LIVRE XXXIII. — DÉC
étaient le» résultats qu'avait obtenus l'armée du général Saint-Cyr, du U novembre au 21 décembre, et qui compensaient bien quelques retards reprochés à cet habile général. On aurait pu agir plus vite, mais non pas mieux.
Les Français étaient donc, dans la seconde moitié de décembre, libres de leurs mouvements en Catalogne, occupés en Aragon à préparer le siège de Saragosse, maitres des Asturies et de la Vieille-Castille par le maréchal Soult, en possession de Madrid et de la Nouvelle-Castille par le gros de l'armée française, et envoyaient des patrouilles de cavalerie à travers la Manche, jusqu'à la Sierra-Morena. Ils n’avaient plus qu'un pas à faire pour envahir le midi de la Péninsule; mais auparavant, Napoléon voulait avoir sous sa main les corps qu'il attendait, soit pour prendre les Anglais à revers, s’ils s’engageaient vers le nord de l’Espagne, soit pour percer daus ]e midi s’ils se retiraient en Portugal : alternative possible, et à laquelle on pouvait croire d’après les renseignements contradictoires fournis par les déserteurs et les prisonniers.
Mais au moment même où s'accomplissaient en Catalogne les heureux événements que nous venons de retracer, les corps en marche étaient arrivés, et des rapports plus circonstanciés éclaircissaient la situation. Le maréchal Ney était entré à Madrid avec les divisions Marchand et Lagrange (celle-ci devenue Maurice-Mathieu par suite de la blessure du général Lagrange). La division Dessoles, restée pendant quelques jours en arrière pour pacifier la province de Guadalaxara, y avait laissé le 53* de ligne avec de l'artillerie et un détachement de dragons, et entrait ellemême à Madrid à la suite du 6* corps. Le maréchal Lefebvre, rejoint, comme nous l'avons dit, par la division polonaise Valence, était descendu par le Guadarraina sur l'Escurial , et avait été envoyé à Talavera, précédé par la cavalerie légère de Lasalle et par les dragons de Milhaud. Napoléon avait donc à Madrid les corps de Victor, de Ney, de Lefebvre, la garde impériale et les divisions de dragons Latour-Maubourg, Lahoussaye, Milhaud, représentant environ 75 mille hommes, capables de marcher immédiatement. II avait par conséquent de quoi frapper où il voudrait un coup décisif. En arrière venaient la division Laborde, déjà rendue à Burgos, la division Loi son qui la suivait, les dragops de Lorge placés au delà de Burgos, les dragons de Millet en deçà, et enGn le maréchal Soult, repassant des Asturies dans le royaume de Léon avec les divisions Merle et Mermet, et un détachement de cavalerie. Napoléon attendait à chaque instant d’être exactement renseigué sur les Anglais pour preudre définitivement un parti à leur égard.
Le général Moore, tout aussi embarrassé que lui pour savoir la vérité daus un pays où l'on ne disait riep aux Français, par haine, et guère plus aux Anglais, par répugnance pour les étrangers, même quand ces étran-
gers étaient des auxiliaires, le général Moore avait fini, après de longues hésitations , par adapter un plan de campagne. Alarmé de sa situation au milieu des armées françaises, dégoûté de ses alliés, qu'il avait crus ardents, dévoués, empressés à le seconder, et qu’il trouvait abattus, consternés, ne livrant rien qu’à prix d’argent, il aurait voulu se retirer, et se serait retiré en effet, si les supplications de la junte centrale, réfugiée à Séville, ne l’en avaient empêché, et surtout si le ministre anglais, M. Frère, n’avait appuyé les supplications de la junte par des sommations impérieuses ]*e sage général Moore, qui déjà, comme ou l’a vu, avait abandonné sa ligne de communication avec le Portugal pour s’en créer une sur la Galice, et s’était acheminé vers le Duero pour y rallier sir David Baird, venait d’ajouter quelque chose à cette résolution : c'était de se porter à Valladolid, ce qui lui donnait encore mieux l’apparence de menacer les communications des Français, et de servir de quelque manière la cause des Espagnols, sans compromettre ni sa jonction avec David llaird, ni sa retraite sur la Corogne. Le général anglais, une fois cette résolution prise, avait marché de Salamanque sur Valladolid, prescrivant à sir David Baird de le rejoindre par Benavente. Mars à peine commençait-il ce mouvement, que les Espagnols ayant assassiné un officier français qui portait au maréchal Soult les ordres de l’Empereur, et ayant vendu pour quelques louis ses dépêches à la cavalerie anglaise, il apprit que le maréchal Soult passait des Asturies dans le royaume de Léon, qu’il allait y être en force inférieure à l’armée britannique: car il était dit dans les dépêches interceptées que le maréchal n’avait en ce moment que deux divisions d'infanterie, ce qui ne pouvait faire avec la cavalerie plus de 15 mille hommes, tandis que les Anglais en devaient avoir 29 ou 30, après la réunion du corps principal avec David Baird. Le général Moore dans cette situation, ayant plutôt à désirer une rencontre qu’à l’éviter, n’en résolut pas moins, en accélérant sa jonction avec sir David Baird, de l’opérer plus en arrière qu’il n'avait projeté d’abord, et, au lieu de l’effectuer vers Valladolid, de l’effectuer par Toro sur Benavente, où il avait appelé sir David Baird. Ce mouvement exécuté comme il l’avait conçu, il arriva le 18 à Caslronuevo, et sir David ilairu à Benavente. Le 20 décembre ils étaient réunis l’un et l'autre à Mayorga, ayant environ 29 mille hommes, dont 24 mille fantassins, 3 raille cavaliers, 2 mille artilleurs, et 50 bouches à feu, armée du reste excellente, et ayant déjà pris en Portugal l’habitude de se mesurer avec les Français. Le général Moore se hâta d’écrire au marquis de LaRomana, qui venait de quitter Léon avec les restes de l'armée de Blake pour chercher un abri en Galice, de ne point le laisser seul en présence des Français, devant lesquels il allait se trouver.
1 Les dépêches de John Moore, publiées par sa famille, ne peuvent laisser aurun doute sur tous ces points.