‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 3 sur 51 · RETOUR DE L'EIIPERBUR A PARIS · texte numérisé non relu

RETOUR DE L'EIIPERBUR A PARIS

86 consumer sur des registres , sur des états de dépenses, et' sur les tableaux désespérants de ses pertes, qu'il voit chaque jour s'étendre. Jamais Tambition et la nécessité n'ont plus renouvelé d'épreuves el de tortures sur un martyr plus indomptal)le. Tandis qu'il s'occupe de ces soins avec ses généraux d'artillerie , avec son ministre de la conscription, il apprend coup sur coup le comble de ses désastres à Vilna, le pillage de son trésor par son armée, et la défection du général York , qui va servir de modèle à tant d'armées , à tant de cabinets , aujourd'hui encore ses auxiliaires. Entre ces blessures, celle qui saigne le plus dans son cœur, c'est Vilna. Quel désordre honteux dans l'occupation de cette ville ! quelle précipitation infâme dans la fuite , dans la fuite au bout de vingt-quatre heures ! Voilà donc l'ennemi qui se gorge de ces approvisionnements amassés avec tant de soin , de vigilance et de sacrifices. Des Russes, des Cosaques sont entrés en partage avec ses soldats dans le pillage du trésor de la grande armée. Oh ! quel regret pour lui d'avoir donné sa confiance à son beau-frère Murât, dont le bras est si fort et la tète si faible ! Qu'a-t-il fait pour arrêter tant de désordres? quelle parole menaçante est sortie de sa VI 2

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bouche? Lui qui devait et pouvait tenir ud mois dans Vilna, il a tout précédé 9 tout entraîné dans sa fuite dès le second jour* Ses liens 9 ses devoirs envers Fauteur de sa fortune, envers ses frères les Français f envers ses compagnons de gloire, il les a foulés aux pieds ^ parce qu'il s est souvenu avant tout qu'il était roi de Naples. Roi de théâtre! héros incomplet! moitié de héros, qui semble tout devoir dans l'action à la chaleur de son sang, et que le cou'rage abandonne dès que son sang s'est refroidi! Napoléon est tellement transporté de fureur à la pensée d'une telle conduite, d'une telle défection, que lui-même méconnaît la voix de la politique, et qu'il écrit les deux lettres suivantes ) dans lesquelles est gravé un outrage que le cœur d'un soldat et d'un roi n'oublie pas. Nous en verrons bientôt le salaire.

Extrait d'une lettre de VEmpereur à sa sœur Caroline^ reine de Naples.

FoDtaiDebleau , le 24 janvier 1813*

« Le roi a quitté l'armée le 10L». Votre mari est un fort brave homme sur le champ de ba« taille; mais il est plus faible qu'une femme ou qu'un moine quand il ne voit pas l'ennemi. Il n a aucun courage moral. »

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Extrait d'une lettre de l'Empereur au roi de Naples (Murât).

Ponuinebleau, le 26 janvier 181.3.

cr Je ne vous parle pas de mon mécontentement de la conduite que vous avez tenue depuis mon départ de l'armée ; cela provient de tâi^âîblesse de votre caractère. Vous êtes un bon soldat sur le champ de bataille; mais hors de là, vous n'avez ni vigueur ni caractère. Je suppose que vous n'êtes pas de ceux qui pensent que le lion est mort. Si vous faisiez ce calcul^ 11 serait faux!... »

Cette offense^ du moins, était secrète; mais l'Empereur ne se fit pas scrupule de l'insinuer dans le passage suivant du Moniteur :

i< Le roi de Naples étant indisposé a quitté le commandement de l'armée , qu'il a remis entre les mains du vice-roi. Ce dernier % plus d'habitude des grandes adminislrations; il a la confiance de l'Empereur. »

Napoléon n'aurait-il pas dû se souvenir qu'il avait vu des désordres du même genre, quoique plus faibleS) àSmolensk, lorsque la grande armée ne faisait que débuter dans la carrière dç misères qu'elle avait à parcourir? Le roi Murat /sans l'absoudre, ne s6 trouvait- il pas dans

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des circonstances beaucoup plus désespérées, et ne pouvait-il pas répondre à son beaufrère : Eh I qui donc a quitté l'armée le premier? Votre départ n'a-t-il pas dû être un signal d'indiscipline chez des soldats affamés, en qui le froid suspendait toutes les facultés morales, et qui ne conservaient plus que le besoin de courir?

