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lice 9 M. Pasquier et huit maires de Paris parvinrent dans la nuit au village de Bondy^ où il avait établi son quartier général ; ils attendirent son réveil; son aspect serein et bienveillant dissipa ou atténua beaucoup de craintes.On rapportait qu'il avait été provoqué à une résolution barbare par cette question du comte de Mtiffling : « Faut-il éclairer, c'est-à-dire brûler Paris? » et qu'il s'était montré révolté d'une telle proposition. Il répéta devant les municipaux, la déclaration souvent faite par lui, qu'il n'avait dans cette guerre, nul tort d'agression et qu'il n'avait voulu que mettre ses États et l'Europe à Tabri de l'invasion* Le son de sa voix était loin de tout emportement , et rien ne respirait en lui ni la vengeance ni l'ivresse de la victoire; il s'informa si Tlmpératrice et son fils étaient encore à Paris, et parut satisfait en apprenant que Tun et l'autre , et que les frères de l'Empereur en étaient partis. Il avait fait la même question sur M. de Talleyrand , d'un ton qui annonçait que c'était le seul négociateur avec lequel il voulût traiter.
L'entrée de l'armée alliée fut précédée d'une tentative faite par plusieurs jeunes royalistes, parmi lesquels on remarquait MM. Pelletier, de Morfontaine, Sosthène de La Rochefou-
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cauld et César de Choiseul^ pour décider les groupes de curieux à pousser le cri de Vive le Roi ! sur le passage des armées alliées. L'indécision que montrait l'empereur Alexandre, sur le retour des Bourbons, les avait portés à provoquer ces témoignages. L'effet de leurs discours fut faible; les spectateurs se montraient indécis plutôt qu'irrités, et dans les rangs de la garde nationale , plusieurs voix répétaient ; ce Les Bourbons, soit; mais avec des garanties. » Ces voix , quoique isolées, exprimaient le véritable sentiment de Paris et de la nation. Déjà cependant circulaient sur nos places un assez grand nombre de personnes portant des cocardes blanches que le peuple voyait avec plus de surprise que de colère.
M. de Talleyrand, informé du désir que l'em- . pereur Alexandre avait témoigné de communiquer avec lui, s'était fait transporter rapidement à Bondy. Une courte entrevue entre ces deux personnages eut des résultats plus prompts, plus décisifs que n'en produisirent les longues négociations des traités de Westphalie et d'Utrecht. Alexandre stipulait pour l'Europe, Talleyrand pour la France. Leur mission à l'un et à l'autre naissait de la nécessité. Jamais on ne parvint plus rapidement à
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s'entendre pour des données préliminaires. Alexandre en avait conféré depuis les grands succès des alliés avec son ministre des affaires étrangères , M. de Nesselrode, et M. de Talleyrand avec les principaux membres du Sénat. La déchéance de TËmpereur était la base prin-cipale de tout Tarrangement, et pour la forme de gouvernement qui devait lui succéder, Alexandre affectait de se montrer supérieur à tous les préjugés, à toutes les exigences d'un autocrate. « C'est à la nation française, disait-il,, c'est du moins au corps qui la représente, de déterminer le gouvernement qui lui convient, n Plus cette concession semblait large, illimitée, plus la prudence exigeait de la restreindre au parti qui semblait le plus conforme aux besoins de la France et aux vœux des alliés , c'est-à-dire aux Bourbons. Le point important était de stipuler toutes les garanties qui pouvaient rendre leur retour acceptable pour la France après une révolution qui avait déplacé tous les modes d'existence. M. de Talleyrand les énonça dans des termes formels et positifs. V maintien du Sénat et du Corps législatif : 2^ conûrmation des grades, honneurs et pensions pour l'armée et les officiers et soldats en retraite; 3** garantie de la dette publique; 4^ les ventes des domaines
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nationaux déclarées irrévocables; 5^ silence im^ posé pour la recherche des opinions et des actes politiques; 6^ liberté des consciences et liberté de la presse avec la répression légale^ des délits commis par ce moyen.
