CHAPITRE XXXVni
GUERRE D*£SPAGNE (1809-1810).
SOMMAIRE
Guerre d'Espagpae.—- Le second «ége de Sarrâgotte sorpasie encore rhéroûme du premier. — Palafox y met le comble à sa gloire. —
' Obstination iocuîe des assiégés qui se défendent dans les îles de maisons* — Sarragosse est enfin emportée par le maréchal Lan nés*
— Dé£aiut de concert entre nos généraux. — Les combats de gué* rillas se multiplient et font souvent avorter Tellet de nos plus brillantes victoires. — Siège de Gironne. — La conquête du Por^ tugal est tentée de nouveau par les généraux SouU, Ney el Victor*
— L'armée anglaise, sous Wellington, leur résiste avec des succès balancés. — Soult, qui s* est avancé jusqu'à Oporto, est forcé à la retraite. ■ — Bataille de Talavera de la Reyoa. — La campagne de 1810 s'annonce sous des auspices plus heureux. •— Brillante et rapide conquête du royaume de Valence par Sucbet, et de l'Andalousie par Soult. — Le siège de Cadix est vainement tenté. — Prise de Tarragone et de plusieurs forteresses. — Troisième entreprise sur le Portugal tentée sans succès par Masséna. — « Nouvelle retraite de Tarmée française. — Triste situation du roi Joseph à Madrid. — • Une victoire de Victor le raflermit un peu. — Siège de Badajos.— Mamiont est aux prises avec Wellington. — Bataille de Saiamanque perdue par les Français.
Forcé d'interrompre le récit des combats de TEspagQe pour son indépendance^ j'ai cherché en vain les moyens de le reprendre et de Tin-
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tercaler à la grande et terrible épopée qui commence à la campagne de Moscou et n'aura de dénoûmentqu à Waterloo, qu'à Sainte-Hélène. C'est cependant dans cette guerre d'Espagne qu'est le germe de tous les malheurs contre lesquels Napoléon exerça pendant deux ans les dernières et prodigieuses ressources de son génie et de son caractère. Oui, TEspagne, voilà le premier gouffre qu'il s'ouvrit pour y ensevelir sa fortune. Il avait d'abord répugné à cette occupation aussi déloyale qu'impoUtique. Nous avons vu à cette époque le combat que son droit sens eut à soutenir contre sa passion de conquérant. Relisez ses lettres à Murât en Espagne et vous verrez qu'il fut à la fois le prophète et l'artisan de son malheur dans une expédition si frauduleusement commencée* Alors il ne pouvait que conjecturer la résistance qu'opposerait à ses armées, aussi savantes qu'intrépides, un peuple qui, depuis deux cents ans, semblait avoir oublié sa grandeur historique. Maintenant il connaissait ce peuple, et ses chagrines prévisions avaient été surpassées par un héroïsme fougueux, irrégulier, mais tenace. Tel il l'avait vu lui-même, dans sa courte et peu triomphante apparition en Espagne. Ce qui devait le plus alarmer sa politique et provoquer
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sa fureur, c'était d'avoir vu les deux peuples de la Péninsule appuyés dans leur résistance et en quelque sorte gouvernés par Tor et par les armes de son implacable ennemie^ TAngleterre. Tandis qu'il voulait lui fermer tous les rivages du continent^ il avait en quelque sorte conduit ses vais seaux et ses soldats dans les ports de Lisbonne et de Cadix^ où les avait appelés la vengeance d'un peuple indigné. La Péninsule se trouvait partagée entre les Français et les Anglais, comme elle l'avait été entre les Romains et les Carthaginois au temps des guerres puniques ; mais dans cette rivalité nouvelle^ le cœur des peuples était pour les Anglais. La profondeur de la haine contre nous était telle que l'inquisition elle-même avait tendu la main à ces hérétiques. Il était trop à prévoir que le triomphe leur resterait, si Napoléon n'employait pas contre une alliance si formidable , toutes les forces de son empire et surtout la magie de sa présence. Cependant on ne pouvait lui reprocher de s'être éloigné du théâtre de cette guerre pour répondre aux armements de l'Autriche à la fin de 1808. Au retour de cette campagne si- périlleuse pour lui à Essling, et si favorablement terminée à Wagram par un nouveau coup de fortune, comment l'actif y l'indomptable Napoléon n'avait-il
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pas accouru dans la Péninsule au-devant de ces Anglais y qu'il n'avait pu atteindre et qu'il y voyait plus fortement établis que jamais sous les lois d'un général qui semblait pousser la prudence jusqu'au génie? D'où vient qu'ayant à dégager ses épaules d'un tel fardeau , il ne s'était occupé que des moyens de porter la guerre à l'autre. extrémité de l'Europe? On voit que Napoléon portait en lui seul toutes les causes de sa grandeur .et de sa chute.
Je reviens sur mes pas, et je rentre en Espagne par le second siège de Sarragosse, en me reprochant pourtant d'avoir trop différé le récit d'un événement qui exerça une si forte influence sur l'esprit des peuples fatigués du joug de Napoléon. C'était un phénomène que le siège d'une ville ouverte, soutenu pendant deux mois par le seul courage de ses habitants, contre une armée régulière pourvue d'excellents officiers du génie et des moyens d'artillerie les plus puissants. La levée de ce siège, conduit par les Français avec autant de savoir que d'intrépidité , était un sujet d'étonnement pour les militaires et d'admiration pour les peuples. Le nom de son défenseur Palafox était célébré dans les chants belliqueux , non-seulement de l'Espagne, mais de l'Angleterre , de l'Allemagne et de la Russie. €e n'était
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encore pourtant qu un premier acte de sa gloire et de celle de cette ville.
