‹ Histoire du consulat et de l'empireChapitre 31 sur 51 · PRISE DE PARIS (181Û · texte numérisé non relu

PRISE DE PARIS (181Û

SOMMAIRE

La défense de Paris très-mal assurée. «- Arrivée de Marmont et Mortier. — Faibles rcnforls qu'ils trouvent dans la ville. — Prise de Meaux par les alliés. >— Délibération du conseil de la régence. <^ L'impératrice et le roi de Rome , ainsi que les dignitaires et plusieurs ministres, se délerminentà quitter Paris. — Opposition de Talleyrand.— Ce dernier se laisse arrêter à la barrière quand le dépari général pour Blois s^effeclue. — Situation des esprits pendant la biUaille. — Faibles dispositions de la garde nationale. — Tableau de la bataille soutenue par treize mille Français contre quarante mille et bientôt quatre-vingt mille assaillants. — Départ précipité du régent de Tempire. — Marmont soutient encore la bataille trois heures après ce départ. — Il est forcé de céder.— Il se relire à Essonne avec son corps d'armée. — Capitulation signée dans la nuit , mais qui n'offre encore aucune garantie.

Prise de Paris!... Voilà donc le titre d'un chapitre qui termine une histoire si remplie de triomphes. La défense de cette ville avait été fort mal organisée; d'abord elle ne consistait que dans cette milice bourgeoise^ dans cette garde nationale, que l'Empereur lui seul eût pu remplir de son ardeur belliqueuse , si pendant trois mois il eût présidé lui-même à son éducation

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militaire ; s'il eût calmé seç ressentiments patriotiques, répondu quelque peu à ses espérances libérales, s'il eût commandé plus d'une fois ses exercices, et jeté dans ses rangs ces paroles de feu qui portaient son armé^ à tant de prodiges. Un tel travail, il eût dû l'accomplir deux mois avant son départ pour l'armée. Alors il aurait eu un motif de sécurité qui lui manqua pour rendre ses opérations militaires plus étendues, et ses victoires plus décisives. En son absence, ce n'était pas trop d'un Masséna, d'un Ney ou d'un Soult, pour former de la garde nationale de Paris une réserve de la grande armées Mais au lieu de ces illustres maréchaux , à qui la défense de Paris avait-elle été confiée ? à Texroi Joseph, frère de l'Empereur, mais non pas son frère d'armes. N'exagérons rien. De cette garde nationale, on n'aurait pu tirer qu'un corps de dix-huit à vingt mille hommes, propre à quelque discipline, à quelque manœuvre. Ce fut delà part du général Lafayette, une conception longtemps salutaire pour l'ordre publrc, que d'en avoir réduit de beaucoup le nombre effectif pour lui donner une vie et un aspect quelque peu militaires. C'était par une élite formée de grenadiers et de chasseurs , qu'il avait remplacé une multitude vainement armée de

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piques ; que Ton ne pouvait arracher, pour son instruction, à ses travaux journaliers , et qui n'était propre qu'à répandre la désolation et Té" pouvante dans la capitale. Eh bien! ce corps d^élite lui*méme eût été de peu de ressource contre d^s armées aguerries , et surtout efîroya* blement nombreuses , s'il n'eût été soutenu par un corps d'armée habitué aux victoires, et ap« puyé de fortifications imposantes* Où était^il , ce corps d'armée? Napoléon n'en avait d'abord laissé aucun pour la défense de Paris. Ce fut en quelque sorte le hasard et la nécessité qui amenèrent les corps des maréchaux Marmont et Mortier. Comme ils n'avaient pu opérer leur jonction avec l'armée de TEmpereur, avant la bataille d'Arcis , ils furent chargés d'arrêter dans sa marche la grande armée des Alliés , conduite par Schwartzenberg et Blûcher , et par les souverains en personne. Lutte impossible , puisque Napoléon lui^mèpae l'avait reconnue telle 9 lorsqu'il avait pris le parti de ne plus couvrir la défense de la capitale, et de se jeter sur les derrières d'une armée qu'il ne pouvait plus attaquer de front. Aussi fallut^il de grands efforts de constance et de courage à Marmont, à Mortier» et à leurs intrépides soldats, pour percer les lignes ennemies. Le combat de la