Le czar accepta toutes ces conditions som-* mairement présentées. C'était une capitulation faite après la victoire , et la politique n'en avait jamais sanctionné de plus large. La Révolution; loin d'être entraînée par la chute de Napoléon , y reparaissait avec une vigueur qu'elle avait perdue sous l'Empire. On trouvait, dans ce court programme ; réponse à tous les sujets d'alarmes dont on s'était préoccupé depuis plusieurs mois et qui paraissaient si prêtes à se réaliser. Tout semblait permis, soit à la ven^ geance, soit à la cupidité. M. de Talleyrand et ses amis avaient fait circuler» dans tous les rangs de la société, la nouvelle des dispositions libérales de l'empereur Alexandre. Les images d'une liberté renaissante tempéraient les amer^ tûmes du jour. Entre tous ces hommes alliés, nous pouvions lever le front haut, puisque nous redevenions le peuple libre et que l'autorité absolue des monarques du Nord n'osait plus nous disputer ce fruit de nos labeurs et de nos victoires. Les âmes fortes comprenaient que cette
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liberté ressaisie saurait maintenant résister aux plus fortes attaques > dès qu'elle serait suf&sam* ment armée contre lanarchie qui seule Tarait diffamée et détruite parmi nous. Si la chute de Napoléon était un gage de sécurité pour TEurope, elle était pour nous un gage de libération politique. Dès le matin, une proclamation du prince de Schwartzenberg apprenait que la Tille de Lyon s'était rendue à ^Farmée autri* chienne.
L'armée alliée défilait le long de nos spacieux boulevards, dans un bel ordre, dans un appa* reil imposant, au son éclatant des trompettes, et d'abord les vainqueurs et les vaincus s'exar minaient avec un air de défiance réciproque. Le nombre des curieux était immense et mani* festait d'abord la dignité sévère qui convient à un noble peuple, dans de telles circonstances* Ce n'était pas sans inquiétude que les étrangers contemplaient cette masse immense qui semblait les enceindre et les presser de tous côtés. Ces toits élevés, ces fenêtres d'où plusieurs sortes de projectiles meurtriers pouvaient être lancés sur leurs tètes, ces rues étroites d'où pouvaient débusquer des groupes ennemis et leur offrir un refuge. On ne les provoquait pas, on semblait attendre qu'un acte de violence
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commis par eux excitât une commotion générale, signal d'une fureur aveugle et d'un combat désespéré ; mais la figure de ces soldats était aussi calme que s'ils se fussent rendus à une revue de Pétersbourg ou de Postdam. Bientôt s'effacèrent des deux côtés, tous signes de défiance et de crainte. Les cris de Vive le Roi! devenaient plus fréquents, plus aniniés; ils étaient proférés avec enthousiasme par un grand nombre de dames que l'on- voyait distribuer des cocardes blancljes; ils retentissaient à des croisées et sur des balcons peuplés d'une société élégante. La sécurité eut ses progrès et devint une confiance expansive qui éclata et se renouvela de distance en distance à la vue du groupe magnifique où figurait l'empereur Alexandre à la tète des rois et des princes ses alliés. Les regards se portaient avec prédilection sur ce jeune souverain que Napoléon lui-même nous avait fait aimer dans le récit des conférences et des fêtes de Tilsitt et d'Erfurth. Sa figure noble , calme et surtout bienveillante répondait à toutes les espérances qu'on en avait conçues. Au-dessus de sa dignité impériale brillait en lui celle d'un caractère probe, ouvert, confiant et ferme, sans rudesse. Quoiqu^ parvenu à l'âge mûr 9 il conservait ce qui fait le plus grand
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charme de la jeunesse. On voyait qu'il aimait la gloire et qu'il savait la comprendre comme un monarque chrétien sur qui avaient relui quelques rayons de la philosophie nouvelle. Personne n'osait ou ne pouvait se souvenir de la fatale catastrophe qui Tavait fait monter prématurément sur le trône, ou l'interpréter contre lui. Capable d'une exaltation religieuse , il semblait se considérer comme ayant reçu une mission céleste pour opérer la réconciliation des peuples entre eux après une si longue extermination. Eh bien! pourquoi nous en défendre? nos cœurs s'ouvraient au même sentiment, et jusque chez ces soldats étrangers, le besoin de la paix étoufiTait le cri de la vengeance. Le ciel était serein. Au premier souffle du printemps semblait répondre le premier souffle de la paix. Fatigués de la guerre , nous Tétions surtout des haines à la fois factices et meurtrières qu'elle inspire contre des hommes qui ne nous sont connus par aucune ofTense personnelle. C*est une rude violence faite au cœur que de le forcer à haïr sans motif et sans mesure , et chacun aimait à se dégager de ce fardeau. Notre part de gloire avait été tellement immense et tellement supérieure à celle des peuples anciens et modernes, que nous pouvions, sans être hu-
