‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 118 sur 186 · I. ■ V R K XXXIII. — DEC · texte numérisé non relu

I. ■ V R K XXXIII. — DEC

Le marquis de I .a Komana, devenu à celle époque généralissime espagnol, et commandant spécial désarmées de Vieille-Castille, Léon, Asturies et Galice , avait rallié une vingtaine de mille hommes , dans un état de dénùraent absolu , incapables d’élre présentés à l'ennemi , et le pensant euxmémes , car ils n’avaient plus aucun désir de rencontrer les Français. C'est pourquoi le marquis de La Komana les conduisait par Léon et Astorga en Galice, où il espérait les réorganiser sous la protection des montagnes, protection que l’hiver rendait plus rassurante. Le général Moore, regrettant moins son appui qu’alarmé de voir encombrer les routes de la Galice, seule ligne de retraite désormais de l'armée anglaise, obtint à force d'instances qu’il retournerait à Léon. Le marquis de La Romana y ramena en efTet près de 10 mille hommes, les moins dépourvus, les moins désorganisés de celte armée de Klake, dont on s’était promis tant de merveilles. Le général espagnol envoya même une avanl-garde de 5 à G mille hommes & Mansilla, sur la rivière de l’Esla.

Le général Moore réuni à son lieutenant sir David Daird , et comptant 2!) mille hommes de bonnes troupes, avec environ 10 mille Espagnols,, utiles au moins comme troupes légères , commença à s'avancer à pas de loup vers le maréchal Soult, désirant, craignant tout à la fois de le rencontrer, le désirant quand il songeait au petit nombre des soldats du maréchal, le craignant quand il songeait à la masse des Français répandus en Espagne, et à la rapidité avec laquelle Xapoléon savait les mouvoir. Le 21 il se porta à Sahagun, où le général Paget enleva quelques hommes à un détachement des dragons de Lorge. (Voir la caile n’ 43.)

C’est le 10 décembre que Xapoléon apprit d'une manière certaine, par des déserteurs du général Dupont, que l’armée anglaise, forte, disaient cés déserteurs, de 15 à 20 mille hommes, avait quitté Salamanque pour se rendre à Valladolid. Des rapports de cavalerie l’informèrent en même temps de la prise de quelques Anglais en avant de Ségovie, lesquels appartenaient probablement au corps qui, sous le général Hope, avait eu tant de détours à faire pour rejoindre le général Moore à Salamanque. Xapoléon savait de plus avec certitude qu'un autre corps était venu par la Corogne à Astorga. Il supposait donc que l'armée anglaise pourrait s’élever à trente mille hommes, et il eut d’abord un peu de peine à s’expliquer s es mouvements, car jusque-là il l’avait crue plutôt disposée à s’enfuir en Portugal , qu'à courir sur les derrières des Français. Mais bientôt il devina la vérité en concluant de sa marche au nord quelle voulait changer sa ligne de retraite , et la placer sur la route de la Corogne. Son parti fut pris à l’instant avec cette promptitude de détermination et cette sûreté de coup d’œil qui ne l'abandonnaient jamais.

Loin d'être inquiet de trouver les Anglais sur sa ligne d’opérations, il souhaita de les y voir engagés plus encore qu'ils ne l'étaient, pour se

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porter lui-même sur leurs derrières. Il prescrivit au maréchal Soult et à tous les corps qui étaient en marche sur Burgos, ou au delà, tels que la division Laborde , du corps de Junot, et les dragons de Lorge, de se concentrer entre Carrion et Palencia , et d’employer le temps , non pas à marcher en avant, mais à se rallier, car il aimait mieux attirer les Anglais qucr les repousser. Qaant à lui , par un mouvement en arrière vivement exécuté, il songea à passer le Guadarrama entre l’Escurial et Ségovie, c’est-à-dire à la droite de Madrid , et à se jeter dans le flanc des Anglais, si par bonheur ils s’engageaient assez avant dans la Vieille-Castille pour rencontrer le maréchal Soult. S'ils avaient, comme on le disait, paru à Valladolid , il était possible on s’avançant rapidement par l’Escurial sur Villacastin, Arevalo , et Tordesillas, de les envelopper, et de les prendre jusqu’au dernier. Mais il fallait se porter en toute hâte dans cette direction, et profiter du temps, qui était superbe encore autour de Madrid , pour exécuter cette marche décisive.

Napoléon, informé le 19 décembre, ordonna au maréchal Ney de se mettre en route le 20 avec deux divisions, qui , outre l'avantage d’avoir ce maréchal à leur tète, étaient au nombre des meilleures de la Grande Armée. Le maréchal Ney devait être rejoint en route par les dragons de Lahoussaye, qui allaient se diriger vers lui par Avila. La division Dessoles et la division Lapisse, celle-ci empruntée au corps du maréchal Victor, devaient suivre aussi vite que le permettrait leur emplacement actuel autour de Madrid. Au cas où les renseignements, encore incertains, d’après lesquels on avait résolu ce mouvement considérable, se confirmeraient, l’Empereur avait le projet de partir avec toute la garde impériale à pied et à cheval, et une immense réserve d’artillerie, pour joindre le maréchal Ney, et accabler les Anglais si on parvenait à les atteindre. Il emmenait ainsi une quarantaine de mille hommes, le maréchal Soult en pouvait rallier une vingtaine; c'était plus qu’il n’en fallait pour écraser les Anglais et les faire tous prisonniers en manœuvrant bien.

Napoléon confia au maréchal Victor le soin de garder Madrid et Aranjuez avec les divisions Ruffin et Villalte, plus la division allemande Levai , que le maréchal Lefehvro n’avait pas conduite avec lui à Talavera. Il lui adjoignit en outre la division des dragons Latour-Maubourg, la plus nombreuse de l’armée. Quant au maréchal Lefebvre, qui avait à Talavera la belle division française Séhastiani, une bonne division polonaise, la cavalerie de I.asalle , et les dragons de Milhaud, c’est-à-dire 10 mille fantassins et 4 mille cavaliers excellents, il lui ordonna de partir de Talavera, où il avait eu le loisir de se reposer, de courir promptement au pont d’Almaraz sur le Tage, d’enlever ce pont à l'armée d’Estrémadure, de la repousser au delà de Truxillo, de s’en débarrasser ainsi pour longtemps, et puis de se dérober par sa droite pour se porter par Placencia sur la route

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