LIVRE XXIX. — DEC
bataillons de dépôt, dont on pouvait former une division de trois à quatre mille hommes, très-suffisante pour occuper Pampelune et contenir la Navarre. Ces bataillons, au .nombre de cinq, appartenaient aux 15*, 47", 70*, 8G* de ligne. Un bataillon suisse, cantonné dans le voisinage, offrait le moyen de les porter à six. Napoléon ordonna de les réunir immédiatement à Saint-Jean-Pied-de-Port , sous le commandement du général Mouton, et d'y ajouter une compagnie d'artillerie à pied. Quant à la division de Perpignan , il en chercha les éléments en Italie même. Il avait là des régiments lombards et napolitains, bons à employer sous le climat de l'Espagne, mais ayant besoin d'apprendre la guerre à l’école des Français. La rentrée des troupes auxiliaires dans leur pays permettait de disposer surle-champ d’une partie des régiments italiens placés le plus près de France. Napoléon prescrivit donc à quatre bataillons italiens, trois résidant à Turin, un à Gènes, de s'acheminer sur Avignon. Un beau régiment napolitain, que. son frère Joseph lui avait déjà envoyé pour l’aguerrir, se trouvait près de Grenoble. Môme ordre lui fut adressé pour Avignon. Quatre escadrons lombards et napolitains, formant 6 ou 700 chevaux, avec plusieurs compagnies d’artillerie, furent dirigés sur lo môme point. I*c régiment français qui sortait de la place de Braunau, restituée aux Autrichiens, traversait les Alpes pour rentrer en Italie. Sa route fut tracée de manière à l’envoyer dans le midi de la France. Enfin les cinq régiments de chasseurs et les quatre régiments de cuirassiers, transportés l’hiver dernier d’Italie en Pologne, avaient leurs dépôts en Piémont, dépôts bien fournis d’hommes et de chevaux comme tous ceux de l’armée. Napoléon en tira encore deux belles brigades de cavalerie, qui formèrent sous le général Bessières une division de 1,200 chevaux. En joignant à ce s troupes quelques bataillons français ou suisses résidant en Provence, il était possible de réunir à Perpignan un corps de 10 à 12 mille hommes pour la Catalogne.
Ces dispositions prescrites pour les troupes qui ne devaient pas encore passer les Pyrénées, Napoléon ordonna un nouveau mouvement & celles qui les avaient déjà franchies. Il enjoignit au général Dupont, dont une division s’était avancée jusqu'à Vittorin, de mettrp en mouvement les deux autres, de manière à les avoir toutes trois réunies entre llurgos et Yalludolid dans les premiers jours de janvier, avec apparence de se diriger sur Salamanque et Ciudad-Rodrigo, c’est-à-dire sur Lisbonne, mais avec la précaution d'observer le pont du Douro sur la route de Madrid, afin d’être prêt à s’en emparer nu premier besoin. Il prescrivit au maréchal Moncey d’occuper avec le corps des côtes de l’Océan les positions laissées vacantes par le général Dupont, et de porter l’une de ses divisions vers Yittoria. Ces mouvements ne pouvaient pas sensiblement augmenter les ombrages de la cour d'Espagne, puisqu'ils avaient lieu sur la route de Lisbonne. Pour les rendre plus naturels encore, Napoléon fit adresser par M. de
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Bra u harnais au ministère espagnol les avis les plus alarmants sur une agglomération de forces anglaises à Gibraltar : agglomération très-réelle d’ailleurs, et nullement supposée; car on venait d’apprendre que le gouvernement britannique faisait évacuer la Sicile presque entièrement, et se disposait à envoyer en Portugal les troupes revenues de Copenhague. Il pressa vivement le cabinet espagnol de pourvoir à la garde de Ceuta, de Cadix, du camp de Saint-Roch, des Baléares, et, tout en lui donnant des avis utiles, il ajouta ainsi à la vraisemblance des prétextes allégués pour l’introduction de nouvelles troupes françaises en Espagne.
Napoléon avait bâte d'expédier les affaires d’Italie pour revenir à Paris, d’où il pourrait veiller de plus près à l’objet de ses constantes préoccupations. Néanmoins il était une question qu’il aurait été plus en mesure de résoudre à Paris qu’à Milan, parce qu’il y aurait été entouré de plus de lumières, et sur laquelle cependant il ne voulut pas remettre sa décision d'un seul jour. Cette question était relative aux dernières ordonnances du conseil, rendues le 11 novembre parle gouvernement britannique, surin navigation des neutres. Par ces ordonnances, l’Angleterre venait de s’engager davantage encore dans le système de la violence, et Napoléon, comme on le pense bien, n'entendait pas rester en arrière. A un coup fort rude, il avait à cœur de répondre immédiatement par un coup plus rude encore. On connaît les pas déjà faits dans cette voie funeste. A la prétention de saisir la propriété ennemie jusque sous le pavillon neutre, et d’appliquer le droit de blocus à de vastes étendues de côtes qu’il était matériellement impossible de bloquer, Napoléon avait répondu d’abord par l'interdiction au commerce anglais de toutes les côtes de l’Empire et des pays soumis à son influence; puis, son irritation croissant en proportion des violences de l'amirauté, il avait, par les fameux décrets de Berlin, déclaré les lies Britanniques en état de blocus, défendu le commerce des marchandises anglaises dans tous les lieux où il dominait, ordonné partout leur saisie et leur confiscation, et annoncé que tout vaisseau qui aurait touché soit à l’un des trois royaumes, soit à l’une des colonies anglaises, serait repoussé des ports appartenant à la Franco ou dépendant de sa volonté. Divers décrets réglementaires avaient imposé aux biUimcnts chargés de denrées coloniales, l’obligation de porter avec eux des certificats d’origine délivrés par les agents français. Toutes marchandises privées de ces certificats étaient sujettes à confiscation. L’alliance conclue avec la Russie et avec le Danemark, l'adhésion promise de l'Autriche, l'obéissance assurée des deux gouvernements de la Péninsule, allaient étendre nu continent entier ces redoutables dispositions.
L’Angleterre avait fini par s’apercevoir que le système des interdictions poussé à outrance lui était plus préjudiciable qu’à la France, car elle avait encore plus besoin de vendre que le continent d’acheter; que les denrées