L*entrée victoriense de Napoléon à Madrid ayait changé la face des choses et vengé les fourches caudines de Baylen. On ne doutait pas qu'il ne réparât bientôt la disgrâce de la levée du siège de Sarragosse. Son armée , beaucoup plus nombreuse , avait repris toute Tardeur de la yictoire. Palafox n'avait pas eu longtemps à jouir de son triomphe. Mais la fortune ne lui avait pas fait illusion; il préparait tout pour soutenir on second siège devant cette ville, déjà toute jonchée des ruines du premier. Au lieu de quatoi:ze à quinze mille hommes, avec lesquels il avait soutenu celui-ci , il parvint à en réunir trente-trois mille de troupes régulières, fit de vastes approvisionnements, et les habitants, qui voyaient venir l'attaque des Françaisi faisaient arriver d'eux-mêmes ces provisions dans la ville qui leur servait de refuge. La population de Sarragosse, par l'effet de ce concours, était portée à cent cinquante mille hom-» mes, c'est-à-dire qu'elle était à peu près doublée. C'était un puissant secours sansdoute, mais aussi c'était un encombrement qui n'appelait que trop les ravages de l'épidémie dans des maisons démantelées , dans des couvents et des hô-
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pitaux ouverts à rinclémeDce de la saison , et Ton était à la fin du mois de décembre. L'enthousiasme ne se ralentit point par T effet de ces fléaux; il était entretenu par des moines belliqueux toujours prêts à voler au combat et dont les prières ferventes semblaient ouvrir le ciel aux victimes. L'ardeur de la foi s'était fort affaiblie en Espagne dans les hautes classes de la société. Les Pyrénées avaient ouvert un passage aux ouvrages de la philosophie et même de la Révolution^ favorisés par de nombreux essaims de contrebandiers. Mais les moines régnaient encore dans la plupart des familles peu aisées ^ dont ils s'étaient rendus en quelque sorte les arbitres. Ils défendaient l'Espagne comme un roi défend son trône. Les processions de la ligue étaient renouvelées avec toutes leurs bizarres métamorphoses; mais l'amour de la patrie et de glorieuses blessures leur imprimaient un noble caractère.
On improvisait avec ardeur des fortifications nouvelles. C'étaient le plus souvent des ouvrages en terre ^ ou dont la maçonnerie n'annonçait qu'un art assez grossier; mais des soldats novices se trouvent plus intrépides derrière un retranchement quel qu'il soit. Les couvents s'élevaient comme autant de citadelles. Les
bombes et les boulets dont ils étaient criblés , et les statues des saints mutilés et couchés à terre irritaient la fureur dévote du peuple et des soldats. Les deux sentiments qui fournissent le plus de prodiges à Thistoire , la religion et Tamour de la patrie y se trouvaient ainsi exaltés Tun par Tautre. Pour la première «fois le peuple espagnol , depuis Tabolition de ses Cortès, prononçait avec emphase le mot de liberté. C'était une conquête que la junte de Séville entreprenait avec plus d'ardeur que de discernement , dans Tabsence du roi prisonnier dont elle défendait la cause. Les Aragonais, sous Philippe II, avaient été les derniers défenseurs de la liberté des Cortès , et avaient fait plus d'un effort infructueux pour la ressaisir. L'Espagne ne compte point de peuple aussi fier, aussi robuste, aussi imposant par ses formes. La noblesse n'y offre point le caractère de dégénération qu'on remarque dans les deux Castilles. Palafox, dans ses proclamations ainsi que dans ses lettres aux généraux français, traite les Aragonais comme des fils de la liberté , et leurs ennemis comme des satellites du despotisme. Nul outrage n'excitait plus la colère de nos guerriers, car les plus anciens et les plus illustres portaient encore la République dans leur cœur.
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Trois maréchaux de TEmpire , Moncey , Lannes et Mortier, prirent part à ce siège , ou dn moins à Finvestissement de la ville. Lannes (car mon histoire est forcée ici de rétrograder à des événements antérieurs aux derniers exploits et à la mortdu héros tué à Esling), Lannes exerça le commandement suprême, et justifia un choix si glorieux par un rare mélange de vigueur, de v prudence et d'audace. Les assiégés recouraient à un mode de résistance qui paraissait aboli depuis l'invention de la poudre. Le siège de Lyon en avait seul offert un faible indice en 4793. Il fallait leur opposer un genre d'attaque non pas nouveau, mais d'une ténacité toute nouvelle. Jamais les Français n'eurent une telle occtision de signaler la vertu militaire qui leur manque le plus , la patience. Â peine avait-on pris un faubourg qu'il fallait le reprendre ; il en était à peu près ainsi de chacun des couvents devenus la principale défense de Sarragosse. On les criblait de bombes, sde boulets et d'obus ; on les attaquait par la sape et la mine, et quelquefois par l'incendie. A peine s'y était-on logé, que les assiégeants y devenaient assiégés à leur tour. On se battait au haut des clochers ; on se battait dans les caves : les mineurs et les contremineurs se livraient de terribles chocs
