‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 114 sur 186 · LIVRE XXXIII. — DÉC · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — DÉC

avoir avec l'armée espagnole, était un fardeau bien embarrassant à traîner Il travers la Catalogne, surtout lorsqu'il fallait éviter la grande route, qui était fermée par les places de Girone et d’Hostalrich, dont on n'était pas maître. Le général Saint-Cyr prit un parti d'une extrême hardiesse, ce fut de laisser son artillerie à Figuières, en conduisant à la main les chevaux de trait destinés à la traîner. Le général Duhesme lui avait écrit de Barcelone qu'il avait un matériel immense dans l'arsenal de cette place, et que, moyennant qu'on amenât des chevaux, on trouverait de quoi former un train complet d’artillerie. En conséquence, il se décida à ne conduire avec lui que des chevaux, des mulets, des fantassins, et pas une voiture. U donna à chaque soldat quatre jours de vivres et cinquante cartouches, plaça en outre surdos mulets quelques biscuits et quelques cartouches, et se disposa à partir équipé ainsi à la légère. Si dans la marche audacieuse qu'il allait entreprendre il rencontrait l'armée espagnole, il était résolu & se faire jour à la baïonnette; car pour lui la vraie victoire, c'était d’arriter à Barcelone , où l’attendait une armée française qui était largement pourvue du matériel nécessaire, et qui , jointe à la sienne, le mettrait audessus de tous les événements.

Tout étant réglé de la sorte, il s’avança sur la Fluvia le 9 décembre, laissant sur ses derrières la division Beille, qui était indispensable à Roses et Figuières pour garder notre base d'opérations, et se porta en avant avec 15,000 fantassins, 1,500 cavaliers, 1,000 artilleurs, c’est-à-diro avec 17 ou 18,000 hommes. Déjà une forte avant-garde, composée d’un corps aragonais sous le marquis de Lassan, et d’un détachement de l’armée de Vivès, sous le général Alvarez, avait fait contre la division Souham diverses tentatives victorieusement repoussées. Le général Saint-Cyr rejeta cette avant-garde des bords de la Fluvia sur ceux du Ter, et l’obligea à se retirer précipitamment. Deux routes se présentaient à lui , et toutes deux fort difficiles à parcourir. La route de terre, qui se présentait à droite, lui offrait Girone et Hostalrich, sous le canon desquelles il était, sinon impossible, du moins très-périlleux de passer. La route de mer, qui se présentait à gauche, lui offrait le danger des flottilles anglaises canonnant tous les passages vus de la mer, et celui des miquelets joignant leur mousqueterie à l’artillerie des Anglais. Il résolut de suivre alternativement chacune de ces routes , au moyen de chemins de traverse qui communiquaient de l’une à l’autre. Pour le moment, il chercha à persuader aux Espagnols qu’il se dirigeait sur Girone avec l’intention d’en exécuter le siège après celui de Roses. Le 11, en effet , il s'avança dans la direction de cette place; et quand il vit l’avant-garde espagnole y courir en toute hâte, il se déroba en prenant à gauche, et se dirigea vers la Risbal, chemin qui devait le mener à Palamos, le long de la mer. Il arriva le 1 1 au soir à la Bisbal, en repartit le 12 pour Palamos, après avoir rencontré au col de Ca-

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Ionja des miquclets et des somathènes, qui tiraillèrent beaucoup sur scs ailes. Le soldat, bien conduit, encouragé par les succès qu’il avait déjà obtenus, n'ayaot aucun embarras à traîner, était alerte quoique trèscharge, fort dispos, et préparé à tout entreprendre.

Toutefois, si les Espagnols avaient eu quelque habitude de a guerre, ils auraient dû choisir l’instant où le général Saint-Cyr était séparé de la division Reille sans avoir encore rejoint le corps de Duhesme, et où il se hasardait sans artillerie contre un ennemi qui en avait beaucoup, pour l’arrêter avec l’ensemble de leurs forces. Il est vrai qu’aucun plan n’est bon quand on n’a pas de troupes capables de tenir en ligne; il est vrai aussi que les officiers espagnols ignoraient les particularités de la marche dit général Saint- Cyr, et qu’aucun d’eux n’avait assez de génie pour les deviner. Toutefois il est incontestable que le moment où ce général devait être le plus faible était celui où il s'éloignait des Pyrénées sans avoir encore touché à Barcelone, et qu’à le rencontrer dans une occasion, c’était cette occasion qu’il fallait choisir, en se réunissant en masse pour l’attendre à tous les passages qui mènent à Barcelone. Mais les insurgés avaient détaché environ une dizaine de mille hommes sur la Fluvia, et le reste était employé à bloquer Duhesme dans Barcelone. Le général Claros , qui commandait à Gironc, s’était contenté, en voyant déboucher le général Saint-Cyr sur cette place, de dépêcher un courrier à don Juan de Vivès.

Le général Saint-Cyr, ferme dans l’accomplissement de son dessein, repartit le 12 au matin de Palamos, essuya le long de la mer le feu peu meurtrier de quelques canonnières anglaises, et se dirigea sur Vidrcras, regagnant cette fois la grande route de terre, parce qu’il supposait que les Espagnols, trompés par la direction qu’il avait prise de la Bisbal sur Palamos, se jetteraient en masse vers la mer. Ce qu’il avait prévu arriva elfectivement. Un corps envoyé de Barcelone, sous Milans, se porta par Alataro le long de la mer; quelques détachements sortis d’Hostalrich , des miquelets, des somathènes accoururent vers le littoral pour en défendre, avec les Anglais , les principaux passages oii ils croyaient rencontrer les Français.

Le général Saint-Cyr, prenant des chemins de traverse, se dirigea de Palamos sur Vidrcras , vit les troupes de Lassan et d’Alvarez , qu’il avait trompées en les induisant à se jeter sur Girone, réduites à le suivre de loin, au lieu de pouvoir lui barrer le chemin, et camper sur ses derrières à une distance qui rendait toute attaque impossible. Elles n’étaient pas de force à se mesurer avec 17 ou 18 mille Français habilement et énergiquement conduits.

Le général Saint-Cyr ayant en queue les dix mille hommes d’Alvarez et de Lassan qu’il avait d’abord en tête, ayant de plus sur sa gauche les divers détachements qui gardaient la mer, s’avançait comme un sanglier

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