LIVRE XXXIII. — JAXV
Joseph, ayant la permission de s’établir à Madrid, fit les apprêts de son entrée solennelle dans cette capitale. Il aimait l'appareil, comme tous les frères de l’Empereur: réduits qu’ils étaient à chercher dans la pompe extérieure ce qu’il trouvait, lui , dans sa gloire. Joseph manquait d'argent, et il avait obtenu de Napoléon deux millions en numéraire à imputer sur le prix des laines confisquées, dont le trésor espagnol devait avoir sa part. Napoléon s’était procuré ces deux millions en faisant frapper au coin du nouveau roi beaucoup d’argenterie saisie chez les principaux grands seigneurs, dont il avait séquestré les biens pour cause de trahison. Joseph, toutefois, désirait reparaitre dans sa capitale sous les auspices de quelque succès brillant. L’expulsion des Anglais du sol espagnol à la suite de la bataille de la Corogne, qu'on représentait comme ayant été désastreuse pour eux, était déjà un fait d’armes qui avait beaucoup d'éclat, et qui tendait à ôter toute confiance dans l’appui de la Grande-Bretagne. Mais d’un jour à l’autre on attendait un exploit du maréchal Victor contre les restes de l'armée de Castanos retirés à Cuença, et Joseph disposa tout pour entrer à Madrid après la connaissance acquise de ce qui aurait eu lieu de ce côté. La prise de Saragosse eut été le plus heureux des événements de cette nature , mais l'étrange obstination de cette ville ne permettait pas de l’espérer encore.
Effectivement, le maréchal Victor avait marché avec les divisions V illatte et Ruffin sur le T âge , dès que l’arrivée de la division Dessoles à Madrid avait permis de distraire de cette capitale quelques-uns des corps qui s’y trouvaient. Il s'était dirigé par sa gauche sur Tarancon, afin de marcher à la rencontre des troupes sorties de Cuença. Voici quel était le motif de cette espèce de mouvement offensif de l’ancienne armée de Castaftos , passée après sa disgrâce aux ordres du général la Pena, et récemment à ceux du duc de l'Infantado.
Lorsque le général Moore, tout effrayé de ce qu’il allait tenter, s’était avancé sur la route de Rurgos pour menacer, disait-il, les communications de l’ennemi, mais en réalité pour se rapprocher de la route de la Corogne, il avait craint de voir bientôt toutes les forces de Napoléon se tourner contre lui , et il avait demandé que les années du midi fissent une démonstration sur Madrid , dans le but d’y attirer l’attention des Français. Lajunte centrale, incapable de commander, et ne sachant que transmettre les demandes de secours que les corps insurgés s’adressaient les uns aux autres, avait vivement pressé l’armée de Cuença d’opérer quelque mouvement dans le sens indiqué par le général Moore. 1* duc de l'Infantado, toujours malheureux en guerre comme en politique , s’était empressé de porter en avant de Cuença, sur la route d’Aranjue.z, une partie de srs troupes. Réduit primitivement à huit ou neuf mille soldats, fort indociles et fort démoralisés, qu’il avait reçus de la main de la Pena, il était par-
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SONO-SIERRA
venu à rétablir un peu d'ordre parmi eux , et il les avait successivement augmentés, d'abord des traînards qui avaient rejoint, puis de quelques détachements venus de Grenade , de Murcie et de Valence , ce qui avait enfin élevé ses forces à une vingtaine de raille hommes. Excité par les dépêches de la junte centrale, il avait dirige quatorze à quinze mille hommes environ sur l’clès, route de Tarancon. (Voir la carte n° 43.) Il avuit confié ce détachement, formant le gros de son armée, au général Vénégas , qui dans la retraite de Calutayud avait montré une certaine énergie. Il s'était proposé de le suivre avec une arrière-garde de 5 à 6 mille hommes.
Le maréchal Victor pouvant disposer de la division Ruffin, depuis le retour à Madrid de la division Dessoles, l’avait immédiatement acheminée sur Aranjuez, pour la joindre à la division Villatte, qui était déjà sur les bords du Tagc, avec les dragons de Latour-Maubourg. Le 12 janvier, il porta ses deux divisions d'infanterie et ses dragons sur Tarancon, le tout présentant une force d'une douzaine de mille hommes des meilleures troupes de l’Europe, capables de culbuter trois ou quatre fois plus d’Espagnols qu’il n’allait en rencontrer.
Sachant que les Espagnols l’attendaient à L’elès, dans une position assez forfe^ il eut l'idée de ne leur opposer que les dragons de Latour-Maubourg et la division Villatte, qui suffisaient bien pour les débusquer, et, en faisant par sa gauche avec la division Ruffin un détour1 à travers les montagnes d'Alcazar, d'aller leur couper la retraite, de manière qu'ils ne pussent pas s’échapper.
Le 13 au matin, la division Villatte s’avança hardiment sur Uclès. La position consistait en deux pics assez élevés, entre lesquels était située la petite ville d’Uclès. Les Espagnols avaient leurs ailes appuyées à ces pics , et leur centre à la ville. Le général Villatte les aborda brusquement avec ses vieux régiments , et les chassa de toutes leurs positions. Tandis qu'à gauche le 27“ léger culbutait la droite des Espagnols, au centre le (>3“ de ligne prenait d’assaut lu ville d’Uclès, et y passait par les armes près de deux mille ennemis , avec les moines du couvent d’Uclèr, qui avaient fait feu sur nos troupes. A droite, les 94e et 93* de ligne, manœuvrant pour tourner les Espagnols, les obligeaient à se retirer sur Carrascosa, où les attendait la division Ruffin dans les gorges d’Alcazar. Ces malheureux, on effet, fuyant en toute hâte vers Alcazar, y trouvèrent la division Ruffin qui arrivait sur eux par une gorge étroite. Ils prirpnt sur-le-champ position pour se défendre en gens déterminés. Mais attaqués de front par le ÎK léger et le 96e de ligne, tournés par le 24*, ils furent contraints de mettre bas les armes. Une partie d’entre eux, voulant gagner la gorge mémo d’AIca^ zur, d’où avait débouché la division Ruffin, allaient se sauver par cette issue, qu’occupait seule actuellement l’artillerie du général Senarmont, restée en arcière à Cause des mauvais chemins. Celui-ci pouvait être enlevé