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Fère champenoise en fut un mémorable exemple. Les, deux maréchaux eurent à le soutenir le 25 mars, lorsqu'ils se dirigeaient Tun vers Tautrci pour opérer leur jonction contre des forces à peu près quintuples. Les ennemis ne pouvaient concevoir que ces braves tentassent encore de se défendre et de se réunir ; après avoir perdu dans ce combat chacun à peu près le tiers de leur armée. Plusieurs fois, les généraux alliés et Tempereur Alexandre lui-même firent ces* ser le feu pour leur envoyer des parlementaires avec sommation de se rendre, et mille éloges de leur courage. Ils ne reçurent que des réponses à la Léonidas , et le feu recommençait avec une opiniâtreté nouvelle , comme si Tespoir était le même des deux cfttés. Les plus vieux soldats se déclarèrent surpassés par trois mille conscrits vendéens, qui périrent presque tous pour la défense de ce drapeau tricolore, si longtemps objet de leur détestation. La nuit permit enfin aux deux maréchaux de se dégager^ de sortir de leurs Thermopyles , et de se réunir pour voler à la défense de Paris, mais ils n'y pouvaient plus conduire que de glorieux débris. Marmont était réduit à moins de trois mille hommes , et Mortier à sept ou huit mille. Six généraux avaient été tués; aussi je ne puis m'babituer à ces ex-^

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pressions que répètent quelques historiens de cette époque : « Les généraux français étaient amollis. » Toujours poursuivis, les maréchaux arrivèrent enfin à Brie-Comte-Robert; ils respiraient, ils pouvaient encore défendre Paris, mais les ennemis s'étaient emparés de Meaux. Sur cette nouvelle , le conseil des dignitaires et des ministres s'assemble, sous la présidence de la régente Marie-Louise. Ils étaient au nombre de seize. Le lieutenant-général de l'Empire, Joseph, posa cette question : a Ne convient-il pas que la Régente et le roi de Rome s'éloignent de Paris, pour éviter les chances d'un siège, et se retirentàBlois? » Les avis furent d'abord partagés en nombre égal. Le prudent Gambacérès se déclara pour la retraite, et son élocution ordinairement plus nette que chaleureuse , se monta cette fois au ton de la véhémence. 11 frémissait à la pensée que, dans les chances d'un siège si difficile à soutenir , deux otages tels que l'Impératrice et le roi de Rome , pussent tomber aux mains des ennemis. Quels sacrifices ne faudrait-il pas faire pour les racheter? l'Empereur s'y déciderait- il aux dépens de sa gloire et de l'honneur de la France? Non sans doute, mais alors quels déchirements pour le cœur d'un époux et d'un père, et pour le créateur d'un

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Empire, à qui Tespoir de perpétuer sa dynastie serait enlevé. Joseph abonda dans les sentiments de Cambacérès^ et même les exprima d'une manière impérative, qui semblait terminer toute délibération. Le lecteur devinerait difficilement par qui cet avis fut énergîquement combattu. Ce fut par le prince de Talleyrand. « C'est renoncer, dit-il^ à toute défense de Paris, que d'en éloigner deux personnes augustes, dont le salut doit rallier et enflammer tous les cœurs fidèles. (( N^étiez-vous pas présents, comme moi, à cette séance noblement mélancolique, où TEmpereur, tenant son fils dans ses bras, le confia à la loyauté de la garde nationale de Paris? Comment pourrions-nous luirappeler rengagement qu'elle prit de répondre à cette haute confiance? N'estce pas là imprimer aux dangers que court Paris un caractère de fatalité irrésistible? Pourquoi les citoyens croiront-ils encore à la possibilité de défendre leurs murs,lorsqueleplus grand homme de guerre paraît en désespérer lui-même? Et si Paris, après une résistance de quelques jours ou de quelques heures, venait à n'être pas secouru , combien ne regretterions-nous pas de nous être privés pour une capitulation de la voix puissante d'une fille intercédant auprès de son père, auprès de l'aïeul de son fils, » L'his-

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torien se rend difficilement compte des Bantimenta qui animaientM.de Talleyrand, loriqu'il exprima une telle résolution. Une seule chose paratt certaine > c'est que cet homme d'État penchait fort pour rester de sa personne à Paris , bien convaincu de Tinfluence qu!il devait exer* cer sur la catastrophe. Parmi ceux qui Tappuyè* rent, on cite MM. Daru, Champagny, Bouley de la Meurlhe^ MoUien et de Fermont. On alla aux voix; huit se déclarèrent pour le départ et huit contre. Ces derniers firent de nouveaux efforts^; etjrameûèrent à leurs avis MM. Reignier, SuBsy et Régnault de Saint4ean*-d'Ângely. Ils avaient ainsi obtenu la majorité, lorsque le roi Joseph montra une lettre deTEmpereur, qui coupait court à toute délibération. La voici :

(c Vous ne devez permettre, en aucun cas, que rimpératrice et le roi de Rome tombent entre les mains de Tennemi. Vous serez plusieurs jours san« avoir de mes nouvelles; si Tennemi s'avance sur Paris avec des forces telles que toute résistance devienne inutile , faites partir dans la direction de la Loire la Régente, mon fils, les grands dignitaires, les ministres, les officiers du Sénat, les présidents du Conseil d'État, les grands officiers de la Couronne, le baron de la Bouillerie et le Trésor. Ne quittez