Le prince Eugène , miroir de fidélité et des vertus qui l'accompagnent , n'accepta que par contrainte un tel commandement. 11 sut cependant mettre un terme à ces épouvantables désordres. L'armée tint ferme quelques jours derrière roder. Il est vrai qu'elle ne pouvait plus être que faiblement poursuivie, tant l'atroce rigueur du froid avait sévi sur tous les combattants et sur ces enfants du Nord. Le combat n'eiistait plus qu'entre deux fantômes d'armées. Celle des Russes, de quatre-vingt dix mille hommes, était réduite à trente-cinq mille à Yilna, d'après le témoignage d'un de leurs historiens.

D'un autre côté , la position du prince Eugène s'aggravait encore par un événement facile à prévoir. La défection du roi de Prusse devait suivre d'assez près celle du général York. Il est vrai que ce monarque l'avait désavouée avec

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les signes d'une colère peut-être sincère dans le premier moment, mais il cédait au cri de son peuple , qui déchirait lui-même le traité et se chargeait du parjure. Cependant les Prussiens ne commirent que des attentats faibles et isolés contre une armée qu'ils voyaient dans toute sa misère, après l'avoir vue naguère dans toute sa splendeur. Le prince Eugène s'établit ensuite derrière les rives de l'Elbe. Le roi de Prusse se regarda comme libre dès qu'il eut quitté Postdam , et renouvela sans ménagement ses intelligences avec Tami de son cœur, l'empereur Alexandre.

Ainsi tout vient assaillir Napoléon d'alarmes nouvelles. Les chiffres de la diplomatie ne lui ont paru jamais offrir plus d'embûches. Sa juste défiance s'étend jusque sur son beaupère. L'Autriche reprend un langage plus fier ; un homme d'État consommé, M. de Metternich, n'a plus que des avis à offrir à qui lui demande des secours. L'allié n^est plus qu'un médiateur suspect; sous ce titre , il ouvre ses communications avec l'Angleterre et la Russie , avec les sociétés allemandes , qui maintenant ne se donnent plus la peine d'être secrètes , et enfin avec les États allemands, vassaux devenus suspects et bientôt ouvertement rebelles du grand pro-

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têoteur de la confédération do Rhin. Ce qui rend toutes ces machinations plus dangereuses, c'est qu'elles sont couvertes, pour l'Autriche, de l'intérêt du sang, et M. de Metternich excelle à donner à une diplomatie hostile les fausses couleurs du pathétique.

L'activité de Napoléon , sa constance inouïe au travail, le zèle intelligent de ses ministres, l'obéissance ardente et passionnée de ses officiers, de ses préfets, et surtout ses nouveaux coups de génie, ont réussi à lui fournir les cadres d'une armée avec laquelle il croit pouvoir recommencer sa carrière, comme si elle n'avait été qu'interrompue. Les provinces allemandes qu'il occupe , et dont les souverains fléchissent encore pour le moment sous sa volonté de fer, lui fourniront des remontes pour sa cavalerie, réduite, de cinquante-cinq mille chevaux, i huit cents. Ressources cependant beaucoup trop faibles , car la nouvelle campagne s'ouvrit avec une notable infériorité de cavalerie , ce qui fit avorter ou rendit peu signifiantes les trois nou-* velles victoires par lesquelles l'Empereur annonça le réveil du lion. Il a résolu, par un coup hardi , de réparer les pertes immenses de son artillerie, en désemparant ses vaisseaux de canons et d'excellents artilleurs , devenus inu-

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tiles pour une marine condamnée à Timmobilité dans nos ports. Il se félicite maintenant d'avoir laissé dans Tintérieur de la France de nombreuses cohortes^ troupes nouvelles, qui, pendant son absence , ont été activement exercées au manie«ment des armes et aui manœuvres. C'est le travail de la conscription qui l'occupe le plus et qui doit le plus lui percer le cœur. Qu'a-t-il fait j depuis cinq ans surtout, de cette jeunesse belliqueuse qui a couru avec tant d'ardeur sous ses drapeaux? il n'en reste plus guère que de jeunes invalides qui montrent avec fierté leurs blessures, et ceux qui viennent à peine d'atteindre l'âge des combats. Elle peut, il est vrai, suffire à un nouvel effort ; mais pourra-t-on la retrouver pour un second , qui sera le plus fatal et le plus décisif, puisqu'il s'agira peut-être de défendre le territoire même de la France? Il est vrai que le scrupule de s'adresser aux classes libérées arrêtera peu Napoléon ; mais faudra-t-il livrer à des femmes les travaux de l'agriculture , et tant d'autres qui épuiseraient leurs forces ? Ici se présente à l'esprit de Napoléon une idée digne de sa hardiesse et de sa pé^ nétration profonde.. Sous le nom de gardes d'honneur, il appellera, comme un corps d'élite, et décoré de plusieurs distinctions particulières,

