux fois sur Vienne et une fois sur Berlin et sur Moscou, avait dédaigné tous les sujets d'alarmes qu'il pouvait laisser sur ses derrières et même sur ses flancs. Le plan nouveau de Napoléon les délivrait de maint obstacle qui les avait arrêtés jusque-là pour la jonction de leurs grands corps. La masse compacte se forma , et c'est ce qui fit avorter la grande opération conçue trop tard par Napoléon. 11 en résulta pour lui une défaite plus fatale encore que celle de la seconde journée de Brienne.
Le 20 mars dans la nuit, l'Empereur, après avoir remonté la rive droite de l'Âube, se trouvait sur la hauteur d'Arcis. Ses éclaireurs lui annoncèrent qu'une masse assez considérable de troupes alliées semblaient bâter leur marche pour arriver à Arcis. L'Empereur saisit avec avidité et trop de confiance cette occasion de frapper un coup décisif. Déjà son avant-garde , en sortant de cette ville s'est jetée sur les dé*
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tachemente les plus avancés ; mais elle éprouve une résistance opiniâtre et qui commence à donner de sérieuses inquiétudes. Â la puissance des renforts qui arrivent de tous côtés à Tennemi , Napoléon reconnaît à sa grande surprise qu'il se trouve en présence non d'un corps isolé> comme il l'avait cru , mais de la grande armée autrichienne. 11 est trop tard pour reculer, et c'est à quoi Napoléon peut difficilement se résoudre. Si ce n'est pas une occasion favorable pour vaincre, c'en est une du moins pour obtenir une belle mort qu'il a semblé chercher dès l'ouverture de cette campagne. 11 combat maintenant à la Henri IV. 11 faut le chercher dans la mêlée la plus épaisse et sous le feu. des batteries. Plusieurs fois il est obligé de se faire jour avec son épée. Des officiers dévoués lui servent de remparts. Enfin on respire ou l'on croit respirer, lorsque la garde arrive et forme ses lignes; l'ennemi redouble son feu. Au devant de l'un des carrés tombe un obus; les grenadiers s'écartent un peu du terrible projectile; Napoléon goûte la joie orgueilleuse de donner une leçon aux soldats les plus braves de l'univers. « Qu'est ceci? s'écrie-t-il ; est-il bien vrai que mes vétérans aient pu reculer une fois devant un obus? En lignes, et tenons ferme ! »
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A peine a-t*il parlé que Tobus éclate ; il dispa^ raît aux yeux des sieus sous le nuage épais de poussière que Tobus a formé y et poiu* la pre* mière fois un cri d'épouvante sort des rangs de la garde. Le nuage se dissipe ^ et Napoléon reparaît aux yeux ravis de tous les siens. Rien n^a changé dans sa contenance et dans ses traits : « Voyez ^ leur dit-il, ce n'est que cela! » Mais accablé par le nombre ^ il a fallu rentrer dans la ville. On s'y défend dans des maisons crénelées, contre la grêle des bombes et des obus et sous les éclats des maisons qui s'écroulent. La résistance est telle , que l'armée dans la nnit peut opérer sa retraite en bon ordre. C'est encore une armée , ou plutôt c'est encore la grande armée; elle a combattu un ennemi cinq fois supérieur en nombre.
J'interromps ici le récit de cette campagne ; j'aurai trop tôt à le reprendre sous les mura de Paris. Il faut considérer maintenant les dispositions de cette capitale.
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