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pM mon fils , etrappelez^vous que je préférerais le savoir dans la Seine , plutôt qu'entre les mains des ennemis de la France. Le sort d'As-* tyanax^ prisonnier des Grecs, m'a toujours paru le sort le plus malheureux de rhistoire. a»

Les derniers mots de cette lettrci ce rapprochement du sort do filsd'Hector ayec celui de son fils, qui devait hériter du plus bel empire de l'unie vers^ émeut profondément Tâmei et les angoisses d'un père ne pouvaient trouver une expression plus forte et plus pathétique. Cependant on ne retrouve plus dans un tel ordre» et surtout dans celui qui prescrit le départ simultané des grands dignitaires» des ministres» le caractère inflexible de Napoléon. L'histoire , en parlant du 10 août; s'arrête» en gémissant» à ce moment fatal où Louis XYI cède au funeste conseil de se retirer avec tous les siens» au sein de l'Assemblée législative. L'événement prouva bientôt que c'était abandonner le château et le trône à l'insurrection* Ici» Bonaparte» bien différent de Louis XYI» continuait de combattre; mais pourquoi laisser tous les dangers de la résistance à de paisibles citoyens» lorsqu'il mettait à l'abri ceux à qui leurs hautes dignités » leur fortune et la reconnaissance prescrivaient le plus absolu dévouement? Ne suffisait-il pas de pour-

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voir à la sûreté de son fils? Quant à Marie- Lbuise, que pouvait-elle craindre , défendue par son père? mais le sentiment maternel lui eût commandé de s'attacher au sort de son fils, ne pouvant plus s'unir à celui de son époux.

Tout le conseil se rendit à Tordre du maître. Quand ce départ fut conilu de Paris, il y jeta une consternation à laquelle se mêlèrent d'assez profonds murmures. La police restait inactive , interdite. Paris, livré à lui-mémè, exhalait, avec une liberté et une chaleur toute nouvelle , des sentiments longtemps contenus. La confiance ne put être raffermie par une proclama-* tion du lieutenant-général de FEmpereur conçue en ces termes :

ce Citoyens de Paris, une colonne ennemie s'est portée sur Meaux; elle s'avance par la route d'Allemagne, mais l'Empereur la suit de près, à la tète d'une armée victorieuse. Le Conseil de Régence a pourvu à la sûreté de l'Impératrice et du roi de Rome. Je reste avec vous !

« Armons-nous pour défendre cette ville , ses monuments, ses richesses, nos femmes, nos enfants, tout ce qui nous est cher! Que cette vaste cité devienne un camp pour quelques in-

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stants, et que Tennemi trouve sa honte sous ces murs qu'il espère franchir en triomphe! L'Em* pereur marche à notre secours , secondez-le par une courte et vive résistance ^ et conservons Fhonneur français !

Joseph. »'

Paris, ce S9 mars 1814.

Ce cri^ armons-nous! si faiblement poussé , ne trouva que peu d'échos. Les esprits élaient préoccupés d'un spectacle lamentable : c'était celui d'une multitude d'habitants de la campagne, qui venaient avec leurs familles, leurs charrettes et desbœufs qui conduisaient une partie de leur pauvre mobilier, pour chercher un salut incertain dans une ville qui allait être assiégée. Les rues et les places publiques ep étaient encombrées. La bonté du cœur, naturelle aux Parisiens, se signalait ici par des soins hospitaliers, et là par des largesses. Pendant que la pauvreté venait confier à la grande cité ses chétives et dernières ressources, la richesse et l'aisance s'épuisaient en inventions pour cacher l'or, les diamants et les effets précieux. On profitait des ombres de la nuit pour leur trouver des cachettes , et pour les déposer dans les jardins , dans les caves ou derrière les cloisons; triste extrémité dont on avait fait l'épreuve, trop souvent

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infructueuse , durant les longs Jours de la Terreur. Les désolants tableaux de Moscou au pil* lage se reproduisaient à tous les esprits^ et c'étaient des Moscovites , des Cosaques et des Baskirs qui s'avançaient en masses formidables pour exercer des représailles. On craignait encore plus les Prussiens y ruiné» plus lentement, mais avec une avidité fiscale implacable. C'étaient eux qui, en traversant la France , avaient montré la plus grande ardeur de vengeance. Partout s'était exercée la brutalité allemande , et nos malheureux villageois avaient eu encore plus à souffrir des excès de nos derniers alliés, tels que les Wurtembergeois, que de ceux des peuplades barbares de TAsie. Cependant, quelques hommes, d'un sens plus exercé, disaient ; «On ne pillera pointParis, il sera sauvé par une capitulation, et à tout événement, il serait le tombeau des brigands qui tenteraient ces désoi^ dres. » Une autre partie de la foule se portaitsur le convoi qui accompagnait l'Impératrice et le roi de Rome , et cbticun y croyait voir un convoi funèbre» Les regards s'attachaient sur cet enfant qui n'avait pas atteint sa quatrième année* Sa fi* gure attristée et mécontente, semblait annoncer que l'horreur de sa situation lui était révélée. Il avait montré la plus vive résistance à ce départ, et

