‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 26 sur 51 · IH4)RS · texte numérisé non relu

IH4)RS

L'année alliée va marcher sur Paris. ^ Napoléon a mal pourvu à la défense de «a capitale,-^ L'esprit des habitants loi est devemi contraire. — Regrets de la liberté perdre. — Ascendant que preq^ Talleyrandsurle sénat. — Analyse des divers éléments dont se forn;^e l'esprit public. — Tendance générale vers le retour de la monarchie constitptioopeile.— Rigueur avec ^quelle 99Dt jugés les 94^ militaires et politiques de Napoléon. — Les fermes preaoçq^ upQ part très-active à ce mouvement de l'opinion. — La cause des Bourbonfi gagne des partisans.

Si Paris a'est p^s fortifié^ moQtre-t41 du moias cette constaDce inébranlable et ces mu<railles vivantes que Sparte proférait aux plu§ solides remparts? Le patriotisme, dans ^^s df^ forts les plus énergiques, peut é<?lataf jusque dans de^ États où le despotisme k^véd\t%m s^t consacré parThabitude passive qu on^ppi^lblà droit divin. Nous venons d'en voir un X^mhh exemple à Moscou. Il n'en est pas aiusi dans j^s États où il s'est établi sur le^ ruines de la li^ berté. Sans daute, elle était fort mal coii^titoiée parmi i^ous et n'avait produit ençpre qm deà

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fruits amers, empoisonnés; mais enfin elle était l'objet de la poursuite ardente de deux générations. Les factions étaient vaincues, terrassées, mais l'esprit public avait perdu sa sève et sa vigueur. Jusqu'à l'année 1812, y avait-il au monde un événement plus improbable que celui d'une invasion et d'une conquête de la France? Le courroux était à peu près universel contre celui qui avait amené une si déplorable extrémité par les fureurs de son ambition. A chaque lueur de paix qui avait paru s'offrir et que tout autre gouvernement aurait saisie ^les reproches redoublaient contre celui qui laissait échapper cette dernière faveur du ciel. Le peuple français était dirigé par ses mœurs, par son génie primitif vers la gloire ; mais il n'avait pas été constitué comme le peuple romain pour les conquêtes; leur continuité ne chatouillait qu'un moment notre orgueil, mais dans deux occasions surtout , elle blessait à la fois notre équité naturelle et notre droit sens. L'invasion de l'Espagne n'avait jamais été légitimée à nos yeux dès son principe , et ses déplorables résultats nous l'avaient fait encore plus sévèrement condamner. Quant à celle de la Russie, elle n'avait jamais pu être désirée ni approuvée que par de jeunes énergumènes

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de gloire; pas un esprit réfléchi, pas un vieux capitaine y pas un vétéran de victoire qui n'en prédît les désastres , sitôt qu'elle serait poursuivie soit au delà du Niémen , soit surtout au delà du Borysthène. Nous frémissions de ne voir, dans nos institutions, rien qui pût modérer, rien qui pût enchaîner cette frénésie conquérante qui pesait si cruellement sur l'Europe et qui allait peser sur nous. Ah! pourquoi avions-nous fait, à Napoléon, le sacrifice d'institutions libérales, où la voix de toute une naCion peut encore se faire entendre et prévenir des dangers évidents !

Je crois pouvoir assigner avec justesse les dispositions du peuple français et de la capitale, en disant que son vœu le plus direct, le plus permanent, était alors le désir de substituer une autorité limitée à celle d'un despotisme qui se précipitait vers sa chute et qui nous y entraînait. Le premier murmure contre Napoléon venait donc de fondtionnaires et de représentants fictifs destitués de pouvoir et qui brûlaient d'en acquérir, moins pour leur ambition rassasiée de biens et d'honneurs que pour le salut de la patrie. En un mot, l'opinion libérale, c'est-à-dire celle d'une liberté judicieuse et fermement constituée, était alors dominante.

d7ft HKTOIRË E>B fa'IaiFIBI.

