‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 103 sur 186 · LIVRE XXXIII. — MOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — MOV

reconnaît ro la position dans le cas où l'ennemi s'arrêterait pour combattre.

Les généraux espagnols avaient longtemps disputé sur le meilleur plan à suivre, Palafox voulant agir offensivement en Navarre , Castafios au contraire ne voulant pas franchir l’Èbre, et allant jusqu’à dire qu'il vaudrait mieux rétrograder et s'enfoncer en Espagne pour éviter les affaires générales avec les Français. Ils avaient été surpris dans cet état de controverse par le mouvement de Lannes et forcés d’accepter la bataille par le cri de la populace espagnole, qui les appelait des traîtres. Les choses en étaient même à ce point que les Aragonais, sous O’Neil, n’avaient pas encore repassé l’Èbre à Tudela le 23 au matin , et qu’entre l’aile droite, formée par ceux-ci, et l’extrémité de l’aile gauche, formée par les Andalous, il y avait prés de trois lieues de distance. Castanos se hâta de ranger les uns et les autres en bataille sur les hauteurs qui s’élèvent en avant de Tudela, et qui vont en s’abaissant jusqu'aux environs de C&scante au milieu de vastes plaines d'oliviers.

Lannes, parvenu en face de cette position, aperçut à sa gauche, sur les hauteurs qui précèdent Tudela et près de l’Kbre, une forte masse d’Espagnols. C’étaient justement les Aragonais achevant leur passage, et couveHs par une nombreuse artillerie. Au centre , H découvrit sur des hauteurs un peu moindres, et protégée par un bois d’oliviers , une autre masse : c’était celle des Valenciens, des Murciens et des Castillans. Plus loin, à droite, mais à une très-grande distance, vers Cascante, on distinguait dans la plaine un troisième rassemblement : c’étaient les divisions d’Andalousie sous la Pena et Grimarest, qui n’étaient pas encore arrivées en ligne. Le total pouvait s’élever à 4-0,000 hommes.

Sur-le-champ Lannes résolut d’enlever les hauteurs à. gauche, puis, quand il serait près d’y réussir, d’enfoncer le centre de l’ennemi, de se rabattre ensuite à droite sur la portion de l’armée espagnole qu’on apercevait vers Cascante, et contre laquelle H se proposait de diriger son arrièregarde, formée par la division Lagrange , qui était restée assez loin en arrière.

Il porta aussitôt la division Maurice-Mathieu, l'une desmieux composées et des mieux commandées, sur les hauteurs de gauche qui s'appuyaient à l’Ebre, et garda en réserve les divisions Musnier, Grandjean et Morlot, pour agir contre le centre lorsqu’il en serait temps. La cavalerie était déployée dans la plaine v une partie faisant face à droite pour contenir la gauche de l*ennc/ni vers Cascante , et donner à la division Lagrange le temps de rejoindre.

Les généraux Maurice-Mathieu et Habert, précédés d’un bataillon de tirailleurs, s'avancèrent à la tète d’un régiment de la \ristule et du 14* de ligne, vieux régiment d’Eylau; pour lequel des batailles avec les Espagnols n’étaient pas chose effrayante. Lannes avait donné ordre de ne pas trop

SOMO-SIKRRA.

faire le coup de fusil contre un ennemi supérieur en nombre , et avantageusement placé. Aussi , dès que les tirailleurs eurent replié les Espagnols sur les hauteurs de gauche, les généraux Maurice-Mathieu et Habert sc formèrent en colonnes d’attaque, et commencèrent à gravir le terrain. tas Aragonais, plus braves, plus enthousiastes que le reste de la nation, plus engagés par leurs démonstrations antérieures, étaient obligés de tenir, et tinrent en effet avec un certain acharnement. Après s’être bien servis de leur artillerie contre les Français, ils leur disputèrent chaque mamelon l’un après l’autre, et leur tuèrent un assez grand nombre d’hommes. Jtyiis la division Maurice-Mathieu, vigoureusement soutenue, les contraignit après un combat de deux heures à rétrograder vers Tudela. Lorsque Lannes aperçut que de ce côté le combat ne présentait aucun doute, 11 ébranla la division Morlot, qui venait d’arriver, et, la faisant appuyer par la division Grandjean , il les poussa toutes deux sur le centre des Espagnols, composé, avons-nous dit, des Valenciens, des Murcicns et des Castillans. Les obstacles du terrain, qui étaient nombreux, présentèrent à la division Morlot plus d’une difficulté à vaincre. Remplie de trou pes jeunes et ardentes, elle les surmonta, en perdant toutcfois'trois ou quatre cents hommes , et rejeta les Espagnols sur Tudela , où le général Maurice-Mathieu avait ordre de pénétrer de son côté.