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s'écriftit : i< Je ne veux point aller à Rambouil* lety c'est un vilain ohàtean. Pourquoi yeut^on me forcer à quitter ce beau palais? on n'en a pas le droit. Quand mon père est absent» c est moi qui suis le maître ici ! » Il avait fallu Venlelever de force pour le porter dans la voiture.

L'archi-chancelier et Tarchi-trésorier s'é* taient bâtés d'accomplir Tordre éventuel de TEmpereur. Ils accompagnaient l'Impératrice à Blois. Un troisième grand dignitaire i M. de Talleyrand, malgré sa résistance de la veille , avait fait ses préparatifs pour les suivre, et déjà il était arrivé à la barrière i lorsqu'à sa grande satisfaction et très-vraisemblablement avec sa connivence > il sévit arrêté par des gardes na* tionaux qui lui demandèrent ses passe^ports» et comme il n'avait pas eu le soin de s'en muniri il affecta de montrer son respect pour la loi et revint paisiblement à son bôtel pour assister à un événement auquel il devait prendre une grande part* Tous les ministres, à l'exception de ceux de la guerre et de la police, eurent le scrupule d'accompagner l'impératrice et le roi de Rome, et ne furent point arrêtés dans leurs desseins comme M. de Talleyrand. C'était déclarer en quelque sorte la translation du gouvernement à Blois. - Revenus de leur

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étourdis^ement^ les gardes nationaux et le peuple se reprochaient de n'avoir pas opposé d'obstacles à ce départ; mais l'idée d'une résistance à un ordre de l'Empereur était encore une témérité qui épouvantait les esprits.

Tandis que ce convoi défilait par les barrières du Midi y celles du Nord prenaient un aspect guerrier par l'arrivée successive des corps de Mortier et de Marmont, qui s'établissaient sur cette belle chaîne de collines de Ghaumont^ de Ménil-Monlant et de Montmartre, qui présentent la défense de Paris sous un aspect si favorable. On sortait en foule des barrières pour aller contempler ces libérateurs qui se présentaient inopinément, et les seuls auxquels on pût prendre confiance. On était enthousiasmé de leur contenance militaire, mais profondément attristé de leur petit nombre.

Leurcalme était imposant, leur tristesse pleine de résolution. Après avoir tant de fois bravé la mort, il leur semblait beau de l'attendre sous les murs de Paris ; heureux s'ils pouvaient encore sauver cette capitale et conserver à leur cher Napoléon son trône et son Empire. Ils parlaient du même ton de leurs victoires de Montmirail et de Montereau, et de leur défaite de la Fère champenoise parce qu'elles étaient

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également glorieuses. A la veille d'un combat terrible^ ils étaient encore dénués d'aliments; les ordres pour y pourvoir arrivaient tard, etMarmont en frémissait; le zèle patriotique y suppléa.

Ces braves avaient espéré trouver dans Paris un puissant corps de réserve; mais TEmpereur, pressé par l'urgence de ses périls et par les nouvelles victoires qu'il avait à poursuivre, n'avait laissé pour la défense de sa capitale que des corps isolés bien peu faits pour résister à l'armée gigantesque des peuples et à des trou* pes exercées. C'étaient quelques bataillons de conscrits encore assez neufs au maniement des armes; quinze cents invalides, dont les bras ne répondaient plus à leur âme héroïque; des cavaliers démontés ou mal montés qui arrivaient en toute hâte des dépôts voisins de Paris, quelques braves officiers en retraite ou. en réforme, qui, en ofirant leurs services, avaient été assez froidement accueillis par divers motifs de dé-« fiance, et dont Torganisation était encore excessivement confuse.

Les gardes nationaux de Paris présentaient un aspect plus satisfaisant, du moins par leur belle tenue, mais ils inclinaient avec respect les couleurs éclatantes de leurs drapeaux de-^ vaut ces drapeaux si glorieusement déchirés.

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Ils ne pouvaient d'ailleurs se présenter qu'en assez petit nombre, les uns parce que leur zèle n'était pas assez vif , et les autres parce qu'ils avaient à se plaindre d'un ordre brusque et inconsidéré du commandant de Paris, Hullin, qui les avait privés de fusils achetés de leurs propres deniers pour en armer des conscrits qui se rendaient à l'armée. Le Nestor des maréchaux de l'Empire, Moncey commandait à ces troupes qui ne pouvaient prendre forme d'une armée. C'étaient des compagnies, les unes de plus de cent hommes et les autres de quinze ou vingt, connaissant à peine des officiers très-jaloux de leur autorité discordante.

