‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 121 sur 186 · LIVRE XXXIII. — JAXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — JAXV

avant de Benavente. La Romana, non moins pressé de s’enfuir que les Anglais, avait cependant laissé une arrière-garde de trois mille hommes au pont de Mansilla. Ce pont était sur la route du maréchal Soult venant de Sa h a un. Le 2‘d, jour même de la mésaventure du général Lefebvre-Desnoettes, le général Franceschi , commandant la cavalerie légère du maréchal Soult, aborda au galop le pont de Mansilla, qu’on n’avait pas eu soin d'obstruer, culbuta une ligne d'infanterie qui gardait ce pont, le traversa à la suite des fuyards, attaqua et culbuta une seconde ligne d'infanterie qui était sur l'autre rive, lui enleva son artillerie, tua ou blessa quelques centaines d'hommes, en prit 1,500 avec beaucoup de canons, puis se porta sur la ville de Léon , qu’il fil évacuer. La rivière de l'Esla était donc franchie sur tous les points; et quoique les montagnes de la Galice, dans lesquelles on pénètre après Aslorga, présentassent de graves et nombreux obstacles, toutefois la vitesse de nos soldats pennellail d'atteindre l'armée, anglaise si le sol ne cédait pas sous leurs pieds. Mais la pluie continuait, et les routes détruites par le passage de deux armées, celles de La Romana et de Moore, pouvaient bien devenir impraticables.

Napoléon, arrivé à Benavente, n’y était malheureusement pas avec le gros de ses forces, car le maréchal Xey, les généraux Lapisse, Dessoles, la garde impériale, bien qu'ils se hâtassent tous de le joiudre, ue suivaient ni sa personne ni ses chasseurs & cheval. Le 31 décembre 1808, il se trouvait à Benavente. Le maréchal Soult, qui avait pris la route de Léon, était hieu plus près de l’ennemi. Xapoléon lui avait ordonné de le poursuivre sans relâche. Mais la boue était profonde, et les soldats enfonçaient jusqu'à mi-jambe.

Le 1er janvier 1800, année qui ne devait pas être moins féconde en scènes sanglantes que les années les plus meurtrières du siècle, le maréchal Bessières, précédant Xapoléon, courait avec sept à huit mille chevaux sur Aslorga, tandis que le général Franceschi, précédant le maréchal Soult, y courait par la route de Léon. On y était le 1" au soir. Rien ne pourrait donner une idée du désordre que présentait la route, et surtout la ville d’Astorga elle-même. Malgré les vives instances que le général Moore avait adressées au marquis de La Romana pour qu'il lui laissât intact le chemin d’Astorga à la Corogne, et qu’il allât s'enfermer dans les Asturies afin d’inquiéter le flanc droit des Français, le général espagnol n'eu avait tenu compte, et avait préféré gagner lui aussi la route de la Corogne, trouvant la Galice plus sûre que les Asturies, parce qu’elle était plus éloignée, et mieux protégée par les montagnes. Les deux armées anglaise et espagnole, si différentes de mœurs, d'esprit, d’aspect, s’étaient donc rencontrées sur la route d’Astorga, et, s'y faisant obstacle, y avaient accumulé leurs débris. Partout on voyait des Espagnols en haillons s’arrêtant, non qu’ils fussent fatigués , mais parce que nos cavaliers les avaient atteints de

coups de sabre, des Anglais ne pouvant plus marcher, et la plupart ivres, une immensité de charrois traînés par des hœuJs, et chargés ou de guenilles espagnoles, ou du riche matériel des Anglais. 11 y avait là de nombreuses captures à faire ; mais un spectacle pénible frappait plus que tout le reste nos soldats, c'était celui d'une quantité considérable de beaux. chevaux morts de coups de feu sur la route. Les Anglais, dès que leurs chevaux étaient fatigués, s'arrêtaient, leur tiraient un coup de pistolet dans la tête , et puis s'en allaient à pied. Ils aimaient mieux tuer leur compagnon de guerre que d'en laisser l'usage à l'ennemi. On n’eùt jamais obtenu de nos cavaliers ce genre de courage. Toutes les habitations étaient dévastées sur la route. Les Anglais ne trouvant pas les habitants disposés à leur donner ce qu'ils avaient, et les appelant des ingrats, pillaient, brûlaient ensuite leurs maisons, et souvent expiraient eux-mêmes, ivres de vin d'Espagne, au milieu des incendies qu'ils avaient allumés. — Nous, des ingrats, répondaient les malheureux Espagnols! ils sont venus pour eux , et ils partent sans même nous défendre! — Les Espagnols en étaient arrivés à ce point, qu’ils regardaient presque nos soldats comme des libérateurs.

A Astorga ce spectacle paraissait encore plus attristant qu’aillcurs. Le matériel abandonné par les Anglais était immense. Le nombre de leurs malades, de leurs traînards, s'était accru en proportion des distances parcourues. Une proclamation ferme et honnête du général Moore, pour leur interdire la maraude, le pillage, l'ivrognerie, n'avait produit aucun résultat; car cette armée, qui ne se soutient que par la discipline, en la perdant parla fatigue et la précipitation, perdait tout ce qui la rend respectable. Après la satisfaction qu'on aurait eue à la faire prisonnière, on ne pouvait pas en goûter une plus vive que de la voir passée de tant de régularité et d'aplomb, à tant de désordre, d'abattement, de misère et de mauvaise conduite.

Xapoléon, suivant de près son avant-garde, entra lui-même à Astorga le lendemain 2 janvier. En route il avait été joint par un courrier venant de France, et avait voulu sur le chemin même prendre connaissance des / dépêches qu’il lui apportait. On avait allumé un grand feu de bivouac, et il s'était rais à lire le contenu de ces dépêches. Elles lui annonçaient ce dont il n'uvait jamais douté, la probabilité d'une grande guerre avec l'Autriche pour le commencement du printemps. L'accord de cette puissance avec l'Angleterre, dissimulé d'abord quand elle avait craint de dévoiler ce qu’elle projetait, ses armements niés et même ralentis quand elle avait craint un brusque retour sur le Danube des troupes de la grande armée, n'étaient plus cachés, maintenant qu’elle croyait retenue dans le fond de la péuinsule espagnole la plus considérable et la meilleure partie des forces de Xapoléon. Elle se trompait en supposant que ce qui restait entre l’Elbe et le Khin ne suffisait pas pour l'accabler, et elle en devait faire une

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