Ce fut dès lors une déroute générale, car les Espagnols, culbutés par les divisions Maurice-Mathieu et Morlot des hauteurs qui entourent Tudela sur la ville même, et au milieu d’une vaste plaine d'oliviers qui s’étend au delà, s’enfuirent dans un affreux désordre, laissant beaucoup de morts et de blessés , un nombre de prisonniers plus considérable que de coutume, toute leur artillerie, ainsi qu'un immense parc de munitions et de voitures de bagages.

Il était trois heures de l’après-midi. Lannes ordonna au maréchal Moncey de les poursuivre sur la route de Saragosse avec les divisions Maurice- Mathieu, Morlot et Grandjean, la cavalerie légère de Colbert, et les lanciers polonais sous les ordres du général Lefebvre-Desnocttes. Cette cavalerie passant par la trouée du centre, entre Tudela et Cascante, s’élança au galop sur les fuyards par toutes les routes pratiquées à travers les champs d'oliviers qui environnent Saragosse. Lannes resta avec la division Musnier et les dragons pour tenir tête à la gauche des Espagnols , composée des troupes de la Pena, qu’on voyait au loin du côté de Cascantç.

Castanos , emporté par la déroute, n'avait pu rejoindre sa gauche. La Pena s’y trouvait seul avec une masse imposante d’infanterie, celle qui avait pris Dupont par derrière à Baylen, et qui avait tout l’orgueil de cette journée sans en avoir le mérite. La Pena l’amena en ligne de Cascante vers Tudela, dans une plaine où la cavalerie pouvait se déployer. Lannes lança sur elle les dragons de la brigade Dijeon, qui , par plusieurs charges répé-

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tecs , la continrent on attendant la division Lagrange, laquelle n'était pas encore entrée en action. Celle-ci arriva enfin, à une heure fort avancée. Le général Lagrange, la disposant en échelons très-rapprocliés les uns des autres, se porta sur-le-champ à l'attaque de Cascante. Il conduisait lui-méme le 25* léger, formant le premier échelon. Ces vieux régiments de Friedland lie regardaient pas comme une difliculté d'avoir affaire aux prétendus vainqueurs de liaylen. Le 25* marcha baïonnettes baissées sur Cascante, culbuta la division de la l’eiia et la rejeta sur Borja À droite de la route de Saragossc. Le général Lagrange , chargeant à la télé de sa division , reçut une balle au bras.

La nuit mit fin à la bataille , qui à la droite comme à la gauche no présentait plus qu'une immense déroute. Les Aragonais étaient rejetés sur Saragossc, les Andalous sur Borja, et par Borja sur la roule de Calatayud. La retraite devait être divergente, quand même les sentiments des généraux ne les auraient pas disposés à se séparer les uns des autres après un échec commun. Cette journée nous valut environ quarante bouches à feu, trois mij|c prisonniers, presque tous blessés, parce que la cavalerie ne parvenait à les arrêter qu’en les sabrant, indépendamment de deux mille morts ou mourants restés sur le champ de bataille. La dispersion, ici comme à Espinosa, était toujours le résultat principal. Les jours suivants devaient nous procurer encore beaucoup de prisonniers faits comme les autres par le sabre de nos cavaliers.

Le lendemain matin Lanncs ne pouvait plus supporter la fatigue du cheval, pour avoir voulu s'y exposer trop tôt. Il chargea le maréchal Monccy de continuer la poursuite des Aragonais sur Saragosse avec les divisions Maurice-Mathieu, Morlot, Grandjcan et une partie de la cavalerie. U confia la division I-ngrange , dont le chef venait d'être blessé, au brave Maurice-Mathieu, lui adjoignit la division Musnicr, les dragons, les lanciers polonais, et ordonna à ces troupes, placées sous le commandement supérieur du général Maurice-Mathieu, de poursuivre Castaùos l’épée dans les reins sur Calatuyud et Siguenza, route de Saragossc à Madrid. 11 espérait, quoiqu'il n’cùt rien appris de la marche du maréchal Ney, que les Andalous le trouveraient sur leur chemin, et expieraient sous ses coups la journée de Baylen.

