A R AN J UE Z
renversement du favori, réformes intérieures; à renouveler, en un mot, la politique de Louis XIV, qui n’avait rien de trop grand pour un homme qui avait dépassé toute grandeur connue. Cette politique de Louis XIV, outre qu'elle n’avait rien de trop grand pour Napoléon, était, il faut le reconnaître, la politique naturelle de la France. Kéuuir dans un même esprit, dans un même intérêt, tout l’Occident, c’est-à-dire la France et les deux péninsules italienne et espagnole; opposer leur puissance continentale à la coalition des cours du Nord, leur puissance maritime aux prétentions de l'Angleterre, était assurément la vraie, la légitime ambition qu'il aurait fallu souhaiter à Napoléon, celle qui eût été justifiée par les règles de la saine politique, n’eût- elle pas réussi. Mais la punition du prodigue qui a fait de folles dépenses, c’est de ne pouvoir plus faire les dépenses nécessaires. Napoléon, pour avoir entrepris au Nord une tâche immense, exorbitante, hors des véritables intérêts de la France, comme de constituer une Allemagne française au grand déplaisir des peuples allemands, comme d’entreprendre la restauration de la Pologne malgré l'Autriche et la Prusse, allait manquer des forces qu'eût exigées l’exécution des desseins les plus profondément politiques.. Il était obligé , en effet, dans le momeut même, de garder trois cent mille hommes entre l’Oder et la Vistule , pour s’assurer la soumission de l’Allemagne et l’alliance de la Russie, cent vingt mille hommes en Italie pour ôter à l’Autriche toute idée de repasser les Alpes. S’il lui fallait encore cent ou deux cent mille hommes pour contenir l’Kspagne, pour en rejeter les Anglais, qui allaient trouver là un pied-à-len e commode et sûr, car ils n'avaient pour y arriver que le golfe seul de Gascogne à franchir; s’il lui fallait ces diverses armées en Allemagne, en Italie, en Espagne, c’était une masse de huit ou neuf cent mille hommes qui devenait nécessaire, et il devait en résulter une extension de soins, d’efforts, de commandement, à laquelle la France et son génie même finiraient par ne pouvoir suffire.
Ce qui se passait alors en était déjà une preuve frappante, puisque, pour se procurer des troupes sans affaiblir la grande armée, sans dégarnir l’Allemagne et l’Italie, Napoléon était réduit à s’ingénier de mille façons, et ne réussissait à trouver jusqu’ici que des conscrits commandés par des officiers qu’on prenait dans les dépôts ou qu’on arrachait à la retraite. C'était un premier et fort indice de la situation que Napoléon avait créée en multipliant démesurément ses entreprises. Une autre circonstance devait fort aggraver cette insuffisance de ressources. La soumission de la cour d’Espagne, quoique entremêlée de beaucoup de trahisons secrètes, quoique rendue stérile par l’incapacité de l’administration espagnole, avait tous les dehors du dévouement le plus absolu. Napoléon n'avait donc aucun grief spécieux à faire valoir contre la cour de l’Escurial, et l’acte dictatorial de détrôner Charles IV, pour des raisons très-politiques, il est vrai ,