‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 109 sur 186 · LIVRE XXXIII. — PÉC · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — PÉC

gner entrer lui-mt'mc dans Madrid, il alla se loger au milieu de sa garde à Chainarlin, dans une petite maison de campagne appartenant à la famille du duc de l'Infantado. Il prescrivit à Joseph de passer le Guadarrama et de venir résider, non il Madrid, mais en dehors, à la maison royale du Pardp, située à deux ou trois lieues. Son intention était de faire trembler Madrid sous une occupation militaire prolongée, avant de lui rendre le régime civil avec la nouvelle royauté. Sa conduite en cette circonstance fut aussi habile qu'énergique.

Il voulait, sans employer la cruauté, mais seulement l'intimidation, placer la nation entre les bienfaits qu'il lui apportait et la crainte de châtiments terribles contre ceux qui s'obstineraient dans la rébellion. Il avait déjà ordonné la confiscation des biens des dues de l'Infantado , d’Ossuna , d'Allamira, de Mcdina-Celt, de Sanla-Cruz, de Hijar, du prince de Caslel- Franco, de M. Cevallos. Ces deux derniers étaient punis pour avoir accepté du service sous Joseph, et l'avoir ensuite abandonné. Napoléon était résolu à user d'une sévérité toute particulière envers ceux qui passeraient d'un camp dans un antre , et qui , à la résistance, en soi fort légitime , ajouteraient la trahison, qui uc l'était pas. Le prince de Caslel-Franco, le duc de l'Infantado n'avaient été que faibles; M. de Cevallos avait agi comme un traître. Aussi l’ordre était-il donné de l'arrêter partout où on le trouverait. Mais celui-ci s'étant enfui. Napoléon fil saisir MM. de Caslel-Franco et de Santa-Cruz, qui n'avaient pas eu le temps de se dérober. Il fit saisir également et déférer à une commission militaire le duc de Saint-Simon , qui , étant Français d’origine, avait encouru la peine de ceux qui servent contre leur patrie. Son projet n’était pas de sévir , mais d’intimider, en envoyant temporairement dans une prison d’Etat les hommes qu'il faisait arrêter et condamner. Il fit arrêter aussi cl conduire en France les présidents et procureurs royaux du conseil de Castille. Il traita de même quelques-uns des meneurs populaires qui avaient trempé dans l'assassinat des soldats français et des personnages espagnols victimes des fureurs de la populace. En même temps il ordonna de nouveau le désarmement le plus complet et le plus général. Il exigea, comme nous l'avons dit, que les couvents reçussent une partie de l’armée, et la nourrissent à leurs frais.

Tandis qu'il déployait ces rigueurs apparentes, il voulut frapper la masse de la nation espagnole par l'idce des bienfaits qui devaient découler de la domination française. En conséquence il décida par une suite de décrets la suppression des lignes de douanes de province à province , la des- ' titution de tous les membres du conseil de Castille, et le remplacement immédiat de ce conseil au moyen de l’organisation de la cour de cassation ; l'abolition du tribunal de l’inquisition, la défense à tout individu de posséder plus d'une commandcrie, l'abrogation des droits féodaux, et la réduction au tiers des couvents existant en Espagne.

Le désir de ménager le clergé et la noblesse l’avait d’abord porté à hésiter sur l’opportunité de ces grandes mesures, quand il était encore à Bayonne, occupé de préparer la Constitution espagnole. Mais depuis l’insurrection générale, la difficulté étant devenue aussi grave qu'on pouvait l’imaginer, il n’avait plus de ménagements à garder avec telle ou telle classe, et il ne devait plus songer qu'à conquérir par de sages institutions la partie saine et intelligente de la nation, laissant au temps et à la force le Boin de lui en ramener le reste.

Ces décrets promulgués , il déclara aux diverses députations qui lui furent présentées , qu’il n’avait pas , quant à lui , à entrer dans Madrid, n’étant en Espagne qu’un général étranger, commandant une armée auxiliaire de la nouvelle dynastie; que, quant au roi Joseph, il ne le rendrait aux Espagnols que lorsqu’il les croirait dignes de le posséder par un retour sincère vers lui; qu'il ne le replacerait pas dans le palais des rois d’Espagne pour l’en voir expulsé une seconde fois; que si les habitants de Madrid étaient résolus à s'attacher à ce prince par l’appréciation plus éclairée de tout le bien que leur promettait une royauté nouvelle, il le leur rendrait, mais après que tous les chefs de famille, rassemblés dans les paroisses de Madrid , lui auraient prêté sur les saints Evangiles serment de fidélité; que sinon, il renoncerait à imposer aux Espagnols une royauté dont ils ne voulaient pas; mais que, les ayant conquis, il userait à leur égard des droits de la conquête, qu’il disposerait de leur pays comme il lui conviendrait, et probablement le démembrerait, en prenant pour luimême ce qu’il croirait bon d’ajouter au territoire de la France.

