‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 131 sur 186 · LIVRE XXXIII. — J A N V · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIII. — J A N V

jeter dans l'Èliro. A l'intérieur se remontraient de vastes couvents , tout aussi solides que ceux du dehors, cl de grandes maisons massives, carrées, prenant leurs jours en dedans , comme il est d'usage dans les pays méridionaux, peu percées au dehors, vouées d’avance & la destruction, car il était bien décidé que, les défenses extérieures forcées, on ferait de toute maison une citadelle qu'on défendrait jusqu’à la dernière extrémité. Chaque maison était crénelée, et percée intérieurement pour communiquer de l'une à l'autre; chaque rue était coupée de barricades avec force canons. Mais, avant d'en être réduit à celte défense intérieure, on comptait bien tenir longtemps dans les travaux exécutés au dehors, et qui avaient une valeur réelle.

En partant de l’ Elire et du château de l'Inquisition, placé au bord de ce (leuve, en face de la position occupée par notre gauche, on avait élevé, poùr suppléer à l'enceinte fortifiée qui n'existait pas, un mur en pierre sèche avec terrassement, allant du château de l'Inquisition au couvent des Capucins et à celui de Sanla-Engracia. En cet endroit , la ville présentait un angle saillant, et la petite rivière de la Huerba, venant la joindre, la longeait jusqu'à l'Ebre inférieur, devant notre extrême droite. Au point où la Huerba joignait la ville , une tête de pont avait été construite , de forme quadrangulaire et fortement retranchée. De cet endroit, en suivant la Huerba, on rencontrait sur la Huerba même, et en avant de son lit, le couvent de Saint-Joseph , espèce de forteresse à quatre faces qu’on avait entourée d’un fossé et d un terrassement. Derrière cette ligne régnait une partie de mur, terrassé en quelques endroits, et partout hérissé d'artillerie. Cent cinquante bouches à feu couvraient ces divers ouvrages. Il fallait par conséquent emporterla ligne des couvents et de la Huerba, puis le mur terrassé, puis après ce mur les maisons, les prendre successivement, sous le feu de quarante mille défenseurs, les uns, il est vrai, soldats médiocres, les autres fanatiques d'une vaillance rare derrière des murailles, tous pourvus de vivres et de munitions , et résolus à faire détruire une ville qui n'était pas à eux , mais à des habitants tremblants et soumis. Enfin la superstition à une vieille cathédrale très-ancienne, Notre-Dame del Pilar, leur persuadait à tous que les Français échoueraient contre sa protection miraculeuse.

. Si on met à part les 8 mille hommes de la division Gaxan, se bornant à observer le faubourg de la rive gauche , et les 9 mille de la division Suchet placés à Cal a lay ud , le général Junot, qui venait de prendre le commandement en chef, avait pour assiéger celte place, gardée par quarante mille défenseurs, 14 mille fantassins, 2 mille artilleurs ou soldats du génie, 2 mille cavaliers, tous jeunes et vieux , Français et Polonais, tous soldats admirables, conduits par des officiers sans pareils, comme on va bientôt en juger.

SOMO-StERRA.

Le commandant du génie était le général Lacoste, aide de camp de l'Empereur, officier d’un grand mérite, actif, infatigable, plein de ressources, secondé par le colonel du génie Rogniat, et le chef de bataillon Haxo, devenu depuis l'illustre général Haxo. Une quarantaine d'officiers de la même arme, remarquables par la bravoure et l'instruction , complétaient ce personnel. Le général Lacoste n’avait pas perdu pour les travaux de son arme le mois écoulé en allées et venues de boupes, et il avait fait transporter de Pampelnne à Tudela par terre, de Tudela & Saragosse par le canal d’Aragon, 20 mille outils, 100 mille sacs & terre, 60 bouches à feu de gros calibre. Il avait en même temps employé les soldats du génie à construire plusieurs milliers de gabions et de fascines. Le général d'artillerie Dcdon l'avait parfaitement assisté dans ces diverses opérations, fj*.'

Du 29 au 30 décembre, tandis que Napoléon poursuivait les Anglais au delà du Guadarrama , tandis que les maréchaux Victor et Lefebvre rejetaient les Espagnols dans la blanche et l’Estrémadure , et que le général Saint-Cyr venait de se rendre maître de la campagne en Catalogne, le général Lacoste, d'accord avec le général Jnnot, ouvrit la tranchée à 160 toises de la première ligne de défense, qui consistait, comme on vient de le voir, en couvents fortifiés, en portions de muraille terrassée, en une partie du lit de la Huerba. (Voir la carte n” 45.) Il avait fait adopter le projet de trois attaques : la première à gauche, devant le château de l’Inquisition , confiée à la division Uorlot, mais celle-là plutôt comme diversion que comme attaque réelle; la seconde au centre, devant Santa-Engracia et la tête de pont de la Huerba, confiée à la division Musnier, celle-ci destinée à être très-sérieuse ; la troisième enfin à droite, devant le formidable couvent de Saint-Joseph , confiée à la division G.randjean , et la plus sérieuse des trois, parce que, Saint-Joseph pris, elle devait conduire au delà de la Huerba , sur la partie la moins forte de la muraille d'enceinte , et sur un quartier par lequel on espérait atteindre le Cosso , vaste voie intérieure qui traverse la ville tout entière , et qui ressemble fort au boulevard de Paris. La tranebée hardiment ouverte, on procéda au plus tôt à perfectionner la première parallèle , et on chemina vers la seconde , dans le but de s’approcher du couvent de Saint-Joseph à droite , de la tète de pont de la Huerba au centre.

Le 31 décembre, une sortie tentée par les troupes régulières de la garnison fut vivement repoussée. Ce n’était pas en rase campagne que les Espagnols pouvaient retrouver leur vaillance naturelle, I«e 2 janvier, on ouvrit la seconde parallèle. Les jours suivants furent employés à disposer en plusieurs batteries trente bouches à feu déjà arrivées, afin de ruiner la tête de pont de la Huerba ainsi que le château de Saint-Joseph, et de contrebattre aussi l'artillerie ennemie placée en arrière de cette première ligne de défense. Pendant ces travaux, auxquels concouraient plus de deux mille

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