des jeunes gens tirés des classes les plus aisées, les plus opulentes, et surtout de la noblesse, dont les titres remontent à Tancienne monarchie. Ils seront à la fois des auxiliaires pleins de feu et des otages. Leur repos leur a fait violence au bruit des victoires de Napoléon et à la vue des honneurs éclatants dont il comble ses heureux guerriers. Ils brûlent de rafraîchir par de nouveaux exploits les titres de leurs ancêtres; et que ne pourraient-ils entreprendre contre luimême dans son absence , si les chances de la guerre , les séductions de l'étranger, et enfin les passions et les préjugés dont leurs pères sont encore imbus , faisaient naître de nouveaux troubles et ressuscitaient des Vendées? Maintenant l'honneur du drapeau va répondre de leur fidélité. Le succès de cette mesure en justifia Faudace et en prouva la profondeur. Au lieu de dix mille hommes, qu'on avait espéré obtenir par ce moyen , il s'en présenta douze mille , dont on forma quatre régiments. On vit entrer avec joie, dans cette nouvelle garde, les fils ou les neveux de plusieurs des héros les plus illustres de la Vendée, tels que les Charrette et les La Rochejaquelein. Le patriotisme et l'horreur de l'invasion étrangère eurent sans doute une grande part à cette noble résolution.

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Malgré les embarraB toujours croissants des armées françaises en Espagne > l'Empereur se détermine à en tirer non plusieurs corps à la fois 9 mais de nombreuses compagnies qui vont servir d'instructeurs et de modèles à ces jeunes soldats. Déjà il avait fait filer sur T Allemagne plusieurs corps de l'armée d'Italie.

On ne peut trop admirer ces merveilles , on pourrait presque dire ces impromptus du génie organisateur ; il est vrai qu'il a été parfaitement secondé par son ministre de la guerre^ Clarke, ducdeFeltre, et par les généraux Haxie et Gassendi. Tout grandit autour d'un grand homme.

Enfin il la tient, cette armée qu'il pourra encore une fois mettre en ligne un jour de bataille, au nombre de quatre-vingt mille hommes, dans cette Saxe témoin de ses exploits les plus miraculeux. Tenir une armée, pour Napoléon, c'est tenir la victoire: on dirait qu'il en a trouvé la pierre philosophale. Parmi tant de généraux de toutes nations et de tout âge qui lui ont été opposés , nul n'a pu encore lui en dérober le secret. Quelques-uns ont pu la rendre douteuse et sanglante; mais le dernier mot lui est toujours resté. Cette armée, il est vrai, sera bien jeune. Eh bien! c'est avec une armée aussi jeune, et qui, de plus, sortait d'une défaite, qu'il a

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commenoét en Italie, cette marveilleuse campagne qui la fait moDler, & Tâge de vÎQgt-aix ao^i au rang d'Aonibah Cette armée sera, d'ailleurs, moins inexpérimentée que ses ennemis pourront le supposer. Les marches qu'il fait faire à ses jeunes bataillons sont si habiles et calculées avec un art si nouveau, qu^elles deviennent pour eux un excellent apprentissage des combats. Comme on lui faisait quelques objections sur les difficultés de ces manœuvres faites en courant, il s'est contenté de répondre : « Vous ne connaisseï; pas le caractère et le génie du soldat français. »

Toutes les mesures de conscription , de levées d'hommes, sont déjà sanctionnées par le Sénat conservateur. L'opposition faisait de sourds progrès dans ce corps si richement doté. Sieyès et ses vieux partisans y élevaient de fréquents murmures dans des entretiens secrets; mais ils se trahissaient peu par la délibération et par le nombre des boules. Les sénateurs se de^ mandaient si c'était le moment de prononcer une opposition plus énergique. N'importait-il pas de préserver l'Empire d'une vaste chute, etla France même d'une invasion colossale? Dee sentiments analogues , mais d'une opposition déjà plus prononcée, régnaient dans le Corps

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