Cependant les âmes reprenaient confiance en voyant défiler dans un calme sombre et majestueux deux mille cinq cents hommes de la garde impériale, dont plusieurs avaient été lais^ ses en dépôt comme blessés et convalescents. Ils n'avaient rien perdu de leur feu martial. Paris aurait cru posséder les plus solides murailles, s'il avait eu trente ou quarante mille défenseurs de cette sorte. Même après avoir contemplé ees nobles vétérans, les regards s'arrêtaient avec un intérêt puissant sur les jeunes élèves de l'École polytechnique au nombre de deux cent trente. Us se présentaient pour manœuvrer les

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eanons établis sur la butte Montmartre, ee qu'ils firent avec autant d'intelligence que d'intrépidité.

L'effectif de toutes ces forces réunies n'allait pas à plus de seize à dix-sept mille hommes. Il est vrai que les corps des alliés venant de divers points , ne se présentaient que successivement, et d'abord on n'eut en présence que quarante à quarante-cinq mille hommes de l'armée de Sch>;vartzenberg , parmi lesquels étaient des Russes. L'absence presque totale de forti* fications faites pour ajouter à la défense natu-relie des collines , était pour ces braves un sujet de murmures et non de consternation. Ici plu* sieurs historiens élèvent des reproches sanglants contre le ministre de la guerre Clarke, duc de Feltre, et ne peuvent s'abstenir malgré leur partialité pour l'Empire , djs comprendre dans ces griefs le lieutenant-général et son frère Jé<* " rôme. Sans doute ils ne peuvent être exempts de tout reproche. Mais on se demande si l'Empereur, l'homme à qui nul soin n'échappait, leur avait soit avant son départ , soit dans le cours de ses opérations militaires, donné des ordres assez positifs, assez pressants pour organiser une dé* fense aussi importante. Gonçoit-^on que le ministre de la guerre ne se fût nullement occupé

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de remplir un soin auquel était attaché Texistence de l'Empire ? n'eût-il pas payé de sa tête une coupable négligence qui devait avoir l'effet d'une trahison ? Voici l'un des dangers que le despotisme fait courir au despote. Les minis-très de l'Empereur étaient d'une ardeur, d'une vigilance sans égale pour exécuter ses ordres dans leur plus vaste étendue^ mais ils n'osaient les deviner, ni suppléer à toutce qui aurait échappé à sa prévoyance. L' ex-roi Joseph, homme d'état timide et guerrier inexpérimenté, craignait de rencontrer mal et d'outre-passer la volonté de son redoutable frère. L' ex-roi Jérôme n'avait à Paris, ni sur l'armée aucune sorte d'autorité* Nous avons vu que le commandant militaire de cette ville, Hullin, avait porté un coup fatal à sa défense , lorsqu'il avait enlevé à la garde nationale ses fusils pour les donner à de nouveaux soldats. N'était-ce pas outre l'iniquité de la mesure, infliger un affront à des volontaires dont l'amour-propre était susceptible et le zèle peu enflammé? Il me paraît vraisemblable que l'Empereur, dans cette courte campagne était toujours resté préoccupé , et presque exclusivement, du soin d'assurer l'effet de ses combinaisons stratégiques, effort brillant mais infructueux de son génie. Deux fois dans

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le cours de cette campagne, il s'était approché de Paris à une distance de sept ou huit lieues , et Ton ne voit pas qu'il ait alors donné plus d'activité à des travaux, à des précautions, qu'un extrême péril commandait. Quand il prit le parti hasardeux de se jeter sur les derrières de l'armée ennemie, il s'était sans doute persuadé que cette manœuvre suffirait pour dis*' suader les alliés, de s'avancer sur la capitale, et qu'ils songeraient plus à leur sûreté qu'à une conquête si hasardeuse. Qu'arriva-t-il ? C'est que les alliés, instruits par Napoléon lui-même, firent ce qu'il aurait fait à leur place et ce qui lui avait toujours réussi. Ils marchèrent sur la capitale pour frapper leur ennemi au cœur. La bataille d'Arcis-sur-Aube avait ajouté beaucoup à leur confiance, et le cri de Paris devint celui des souverains et des généraux , comme il avait été celui de leurs peuples et de leurs armées.

Dans la soirée même du 29, Marmont apprenant que les alliés s'étaient portés sur Romainville et en occupaient la hauteur, avait fait un puissant effort pour les chasser d'un point qui leur ouvrait une entrée facile dans Paris. Il avait d'abord réussi , mais il ne put s'y maintenir jusqu'à la nuit. Nous entendions le bruit de

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ce combat, et l'on voulait persuader à la crédulité pariBienne que le canon n'était qu'un eiercice des artilleurs de Yincennes.