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dans de yastes souterrains. Tandis qu'on faisait la di£Bcile conqnète du couvent des Trinitaires, on voyait reprendre par Tennemi celui des Augustins ou celui de Sainte-Monique et de la Saiote-Eucharistie. Maîtres enfin de ces couvents si nombreux, si forts et si vaillamment défendus, les Français eurent encore un nouveau genre de siège à commencer : c'était celui des maisons et de ce qu'on appela îles de maisons, .car elles se trouvaient défendues par les décombres de celles qui avaient été renversées. Il fallut user ici d'une prudence extrême j car f alafox fit expier cruellement aux Français quelques actes d'imprévoyance. Une seule journée , une seule sortie leur causa une perte d'un millier d'hommes ^ et ils se virent forcés d'abandonner ce qui leur avait coûté cinq ou six jours à conquérir» Cependant ils réparaient leurs pertes par des. renforts qui ]eur étaient envoyés fidèlement. Le sort de celte guerre semblait tenir à celui d'une seule ville non fortifiée. Deux frères de Falafox firent de vains efforts pour pénétrer jusqulà lui. C'était tantôt Moncey, et tantôt Mortier et Suchet qui repoussaient les secours qu'imploraient les assiégés. Leur constance n'était point vaincue après vingt-deux jours où ils eurent à soutenir le siège
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de maison en maison ; mais Vépidémie exerçait^ dans la cité valeureuse, de plus cruels ravages que les boulets , les bombes et les obus. Cinquante-sept mille défenseurs de Sarragosse , y compris les habitants , avaient déjà succombé , et TAragon avait perdu l'élite de sa population belliqueuse , quand Palafox tomba malade et fut obligé de résigner son autorité à une junte. Les magistrats qui la composaient crurent enfin devoir céder à tant de calamités; mais il leur fallut s'envelopper de mystère pour pouvoir pénétrer jusqu'au camp des Français, et leur porter des paroles de soumission. La multitude , les moines et plusieurs nobles capitaines voulaient mourir jusqu'au dernier en perçant le dernier de leurs ennemis. Quand la capitulation fut signée, les mêmes magistrats n'osèrent rentrer dans la ville, et furent obligés de rester dans le camp français. Jamais entrée victorieuse ne fut plus lugubre que celle des Français dans cette ville dépeuplée de héros, mais où des squelettes décharnés faisaient encore lire dans leurs regards une haine indomptable. Cependant vainqueurs et vaincus devaient se porter une estime et une admiration réciproques. Une tempête de murmures répondit dans la ville au chant du Te Deum que firent enton-
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ner les maréchaux Lannes et Mortier, dans la cathédrale. Douze mille guerriers ou habitants armés furent faits prisonniers. Palafox, malade, partagea leur sort. 11 manqua à la gloire de Napoléon d'avoir su honorer un homme qui avait révélé à sa patrie opprimée un tel genre de résistance. Dans cet Elysée, où l'antique mythologie plaçait les illustres guerriers : les Léonidas, les Tbémistocle, les Camille et les Annibal , eussent reçu Palafox comme un de leurs frères; Napoléon n'en parla jamais qu'en des termes fort durs, qui voulaient approcher du dédain.
C'est à l'arme du génie qu'est dû le plus grand honneur de la prise de Sarragosse. Nombre d'officiers supérieurs y périrent; le général Haxo et le colonel, depuis général Rogniat, s'y distinguèrent entre tous. Mêmes éloges sont dus aux généraux Dessoles et Gazan.
Après l'héroïque défense de Sarragosse, la guerre de la Péninsule tombe pour quelque temps dans une confusion faite pour étourdir les plus intrépides lecteurs d'événements militaires. Celte relation devient surtout insupportable lorsqu'elle est entremêlée au récit des grandes campagnes de Napoléon dans l'Allemagne, la Pologne et la Russie. Dans celles-ci, on se sent à la fois éclairé et entrsuné par la
vigueur d'impulsion que le conquérant donne à son armée et par Tobéissance intelligente et intrépide de tous ses généraux. Des batailles^ dont le plan est si fortement arrélé, ne peuvent qu amener des résultats grandioses faits pour captiver l'imagination ; on croit lire de belles pages écrites par Hérodote, Tite Live, Plutarque ou Thistorien de Charles XIL C'est tantôt Alexandre, tantôt Ânnibal et tantôt l'infortuné héros de la Suède qui vous apparaît. Tout se complique dans la guerre de la Péninsule , point d'unité , point de force centrale ni dans Tatta^que, ni dans la résistance. Napoléon est à trois ou quatre cents lieues du théâtre de l'action; il s'obstine à une guerre qui l'ennuie, le tracasse et ne lui paraît plus bonne que pour ses lieutenants ; ses ordres arrivent tard , et quelquefois après l'événement qu'il a voulu conduire. Sa confiance paraît errer au hasard. Son amitié fraternelle pour Joseph, sentiment qu'il éprouve avec constance, et même avec tendresse, le porterait à lui décerner le commandement suprême de ses armées; mais il est forcé de reconnaître que ce frère n'a ni connaissance, ni qualité militaires. Il espère y suppléer en lui donnant pour tuteur Jourdan, ce vainqueur de Fleuras dont il a lui-même fait vieillir la
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gloire 9 en ne l'employant dans aucane de ses campagnes. Des généraux dont la renommée a maintenant plus d'éclat et n'a point été obscurcie psA" de cruels revers^ ne se soumettent qu a regret à lautorité de ce vétéran. De plus, ils n'aiment pas à se subordonner les uns aux autres. Us brûlent toujours pour la gloire de leur patrie 9 mais ils n'ont pas en moindre souci leur gloire personnelle. Soult et Ney s'approchent de trop près pour urètre pas accessibles à une rivalité inquiète , qui peut prendre quelque teinte de jalousie. Victor^ duc do Bellune , brûle à la fois de les atteindre et de les surpa^ ser ; Soult est celui qui réunit le plus grand en* semble de forces , et vers lequel la confiance semble le plus pencher. Ses rivaux l'accusent d'orgueil et d'ambition. Un ennemi trop habile , le duc de Wellington, soupçonne ou connaît cette mésintelligence; et nous verrons tout à l'heure comment il sut la fomenter^ soit par lui-même, soit par ses agents.
