LIVRE XXXIII. — MOV
avec 24 mille fantassins, 2 mille artilleurs, 4 mille cavaliers, sur Cas la nos et Palafox, et de les refouler sur les baïonnettes du maréchal Ney.
Les deux maréchaux commencèrent immédiatement l'exécution du mouvement qui leur était prescrit. Le maréchal Ney, parti d’Aranda le 19, arriva le 19 au soir à San-Kstevan, le 20 à Berlanga. S’il était tonjours difficile d’éclairer sa marche en Espagne , la difficulté augmentait encore en quittant la grande route de Madrid, et en s’enfonçant dans le pays montagneux de Soria , à travers cette chaîne qui s’élève intermédiairement entre les Pyrénées et le Guadarrama. (Voir la carte n°43.) 11 fallait prendre ces montagnes à revers pour venir tomber sur l'Ebre, et saisir Castanos par derrière. En avançant dans ce pays moins fréquenté, et où naturellement dominaient avec plus de force les vieilles mœurs de l’Espagne, le maréchal Ney devait rencontrer un peuple plus hostile, moins communicatif, et être exposé plus qu’ailleurs aux faux renseignements. Les habitants fuyaient à son approche , et laissaient l’année française vivre de ce qu’elle enlevait , sans songer à demeurer sur les lieux , pour diminuer le dommage en lui fournissant ce dont elle aurait besoin. Ceux qui restaient, fort peu nombreux, parlaient avec emphase des armées de Castanos et de Palafox, que les uns portaient à 60, les autres à 80 mille hommes. Chacun dans ses récits leur assignait un quartier général différent. On ne disait pas si Castanos se retirait sur .Madrid , et si, au cas où il se retirerait sur cette capitale, il passerait par Soria, ou par Calaiayud. Napoléon, dans ses instructions, avait admis comme possible l'une ou l’autre hypothèse, et le maréchal Ney était en proie à une extrême incertitude. Avec les divisions Marchand et Dessoles, il ne comptait guère que 13 à 14 mille hommes, et, tout intrépide qu'il était , ayaut à Gutistadt tenu tète à 60 mille Busses avec 15 mille Français, il se demandait d’abord s’il se trouvait sur la véritable route de retraite de Castanos, et secondement s'il n’était pas à craindre que Castanos et Palafox, se repliant ensemble avant d'avoir été battus, ne s’offrissent à lui avec 60 ou 80 mille hommes, ce qui aurait rendu sa position grave. Il marchait donc à pas comptés, écoutant, regardant autour de lui , -réclamant du quartier général les renseignements qu’il ne pouvait obtenir sur les lieux. Il était le 21 à Soria avec une de ses divisions, attendant le lendemain la seconde, à laquelle il avait prescrit un détour à droite, afin d’avoir des nouvelles de Calaiayud. Cet intrépide maréchal hésitait pour la première fois de sa vie, surpris, embarrassé des bruits divers qu’il recueillait dans ce pays d’ignorance, d'exagération et d'aventures. Cependant le temps pressait , car c’était le 22 ou le 23 que les troupes françaises de l’Èbre devaient être aux prises avec Castanos et Palafox.
De son côté, le maréchal Lannes, montant à cheval avant d'être complètement remis, était parti le 10 de Burgos, et se trouvait le 10 au soir à
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SOMÜ-SiKHRA.
LogroBo. Il avait donné ordre à la division Lagrange , à la cavalerie du général Colbert, à la brigade de dragons du général Dijeon, d'employer la journée du 20 à sc concentrer autour de Logrono , de franchir l'Èbre le 21 au matin, et de descendre, en suivant la rive droite de ce fleuve, jusqu’en face de Lodosa, par où devait déboucher le maréchal Moncey. (Voir la carte n” 43. ) Reparti le 20 pour Lodosa, il avait vu le maréchal Moncey, qui était momentanément placé sous ses ordres , et lui avait enjoint de se tenir prêt le 21 au soir à passer le pont de Lodosa , pour opérer sa jonction avec les troupes du général Lagrange.
Les instructions du maréchal Lannes s'étaient ponctuellement exécutées, et, le 21 au soir, le général Lagrange, ayant descendu la rive droite de l’Èbre, arrivait devant Lodosa, d’où débouchait le corps du maréchal Moncey. C’était une masse totale de 2$ à 211, (KH) hommes en infanterie et cavalerie. Le maréchal Lannes avait mis sous le commandement du brave I-efebvre-Desnoettes toute sa cavalerie , qui était composée des lanciers polonais, des cuirassiers et dragons provisoires, des chcvaux-légers qu'avait amenés le général Colbert , et des vieux dragons qu’8menait du fond de l'Allemagne le général Dijeon. L'infanterie se composait de la division . Lagrange, ancienne division Bisson, des jeunes troupes du corps du maréchal Moncey, auxquelles on avait joint plus tard les IV et 44' de ligne, ainsi que les légions de la Vistule. l<es jeunes soldats étaient devenus presque dignes des vieux, sauf qu'ils manquaient de bons officiers comme tous les corps de récente création , dont on a formé les cadres avec des officiers pris à la retraite. Lanucs les fit tous bivouaquer, pour se mettre en route dès le lendemain malin. Chaque soldat avait dans son sac du pain pour quatre jours.
Effectivement, le lendemain 22 novembre, on se mit en route en descendant la rive droite de l'Èbre vers Calahorra. Lannes marchait en tête avec Lefebvre-Desnoettes suivi des lanciers polonais , qui s'étaient rendus la terreur des Espagnols. Arrivé en vue de Calahorra , on aperçut les Espagnols qui se retiraient sur Alfaro cl Tudela, où il fallait s'attendre à les trouver en position le lendemain. Lannes fit hêter le pas, et le soir même alla coucher à Alfaro. Il n'était pas possible d'exécuter un plus long trajet dans la même journée. On pouvait du reste, en partant le lendemain d’AIfaro à la pointe du jonr, être d’assez bonne heure h Tudela pour y livrer bataille. Les divisions Maurice-Mathieu , Musnier , Grandjean tenaient la gauche le long de l’Èbre. Lea divisions Morlot et Lagrange tenaient la droite, et couchèrent à Corella. La cavalerie précédait l'infanterie pendant celte marche.
Le lendemain 23, Lannes donna l'ordre de s’acheminer dès trois heures du matin vers Tudela. Afin de ne pas perdre de temps , il partit au galop avec Lefebvce et les lanciers polonais, désirant devancer ses troupes, et