C'était UB arbre dont les branobfSi eôutbéés par la tempête , tendaient à reprendre leur élasticité Les partisans des Bourbons et lés républicains ^ malgré leur mortelle antipathie^ coïn^ cidaient dans ce yceu pour raffaiblissementd'un pouvoir dont ils désiraient la destruction. Deux partis qui avaient représenté tour à tour TopinÎDll modérée après s'être fatalement combattus» les Feuillants et les Girondins» brûlaient de re^^ venir chacun à leur point de départ^ mais les anciens constitutionnels prévalaient évidemmetlt. Chez eux il y avait défiance » mais point de haine prononcée contre Tancienne dynastie. La mémoire de Louis XYIi consacrée par un des plus longsmartyresqu'aucUnhommeaitenduréSfleUr restait atissi chef e que douloureuse» Ils savaient que le prétendant, Louis XYIII^ avait partagé les opinions d'abord libérales de son infortuné frère. CepHnce, même dans son ei^il, n avait pas patli s'en détourner avec une profonde horreur» et depuis (}u'en Europe tout prêseen*tait la chute de Napoléob, il avait fAit de se«* crêtes atances à des survivants plus ou moitts illustrés de T Assemblée constituante! il s'était bien gardé de négliger le prince de Talleyrimd» auquel Sa haute considération diplomatique et sa secrète influence sur le sénètt prêtaient beau-

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eoup d'importance. L'abbé de Pradt, qui supportait aveo ua dépit fort peu dissimulé une disgrâce récente^ n avait pas été oublié; plusieurs autres n'attendaient qu'un signe et de légères avances pour revenir à un parti modérateur. C'était maintenant avec l'Europe qu'il fallait opérer cette réconciliation; Louis XVUI s'en présentait comme le médiateur. Il est bien vrai que les souverains alliés semblaient le voir encore I lui et sa cause, avec assez de froideur. Il né faut pas s'étonner que Tempereur d'Autriche, préoccupé de l'intérêt, si ce n'était de son redoutable gendre, du moins de celui de sa fille et de son petit-fils , ne se portât point avec ardeur vers la cause des Bourbons ; mais c'était beaucoup que de l'avoir amené à une sorte d'indifférence et de neutralité sur ce sujet* Le roi de Prusse attendait sa pensée et sa résolution de l'empereur Alexandre; celui-*ci cherchait à se maintenir dans la position d'un arbitre impartial qui voulait s'éclairer; il désirait, non-seulement par des raisons d'État, mais avec un zèle philanthropique, le repos de l'Europe, qui ne pouvait s'affermir sans celui de la France. Il fallait donc la consulter, et c'était à Paris seulement qu'il pouvait la connaître. : Quant au cabinet britannique, il sortait de

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son irrésolution et commençait à se déclarer pour une cause dont il avait été longtemps le suspect et froid protecteur : les tories occu«paient le pouvoir. Quelque esprit chevaleresque^ suggéré par les éloquentes philippiques de Burke contre la Révolution française^ les avait par moment exaltés dans cette crise so« ciale. Plusieurs ministres^ et particulièrement lordCastlereaghy sortaient un peu de cet égoïsme insulaire dont leur maître, William Pitt, avait été le type impassible. Chez eux, la raison d'État s'humanisait un peu; ils avaient communiqué avec d'illustres proscrits et soulagé noblement leurs malheurs. Des dames émigrées avaient pu leur inspirer un autre sentiment que celui de la pitié et réchauffer leur zèle pour la cause commune de Taristocratie dont ils restaient les appuis les plus fermes et les plus superbes. Enfin f le cabinet britannique avait permis au duc d'Ângoulème de s'avancer dans les provinces du midi , sous les enseignes du duc de Wellington ; au comte d'Artois de se présenter dans les provinces de l'est déjà soumises aux alliés, et enfin au duc de Berry, d'organiser à rîle de Gersey, une expédition pour rallumer les feux de la Vendée.