Portons maintenant nos regards sur les chefs de la Péninsule. Même défaut de concert; la généreuse Espagne semblait mériter un chef tei que fut Washington pour l'Amérique insurgée. Le ciel , qui voulait soumettre ce peuple à une plus longue et plus laborieuse épreuve , lui re*
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fusa le bienfait d'un général doué pour les combats d'une longanimité aussi savante , et d'un arbitre aussi respecté dans les guerres civiles qui suivirent de trop près le triomphe. Castaiios avait trop faiblement soutenu la gloire du combat de Baylen y et même on lui en refusait la part principale. Palafox était prisonnier ; la junte de Séville possédait de brillants orateurs , tels qu' Arguellès et Martinez de la Rosa ; mais ce n'étaient point des hommes de guerre. Quant aux chefs des guérillas , quoiqu'ils rendissent d'importants services à la cause commune^ ils appelaient peu de considération par un genre de guerre qui a toujours de l'affinité avec le brigandage; car on y vit aux dépens de l'ami, comme à ceux de l'ennemi même. Les guerres d'invasion appellent trop ce genre de fléau propre à nous ramener à l'état de barbarie, et c'est une raison de plus , pour la philosophie, de maudire les conquêtes. Plusieurs de ces chefs de guérillas méritaient de trop graves reproches par une férocité insupportable à de nobles âmes. Rien ne ressemble plus aux arrêtés des plus sanguinaires proconsuls de la Con* vention, que ceux de Minai le plus renommé de tous ces chefs. Un autre s'était fait connaître sous le titre de l'Implacable. Le curé Mérino
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n'était guère moins inflexible. Cependant ces guérillas valaient mieux , pour le secours de TEspagne^ que des armées régulières qui, en rase campagne , se ressentaient trop des habitudes africaines, et se faisaient trop peu le scrupule de fuir, dans Tespoir, assez iocerlain, de se rallier. Une bataille avait-elle été perdue par les Espagnols ? Tarmée s'éparpillait en un nombre infini de guérillas qui venaient tomber comme des Cosaques sur les vainqueurs, les harcelaient par des escarmouches, savaient souvent surprendre leurs bagages , et les massacraient s'ils parvenaient à les envelopper dans quelque embuscade. Voilà ce qui rendait peu décisives des victoires qui , remportées sur tout autre peuple, auraient eu pour résultat la possession de vastes provinces ou d'un royaume. D'un autre côté , un mode de résistance tellement irrégulier semblait devoir éterniser la guerre, et lui donnait un caractère plus sauvage. Un grand principe de désunion et de faiblesse existait dans le caractère des trois peuples qui nous combattaient dans la Péninsule. La haine héréditaire qui régnait entre les Espagnols et les Portugais s'était amortie , sans doute , dans l'intérêt de la cause commune; mais elle se refusait à un concours aussi actif que l'eût de-
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mandé Turgence du péril. Quant aux Anglais, ils étaient frappés , pour ces deux peuples dévots , du stigmate de l'hérésie. Cependant leurs guinées attiédissaient ce scrupule , puis le caractère ferme et mesuré du duc de Wellington , sa tactique habile, et les succès qui relevaient, sur le continent, l'honneur des armes d'Angleterre, lui valurent par degrés un ascendant suprême, d'où résulta le salut de la Péninsule. Je me trompe, il faut lui assigner une cause première , la fatale campagne de Moscou.
L'armée française, après avoir soumis cette terrible ville de Sarragosse , entreprit le siège de Gironne, dont la garnison lui opposa une vive et longue résistance. La valeur espagnole était dans tout son lustre tant qu'il s'agissait de se défendre dans une forteresse. Celle de Gironne n'était que du second ordre. Le siège de cette place, quoique conduit avec vigueur et habileté, fut meurtrier; mais elle capitula, ainsi que le fort de Rozas et quelques autres. Comme on croyait n'avoir plus rien de grave à redouter de la jCatalogne et de l' Aragon , on brûlait de se porter sur l'Andalousie, pour y venger l'affront et le désastre de Baylen et s'emparer enfin de Cadix, ce qui eût paru décider la soumission de toutes les Espagnes.
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Cependant rien n'était moins assuré que la position de notre armée dans la Catalogne et l'Ara^ gon. Dans la première de ces provinces^ chaque bicoque devenait une forteresse et demandait un siège. Les Espagnols trouvaient dans ce mode de guerre le plus sûr exercice des vertus militaires qui leur étaient propres , c'est-à-dire la sobriété et la patience ^ Tune et l'autre portées jusqu'à rhérolsme. La plus vieille muraille leur tenait souvent lieu d'un ouvrage fortifié par Cohom ou Yauban. Les miraculeuses vic«* toires de Bonaparte en Italie et en Prusse avaient rendu les sièges rares et courts. Mantoue^ presque seule^ avait fourni une grande épreuve à sa constance et à son génie. Il se forma dans notre armée d'Espagne un homme qui excella dans ce genre de guerre et dans l'administration des pays conquis; c'était le maréchal Suchet. Mais l'histoire peut diffîcile*ment le suivre dans le détail compliqué de ces entreprises partielles.
