‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 4 sur 51 · RETOUR DR L*RI1PKRECB A PARIS (1813)/ S · texte numérisé non relu

RETOUR DR L*RI1PKRECB A PARIS (1813)/ S

législatif; on y Bavait que rEmpereur, si la for* tune Tavait encore une fois favorisé dans une expédition si décisive pour Teropire du monde, avait résolu de supprimer ce dernier et faible vestige du régime représentatif comme un rduage inutile, ainsi qu'il avait fait du Tribunat. Cette résolution n'était que trop facile à prévoir puisque, dans le cours de Tannée 1812, il n y avait eu nulle convocation du Corps législatif. Plusieurs de ces nouveaux membres cachaient peu, dans la société, leur réprobation pour cette soif ardente de guerres et de eonquétes* Parmi eux, on distinguait M. Laine, homme grave , caractère intègre , chez qui la modéra* tion n'excluait pas la vigueur, et dont Téloquence avait Taccent du cœur; M. Raynouard , auteur de la tragédie des Templiers; M. Gallois, ami dévoué de Sieyès ; M. Flaugergues, esprit ardent et nerveux, cœur intrépide, et M. Maine de Byran , ami intime de Royer-Collard et de Camille Jordan , et qui déjà conspirait avec eux pour donner i une' liberté mieux entendue Té^ tendard du spiritualisme. J'indique d'avance des noms qui ne prendront que dans Tannée suivante (1814) une importance historique. Us sentaient avec amertume les difficultés de leur position. Refuser une grande armée à Napo-

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léon y c'était ouvrir le territoire à Tinvasioa étrangère; lui donner ce nouveau moyen de victoire, c'était lui faire oublier les leçons du malheur; et le rendre intraitable pour une paix nécessaire qui ne pouvait manquer de blesser son orgueil. De là^ pour cette année , le silence inquiet et morne du Corps législatif et du Sénat. Le 1 4 février 1 81 3^ Napoléon ouvrit la session par un discours où respirait Ténergie du grand homme et la dignité d un malheur fortement supporté. Sa parole est triste^ mais ferme, trop ferme peut-être, parce qu'elle répond peu au besoin impérieux que la France éprouve de la paix. (( Je la désire, dit-il; elle est nécessaire au monde; mais je ne ferai jamais qu'une paix honorable et conforme aux intérêts de la grandeur de mon empire : une mauvaise paix nous ferait perdre jusqu'à l'espérance. » Ces paroles sont accueillies dans un silence douloureux.

Pour couvrir les dépenses de la création d'une armée en quelque sorte nouvelle, l'Empereur vient proposer des mesures violentes et qui semblent comme un dernier vestige de celles de la Convention nationale. Les revenus de l'État se portaient à huit cent cinquante millions ; il devenait nécessaire d'y en ajouter trois cents. Dans des circonstances aussi urgentes, la res-

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source ordinaire de tous les gouvernements était de procéder à des emprunts en créant un impôt nouveau p destiné seulement à en acquitter Tintérèt. Mais TEmpereur^ malgré la vigilance et la fermeté de son administration , s'était enlevé cette ressource par les espèces de ban* queroutes partielles, ou du moins de dénis de justice qu'il avait couverts du nom de liquidation.

Les trois cents millions vont être pris sur les biens des communes et des hospices^ que Ton dédommagera de la perte de leurs propriétés en leur servant annuellement un intérêt égal à celui de leurs revenus actuels. Une telle mesure fut qualifiée, dan^le temps , par une expression dure y mais qui ne manquait pas de justesse : emprunt forcé sur les pauvres, les malades et les moribonds. Dans Theureux temps de son Consulat , TEmpereur, pressé de prendre une mesure de ce genre , quoique beaucoup moins violente, avait répondu par ce mot d'une politique babile : « Je ne veux pas soulever contre moi les vieilles femmes. » Ici il se compromettait non-seulement avec le peuple entier des campagnes, mais avec celui des villes. Fut-ce la voix du patriotisme et celle de la nécessité qui étouffèrent cette fois l'opposition si dange-

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reuse du peuple ou qui la firent B'en aller en clameurs passagèreg? C'est ce qu'il esl honora^ ble de présumer. Une calamité intérieure se joignait au fléau d'une guerre désastreuse : la récolte de 1 81 1 avait été mauvaise , et le prix des grains s'était élevé d'une manière effrayante* Après l'émeute de la ville de Caen y suscitée par des femmes dont plusieurs furent punies de mort, il n'y eut plus un seul mouvement sédi-^ tieux*

Cette ressource extrême semblait réfuter d'avance le tableau brillant que M* le comte de Montalivet, nouveau ministre de l'intérieur, venait de présenter des ressources et des prospérités de l'Empire. L'année qui venait de finir leur avait porté un coup fatal dont on ne vou* lait pas encore calculer les résultats. Ce tableau, quoique exagéré, prouvait cependant qu'une administration ferme et intègre avait porté des fruits heureux > malgré la fatale erreur du sys^ tème prohibitif, gouffre dans lequel elle allait chaque jour s'enfonçant davantage* Jusqu'où Napoléon n'aurait-il point porté ses résultats , si, imposant la paix à l'Europe intimidée, il eût favorisé le génie actif du peuple français, qui brûlait de prendre sa part dans les grandes ressources industrielles que le génie des sciences

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