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miliés, prononcer notre rœu pour la paix en face de ces baïonnettes ennemies^ et en regar* dant ces buttes de Chaumont, de Belleville ou de Montmartre, où un débris épars de notre armée avait si vaillamment soutenu la veille, le cboc de l'Europe , liguée moins contre nous que contre notre monarque absolu. Ce n'était point Torgueil d'un triomphateur qui brillait sur les traits de l'empereur Alexandre; il était aussi calme, aussi simple que s'il avait visité Paris en voyageur comme le czar Pierre , le plus illustre de ses aïeux. Auprès de lui était Guillaume, roi de Prusse , qui se subordonnait à lui, non comme à l'autocrate, mais comme à un libérateur assez puissant, assez humain pour dicter cette réconciliation devenue le besoin commun des cœurs. L'empereur d'Autriche manquait à cette entrée. Quelques jours auparavant, le mouvement de Napoléon sur les derrières de Tarmée alliée, lui avait causé un tel trouble, qu'il avait cherché précipitamment un refuge à Dijon, occupé pp un grand corps de troupes autrichiennes. L'Angleterre était représentée dans cette marche non par le duc de Wel* lington que le maréchal Soult arrêtait aux pieds des Pyrénées., mais par son principal ministre, lord Gastlereagh, qui lui-même paraissait animé
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d'un grand désir de la paix européenne , et ne la compromettait point par Farrogance anglaise. A mesure que se prolongeait le défilé des cin* quante mille hommes qui venaient occuper Baris, la confiance et Tenthousiasme même s'exaltaient sans doute ^jusqu'à Texcès. L'âme d'Alexandre s'épanouissait visiblement à ces témoignages d'une popularité inespérée et ve* nant d'un peuple connaisseur en gloire. C'était un conquérant que nous avions conquis en un quart d'heure, et les femmes avaient la plus grande part à cette victoire d'une espèce nouvelle. Elles y apparaissaient comme mères, comme les anges de la famille ; leurs époux, leurs frères et leurs fils allaient leur être rendus; elles jouissaient d'avance du bonheur qu'elles retrou* veraient encore dans leur famille cruellement décimée. Je parle ici du sentiment le plus général et le plus respectable qui causait leur exaltation. 11 faut songer aussi que plusieurs d'entre elles sortaient des angoisses profondes auxquelles les avait livrées le combat de la veille sous les murs de Paris. N'avaient-elles pas cru voir reluire sur nos magnifiques monuments , les flammes de Moscou, le pillage, la dévastation et le viol la plus grande horreur de la guerre , souiller leur foyer? D'une crainte excessive
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elles passaient à une confiance sans borne , et tous les simulacres que la peur forge dans une nuit agitée se changeaient pour elles en douces illusions. De toutes les croisées, de tous les balcons elles agitaient des mouchoirs blancs en signe d allégresse. Plusieurs de ces dames ajoutaient à ce mobile une exaltation royaliste vivement prononcée et qui se conformait peu aux précautions de la prudence. Aux cris de Vive le Roi ! quelques-unes ajoutaient le cri inconvenant de Vive nos amis les alliés!
Ce fut sans doute, et nous avons pu le reconnaître après coup, une grave imprudence que la substitution instantanée de la cocarde blanche à la cocarde tricolore parée d'immortels souvenirs. C'était mal reconnaître les exploits de nos guerriers, et c'est à cette faute que Ton peut attribuer la fatale catastrophe des Cent^jours. Les femmes se plurent trop à cette distribution qui eut un rapide succès; elles croyaient renouveler les souvenirs chevaleresques. Que l'aveugle enthousiasme, que la vanité, que la mobilité du. caractère français aient eu une part à cette proclamation populaire de la paix universelle , c'est ce que l'histoire ne peut nier.
Cette journée ne fut point une révolution , mais elle manifesta celle qui , depuis plusieurs
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années, s'était opérée dans les âmes, c'est-à* dire la fatigue de la guerre jointe à celle du gouvernement absolu. On y voyait avec évidence que Napoléon, conquérant obstiné, avait cruellement amorti le souvenir des années bienfait santés du Consulat. Tant de gémissements, tant de murmures étouffés, faisaient une expfosion que chacun jugeait plus ou moins déplacée, mais ne pouvait contenir. On attendait qu'il eût perdu tout pouvoir de nous entraîner et de nous perdre dans ses frénésies de gloire, pour l'admirer et pour le plaindre.
Une manifestation énergique jusqu'à l'imprudence fut un trait de lumière pour l'empereur Alexandre. Il s'était réservé de consulter les vœux du peuple français. Les royalistes d'un côté , et de l'autre les amis de la liberté , s'unissaient pour le vœu de la déchéance de Napoléon. Ils ne craignaient pas de protester contre le despotisme , en présence d'un autocrate. N'était-ce pas lui rendre un hommage délicat que de le croire affranchi des préjugés de sa naissance, de sa nation et du trône qu'il occupait? Lui-même le comprit ainsi, et sa fierté n'en parut pas choquée un seul moment. Il fit bien plus, il mit sa gloire, il employa ses soins à faire refleurir parmi nous , et surtout à fonder
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8ur des bases plus solides le gouvernement représentatif, objet de terreur pour les souve-* rains absolus.