Il s'occupa en outre de former un commencement d'armée à son frère Joseph. Il lui ordonna de réunir en un régiment de plusieurs bataillons tous les Allemands, Napolitains et autres étrangers qui servaient depuis longtemps en Espagne, et qui ne demandaient pas mieux que de retrouver une solde. Ce régiment devait s’appeler Koyal-Etranger, et s’élever à environ 3,200 hommes. II ordonna de réunir les Suisses espagnols qui étaient restés fidèles, ou qui étaient portés à revenir à Joseph, en un régiment qui s’appellerait Reding , parce qu’il y avait un officier de ce nom qui s’était bien conduit. On pouvait espérer que ce régiment serait de 4,800 hommes. Il prescrivit de réunir sous le nom de Royal-Napoléon tous les soldats espagnols qui avaient embrassé la cause de Joseph , au nombre présumé de 4,800, et enfin , sous le nom de garde royale, les Français qui après Baylen avaient pris du service sous Castanos pour échapper à la captivité. On supposait que, joints à des conscrits tirés de Bayonne, ils présenteraient un effectif de 3,200 hommes. C’était un premier noyau de 16 mille soldats qui pourraient avoir de la valeur, si on les payait bien , et si on s’occupait de leur organisation.

Après avoir pris ces mesures, Napoléon en attendit l’effet, persistant à TOM 8 IV. 29

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demeurer do «a personne à Chaînai tin , et à laisser Joseph dans la maison de plaisance du l’ardo , où celui-ci vivait séparé , et entouré de toute l'étiquette royale, sans avoir à s'incliner devant la souveraineté supérieure de l'empereur des Français. En attendant que les Espagnols le comprissent, Xupnléon continua à faire s es dispositions militaires pour l’entière conquête de la Péninsule.

II avait amené À Madrid le corps du maréchal Victor, composé des divisions Lapisse, Villatte et Ruffin, la garde impériale, et la plus grande masse des dragons. Sur le bruit que le corps de Castanos se retirait par Calalayud , Siguenza et Guadalaxara vers Madrid , il avait envoyé uu pont d'Alcala la division Ruffin avec une brigade de dragons. Ce corps de Castanos, en effet, poursuivi à outrance par le général Maurice-Mathieu à 1a tête des divisions Musnier et Lagrange et des lanciers polonais , abordé vivement à Buhierca, où il avait essuyé des pertes considérables, se repliait en désordre sur Guadalaxara , ne comptant pas plus de 0 à 10 mille hommes, au lieu de 21 qu’il comptait à Tudela. Il avait passé du commandement de Castanos, destitué par la junte, au commandement du général de la Peîia. Ballotté ainsi de chefs en chefs, aigri par la défaite et la souffrance, il s’était révolté, et avait pris définitivement pour général le duc de rinfantado, sorti secrètement, comme on l’a vu, de Madrid, afin d'amener des renforts aux défenseurs de la capitale. L'entrée des Français à Madrid et la présence de la division Ruffin avec les dragons au pont d'Alcala, ne laissaient pas d’autre ressource à cette ancienne armée du centre que la retraite sur Cuença. Elle ne courait risque d’y être inquiétée que lorsque les Français prendraient la résolution de marcher sur Valence, ce qui ne pouvait être immédiat.

Napoléon voyant s'éloigner l’armée du centre aux trois quarts dispersée, avait abandonné aux dragons le soin de ramasser les traînards, et avait ramené à lui la division Ruffin, du corps de Victor, destinant ce corps à marcher sur Aranjuez et Tolède, à la poursuite de l'armée d’Estrémadure. Il voulait, après avoir assuré sa gauche en rejetant sur Cuença l'ancienne armée de Castanos, assurer sa droite en poussant au delà de Talavera les débris de l'armée d'Estrémadure , qui avaient combdttu à Burgos et à Somo-Sicrra. Il fit partir les divisions Ruffin et Villatte, précédées par la cavalerie légère de Lasaile et les dragons de Lahoussaye, et conserva dans Madrid la division Lapisse et la garde impériale. Lasaile courut sur Araujuez et Tolède, les dragons coururent sur l'Escurial pour refouler les restes désordonnés de l’armée d’Estrémadure. Cette armée était déjà en déroute en commençant sa retraite. Ce fut bien pis encore lorsqu’elle sentit la pointe des sabres de nos cavaliers. Elle ne présentait plus que des bandes confuses qui, à l’exemple de toutes les troupes incapables de se battre, se vengèrent sur leurs chefs de leur propre lâcheté. L’infortuné dou Juan Benito, qui

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