‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 13 sur 186 · LIVRE XXIX. — JA.XV · texte numérisé non relu

LIVRE XXIX. — JA.XV

est vrai qu'une princesse française eût été placée auprès du trône pour y répéter les bons conseils partis de Paris; mais il lui aurait fallu une supériorité bien rare pour résister à des tendances si contraires, et cette supériorité même l'eût peut-être rendue odieuse. Le passé n'était pas rassurant pour une princesse française qui aurait apporté en Espagne de nobles et attrayantes qualités. D’ailleurs, on ne crée pas & volonté des princesses enrichies de tous les dons de la nature, et celles dont Xapoléon aurait pu alors se servir n’annonçaient pas les facultés éclatantes que la situation aurait rendues aussi nécessaires à leur rôle que dangereuses à elles-mêmes.

Le second projet, consistant à exiger pour*prix du mariage, du renversement du favori, et de la cession du Portugal, des sacrifices considérables, tels que l'abandon des provinces de l’Ebre et l'ouverture des colonies espagnoles aux Français, n’était que le premier projet fort aggravé. Les provinces de l’Ebre offraient un avantage plus apparent que réel, car ces provinces étaient, à cause du voisinage, celles qui aimaient le moins les Français. Elles n’eussent pas plus contracté , même avec le temps, l'amour de la France, que les Milanais n’ont contracté l'amour de l’Autriche. Les Pyrénées leur auraient toujours rappelé qu’elles étaient espagnoles et non point françaises , et , loin de nous donner un soldat ou un écu , elles nous auraient coûté beaucoup d'hommes et d’argent pour les garder. La prétendue domination qu'elles nous auraient assurée sur l'Espagne était, sous Xapoléon du moins, bien illusoirè. Partir de Pampelune ou de Saragossc, au lieu de Bayonne, pour marcher sur Madrid, ne constituait pas une assez grande différence pour qu'on pût croire que l’Espagne passait ainsi à notre égard d’un état d’indépendance à un état de soumission; et , au contraire, on aurait indigné les Espagnols par ce démembrement de leur territoire; on aurait tellement empoisonné leur joie de voir Ferdinand marié à une princesse française, le favori renversé, qu’on aurait fait naître l’ingratitude dès le premier jour. Lisbonne même n'aurait eu aucun charme à leurs yeux s’il avait fallu le payer de Saragossc et de Barcelone. Quant à l’ouverture des colonies espagnoles aux Français, c'était là un avantage sérieux, assez sérieux pour être désiré, mais facile à obtenir sans exciter de ressentiment, s'il eût été le seul prix exigé pour le Portugal, le mariage, et le renversement du favori. Ce second projet n'avait donc pas même le mérite de nous attacher l’Espagne un seul jour; et il nous exposait, pour quelques cessions territoriales impossibles à conserver, à l’éternelle haine des Espagnols.

ï*e troisième projet, celui vers lequel Xapoléon paraissait entraîné d’une manière irrésistible, consistait à détrôner les Bourbons, à rapprocher définitivement par l’établissement d’une même dynastie la France et l’Espagne, à régénérer celle-ci pour la rendre utile, soit à elle-même, soit à la cause commune, à ne lui rien ôter, à lui tout donner au contraire, Portugal,

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