La frontière du Portugal présentait encore des difficultés plus sérieuses : c'était Tentreprise qu'avait commencée Napoléon , lorsqu'il en fut détourné par les armements de l'Autriche. Ne pouvant plus la conduire par lui-même , il l'avait confiée à trois généraux éprouvés : Soult^
Ney et Victor. Chacun d'eux devait partir d'un point différent , pour se réunir sous les murs de Lisbonne. Soult s'ébranla le premier de la Corogne et renversa tout obstacle en se portant sur l'importante ville d'Oporto. C'était de Talavera de la Reyna que Ney devait le seconder, ainsi que Victor, en débouchant par Salamanque. Ni l'un ni l'autre ne mit la même diligence ou ne rencontra la même facilité. D'ailleurs un tel plan était d'une exécution bien difficile , car ces trois corps devaient agir à de trop grandes distances ; un échec éprouvé par l'un d'eux ruinait l'espoir des autres, et devait le compromettre dans ses plus brillants succès.
Ici se place une intrigue qui offre un épisode plus bizarre qu'important dans l'histoire de la guerre de la Péninsule. Notre armée d'Espagne souffrait de se voir délaissée, ou du moins froidement récompensée, tandis que toutes les faveurs pleuvaient sur les troupes que Napoléon commandait en personne. Quelques officiers, d'un esprit intrigant et brouillon, s'agitaient pour faire entrer leurs généraux dans leurs mécontentements. L'un d'eux , qui se nommait d'Argenton, conçut la folle idée de faire offrir la couronne de Portugal au maréchal Soult par les Portugais eux-mêmes, ainsi que les nobles suédois avaient
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disposé de celle des Gustave en faveur de Bernadotte. ((Des généraux, riches d'exploits et de conquêtes, disait d'Ârgenton, devaient-ils se laisser sacrifiera une famille totalement inconnue dans les camps, à ces frères de TEmpereur, Joseph, Louis et Jérôme, qui, dans Tordre civil, n'ont encore qu'un lïiérite très-vulgaire , et Tun d'eux , Jérôme, nul mérite? La France doit-elle épuiser ses trésors et sa population , et Tarmée , les dernières gouttes de son sang, pour placer des couronnes sur la tète de ces personnages? Cette concentration de puissance est un juste sujet d'alarmes pour l'Europe ; elle s'effrayerait moins de voir ces couronnes distribuées par le choix des peuples à des chefs valeureux, qui répondraient de leur indépendance et qui pourraient difficilement n'obéir qu'aune même politique, qu'à un même intérêt. On pourrait ainsi faire un partage de la Péninsule, et l'Angleterre y souscrirait si elle y trouvait non-seulement sécurité , mais accroissement pour sa puissance maritime. »
Un tel plan fourmille d^absurdités. C'était renouveler la sanglante anarchie des successeurs d'Alexandre , et cela lorsque notre Alexandre vivait et étendait au loin ses triomphes. 11 s'agissait d'y faire consentir d'abord le maréchal
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SouUy ensuite les grands guerriers ses compagnons et ses rivaux > puis la nation portugaise, et enfin F Angleterre. Maie, d'un autre côté, on jetait ainsi un brandon de discorde entre les généraux qui s'avançaient pour la conquête du Portugal* Considéré sous ce point de vue, ce plan pouvait sourire au duc de Wellington, aussi habile politique que guerrier consommé. Il parut s'y prêter avec quelque complaisance, ainsi qu'on en a le témoignage dans deux lettres officielles qu'il adressa à lord Castelreagh, et qui ont été publiées depuis. Il faut ajouter que les journaux anglais saisirent avec avidité cette occasion de susciter des haines et des troubles dans l'armée française; ils allèrent jusqu'à forger une proclamation du maréchal Soult, dans laquelle ce guerrier prenait le titre de roi de Portugal. Cependant les lettres du duc de Wellington mettaient encore en doute la question de savoir si ce maréchal voudrait entrer dans cette intrigue. 11 serait assez oiseux et surtout fort difficile d'en pénétrer le mystère, puisqu'il n'ofifre rien de sérieux. Faute de documents authentiques, j'émets ici une conjecture qui peut être hasardée. Cet Anglais, sir Robert Wilson, que dans la campagne de Moscou nous avons vu agir avec une haine si furieuse
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contre Napoléon, était, à Tépoque dont je parle, et même deux ans auparavant, en Portugal, où Tavait conduit cette même passion contre le conquérant. 11 s'y était fait le chef d'un corps de partisans qui se portait, dii*on, à huit mille hommes. Ne pouvait-il pas avoir été l'inventeur de cette intrigue qui lui eût fourni de si terribles armes contre l'objet de sa détestation? Bientôt on vint rapporter au duc de Wellington que l'armée du maréchal Soult était divisée en deux camps ennemis, dont l'un voulait le créer roi de Portugal, et l'autre, s'emparer de sa personne pour le livrer à la juste sévérité de l'Empereur. C'était une fable nouvelle; l'Empereur connut, par les journaux de Londres, cette intrigue, en démêla lartifice et continua sa confiance au maréchal Soult. D'Argenton expia seul une intrigue si coupable et si voisine du délire.
Cependant Soult après sa marche sur Oporto, ne recevant point de nouvelles ni de Ney ni de Victor, et voyant se réunir contre lui toutes les forces de l'armée anglaise secondée par les trou* pes nombreuses, mais irrégulières des Portugais, se trouvait dans une situation aussi embarrassée, aussi extrême que celle où le vaillant Junot avait été forcé d'abandonner le Portugal.
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Soult^ en fulminant contre les généraux qui ne Tavaient point secondé^ jugea Turgence de son péril ; et pour échapper à une capitulation qui eût souillé ses lauriers ^ se détermina à une difficile et brusque retraite sur le point d'où il était parti, c'est-à-dire sur la Corogne. Il l'effectua au prix d'un pénible sacrifice, celui d'une grande partie de son artillerie, à laquelle il ne put faire traverser les montagnes. Ces événements se passaient à 4a fin de juin 1809.
