‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 116 sur 186 · LIVRE XXXIII. — DÉC · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — DÉC

moins 17 mille hommes en état de servir. De son roté, le général Puhesmc en avait encore, indépendamment des malades et des blessés, 9 mille propres à un service actif. C'était donc un effectif réel de 26 mille hommes, égaux en nombre et supérieurs de beaucoup en qualité à tout ce que les Espagnols pouvaient leur opposer. Leur concentration était le glorieux résultat d'une marche aussi hardie que savamment conduite.

Bien que Barcelone ne fût pas dépourvue de ressources alimentaires autant tjue l'avait prétendu, le général Duhesmc , lequel avait exagéré sa détresse pour exciter le zèle de ceux qui étaient chargés de le débloquer, néanmoins il ne fallait pas s’y enfermer longtemps si on voulait vivre. I*e général Saint-Cyr était en effet résolu à poursuivre ses avantages, à chercher partout l'armée espagnole, et à l’anéantir entièrement, pour assiéger ensuite , l’uBjf après l’autre , les places fortes de la province. Il laissa reposer ses soldats pendant les journées des 18 et 19 décembre; le 20 il sortit de Barcelone, et se porta sur le Llohregat.

Il n’était pas fâché, en accordant à scs troupes le temps de se reposer et de se rallier, de laisser aussi aux Espagnols le temps de se concentrer dans le camp qu’ils avaient longuement préparé sur le Llohregat, à quelqueslieues de Barcelone. Si on a raison de chercher à diviser un ennemi redoutable, on a raison au contraire de vouloir rencontrer en masse, pour le détruire d’un seul coup, un ennemi plus habile à se dérober qu’à combattre. I æ général Saint-Cyr sortit avec son corps d’armée et l’une des deux divisions de Duhesmc, la division Chabran. Il préposa l’autre, la division Lechi, à la garde de Barcelone. Il avait assez d’une vingtaine de mille hommes pour culbuter tout ce qui se présenterait sur son chemin.

Le 20 au soir il arriva devant le Llohregat, dont il borda le cours depuis Molins-del-Rey jusqu’à San-Feliu. Les Espagnols étaient là, au nombre de trente et quelques mille hommes, avec une forte artillerie, établis sur des hauteurs boisées, et couverts par le Llohregat, qui n’était guéabte qu’en quelques points. Le pont de Molins-del-Rey, sur lequel passe la grande route de Barcelone à Valence, avait été fortement défendu au moyen d’ouvrages d’un accès très-difficile. Avec de bonnes troupes, l’ennemi aurait du compter sur une pareille position, et s’y croire en sûreté.

Le général Saint-Cyr s’y prit pour l’emporter avec cet art qui faisait de lui l'un des premiers tacticiens de son siècle. Le 21 décembre au matin , il posta la division Chabran devant Molins-del-Rey, lui enjoignant d’y dresser une. batterie, comme si on devait agir sérieusement par cet endroit, et de ne rien négliger pour persuader aux Espagnols que c’était là le vrai point d’attaque. Il lui prescrivit ensuite, lorsqu’elle verrait que les autres colonnes avaient traversé le Llohregat au-dessous, de fondre impétueusement sur le pont, de l’enlever, et de se placer sur la route de Valence,

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qui donnait juste sur les derrières de l'ennemi. Taudis qu'il disposait ainsi la division Chabran, il porta au-dessous à gauche la division Pino, avec ordre de passer le Llobregat au gué de Hors, et plus au-dessous encore la division Souhara, avec ordre de le passer au gué de Saint-Jean Despi. Le Llobregat franchi , ces deux divisions devaient déborder la position des Espagnols, l’attaquer vigoureusement, et l’emporter. Ce mouvement devait jeter les Espagnols sur la division Chabran, si elle avait suivi ses instructions. 11 ne s’en pouvait dès lors sauver qu’un petit nombre.

Les dispositions du général Saint-Cyr s’exécutèrent fidèlement, en partie du moins. Le général Chabran feignit bien l’attaque prescrite sur Molinsdel-Rey. Les divisions Pino et Souham franchirent bien aussi le Llobregat, aux deux points indiqués, ce qui les conduisit au pied des positions de l’ennemi, de manière à les déborder. Arrivées devant ces positions, elles les gravirent avec aplomb, sous un feu assez sûrement dirigé, et qui prouvait que les Espagnols avaient acquis déjà quelque instruction. Au moment où nous allions les joindre, leur seconde ligne passant en colonne à travers les intervalles de la première, et opérant cette manœuvre avec une certaine précision, fit mine de vouloir nous arrêter. Mais elle se rompit à la vue de nos baïonnettes, et les réserves espagnoles, n'attendant pas pour tirer qu'elle eut évacué le terrain, lui causèrent autant de dommage qu’à nous-mêmes. Alors toute la masse s’enfuit en désordre, abandonnant son artillerie, son parc de munitions, jetant ses fusils et ses sacs. Si dans cet instant le général Chabran, faisant succéder à une attaque feinte une. attaque sérieuse, comme il en avait reçu l’ordre, eût enlevé Molins-del-Réy à temps, et débouché sur les derrières des Espagnols, pas un n'aurait réussi à se sauver. Le général Chabran enleva à la vérité cette position, maia trop tard pour que sa présence sut la route de Valence eût toute l'utilité désirée. Xéanmoins cette bataille fut encore pour les Espagnols une affreuse déroute, qui nous valut la prise de cinquante bouches à feu, d’une immense quantité de fusils jetés en fuyant, et de douze ou quinze cents prisonniers ramassés par la cavalerie. Dans le nombre se trouvait le général espagnol Caldaguès. La dispersion de l’ennemi fut complète, comme après Tudela et Espinosa.

De toute l’armée du général Vives, il ne se rallia pas plus de quinze mille hommes à Tarragone, privés d’armes et fort affaiblis dans leur moral. Dès ce moment, le général Saint-Cyr était maître de la campagne en Catalogne, et nul obstacle ne l’empêchait de la parcourir en tous sens pour y entreprendre les sièges qu’il lui plairait d’exécuter. Barcelone soumise ne pouvait plus rien tenter.

lTnc place forte réduite au moyen d’un siège régulier, une marche des plus hardies et des plus difficiles à travers un pays couvert d'ennemis , deux batailles gagnées, un ascendant décisif acquis à nos armes, tels

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