LIVRE XXIX. — DÉC
coloniales, dont elle avait opéré l'accaparement presque général, puisque sa marine arrêtait sous divers prétextes jusqu'aux bâtiments des États- Unis eux-mêmes, resteraient invendues dans ses magasins; que ses produits manufacturés subiraient le même sort; qu’elle souffrirait sous le rapport de l’importation autant que sous celui de l'exportation, car elle ne pourrait recevoir certaines matières premières qui lui étaient indispensables, telles que les laines d’Espagne et les munitions navales du Xord; que dans cet état du commerce la France aurait beaucoup moins à se plaindre, car elle fournirait au continent les étoffes que ne fourniraient plus les manufactures anglaises; que, relativement aux denrées coloniales, il lui en arriverait ou par la course, ou par les navires échappés aux croisières, une certaine quantité, qu’on lui ferait payer fort cher, il est vrai, mais qui suffirait à ses besoins; et qu’après tout la cherté du sucre et du café n’entraînerait jamais pour la France des inconvénients aussi grands que ceux qu’entraînerait pour l’Angleterre la suppression de tous les échanges. Le cabinet britannique avait donc abandonné son système d’exclusion , et il avait imaginé de faciliter le commerce général, mais en le forçant & passer tout entier par la Grande-Bretagne, et en le constituant de plus son tributaire. En conséquence il avait décidé, par trois ordonnances du conseil, datées du 11 novembre 1807, que tout navire appartenant à une nation qui ne serait pas en guerre déclarée avec la Grande- Bretagne, fut-elle plus ou moins dépendante de la France, pourrait entrer librement dans les ports du Hoyaume-l ni ou de ses colonies , se rendre ensuite où il voudrait, moyennant qu’il eût louché en Angleterre, pour y porter des marchandises ou en recevoir, et qu’il y eût acquitté des droits dédouané équivalant en moyenne à 25 pour cent. Tout bâtiment, au contraire, qui n’aurait point touché aux ports de la Grande-Bretagne, et aurait dans ses papiers des certificats d’origine délivrés par des agents français, devait être saisi et déclaré de bonne prise. De la sorte les navires de commerce (autant du moins que peuvent s'exécuter des lois violentes sur l'immensité des mers) étaient contraints, de quelque pays qu’ils vinssent, ou de s’arrêter en Angleterre pour y payer des droits , ou d’aller s’y approvisionner de denrées et de marchandises anglaises. Tout commerce devait donc passer par les ports anglais, toute marchandise en venir ou y acquitter des droits. Grâce à ces prescriptions, les Anglais avaient un moyen certain de nous envoyer leurs denrées coloniales, qui ne portaient pas en elles-mêmes, comme les toiles de coton, par exemple, la preuve de leur origine. Us appelaient en efTet dans la Tamise les bâtiments neutres, les chargeaient de sucre et de café, puis les convoyaient jusqu'à la vue de nos cotes, afin de leur épargner la visite, et les introduisaient ainsi dans nos ports ou ceux de Hollande, munis de faux papiers, qui les faisaient passer pour neutres, venant directement d’Amérique.