‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 111 sur 186 · LIVRE XXXUI. — 11KC · texte numérisé non relu

LIVRE XXXUI. — 11KC

une dernière jonction à opérer : c'élail celle de David Baird , arrivé par la "Corogne à Astorga , avec environ 1 1 ,000 hommes. Plus que jamais le général anglais songeait à se retirer, car ce n'était pas avec 30,000 hommes qu’il pouvait tenir tète aux Français, les armées espagnoles étant partout anéanties. la; désir de se soustraire au danger, et de rallier sir David Haird, lui avait inspiré la salutaire pensée d'abandonner la ligne de retraite du Portugal pour adopter celle de la Galice, ce qui lui procurait le double avantage d'augmenter sa force d'un tiers , et de se rapprocher d’un bon port d'embarquement. Il inclinait donc à marcher par Toro sur Bcnavente , en ordonnant à David Baird d'y marcher par Astorga. (Voir la carte n" A3.) II se donnait de plus, en agissant ainsi, l'apparence de menacer les communications des Français, puisqu'il n'avait qu’un pas à faire pour être à Valladulid , même à Burgos , tandis qu'en réalité il était sur la route de la Corngne, c'est-à-dire de la mer, son refuge le plus sûr. Grèce à ce mouvement, il assurait sa retraite, il semblait en même temps faire quelque chose pour la cause espagnole, et se ménageait une réponse aux instances de XI. Frère, qui, devenu le séide du gouvernement insurrectionnel, reprochait sans cesse à l'armée anglaise de ne point agir. Le malheureux John .Uoore , qui était sage et brave , qui avait l’habitude de la guerre méthodique, auquel on avait promis un accueil enthousiaste, des ressources de tout genre, des victoires faciles, et qui trouvait les Espagnols abattus, fuyant en tout sens, pouvant à peine se nourrir eux-mêmes, était dans un état de surprise, de mécontentement, de dégoût, impossible à décrire, et ne voyait de sûreté qu'à battre en retraite par la route la plus courte. Du reste, il ne dissimulait à son gouvernement aucune de ces fâcheuses vérités.

Xapoléon dans le commencement ne s’était pas occupé des Anglais , fpioiqti’il sût bien qu'il en venait un certain nombre de Lisbonne et de la Corogne, parce qu’il voulait d’abord anéantir les armées espagnoles, parce qu'il voulait ensuite laisser l'armée britannique s’enfoncer dans l’intérieur de la Péninsule, pour être plus assuré de l'envelopper et de la prendre. Cependant, quelque bien conçue que fût cette pensée, s'il avait pu connaître à quel point l'armée anglaise était dispersée et décontenancée, il aurait mieux fait encore de fondre sur elle, et de détruire Aloorc à Salamanque , Hopc dans les montagnes d'Avila. Mais on ne sait pas tout à la guerre, on ne sait que ce qu’on devine d'après certains indices, et Xapoléon en avait trop peu ici pour conjecturer avec exactitude la situation des Anglais; ce qui n'avait rien d étonnant, puisque Aloorc, au milieu d'un peuple ami , ignorait complètement lui-même les mouvements de l'armée française. Napoléon toutefois, ayant appris, par les courses de sa cavalerie sur Talavera, que les Anglais étaient entre Talavera, Avila, Salamanque, et que du Tage ils s’élevaient à la hauteur du Duero, sentit que

SOIUÜ-SIERRA.

le moment était venu d'agir contre eux, et il disposa tout pour réunir Ica forces nécessaires & leur complète destruction.

Il ordonna au maréchal Lefehvre (Je se porter de Valladolid sur Ségovie, et de descendre de Ségovie sur l'Escurial, ce qui le plaçait presque à Madrid. Son intention était de lui faire prendre la position de l'Escurial , Tolède et Talavera, afin de ramener à Madrid le corps du maréchal Victor. Le maréchal Lefehvre venait enfin de recevoir la division polonaise, restée jusque-là en arrière, et les Hollandais laissés quelque temps sur le rivage de la Biscaye. Avec les dragons Mithaud et la cavalerie de Lasalle, il allait former la droite de l'armée sur Talavera. Il comptait alors environ 15 mille hommes.

Napoléon, en se préparant à aborder l’armée anglaise, dont il connaissait la solidité, voulait avoir sous la main Lun de ses meilleurs corps, conduit par l’un de ses lieutenants les plus énergiques. Ce corps, c'était le 6*; ce chef, c’était le maréchal Ney. Il avait reproché au maréchal Ney la lenteur de sa marche sur Soria , et tenait à le dédommager de ce reproche en lui donnant les Anglais à battre. Il l’avait déjà rappelé de Saragosse sur Madrid, et lui avait confié la mission de pousser, chemin faisant, Castaftos l’épée dans les reins. Il lui prescrivit de hâter sa marche, afin qu’il put se reposer un instant à Madrid, avant de se reporter à droite sur le Tage ou le Duero.

Napoléon allait donc réunir à Madrid même les corps de Victor , Lefehvre, Ney, la garde impériale, une masse de cavalerie considérable; ce qui le mettrait bientôt en mesure de frapper un coup décisif. I/appel du maréchal Ney avec le (»• corps tout entier, y compris la division Lagrange, qui avait été jointe passagèrement au maréchal Moncey pour la journée de Tudela, réduisait ce dernier à l’impossibilité de continuer Iç siège de Saragosse, car il n’avait plus assez de forces pour tenir la campagne en attaquant la ville. Napoléon donna l’ordre au maréchal Mortier de se détourner avec le 5* corps, et d’aller prendre position sur l’Ebre, afin de couvrir le siège de Saragosse, en laissant toutefois au maréchal Moncey le soin exclusif des attaques.

La belle division Laborde, première du général Junot, venait d’arriver à Vittoria. Napoléon lui assigna Burgos. Il ordonna à la division Ileudelet, qui était la seconde de Junot, et qui suivait immédiatement la première, de s’avancer en toute hâte dans la même direction. ï/es dragons de Lorge, qui avaient accompagné le 5" coqis, reçurent également cette destination. Les dragons Millet, un peu en arrière de ceux-ci, furent attirés sur Madrid. Napoléon prescrivit au maréchal Soult une marche conforme à ces divers mouvements. Ce maréchal avait pénétré dans les Asturies , chassé devant lui les déhris des Asturiens revenus d'Espinosa, et poussé jusqu'au camp de Colombres. Il avait recueilli, à la suite de combats vifs

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