‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 113 sur 186 · LIVRE XKXIU. — l)F.C · texte numérisé non relu

LIVRE XKXIU. — l)F.C

dont motifs suffisamment fondés pour excuser le retard qui allait en résulter : le premier, c’est que Figuiéres sans Roses ne formait pas un point d’appui suffisant au delà des Pyrénées, car la garnison de Roses eut sans cesse inquiété Figuiéres, et rien n'aurait pu entrer dans cette dernière place ni en sortir, si on n’avait pris la place voisine; le second, c’est que le golfe de Roses était l'abri ordinaire des escadres anglaises qui bloquaient Barcelone, et que leur présence ne permettait pas de ravitailler cette ville. Le général Saint-Cyr, étant destiné à s’y établir, ne voulait pas y être un jour affamé, comme le général Duhesme craignait de l’étre à cette époque.

Malgré les instances de l'état-major général, lui recommandant sans cesse la célérité dans scs opérations, le général Saint-Cyr résolut d’exécuter le siège de Roses avant de pénétrer en Catalogne. Il passa la frontière dans les premiers jours de novembre, au moment même où les principales masses de l'armée française commençaient, comme on l'a vu , à agir en Castille, au moment où les maréchaux Lefebvre, Victor, Soult, étaient aux prises avec lllakeet ie marquis de Belreder. La division Reille, placée dès l'origine à La Jnnquère, se porta le ti devant Rotes. La division Pino la suivit immédiatement, escortant les convois de grosse artillerie. La division Souham, venant la troisième, alla s’établir en arrière de laFluvia, petit cours d’eau qui arrose la plaine du Lampourdan. (Voir la carte n° 43.) Cette dernière division avait pour mission de couvrir le siège de Roses contre les troupes espagnoles qui pourraient être tentées de le troubler. Tandis que nos armées de Custille et d’Aragon jouissaient d'un temps superbe, celle de Catalogne eut à essuyer des pluies diluviennes, qui pendant plusieurs jours inondèrent le pays , et rendirent tout mouvement impossible. Xos soldats supportèrent patiemment ces soulfraoces. Ils avaient pour chef un général qui dans les rangs de l'armée du Rhin avait appris à tout endurer, et à exiger qu'autour de lui on endurât tout sans murmure.

Jusqu’au 12 novembre on fut dans l'impossibilité de se mouvoir. La pluie ayant cessé, on s'approcha de Roses, et on resserra la garnison dana ses murs. Elle était forte de près de 3 mille hommes, commandée par un bon officier, et pourvue d'ingénieurs savants, dont au reste l'Espagne n’a jamais manqué. La place de Roses est un pentagone situé entre la mer et un terrain sablonneux, au centre d’un golfe spacieux, profond, et garanti des mauvais vents. \ l’entrée de ce golfe se trouve un fort, dit le fort du Bouton, construit sur une hauteur, et protégeant de son canon la meilleure partie du mouillage. La division Mnzùehellt envoya deux bataillons pour commencer l'attaque do ce fort. Là, comme devant la place principale, il fallut refouler dans l'intérieur des murs la garnison soutenue par le feu de l’escadre anglaise, qui était composée de six vaisseaux de ligne e! de plusieurs petits bâtiments.

Après diverses sortirs vigoureusement repoussées, la tranchée fut ouverte devant Roses dans la nuit du 18 au 19 novembre, sur deux fronts opposés, b l'est et à l'ouest, de manière à interdire par les feux des tranchées la communication avec la mer. En peu de jours, une batterie établie près du rivage rendit le mouillage tellement dangereux pour les Anglais , qu'ils furent contraints de s'éloigner, et d'abandonner la garnison b ellemême.

I,a petite ville de Roses, formée de quelques maisons de pêcheurs et de commerçants, était située À l’est, en dehors même de l’enceinte fortifiée. On l’attaqua dans la nuit du 20 au 27. Les Espagnols, qui, de tant de faiblesse en rase campagne, passaient subitement à une extrême énergie derrière leurs murailles, se défendirent vigoureusement, et ne se retirèrent qu'après avoir perdu 300 hommes, et nous avoir laissé 200 prisonniers. Cette action nous coûta 45 hommes tués ou blessés. Dès cet instant, la garnison n'avait plus aucun appui extérieur.

Pendant ce temps, on poussait les opérations contre le fort du llouton. On avait hissé à force de bras quelques pièces de gros calibre sur les hauteurs, et, après avoir démantelé le fort, on avait obligé la garnison à l'évacuer. Le 3 décembre , on ouvrit la troisième parallèle devant Roses. Le 4, on disposa la batterie de brèche; et il ne restait plus que l’assaut à livrer, lorsque la garnison, après seize jours de tranchée ouverte, consentit b se rendre prisonnière de guerre. La résistance avait été honorable et conforme à toutes les règles. Nous y primes 2,800 hommes, beaucoup de blessés, et un matériel considérable apporté par les Anglais. Grèce à celte Importante conquête, les communications par mer avec Barcelone devenaient, sinon certaines, au moins très-praticables, et notre ligne d'opérations, appuyée sur Figuières et Roses , était assurée b la fois par terre et par mer.

Pendant ce siège, le général Saint-Cyr avait reçu, soit du général Duhesme, soit du quartier général impérial, de vives instances pour qu’il se dirigeât enfin sur Barcelone. Il s'y était refusé avec son obstination ordinaire, jusqu'b ce que Roses fût en son pouvoir; mais maintenant que cette place venait de capituler, il n’avait plus aucun motif de différer. En effet, quand le général Duhesme bloqué avait b peine de quoi vivre, quand Napoléon s’était avancé jusqu'b Madrid (il y entrait le jour où le général Saint-Cyr entrait dans Roses), il devenait urgent de porter la gauche des armées françaises b la même hauteur que leur droite, et de déborder ainsi Snragossc des deux Cotés. Hoses pris, le général Saint-Cyr n'hésita plus à marcher sur Barcelone. ,

Il avait envoyé dans le Roussillon sa cavalerie, qu’il ne pouvait’ nourrir dans te Lampourdan. Il la fit revenir pour la conduire avec lui b Barcelone. Son artillerie, quoique fort désirable dans les rencontres qu'il allait

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