‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 105 sur 186 · LIVRE XXXIII. — NOV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — NOV

franchir le Guadarrama. Déjà il avait envoyé Lasalle, avec la cavalerie légère, jusqu’au pied du Guadarrama. Il y envoya de plus les dragons de Lahoussaye et de Latour-Maubourg. Enfin , il y achemina la garde, dont les fusiliers sous le général Savary, qui avait pris l’habitude de les commander en Pologne, s’avancèrent jusqu’à Bocequillas, pour observer les restes du corps du marquis de Belvcder réfugiés entre Sepulveda et Ségorie. Dès le 23 , il était parti lui-même de Burgos pour Aranda.

Après la déroute de Burgos, la capitale se trouvait découverte; mais la junte d’Aranjuez ne se figurant pas encore, dans sa présomptueuse ignorance, que Napoléon put y marcher prochainement, s’était contentée d’expédier aux gorges du Guadarrama ce qui restait de forces disponibles à Madrid. On avait donc réuni au sommet du Guadarrama, vers le col resserré qui donne passage de l’un à l'autre versant, les débris de l’armée de l'Estrémadure, et ce qui était demeuré à Madrid des divisions d’Andalousie. C’était une force d’environ 12 à 13 mille hommes, placée sous les ordres d’un habile et vaillant officier appelé don Benito San-Juan. Celuici avait établi au delà du Guadarrama, au pied même du versant qu’il nous fallait aborder, et un peu à notre droite, dans la petite ville de Sepulveda , une avant-garde de trois mille hommes. Il avait ensuite distribué les neuf mille autres au col de Somo-Sierra, dans le fond de la gorge que nous avions à franchir. Une partie de son monde, postée à droite et à gauche de la route qui s’élevait en formant de nombreuses sinuosités, devait arrêter nos soldats par un double feu de mousqueterie. Les autres barraient la chaussée elle-même, vers le passage le plus difficile du col, avec 16 pièces de canon en batterie. L’obstacle pouvait être considéré comme l’un des plus sérieux qu’on fût exposé à rencontrer à la guerre. Les Espagnols s’imaginaient être invincibles dans la position de Somo-Sierra, et la junte elle-même comptuit assez sur la résistance qu’on y avait préparée pour ne pas quitter Aranjucz. Elle espérait d’ailleurs que Castafios, qu’elle s'obstinait à ne pas croire détruit, aurait le temps de venir par la route de Guadalaxara se placer derrière le Guadarrama, entre Somo-Sierra et Madrid , et que les Anglais, opérant un mouvement correspondant à celui de Càstaûos, s’empresseraient, les uns par Avila, les autres par Talavera, de couvrir la capitale des Espagne*. On vient de voir ce qu’il y avait de fondé dans de pareilles espérances. m

Les ordres donnés le 26 pour la marche sur Madrid étant complètement exécutés le 29, Napoléon se rendit lui-même le 29 au pied du Guadarrama, et établit son quartier général à Bocequillas. Le général Savary avait poussé une reconnaissance sur Sepulveda, non pour disperser le corps qui s'y trouvait, mais pour connaître sa force et son intention. Après avoir fait quelques prisonniers, il s’était retiré, n’ayant pas ordre de s’avancer plus loin. Les Espagnols, surpris de conserver le terrain , avaient envoyé à

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Madrid la nouvelle d’un avantage considérable remporté sur la garde impériale.

Napoléon, arrivé le 29 à midi à Bocequillas, monta à cheval, s’engagea dans la gorge de Somo-Sicrra , la reconnut de ses'propres yeux, et arrêta toutes ses dispositions pour le lendemain matin. Il prescrivit à la division Lapisse de se porter & la droite de la chaussée , pour enlever à la pointe du jour le poste de Sepulveda, et à la division Ruftin de partir au même instant pour gravir les rampes du Guadarrama, jusqu’au col même de Somo-Sierra. Le 9* léger devait suivre de hauteur en hauteur la berge droite, le 24° de ligne la berge gauche, de manière à faire tomber les défenses établies sur les deux flancs de la route. Le 96* devait marcher en colonne sur la route même. Puis devaient venir la cavalerie de la garde et Napoléon avec son état-major. Les fusiliers de la garde étaient chargés d’appuyer ce mouvement.

A cette époque de la saison, le temps devenu superbe ne donnait cependant du soleil que vers le milieu de la journée. De six heures à neuf heures du matin un épais brouillard couvrait le pays, surtout dans sa partie montagneuse; puis après cette heure un soleil étincelant procurait à l’armée de vraies journées de printemps. Napoléon, faisant attaquer Sepulveda à six heures du matin, comptait s’être rendu maître de cette position accessoire à neuf heures, moment où la colonne qui marchait vers Somo-Sierra serait parvenue au sommet du col. On devait donc, grâce au brouillard, y arriver sans être vu, et commencer le feu sur la montagne quand il aurait fini au pied.

Le lendemain 30, la colonne envoyée contre Sepulveda eut à peine le temps de s’y montrer. Les trois mille hommes préposés & sa défense s’enfuirent en désordre, et coururent vers Ségovie se joindre aux autres fuyards du marquis de Belveder.

La colonne qui gravissait les pentes de Somo-Sierra arriva, sans être aperçue , très-près du point que l’ennemi occupait en force. Le brouillard se dissipant tout à coup , les Espagnols ne furent pas peu surpris de se voir attaquer sur les hauteurs de droite et de gauche par le 9* léger et le 24* de ligne. Délogés de poste, en poste , ils défendirent assez mal l'une et l’autre berge. Mais le gros du rassemblement se trouvait sur la route même, derrière seize pièces d’artillerie, et faisait un feu meurtrier sur la colonne qui suivait la chaussée. Napoléon, voulant apprendre & ses soldats qu’il fallait avec les Espagnols ne pas regarder au danger, et leur passer sur le corps quand on les rencontrait, ordonna à la cavalerie de la garde d’enlever au galop tout ce qu’il y avait devant elle. L’n brillant officier de cavalerie, le général Monlbrun, s’avança à la tête des chevaux-légers polonais, jeune troupe d’élite que Napoléon avait formée à Varsovie, pour qu’il y eût de toutes les nations et de tous les costumes dans sa garde. Le général

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