Tous les partis lui surent gré de ne point venir occuper le palais des Tuileries, et de s'éloigner ainsi de l'exemple donné par l'empereur Napoléon à chacune des occupations des grandes capitales. Les royalistes y voyaient un égard pour Louis XYIII appelé à rentrer bientôt dans le palais de ses pères , et d'autres applaudissaient à un acte de modération qui suppri* mait un droit du vainqueur. Les amis de la paix et de l'ordre constitutionnel le virent avec plaisir prendre un logement plus modeste dans l'hôtel du prince de Talleyrand, suivant l'offre que celui-ci lui en avait faite. Cet homme d'État a fait des engagements trop sérieux avec la Révolution de 1 789 pour se rendre l'organisateur d'un système contre-révolutionnaire. C'était acheter, avec autant d'imprudence que de bassesse ^ l'ignominie d'un pardon peu durable peut-être. Ses mesures étaient mieux prises, soit pour sa sûreté , soit pour l'honneur de sa patrie. Ses principes de liberté politique avaient été ceux de Mirabeau son ami , surtout depuis que le grand orateur, le puissant rétolutionnaire , s'était fait le protecteur et mal**
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heureusement le pensionnaire d'un roi qui s'avançait à grands pas vers sa chute, par sa faiblesse et son irrésolution. A juger par le résultat, on dirait que le génie de Mirabeau devint dans cette grande circonstance le guide du génie moins élevé , mais non moins habile de Talleyrand.
Alexandre sentait les difficultés de sa posi-^ tion f et la victoire qui lui avait valu l'occupation de Paris n'était pas de nature à les lui faire oublier. Une armée marchait derrière lui et à sa rencontre; elle était conduite par l'homme aux prodiges et comptait encore quarante ou quarante-cinq mille combattants de Champaubert, de Montmirail et des vétérans qui étaient entrés en vainqueurs dans toutes les capitales de l'Europe. Elle pouvait tirer de puissants renforts d'une population irritée par le pillage, et surtout d'une grande partie des forces qui restaient encore dans nos formidables et nombreuses places de guerre. Mais la plus puissante ressource qui se fût offerte au désespoir de Napoléon eût été dans Paris même occupé par l'ennemi, si la conquête avait suivi les procédés violents et tyranniques qui en marquent ordinairement le cours, si cette capitale avait été livrée aux rapines des Cosaques, aux
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représailles prussieaaes , telles qu'elles étaient annoncées dans des chants et des cris furieux , aux brutalités allemandes qui avaient paru intolérables aux départements conquis, et enfin à des prétentions et des mouvements contre-révolutionnaires qui eussent menacé des droits acquis et confirmés par les lois et par le temps. L'armée de Napoléon, se présentant pour la délivrance de Paris frémissant sous un joug odieux et dégradant, y eût excité des soulèvements qui peut-être eussent approché des Vêpres siciliennes. Nos grands maréchaux, nos ardents officiers, nos vétérans chargés de gloire, et nos jeunes soldats déjà leurs émules, eussent encore surpassé, s'il est possible, les plus beaux faits de leur héroïsme pour venger Thonneur de leurs foyers, pour affranchir leurs familles et leurs concitoyens, et enfin pour conserver au monde des monuments , des institutions qui sont les plus anciens et les plus glorieux fanaux de la civilisation européenne. De tels motifs de prudence et de modération n'agissaient pas seulement sur Tesprit des souverains et de leurs ministres , ils se faisaient encore sentir instinctivement à tous leurs soldats qui venaient la veille de se mesurer avec les nôtres. Chacun de nous a pu les voir, pendant plusieurs jours, em-
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barrasses I indécis; ils redoutaient les chances d'un combat engagé sous les murs de Paris et d'une population qui réveillait de si terribles souvenirs. Napoléon vaincu i semblait encore les poursuivre.
C'était Alexandre qui avait décidé ce hardi mouvement sur Paris I auquel répugnait la circonspection et peut-être alors la politique de TAutriche. Ce n'était point chez lui une inspiration de la fureur ni même de la haine. Certainement il avait reçu , par des voies diverses et les moins suspectes , des renseignements sur les dispositions politiques de cette ville. L'événement avait rempli et surpassé ses espérances. La direction suprême de cette ligue de peuples et de rois lui avait été tacitement déférée par le fait et non par le droit , puisque un autre empereur, l'un des successeurs de Charlemagne, siégeait à ses côtés, et puisqu'il ne fournissait pas le plus ample contingent de troupes à Tarmée européenne; mais son ascendant avait prévalu parce qu'il se montrait à la fois le plus ferme dans ses résolutions, le plus modéré dans ses désirs et le plus exempt de passions. Le premier éloge que l'histoire lui doit est celui de la prudence ; mais il l'accompagna d'un haute vigilance, de ces grâces augustes