RETOUB DB L'EMPEREUR A PARIS (1813). SI
tenait de faire éclore, et dont la France avait donné le premier signal? Je ne ferai qu'une remarque sur ee rapport ; on y lisait que la population avait augmenté d'un dixième, et cepen* dant la classe propre aux armes y était bien près d'être épuisée, ainsi qu'on en fit la doulou* reuse épreuve dans Tannée suivante, 1814.
Le budget fut adopté à une majorité imposante) ei pourtant l'opposition prenait de plus fortes racines au fond des cœurs ; on voulait juger ce que l'Empereur pouvait faire des nouvelles ressources qu'on lui accordait avec un regret profond. Le mot de paix serait sans doute sorti de plus d'une bouche éloquente; mais le Corps législatif avait été créé muet. Tandis que l'Empereur prenait des mesures si directement impopulaires, il cultivait encore sa popularité avec un calme intrépide. Au milieu des travaux urgents qui le préoccupaient nuit et jour, il prenait de temps en temps des moments de distraction pour parcourir, à cheval et avec l'escorte de deux ou trois de ses amis, des faubourgs si terribles à la monarchie et si redoutés de la Convention, même depuis qu'elle avait fait tomber la tête de Robespierre et des principaux complices de sa tyrannie. Le peuple s'obstinait à voir, dans le destructeur
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des principes de la Révolution , la Révolution incarnée.
Napoléon avait conçu la pensée de détacher de la ligue toujours croissante de ses ennemis un souverain qui ^ malgré Texiguïté de ses possessions y pouvait leur prêter encore un appui imposant; c'était le pape^ son ancien ami , son captifà Fontainebleau. Il avait doré ses 'fers et lui avait laissé , dans un château royal , un cer- ' tain état de dignité, sinon de splendeur, auquel il ne manquait que la liberté. On lui avait même proposé de venir occuper le palais de Tarchevèché à Paris, qu'on aurait plus magnifiquement décoré pour recevoir un tel hôte. Le pape s'y était refusé avec la fierté d'un souverain et la prévoyance d'un habile politique. 11 lui semblait que c'était s'installer dans l'office d'un primat des Gaules, d'un grand aumônier de l'Empereur, et enfin d'un vassal ecclésiastique chargé de ranger spirituellement l'Église catholique sous ses lois. Des mots amers s'étaient échangés entre ces deux puissances. Lé pape paraissait décidé à ne vouloir entendre aucune proposition que du haut du Vatican. Après son retour à Paris, l'Empereur prend le parti d'aller conduire et conclure une négociation si difficile, en personne* Sous le prétexte d'une partie
RhTOUR DE L'EMPEREUR A PARIS (1815). Î3
de chasse y il se dirige sur la route de Melun avec une suite brillante , mais peu nombreuse; puis il s'en détache pour venir rendre, à Fontainebleau, une visite inattendue à son auguste prisonnier. On juge que raccueil fut froid et embarrassé; mais Napoléon rappela, avec une grande effusion de cœur, des jours d'intimité qui avaient fait leur bonheur réciproque et la joie de la chrétienté. Le pape ne peut s «mpôcher de se montrer sensible à ce souvenir, qui avait toujours été présent à son cœur. Dès qu'il le vit ému, l'Empereur fît les plus chaudes protestations de son zèle apostolique, que des dis-^ cordes d'un ordre temporel n'avaient pu éteindre. « Mon vœu le plus ardent, dit-il, aurait été de faire servir les triomphes de mes armes à ramener l'unité de la foi, non, il est vrai ,, par des persécutions, mais par l'ascendant d'un zèle éclairé, d'une volonté constante. Avec qui suis-je en guerre aujourd'hui ? Avec des princes et des peuples qui ont porté un coup si cruel à la religion catholique , avec des anglicans et des schismatiques grecs. Si le ciel eût béni le succès de mes armes dans cette campagne, comme il l'a fait dans les précédentes, et ainsi que j'ai lieu de l'espérer pour celle que je vais ouvrir avec des forces immenses et un génie VI 3
iU HISTOIRE DE L'eMPIRB.
que je tiens de sa grâce , croyez-TOUs que je n'eusse pas suivi Texcmple du grand Tbéodose, dont la mémoire est si chère a TÉglise? 11 est vrai que j'aurais procédé par des moyens moins violents et plus conformes à Tesprit du siècle où nous vivons* Déjà n ai*je pas fait offrir à Votre Sainteté de créer des évèchés à Hambourg^ à Amsterdam, à Dusseldorf? J'en aurais établi un à Moscou^ si le cruel hiver m*eût permis d'y prolonger mon séjour. La vivacité de nos débats temporels mVt-elle engagé dans une seule me* sure qui fût con traire à Tintérét de la foi? J'ai droit encore à m'appcler votre dévot fils (l'Empereur s'exprimait en italien). Eh bien, reoeves les supplications d'un fils respectueux; que je n'aie plus lieu de voir votre puissance tempo^ relie servir la cause de mes ennemis, qui, après tout, sont les vôtres, et auparavant signons un concordat qui termine les discordes élevées dans les églises de mon Empire. Que Votre Sainteté ne refuse plus des institutions aux évêques et archevêques que j'ai nommés du*rant ces débats affligeants* Voici les proposition^ que j'apporte à Votre Sainteté : elles sont de nature à calmer tous ses scrupules. Le saint pontife parut vivement ému de cette ouverture* Le concordat proposé l'engageait, il esttrai»