‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 130 sur 186 · LIVRE XXXIII. — JAXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — JAXV

graves, sans fatiguer ses soldats aux travaux et aux attaques, il avait profilé de ce concours fort limité pour resserrer la place, et enlcvor les positions extérieures. Le 21 décembre, la division Grandjean avait, par une inauœuvre hardie et habile, occupé le Monte-Torrero , qui domine la ville de Saragosse, et sur lequel les Aragonais avaient élevé un ouvrage, tandis que la division Sucbot, du corps de .Mortier, se rendait maîtresse des hauteurs de Saint-Lambert sur la rive droite de l’Kbre, et que sur la rive gauche la division Gazan, appartenant au meme corps, emportait la po* sition de San-Gregorio , rejetait l'ennemi dans le faubourg, et prenait ou passait par les armes 500 Suisses restés fidèles à l'Espagne. Cette journée avait décidément renfermé les Aragonais dans la ville elle-même, et dès lors les travaux d’approche avaient pu commencer. Ce secours une fois prêté au 3* corps, le maréchal Mortier était rentré dans son rôle d’auxiliaire, qui se bornait h couvrir le siège. Laissant la division Gazan sur la gauche de l’Kbre, pour bloquer le faubourg qui occupe celte rive, il avait passé sur la rive droite avec la division Suehet , et avait pris position loin du théâtre des attaques, à Calatayod, afin d’empêcher toute tentative des Espagnols qui auraient pu venir soit de Valence, soit du centre de l’Espagne. C’était assez pour lier les opérations de Saragosse avec l’ensemble de nos opérations en Espagne; c’était trop peu pour la marche du siège, car le 3* corps, formé, depuis le départ de la division Lagrange, des trois divisions Morlot, Musnier et Grandjean, ne comptait guère plus de

14.000 hommes d’infanterie, 2,000 do cavalerie, 1,000 d’artillerie,

1.000 du génie. Avec les difficultés qu’on allait avoir à vaincre, il aurait fallu pouvoir se servir des 8,000 hommes de la division Gazan , qni bloquaient sans l’attaquer le faubourg de la rive gauche; des 0,000 hommes de la division Suehet, qui étaient postés vers Calatayud, à une vingtaine de lieues. Celle disposition ordonnée d’en haut et de loin par Napoléon , qui avait voulu tenir le corps de Mortier toujours frais et disponible pour l’utiliser ailleurs, avait l’inconvénient des plans conçus à une trop grande distance des lieux, celui de ne pas cadrer avec l’état vrai des choses. Ce n’eût pas été trop, nous le répétons, des 36 ou 38,000 hommes qui composaient les deux corps réunis, pour venir à bottl de Saragosse.

Les deux partis avaient mis à profit tous ces retards en préparant de plus terribles moyens d’attaque et de défense, tant au dedans qu’au dehors de Saragosse. Les Aragonais, fiers de la résistance qu’ils avaient opposée l’année précédente, et s’étant aperçus de la valeur de leurs murailles, étaient résolus à se venger, par la défense de leur capitale, de tous les échecs essuyés en rase campagne. Après Tudela , ils s’étaient retirés au nombre de 25 mille dans la place, et avaient amené avec eux 15 ou 20 mille paysans, à la fois fanatiques ét contrebandiers achevés, tirant bien, capables, du haut d’un toit ou d’une fenêtre, de tuer un à un ces mêmes

SOMO-SIEHKA.

soldats devant lesquels ils fuyaient en plaine. A eux s'étaient joints beaucoup d’habitants de la campagne, que la terreur forçait & s’éloigner, de façon que la population de Saragosse, ordinairement de quarante à cinquante mille âmes; se trouvait être de plus de cent mille en ce moment.

C'était toujours Palafox qui commandait. Brave, présomptueux, peu intelligent, mais mené' par deux moines habiles, secondé par deux frères dévoués, le marquis de Lnssan et François Palafox , il exerçait sur la populace aragonaise un empire sans homes, surtout depuis qu'on avait su qu'à la prudence de Custaûos, qu’on qualifiait de trahison, il avait toujours opposé son ardeur téméraire, qu’on appelait héroïsme. La paisible bourgeoisie de Saragosse allait être cruellement sacrifiée, dans ce siège horrible, à la fureur de la multitude, qui par deux moines gouvernait Palafox, la ville et l’armée. Des approvisionnements immenses en blé, vins, bétail avaient été amassés par la peur même des habitants des rnvironsraRneU en fuyant transportaient à Saragosse tout ce qu'ils possédaient. Les Anglais avaient de plus envoyé d’abondantes munitions de guerre, et on avait ainsi tous les moyens de prolonger indéfiniment la résistance. Pour la fai re durer davantage, des potences avaient été élevées sur les places publiques, avec menace d'exécuter immédiatement quiconque parlerait de sc rendre. Rien, en un mot, n'avait été négligé pour ajouter b la constance naturelle des Espagnols , à leur patriotisme vrui , l'appui d'un patriotisme barbare et fanatique.

Dans l'armée d’Aragon retirée à Saragosse se trouvaient de nombreux détachements de troupes de ligne, et beaucoup d'officiers du génie fort Capables et fort dévoués. Chox les vieilles nations militaires qui ont dégénéré de leur ancienne valeur, les armes savantes sont toujours celles qui se maintiennent le plus longtemps. I.es ingénieurs espagnols , qui , aux seizième et dix-septième siècles, étaient si habiles, avaient conservé une partie de lenr ancien mérite, et ils avaient élevé autour de Saragosse des ouvrages nombreux et redoutables.

Cette place, comme il a été dit précédemment (livre xxxi), n’était pas régulièrement fortifiée, mais. son site, la nature de ses constructions, pouvaient la rendre très-forte dans les mains d'un peuple résolu & se défendre jusqu’à la mort. (Voir la carte n" 45.) Elle était entourée d'une enceinte qui n'était ni baslionnéc ni terrassée; mais elle avait pour défense, d'un coté V Elire , au bord duquel elle est assise , et dont elle occupe la rive droite, n'ayant snr la rive gauche qu'un faubourg, de l'autre coté une suite do gros bâtiments, tels que lechdteau de l'Inquisition, les couvents, dés Capucins, de Santa-Engracia, de Saint-Joseph, des Augustins, de Sainte-Monique, véritables forteresses qu’il fallait battre en brèche pour y pénétrer, et que couvrait une petite rivière profondément encaissée, celle de la Hnerha , qui longe une moitié de l'enceinte de Saragosse avant de se

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