‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 122 sur 186 · J A XV · texte numérisé non relu

J A XV

nouvelle et terrible expérience. Mais après avoir laissé passer l'occasion oii les Français étaient engagés sur la Vistule, elle ne voulait pas encore laisser passer celle où ils étaient engagés sur le Tnge, et elle armait avec une évidence qui ne permettait plus de doute sur scs desseins. En mémo temps l’Orient s'obscurcissait. Ce n'était point au moyen de négociations pacifiques qu’on pouvait se flatter d’obtenir des Turcs ce qu’on avait promis aux Russes. De plus, la Russie, toujours fidèle & l’alliance au prix convenu des provinces du Danube, toujours insistant auprès de l’Autriche pour que celle-ci n’exposât pas l’Europe à une nouvelle secousse, ne montrait plus cependant le même enthousiasme pour l'alliance française, depuis que le merveilleux avait disparu, et qu’au lieu de Constantinople il s’agissait de Bucharest et de Jassy. Cette dernière acquisition était déjà fort belle assurément, car, après quarante ans écoulés, la Russie n’est pas encore dans ces deux capitales; mais c’élait de la simple réalité (du moins à ce qu'elle croyait alors), et ce n’était pas du prodige. Elle répétait toujours que si l’Autriche devenait agressive, elle se joindrait aux Français pour l'en faire repentir; mais la chaleur de ses démonstrations avait perdu de sa vivacité; en tout cas elle serait trop occupée elle-même sur le bas Danube pour ne pas laisser exclusivement aux Français le Danube supérieur; et Napoléon devait s’attendre à ce que la tâche d’accabler l’Autriche, l’Allemagne, l’Angleterre, pèserait sur lui seul comme parle passé. Il fallait donc qu’il employât janvier, février, mars à préparer ses armées d’Allemagne et d'Italie. C’élait assex pour sa merveilleuse puissance d’organisation. quoique ce ne fût pas trop. Il reprit tout pensif le chemin d’Astorga. Sa préoccupation avait été visible au point de frapper ceux qui l’entouraient.

Arrivé à Astorga, il changea tous ses projets. Il ne renonçait pas, bien eRtendu, à faire poursuivre les Anglais l’épée dans les reins, mais il renonçait à les poursuivre lui-mème. Il confia ce soin au maréchal Soult, qui, marchant parla route de Léon, était plus rapproché d’Astorga que le maréchal Ney marchant par Benavente. Il plaça sous ses ordres les divisions Merle, Mermet, qui s’y trouvaient déjà, les divisions Laborde et Heudelet qui composaient le corps de Junot, et qui venaient de le rejoindre. La division Bonnet, formée de régiments provisoires, était restée dans les Asturies. Mais la division Merle (ancienne division Mouton) et la division Mermet étaient excellentes. Tout le corps de Junot avait été versé dans les deux divisions Laborde et Heudelet, et il était fort aguerri par sa dernière campagne de Portugal. La division Heudclét demeurait encore en arrière; mais la division Laborde avait rallié le maréchal Soult, et celui-ci avait ainsi sous la main trois belles divisions d’infanterie présentant environ 20 mille hommes. Napoléon lui adjoignit les dragons Lorge et Lalioussaye, qui avec la cavalerie Franceschi comptaient quatre mille

SOMO-SIKRRA.

chevaux. Renforcé de la division Heudelet, le maréchal Soult devait avoir 30 mille soldats, mais jusque-là il n'en possédait que 21 mille. Le maréchal Ncy, à la tète des divisions Marchand et Maurice-Mathieu ; dut l'appuyer au besoin. Napoléon ordonna au maréchal Soult do poursuivre les Anglais à outrance, et de ne rien négliger pour les empêcher de s'embarquer.

Napoléon renvoya ensuite la division Dessoles sur Madrid, pour demeurer dans cette capitale et y faire face à toutes les éventualités. Il garda la division Lapisse dans la Vieille-Castille, voulant qu'il restât quelques troupes dans cette province. Enfin il dirigea la garde impériale et se dirigea lui-méme sur Benavente, et de Benavente sur Valladolid, afin de s’y établir de sa personne, et de gouverner de cette résidence les affaires de l'Espagne et de l'Europe.

Il n’y avait plus en effet grande manœuvre à exécuter à la suite des Anglais. Il fallait marcher vite, les pousser rudement, et l'un des lieutenants de Napoléon était tout aussi propre que lui à cette opération , surtout si c'eut été le maréchal Ney. Celui-ci, par malheur, se trouvait trop en arrière pour être principalement chargé de la poursuite. Quoi qu’il en soit, Napoléon, ne se regardant pas comme nécessaire à la queue des Anglais, se crut mieux placé à Valladolid , parce que de ce point il pouvait conduire la guerre d’Espagne et être sur la route des courriers de France; tandis que s’il se fût posté à Astorga ou à Lugo, les courriers auraient eu un détour de plus de cent lieues à faire pour le joindre, et il n’aurait pas pu, tout en dirigeant les armées d'Espagne, s’occuper de l’organisation de celles d'Italie et d'Allemagne. Il se rendit donc à Valladolid avec sa garde, qu’il voulait rapprocher des événements d'Allemagne autant que lui-même.

Ayant dissous le corps de Junot pour renforcer celui du maréchal Soult, il résolut de dédommager le général Junot en lui confiant le commandement des troupes qui assiégeaient Saragossc , et que le maréchal Moncey commandait à son gré trop mollement. Il destinait plus tard le maréchal Moncey à opérer sur le royaume de Valence, que ce maréchal connaissait déjà. Le maréchal Lefebvre, auquel il était prescrit de repousser les Espagnols du pont d’Almaraz jusqu’à Trnxillo , avait bien, il est vrai, enlevé ce pont; mais il avait eu l’idée singulière de se porter sur Ciudad-Rodrigo avant d’en avoir reçu l'ordre, prenant pour une instruction définitive une première indication de Napoléon. Dans ce mouvement il s'était laissé couper en deux par la Tietar débordée ; et il avait envoyé une partie de son corps sur Tolède , tandis qu’il emmenait l’autre à Avila. Napoléon, très-mécontent, plaça sous l’autorité de l'état-major de Joseph le corps du maréchal Lefebvre, qu’il ne pouvait plus confier à un chef aussi peu capable, quoique fort brave un jour de bataille. Ce corps fut réparti entre Madrid, Tolède etTalavera, en attendant que , les affaires terminées au nord de l’Espagne, on pût songer au midi. Après avoir pris ces disposi-

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