Mais le 30 mars, quel affreux réveil pour une ville à qui le bruit du canon n'était connu depuis tant d'années que comme la proclamation d'une nouvelle victoire et d'une grande conquête I Ce canon tonne autour du sommet de Ces collines où les Parisiens ont l'habitude d'aller respirer un air pur et des plaisirs qu'ils nomment champêtres; elles semblent maintenant transformées en volcans dont les laves bouillantes pourront bientôt retomber sur Paris. En attendant, elles inondent de gracieuses villas, ces guinguettes que les artisans remplissent de joies tumultueuses, ces prés Saint-Gervais où les bourgeois, le dimanche, viennent chercher l'illusion des scènes pastorales. Au bruit redou* blé du canon et de la fusillade, on ne voit plus ces lieux chéris que jonchés de cadavres parmi lesquels on comptera un grand nombre de frères.

On s'assemble, on court, on s'informe; la euriosité domine tout chez le peuple le plus curieux de l'univers. On semble avoir laissé la terreur au logis : vous diriez qu'il s'agit de con** templer un grand spectacle.

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D'émotions en émotions ^ nous arrivions à la plus puissante dô toutes t une bataille qui së livre sous nos yeui et presque sur nos tètes, une bataille qui est une révolution à laquelle est at-taché le sort de la France, de l'Europe et du monde. Tous les souverains y sont présents, à Texception de l'empereur d'Autriche, et, par une fatalité inouïe, Napoléon manque à sa capitale, à son trône en danger. Où est-^il? Quel ob^ stacle a pu l'arrêter? Quelle ruse de guerre a pti tromper un général qui a causé tant d'habilés surprises à l'ennemi et n'en a jamais essuyé aucune? Ne mardhe^t-il pas sur les derrières de cette armée pour la placer entre dent feux? Cette attaque ne seràit^elle pas un coup de dés*^ espoir des alliés, à qui la retraite sur le Rhin pourrait être fermée? Peut*être n'a-t-on sous les yeux qu'un seul de leurs corps que Napoléon a coupé par Tune de ses grandes manœuvres? Ne seraient-ils pas des vaincus qui cherchent un refuge dont ils feraient leur triomphe? Ont-ils pu réunir l'ensemble de leurs forces? Est-ce que Napoléon ne les tient pas encore oc* cupés et peut-être coupés sur plusieurs points? Voilà les considérations ou plutôt les hypothèses que présentent ceux qu'animent le plus leur dévouement à l'Empereur ou leur patriotisme*

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Mais elles trouvent peu de créance dans les esprits. Est-ce que Napoléon aurait consenti sans les plus dures extrémités^ à subir un afEront si nouveau pour ses armes? S'il a voulu placer Tennemi entre deux feux, d'où vient qu'il a si mal pourvu à la défense de Paris, dont le feu pourrait être éteint en quelques heures? D'où vient qu'il en a éloigné et sa femme et son fils, dont la présence et les dangers seraient faits pour enflammer ou pour rallumer le courage civique? D'où vient que ses hauts dignitaires et la plupart de ses ministres se sont empressés d'aller chercher le même abri derrière la Loire? Ce n'est point assez. D'où vient qu'il fait transporter son trésor, ou plutôt celui de la nation, loin de sa capitale? Aurait-il voulu transporter à Tours ou à Orléans le siège de l'Empire ? Celui qui tout à l'heure, était maître de toute l'Europe, con sent-il maintenant à n'être plus comme Char-^ les VII , que le roi de Bourges ? Que font ses frères? Se jettent-ils dans les rangs de l'armée ou de la garde nationale? La désertion a commencé par les chefs. Paris ne vaut-il pas la peine qu'on le sauve par une capitulation, des horreurs d'un siège , qu^on mette ses monuments , ses palais , à l'abri des bombes et des

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obus, et nos maisons à Tabri d'un pillage si ardemment convoité par les Prussiens et les Cosaques, et enfin d'un incendie qui paraîtrait une représaille de Moscou ? Où est le gouvernement qui pourrait régler cette capitulation ou l'obtenir par des combats désespérés auxquels présiderait une volonté unique et forte? Puisqu'on nous a laissés sans gouvernement, soyons ce gouvernement à nous-mêmes, et que Paris sache faire sa destinée et son salut.