Dégagé d'un ennemi si dangereux, et maître plusique jamais du Portugal, Wellington usa d'une grande célérité pour se porter contre le corps d'armée du maréchal Victor, qui, fidèle à ses instructions, s'avançait à travers mille embarras dans l'Estramadure, pour seconder les opérations de Soûl t. Ce général se trouvait fort compromis à son tour. L'armée anglaise, forte de vingt-deux mille hommes, venait de recevoir le renfort d'une armée espagnole de trente-cinq mille hommes, troupes irrégulières et peu exercées à tenir en lignes de bataille. L'armée de Victor était fort inférieure en nombre , lorsqu'elle reçut un puissant renfort que lui amenait le roi Joseph, dirigé par le maréchal Jourdan. Victor qui voyait son armée portée à quarante-deux mille hommes se déter-
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mina à prendre l'ofiFensive. Wellington Tattendait dans une forte position près de Talavera de k Reyna. La bataille s'engagea le 28 juillet 1 809. JourdaU; Victor et le général Sébastiani y soutinrent leur renommée. A une attaque furieuse Wellington opposa une défense obstinée. Lé roi Joseph prit une part honorable à Taction. Les Anglais ne purent être forcés dans leurs lignes, mais ils y éprouvèrent une perte avouée par eux de cinq mille hommes, c'est-à-dire à peu près le quart de leur armée. Après avoir couché deux jours sur le champ de bataille , Wellington crut devoir se retirer sur Badajoz. Talavera de la Reyna fut une de ces batailles indécises que les nations belligérantes célèbrent également par une joie fanfaronne. J'avais donné par anticipation le titre de duc de Wellington à sir Arthur Wellesley pour éviter la confusion que deux noms qui désignent un même personnage jettent dans l'esprit du lecteur, dans un récit surchargé de noms propres. Il ne se piqua point de l'orgueil de rendre sa victoire plus certaine et plus éclatante par la vivacité de ses opérations. Le roi Joseph et nos généraux profitèrent avec ardeur de l'inaction momentanée, mais suspecte de leur ennemi. L'exaltation était d'autant plus grande cher ce faible roi, qu'il
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avait été près d^abandonner encore une fois Madrid pour se retirer sur la ligne de TÈbre. La campagne de 1810 s'ouvrit avec un grand éclat pour les armées françaises. Bravant les dangers qu'elles pouvaient encore courir à Test ou à Touest , elles s'avancèrent intrépidement^ Tune dans le royaume de Valence , sous la conduite de Suchety et l'autre dans l'Andalousie, sous celle du maréchal Soult. Elles allaient enfin goûter non le repos, mais la récompense de leurs intolérables fatigues : elles sortaient de ces deux Castilles d'un aspect si morne et où chaque maison, chaque rocher, chaque haie leur faisait craindre une embuscade. L'imagination des soldats et surtout des officiers était réjouie par le délicieux jardin du royaume de Valence, qui semble l'objet de toutes les complaisances de la nature, et que les Maures ont enrichi de toutes les merveilles de leur industrie agricole. Des bois d'orangers et de citroniers, de magnifiaques groupes de palmiers , les richesses et les agréments d'une flore favorisée d'un beau soleil et de la douce haleine des vents , des prairies où l'herbe luxuriante reçoit le bienfait de savantes irrigations , des champs couverts de riches moissons, l'élégance mauresque des maisons dans les villes et quelquefois dans les vil-
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lages^ faisaient respirer quelque temps nos guerriers au sein de Tabondance; des parfums et d'une joie qui semblait renaître d'elle-même et comme un fruit du sol. Les démonstrations peu hostiles que Ton trouvait dans la campagne donnaient T espérance et favorisaient le bruit qu'un parti ami des Français s'était formé dans Valence. Mais , en approchant de cette ville^ tout vint détruire cette illusion* Elle présentait les préparatifs d'une vigoureuse défense. Le prudent général ne voulut pas tenter cette entreprise avant d'avoir soumis dans l' Aragon et même dans la Catalogne des places qui lui restaient à conquérir, telles que Tortos, Lérida^ cet écueil du grand Coudé, et surtout la place importante de Tàrragone. Ces différentes opérations furent conduites avec un art consommé et la valeur la plus brillante. Tàrragone, prise d'assaut à la vue d'une escadre anglaise qui ne put lui porter secours , éleva très-haut la gloire de Suchet, qui reçut le bâton de maréchal. Il y mit le sceau par les soins qu'il prit pour arrêter la fureur des soldats exaspérés par la-résistance opiniâtre de Tàrragone. Sa modération, fertile en soins ingénieux, en ménagements habiles , obtint un genre de succès que tous les autres généraux purent lui envier. Chez
lui y levage administrateur fit oublier au peuple le conquérant.
11 en coûtait à Soult plus d'efforts pour s'avancer dans cette Andalousie tout à l'heure si fatale à l'honneur de nos armes. Il en triompha dans des rencontres multipliées ^ revit sans péril, mais non sans une profonde tristesse , le champ de Baylen , et de victoire en victoire , pénétra jusque dans Séville, d'où il fit fuir les Cortès, qui depuis trois ans disputaient à Napoléon l'empire de l'Espagne. Je doute fort que Capoue ait offert aux vainqueurs de Cannes autant de délices que cette ville , le diamant de l'Espagne, la fleur de l'Andalousie , berceau des galanteries romanesques, où la civilisation européenne forme alliance avec lo luxe oriental. La beauté des dames andalouses, un climat ou tout parle d'amour, des habitudes religieuses qui semblent le combattre et qui souvent l'exaltent; ces scènes de balcons, ces mandolines, ces romances où l'on paraît invoquer le mystère jusque dans ces sérénades où l'on s'en dégage , semblaient faites pour appeler un retour de la galanterie française , même au milieu d'une guerre fei acharnée. Mais d'après les récits que j'ai pu recueillir, on y sacrifia beaucoup .plus à de brusques voluptés qu'à l'amour. Je voudrais
n'avoir point à parler d'une odieuse scène qui signala l'entrée des Français dans la ville de Malaga. Des dames de toutes conditions, de jeunes filles sous la conduite de leurs mères ou de leurs maîtresses de pension s'étaient ren-dues au bain dans une aveugle sécurité. Des soldats français assaillirent ce lieu qui leur était interdit par les lois de Thonneur, et y goûtèrent des plaisirs de sauvages.