L'événement surpassa les espérances du ca-

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binet britannique. Nul ne se fût attendu que la ville de Bordeaux^ patrie des éloquents Girondins, et devenue par eux le berceau de la République^ fût la première à proclamer Louis XYIIL Cette ville avait été rudement froissée par le blocus continental qui mettait le comble aux pertes de tout genre qu'avait subies son commerce; elle comparait sa détresse actuelle avec Tétat florissant dont elle jouissait aux derniers jours de la monarchie. Nous avons vu que le maréchal Soult avait été forcé d'aban* donner ses fortes lignes sur T Adour pour couvrir Toulouse. Wellington, suivi du duc d'Angoulème, avait marché sur Bordeaux où il était appelé par des royalistes et surtout par le maire de cette ville, le comte de Lynch, que Napoléon avait fait entrer dans le sénat conservateur. Ces royalistes étaient dirigés par M. de LaRochejaquelein, frère de T Achille vendéen. Un tel événement révélait à la fois Tappui que TAngleterre prétait à la cause des Bourbons, et tout ce qu'ils pouvaient espérer des dispositions actuelles du peuple français. Cette nouvelle fit dire au peuple de Paris : « Voilà donc les Bourbons possibles. — < Non-seulement possibles, répondaient leurs partisans, mais encore désirables. »

37S BUTOIftB DB L'BMPIRC,

Gommé Thistoife aborde loi une grando i^rola^ tion politique > il est bon de scruter déplus près Tétat de Topinion et de la considérer surtout dans Paris qui en était à la fois le centre et le sommet; dans Paris qui va tout etitrainer par sa résolu-* tion ou du moins par ses vœux. Je tâcherai d'em^» preindre ce tableau d'un tel caractère de yérité^ qu'il puisse être opposé aux tableaux plus ou moins fantastiques qu'en a tracés ou qu'en tra« eera l'histoire > soit par esprit de partie soit par esprit de système. J'ai déjà parlé des dispositions des royalistes > parti peu nombreux et tant de fois décimé par l'émigration^ parles massacres et les éohafauds. Ils suivaient maintenant une politique adroite et circonspecte, ménageaient, dans ses craintes et ses espérances la classe intermédiaire^ ce tiers état d'où était parti en 1789, le premier élan de la Révolution* Quant à la multitude qui avait dominé Paris depuis le 4 0 août jusqu'au 9 thermidor , elle ne présentait plus qu'une physionomie indé* cise et restait stupéfiée, sans chef, sans rallie* ment et presque sans voix; elle n'inondait point les places publiques à l'approche d'une si grande catastrophe; les chants guerriers et patriotiques ne retentissaient que dans des groupes isolés. La police, loin d'exciter l'actioii

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populaire I semblait la comprimer; c'était Bonaparte qui avait brisé son pouvoir en lui rendant du travail^ quelque aisance et des habi* tudes plus régulières. En effet, la classe des artisans ne se confondait plus comme aux jours orageui de la Révolution , avec cette multitude errante y sans asile et sans lois, qui les viole chaque jour par quelque vile et coupable industrie et les renverse avec rage dans une journée révolutionnaire» Les ouvriers , rendus à des mœurs plus paisibles , mêlaient un peu d'amour à leur admiration pour un général toujours victorieux. En le voyant renverser tant de trônes, ils le considéraient comme Texécuteur testa-mentaire de la Révolution ; aussi Taccueillaientils avec de vifs témoignages dans les visites qu'il faisait à leurs faubourgs, à leurs chantiers; mais quand les souffrances du commerce rejaillirent sui^ eux et tinrent trop souvent leurs bras inactifs et leur industrie paralysée, quand ils virent leurs fils, leurs compagnons et leurs apprentis enlevés à grands flots par la conscription, tués ou mutilés par la guerre, ils ne sou^ pirèrent plus que pour la paix; leur âme était plus chagrine qu'irritée ^ ils devenaient en quelque sorte neutres entre Napoléon et ses ennemis»

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