Malheureusement, au milieu de l'incertitude où il était, le maréchal Xoy, ne sachant par quelle route s'avancer, celle de Soria à Tudela, ou celle de Soria à Calatayud , attendant du quartier général des ordres ultérieurs qui n'arrivaient pas, avait non-seulement passé à Soria la journée du 22 pour rallier ses deux divisions, mais celles du 23 et du 24 pour avoir des nouvelles, et ne s'était décidé que le 25 à marcher sur Agrcda, point oii il était à une journée île Cascante. S’il fut parti seulement le 23 au matin, il pouvait être le soir même ou le lendemain sur les derrières

S0M0-S1ERR A.

de Castafios. Mais les instructions du quartier général, quoique trèsclaires, avaient laissé trop de latitude au maréchal. Les derniers renseignements recueillis à Soria sur la force de Castafios l’avaient jeté dans une véritable confusion d’esprit. On lui avait dit 1 que Castafios avait 80 mille hommes, que Lannes même avait été battu, et, abusé par de semblables bruits, l’audacieux maréchal avait craint cette fois d’étre trop téméraire. Le 25 novembre, après avoir passé à Soria le 23 et le 24, il s’était mis en marche sur les instances réitérées du quartier général, était parvenu le 25 au soir à Agreda, le 20 à Tarazona, où il avait appris enfin avec grand regret l’erreur dans laquelle il était tombé, et l'occasion manquée d’immenses résultats. Ce qui lui arrivait là était arrivé à tous nos généraux, qui se laissaient imposer par l'exagération des Espagnols, exagération contre laquelle Napoléon s’ efforçait en vain de les mettre eu garde, en leur répétant que les troupes de l’insurrection étaient de la canaille

■ * Nous citerons ici, sur cc fait important de la carrière de l'illustre maréchal, diverses lettres du quartier général, qui prouvent le cas que Napoléon faisait de ce grand homme de guerre , et la manière dont il jugea les motifs de son hésitation. Oïl y verra d’abord que les instructions furent très-claires, très-positives, que les dates furent indiquées avec une . grande précision; que s’il y eut de l'incertitude d’abord sur les deux routes de Soria et de Calatayud, le 21 toute incertitude avait cessé au quartier général, et qu'Agreda, route de Soria, fut indiqué. Evidemment les faux bruits recueillis à Soria firent seuls hésiter le maréchal Xey. Au surplus , on jugera mieux ce fait important par les documents originaux. Nous ajouterons que quant au reproche adressé au maréchal Ney, d’avoir perdu son temps par jalousie pour le maréchal Lannes, il n’y a pas le moindre fondement h un tel reproche, quoiqu'il art été souvent mérité en Espagne par nos généraux. La meilleure part du triomphe fût revenue au maréchal Xey s’il eût réussi, car c’est lui qui aurait pris Castarios. La cause véritable est celle que Napoléon assigna lui-même & 1a conduite du maréchal, et que j’ai indiquée dans mon récit. On peut s’en rapporter u un juge tel que Napoléon, surtout quand il ne jugeait pas sous l'impression d'un mouvement d’humeur; car, outre son infaillibilité en cette matière, il avait l’avantage d’étre près des événements, il savait tous les faits, et ne se laissait iidlurncer par aucune considération. Du reste, voici les documents jusqu’ici inédits; le lecteur prononcera lui-méme en les lisant ;

Le major général au maréchal Ney, A Aranda.

• Sargos, le 18 novembre 1808, i midi.

• L’Empereur ordonne que vous partiez demain avant le jour, avec vos deux divisions, toute votre artillerie , le 26° régiment de rhassenrs 4 cheval et la brigade de cavalerie do général Beaumont , que le maréchal Bessièrrs mettra à vos ordres , et que vons vous rendiex sur San-Kstevan de Gormaz , pour de lû vous diriger sur Almaxan ou sur Soria , à votre choix, selon les renseignements qne vous recevrez. Vous intercepterez à Almnzan la roule de Madrid à Pampelune, et vous vous trouverez dès lors sur les derrières du général Castafios. En route, et surtout à Abnazan, vous anrez les renseignements les plus précis. Si vous apprenez , ou qne le général Castafios sc soit retiré sur Madrid , ou qu’il se soit retiré de Galaborra ou d’Alfaro , et que sa ligne de communication avec Madrid fût celle de Saragosse par Calatayud ou Daroca, votre expédition aurait pour premier but alors de soumettre la ville de Soria, qu’il est important de réduire avant de marcher outre. A cet effet, vous vous dirigerez sur cette ville, vous la désarmerez et ferez sauter les vieilles murailles; vous y ferez arrêter les comités d'insurrection, vous formerez un gouvernement composé de* plus hounétes gens, et vous direz à la ville d’envoyer uno de pu talion

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