Le séjour des Français dans Séville ne fut pas prolongé: Cette ville s'était promis d'imiter l'exemple de Sarragosse. Elle se défendit sans doute avec courage , mais elle n'eut pas recours aux mesures extrêmes d'un désespoir patriotique. Après sa soumission tout devint paisible el plus que jamais régulier dans ce pays fortuné. Les combats de taureaux qui font les sauvages délices de toute l'EspagnC; les jeux et les danses où ce peuple porte tant d'ivresse , reprirent leur cours non-seulement en présence de nos soldats , mais dans leur société. Ce fut un entr'acte trop court au milieu d'une guerre si furieuse; la haine dormait, mais n'était pas étouffée. La jalousie des époux, la trop juste défiance des nières ne pouvaient tarder à la rallumer.
Le maréchal Soult se souvint de la leçon
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sévère qu'avait reçue Annibal et se hâta de se présenter jusque devant Cadix. Mais les Anglais Vy avaient précédé avec une escadre assez puissante et un corps d*armée sous la conduite de Béresford. Les Cortès se sentirent fortement appuyées dans une ville que sa situation et de puissants vaisseaux rendaient presque inexpugnable. Jamais elles ne montrèrent tant de résolution , tant d'orgueil. Au bruit de l'artillerie qui foudroyait leurs murs^ elles travaillaient, en se prévalant de l'absence de leur roi, à une constitution où , dociles à imiter notre Assem-* blée constituante, elles avaient fait trop dominer l'élément démocratique. Cependant la foi monarchique régnait encore dans leur cœur. Elles se dévouaient pour la cause de Ferdinand YII, qui n'avait guère d'autre titre à leur intérêt que ses malheurs et la déloyauté de son ennemi. Tous les nobles cœurs sont indignés de la manière dont il témoigna depuis sa reconnaissance aux Arguellès, aux Martinez de la Rosa.
Napoléon, flatté de ses succès, ne s'endormait pas cependant sur les périls qu'avait à craindre en Espagne une armée qui étendait si loin des conquêtes mal appuyées. Il pressentait que Wellington cantonné dans l'Estramadure et grossissant son armée anglo- lusitanienne par les
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nombreux débris des armées espagnoles ^ sortirait de son inaction^ et qu'après s'être assuré d'un point d'appui tel que l'importante place de BadajoZy il ferait irruption sur le corps d'armée de Soult, déjà obligé de convertir en blocus le siège de Cadix.
La guerre d'Autriche était terminée; ce fut à Masséna que l'Empereur confia le soin d'une nouvelle expédition sur le Portugal. Wellington ne se dissimula point tout ce qu'il avait à craindre du héros d'Essling. Résolu de lui opposer les plus forts retranchements, il ne craignit point de laisser la campagne ouverte à son ennemi et fit construire , avec toutes les précautions et toutes les ressources de l'art, des fortifications dans un lieu bien défendu par la nature. C'étaient celles de Torres-Vedras qui couvraient les approches de Lisbonne. Masséna s'avançant dans ce Portugal jusque-là si malencontreux pour nos armes^ se félicita de voir Wellington sortir de ses retranchements pour marcher à sa rencontre. L'action s'engagea bientôt à Busaco. Ce fut encore une bataille indécise comme celle deTalavera. Masséna se voyant en présence d'un général renommé par sa circonspection ne l'attaqua point d'abord avec son impétuosité ordinaire. Obligé de changer son point d'attaque ,
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il n'obtint qu'un succès incomplet, et Wellington se retira sans y paraître forcé ; il lui convenait mieux de soutenir le choc décisif dans ses lignes de Torres-Vedras. Masséna, peu confiant dans sa victoire équivoque , décela un peu d'hésitation pour s'approcher de ces lignes redoutées, essaya en vain pendant plusieurs jours de les tourner ou de les emporter de vive force, et l'armée française eut à dévorer le regret d'une troisième retraite nécessairement accompagnée d'assez grands désordres.
Wellington profita de son succès pour traverser rapidement le Portugal, désormais à l'abri de toute attaque. Son dessein était d'inquiéter le maréchal Soult dans l'Andalousie; mais il différait encore d'aller le chercher jusque sous les murs de Cadix. L'île de Léon était trop bien fortifiée , trop vaillamment défendue par terre et par mer pour que Cadix courût aucun danger. L'éloignement des Français promettait aux Anglais de faire le siège de Badajoz. Ainsi les alliés , après avoir vu tomber successivement toutes leurs citadelles au pouvoir des Français^ redevenaient assiégeants à leur tour. C'était pour eux un favorable indice d'un retour de fortune. Cette place dont les fortifications étaient renommées , était défendue par quatre mille
Français sous les ordres du général Philippon , mais elle était mal approvisionnée en munitions et en vivres. Soult se hâta de marcher à son secours , et réussit d'abord à faire reculer Wellington. Mais celui-ci reçut bientôt des renforts qui lui permirent de reprendre le siège et de le pousser avec ardeur et succès. Les remparts offraient de nombreuses brèches , et Wellington ordonna un assaut dont le succès fut tel que le général Philippon et trois mille Français se rendirent prisonniers.