Voilà les considérations puissantes qui prévalaient dès le commencement de cette journée. Elles cédaient quelquefois à d'autres sentiments quand on voyait revenir du combat des soldats ou quelques gardes nationaux glorieusement blessés. Tous les genres de secours leur étaient prodigués. L'intérêt et l'admiration se portaient particulièrement sur les soldats de la vieille garde, et quelques voix, surtout dans les faubourgs, parlaient alors de créneler lés maisons, de dépaver les rues, d'élever des barricades, de se munir dans chaque étage de matières enflammées, de vases d'eau bouillante pour les jeter sur les ennemis qui oseraient pénétrer. Ces sortes de résolutions n'ont d'effet que lorsqu'elles sont inspirées parle désespoir des mères et l'ardeur impétueuse des jeunes gens. Ici les jeunes

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geas vftUde» étaient rares, et les femmes lassées de porter le deuil de leurs enfants et de leurs maris.

Je ne veu^ point achever ce lamentable ta* bleau sans parler d un fait qui en augmente encore la profonde tristesse* Dans cette partie du boulevard où circulent les spéculateurs de la Bourse, on continuait le jeu de la hausse et.de la baisse au bruit des détonations qui foudroyaient nos collines, et suivant qu'elles s'approchaient ou semblaient s'éloigner* Souvent ces joueurs avides sortaient des murs pour observer les chances du combat et en rapportaient ou fabriquaient les nouvelles qui pouvaient favoriser leurs spéculations. Jetons maintenant nos regards au dehors pour suivre les événements, non du siège, mais de la bataille. C'était la plus inégale qui se fût encore livrée dans le cours d'une campagne où les malheurs étaient rachetés par tant de gloire et de vertus militaires. Marmont commandait cette armée, dont les forces effectives ne se portaient d'abord qu'à douze ou treize mille soldats éprouvés, et qui, dans la journée, reçut à peine un renfort de quatre à cinq mille hommes. Un décret de Napoléon daté d'Épernay, l'avait investi de ce commandement, quoique le maréchal Mortier duc de

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Trévise , eût obtenu ce grade avant lui. 11 avait dès la veille, compris la nécessité de défendre Paris'sur le point le plus accessible aux ennemis, c'est-à-dire près des villages de Romainville et de Pantin, et dans ce but, il avait pris avec lui les deux tiers de cette faible armée, laissant au maréchal Mortier le soin de défendre la chaîne des collines situées plus au nord, parmi lesquelles domine celle de Montmartre, regardée comme le boulevard de Paris. Ce qu'on a peine à concevoir, c'est que ce point culminant était le plus mal défendu; on n'y avait porté que des corps isolés, et entre autres, environ sept cents hommes de garde nationale rassemblés au hasard sous les ordres du maréchal Moncey, un bataillon de sapeurs-pompiers et six pièces de campagne servies' avec adresse et intrépi'dité par les élèves de TÉcole polytechnique. Ce point, si faiblement défendu, fut aussi faiblement attaqué. Blucher s'était persuadé que le fort de la résistance était là et lui coûterait d'énormes sacrifices; il ne l'attaqua sérieuse* ment que lorsque les postes de Belleville, de Ménilmontant, de Cbaumont,du cimetière du Père La Chaise et deRomainville parurent plier sous l'efTort des alliés.

Marmont et Mortier ayaient à se défendre avec

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leurs douze mille hommes coutre quarante mille Autrichiens qui recevant de continuels renforts, devaient accahler nos Français par un nômhre plus que décuple et cependant^ depuis sept heures du matin jusqu'à une heure^ les avantages restèrent balancés. Un fait constaté par les rapports des alliés eux-mêmes, c'est qu'ils perdirent plus d'hommes qu'ils n'avaient d'ennemis à combattre. Les deux maréchaux semblaient invincibles par la force indomptable de leur courage et la vivacité soutenue et toujours croissante de leur feu. Il y eut même un moment où Schwartzenberg, épouvanté de la grandeur de ses pertes et du découragement de ses troupes, parut prêt à renoncer à l'attaque lorsqu'il reçut de Blucher le renfort de douze mille hommes de la garde royale prussienne. Dans ce corps d'élite figuraient ces belliqueux étudiants des universités allemandes avec plusieurs de leurs professeurs, soit à leur tète, soit dans leurs rangs. On y reconnaissait surtout, à la couleur funèbre de leur drapeau , à leurs chants belliqueux, à leurs regards où flamboyait la vengeance, les guerriers qui, sous les ordres de Schill et du duc de Brunswick-Oôls , avaient survécu à l'écroulement de la monarchie prussienne et s'étaient battus avec rage sur le der-

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rière de notre grande armée victorieuse; ils invoquaient avec ferveur le nom de leur reine Louise de Prusse^ devenue pour eux la sainte du patriotisme, et celui du grand Frédéric. Us arrivaient en grande hâte pour arrêter les progrès de Marmont qui,* descendu des hauteurs de Romainville , venait après de grands efforts, de reprendre sur les alliés le village de Pantin. Mais un plus grand danger menace encore. Ces guerriers, altérés de vengeance, ne sont que Tavant-garde de l'armée prussienne, forte de cent mille hommes; elle forme de longues bandes noires à Thorizon et s'annonce par une canonnade à laquelle se mêlent d'horribles clameurs. Une cruelle certitude se manifeste à nos défenseurs : ils savent maintenant qu'ils n'ont point affaire à une seule armée, mais à tout l'ensemble des forces des alliés. Marmont évacue Pantin pour reprendre une position plus favorable sur le saillant de Romainville, et, par des décharges furieuses, il couche à terre une longue ligne des assaillants. Mais ceux-ci vont revenir à la charge aiguillonnés par la fureur et encouragés par leur nombre. C'est dans ce moment que le maréchal, forcé de juger 1 Wgence de sa position, écrit au roi Joseph qu'il ne peut plus se défendre qu'avec peine contre ce flot d'ennemis. Le mare-

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obal Mortier est forcé bientôt de donner un avis semblable^ et cependant les deux intrépides maréchaux se défendent encore pendant trois beures.

Où était ce roi Joseph dont on attendait la décision suprême? Logé avec son frère Jérôme et le ministre de la guerre Clarke dans une maison à mi-côte de la butte Montmartre, ils semblaient ne remplir qu'un office de curieux inquiets. Armés de leur longue-vue, ils attendaient 1 événement, en calculaient les chances avec anxiété, et ne prenaient aucun soin pour raffermir le cœur des Parisiens. Ils ont vu par euxmêmes s'avancer dans le lointain les longues colonnes de l'armée prussienne. Joseph conçoit un peu prématurément, que l'heure fatale est arrivée ; il s'occupe de son salut en oubliant celui de la capitale. Il écrit quelques lignes pour au toriser les maréchaux à capituler, et part au grand galop avec Jérôme et le ministre de la guerre pour aller retrouver à Blois l'Impératrice régente et le roi de Rome.

Celte fuite fut bientôt connue dans Paris et y produisit une détonation de murmures auxquels se joignaient d'amères plaisanteries dont les Français ne peuvent perdre l'habitude, lors même que la gravité sinistre de l'événement les

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repousse. Cependant, après le départ des deux rois, le général Dejean, envoyé par TEmpereur lui-même, est accouru sur la butte Montmartre, demandant à grands cris le roi Joseph pour lequel il a des instructions. On le lui montre fuyant dans la campagne. 11 y court; il Tatteint. « L'em* pereur, lui dit-il, marche à la délivrance de Paris; il vous ordonne de tenir ferme jusqu'à son arrivée, qui peut avoir lieu dans vingt-quatre ou trente-^ix heures. — 11 n est plus temps, ré^ pond Joseph; Tennemi est sur le point de s'emparer de toutes les hauteurs qui défendent Paris et peut Taccabler de ses feux. Je ne puis rester dans cette ville; les ennemis ne manqueraient pas de me prendre pour Otage ainsi que mon frère, et l'Empereur ne pourrait me pardonner ua tel affront fait à sa gloire. » Et cependant . Marmont et Mortier continuent encore une défense désespérée. L'ordre du roi Joseph pour la capitulation éventuelle était daté de Montmartre, à onze heures et demie, et cependant les mare* chaux n'entrèrent en pourparlers avec le prince de Schwartzenberg qu'à quatre heures. Ils remplirent/eux et leurs soldats, ce long et terrible intervalle par des prodiges de constance et de courage. Chassés des hauteurs, ils se défendaient encore dans les premières maisons des fau-

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bourgs. Marmont venait de perdre le cinquième cheyal tombé sous lui. Il avait mis Tépée à la main et se battait en grenadier. Il était superbe du désordre belliqueux de sa personne; ses habits et son chapeau étaient criblés de balles; il tenait en écharpe son bras fracassé par un biscaïen à la malheureuse bataille de Salamanque, et^ à la bataille plus malheureuse encore de Leipsicky un boulet avait emporté l'index de sa main droite; sa longue barbe déclarait que depuis plusieurs jours il avait négligé tout soin de sa personne pour ceux de son commandement.

Deux généraux y Ricard et Pelleport, avaient été blessés à ses côtés. Le maréchal Mortier n'était pas moins imposant par ces traces glorieuses du combat imprimées partout sur sa haute et noble taille. Par ce portrait des deux généraux^ figurez-vous celui de chacun de leurs ^oldats^ et surtout des grenadiers de la garde impériale. Le seul mot de plainte qu'on leur entendit proférer fut celui - ci : « Ils sont trop ! » et ces braves étaient restés aussi fermes à leur poste que si les chances du combat avaient été égales. Non^ je ne puis croire que ce dévouement héroïque n'ait été qu'un vain luxe de gloire pour une nation qui en était déjà comblée; elle produisit de salutaires effets pour le salut de Paris^ même

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