A dater de ce jour tout change pour les Français dans la Péninsule. La campagne de 1811 suffit pour leur enlever le prix de tant de conquêtes si ardemment disputées depuis cinq ans.
Les fatigues et surtout le chagrin avaient affaibli la bouillante activité de Masséna. Témoin de désordres qu'il ne réprimait plus qu'avec mollesse , il demanda son rappel. Un général chéri de l'Empereur et distingué par des faits mémorables fut nommé pour lui succéder. C'était le maréchal Marmont. Ami d'une discipline sévère^ il fut consterné en voyant les ^continuelles infractions qu'elle recevait dans cette armée. Napoléon , préoccupé de sa cani'* pagne de Russie^ et prévoyant combien l'issue en pouvait être fatale ; tirait chaque jour de ses
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armées d'Espagne des régiments d'élite. Celle de Masséna était la plus afiEaiblie* Le noureaii général^ Marmont, exposa avec franchise à TEmpereur une situation qui lui inspirait les alarmes les plus vives et demanda en vain son rappel. Il fallut tenir tète à un ennemi fier de ses derniers succès^ mais qui n'en usait qu'avec une sage lenteur. Une confiance exaltée régnait alors dans le camp des Anglais ; Wellington , par la prise de BadajojE et surtout par la retraite de Masséna, venait de conquérir en Espagne l'auto^ rite d'un généralissime, on pourrait presque dire d'un dictateur. Londres était ivre de joie d'avoir vu un si grand homme de guerre reculcor devaat son héros. L'ofEgnsive était tellement dans le génie Aational de nos armées et lui avait &it opérer tant de prodiges, que Blarmont, ntalr gré l'infériorité de ses forces, n'hésita poiat à y recourir pour retremper l'héroïsme de ae^ aoldats. Il venait de concevoir une de ces manœuvres hardies dont il avait appris le secret auprès du grajoid maître de la gu^re^ et donnant un nouvel essor à sa confiance, il virat cher<cher Wellington dans ses ralranchements dea Âropyles auprès de JSalamanque* La résisUttoe £ut vive et sagement ordcAttée. Marmont vit dès les premiers miNiieats que le salut de l'armée
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éUtit dans le plus bouillant courage; il en donna l'exemple et se précipita à la tète de sa colonne d'attaque. Je répugne à employer le mot de fatalité , mais Thistorien se voit presque forcé d'y recourir quand il s'agit du général Marmoutf qui lui-^méme s'est nommé TOEdipe de la révo* lution. Il en subit ici les premiers eoups. A peine commeacait-il à s'ouvrir les rangs ennemis, qu'il fut blessé grièvement au bras et obligé de se retirer du champ de bataille* La eolonne qu'il commandait s'ébranla et le reste d» l'armée reçut le contre-coup de ce premier malheur. La manœuvre que Marmout avait jconçue pour tourner l'ennemi ne put être exécutée ou fut peut'-ètre mal comprise* La bataille dégénéra ei3t combats partiels où ne régnait plus d'ensem^ Ue; pour tout dire , dès le premier moment, c'était unis bataille perdue. Les Français venpai^^Kt leurs pertes dans le sang de leurs enne* m»i mais ne v0yaj;eBt plus jour à la victoire* U n'y «ut point de déroute , mais l'armée était r0iiipu*e« Les généraux furieux ne se batt^ienl plw q»'en soUat»» On perdit de l'ar UUerie et jtes h»gs^fiB^ etmUe fois 1^ nombre des bojnines mi» bor^4e cafiab«t<surpassa mlux d^sAnglai». Cette fatajl^ nouvelle vint porter la consjterr wAim 4ibM Jia ^ur d^ Madrid» Jojaepb »§ décida
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bientôt à sortir de ce séjour maudit où , même au sein de la victoire, il avait éprouvé tous les genres de tribulations qui peuvent blesser l'orgueil d'un monarque. Le faible parti qui lui restait attaché, et qui fut longtemps proscrit sous le nom d'Afrancesados, ne vit plus de salut que dans la fuite la plus prompte. On fit à cette capitale , ou plutôt à toutes les villes que Ton abandonnait, des adieux où une cupidité sans frein se colorait de vengeance. Ces magnifiques et taciturnes palais de l'Escurial, d'Aranjuez, de la Granja, sont dépouillés des plus précieux ornements du luxe royal de Charles- Quint et de Philippe II. On fait la guerre à l'art, au génie , on la fait beaucoup plus à l'or. Montézuma et les Incas sont vengés après trois siècles de la cupidité de leurs vainqueurs. Je trace , à regret un tel reproche contre d'illustres représentants d^une génération héroïque. On se troyait autorisé par les lois de la guerre. Les Romains, fussent-ils des Scipion, des Marcellus, des Paul-Émile , tenaient à grand honneur d'orner leur triomphe de ces dépouilles splendides; mais de tels usages doivent être ou modérés ou abolis dans un siècle , dans un pays qui se vante de tenir les rênes de la civilisation.
Ce butin ne devait pas rester longtemps au
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pouvoir des envahisseurs. La fortune irritée les attendait aux champs de Vitoria. Joseph y perdit une grande partie des dépouilles qui embarrassaient et tachaient sa retraite. Cependant il lui resta encore plus de richesses qu il ne convenait à un homme d'un caractère doux et modéré; dont la royauté éphémère avait traversé et désolé TEspagne.
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