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travailleurs par jour, sous la direction des soldats du génie , les assiégés envoyaient dans nos tranchées une grêle de pierres et de grenades, lancées avec des mortiers. Nous y répondions par le feu de nos tirailleurs postés derrière des sacs à terre, et tirant avec une grande justesse sur toutes les embrasures de l'ennemi.
Le 10, nos batteries étant achevées commencèrent à tirer, Jes unes directement, les autres de ricochet contre la tête de pont de la Huerba et le couvent de Saint-Joseph. Quoique l'artillerie espagnole fut bien servie, la supériorité de la nôtre réussit bientôt à éteindre son feu , et à ouvrir ver» l'attaque de droite une large brèche au couvent de Saint-Joseph, vers l’attaque du centre un commencement de brèche à la tète de pont de la Huerba. Celle-ci n’étant pas praticable, on ditféra de lui donner l'assaut; mais on ne voulut pas différer au couvent de Saint-Joseph , parce que c'était possible, et qu’il devait résulter de la prise de ce couvent une grande accélération dans les approches. Le feu ayant continué jusqu'au 11 janvier à quatre heures du soir , et à cette heure la brèche étant tout à fait praticahle, on s'avança hardiment pour tenter l’assaut du couvent. Dans ce moment même, l'ennemi exécutait une sortie qui fut repoussée au pas de course, et de la défense on passa immédiatement à l'attaque. Ce furent les voltigeurs et grenadiers de deux vieux régiments, les 14e et 44* de ligne, qu’on chargea de cette entreprise difficile, avec deux bataillons des régiments de la Vistule. I n officier, chef de bataillon dans le 14e, nommé Stahl, et juste objet de l’admiration de l’armée, les commandait. Le couvent, ouvrage de forme carrée, s'appuyait à la Huerba. L’ennemi y avait placé trois mille hommes.
A l’heure dite, pendant que le chef de bataillon Haxo, avec quatre compagnies d’infanterie et deux pièces de 4, marche à découvert hors des tranchées, et vient prendre à revers le couvent de Saint-Joseph , en enfilant de son feu la face qui est adossée au lit de la Huerba, ce qui épouvante les défenseurs et en décide un bon nombre à repasser la rivière, le chef de bataillon Stahl s’avance de front jusqu'au bord du fossé , pour s’élancer ensuite sur la brèche. Mais les décombres de la muraille n’avaient pas rempli le fossé, qui était profond de 18 pieds, et taillé à pie, car les terres sèches et solides en Espagne se soutiennent sans talus ni maçonnerie. L’intrépide Junot, qui assistait lui-même à l’opération, avait pourvu se» grenadiers de quelques échelles. Les uns s’en servent pour descendre dans co fossé , les autres y sautent sans aucune précaution , puis , guidés par le brave Stahl, courent à la brèche, sous une ploie do feu. Mais ils ont beaucoup de peine à la gravir. Tandis qu’ils tentent ce périlleux effort, un officier du génie, Daguenet, à la tête de quarante voltigeurs, parcourt le fond du fossé , tourne à gauche le long de la face latérale, et aperçoit un pont, jeté sur le fossé conduisant dans l’intérieur de l’ouvrage. Il y monte avec
ses quarante hommes, et, se ruant sur la garnison du couvent , facilite au chef de bataillon Stahl l'entrée par la hréclio. On passe par les armes ou l'on noie 3DO Espagnols restés les derniers, on en prend 40.
Cette opération, qui avait exigé tout au plus une demi-heure, nous avait coûté 30 morts et 130 blessés, presque tous grièvement; ce qui prouvait asses , vu le peu de développement de l'ouvrage attaqué , l’énergie de l'action.
A peine en possession du couvent, on travailla à s'y loger solidement, à l'abri des retours offensifs de l'ennemi et des feux nombreux de la place, qui, k mesure que nous approchions, vomissait avec plus d’abondance les grenades, les bombes et la mitraille. Chaque journée nous coûtait de 40 k 30 hommes hors de combat , et atteints en général de blessures trèsgraves.
Le 16, la brèche étant reconnue praticable à la tète de pont de la Huerha, on résolut l'assaut, et quarante voltigeurs polonais, conduits par des officiers et des soldats du génie, s'élancèrent sur l'ouvrage. Ils le gravirent rapidement, les uns avec leurs mains, les autres avec des échelles. Pendant qu’ils y montaient, une mine préparée par l'ennemi fit tout à coup explosion, mais sans blesser aucun de nos soldats, qui restèrent en dehors des atteintes de ce volcan. Parvenus à s'introduire dans la tète de pont , ils en expulsèrent les défenseurs, lesquels repassèrent la Huerba en faisant sauter le pont.
Le couvent de Saint-Joseph, adossé à la Huerba, étant pris à droite, la tète de pont de la Huerba étant emportée au centre, nous nous trouvions mailres de la ligne des ouvrages extérieurs sur une moitié de leur développement. C'était le plus important, car les opérations de la gauche u’avaient que la valeur d'une démonstration. Il s'agissait dès lors de franchir la Huerba sur les deux points par lesquels on y touchait, de jeter des ponts couverts d'épaulements sur cette rivière étroite mais profondément encaissée, de battre en brèche les portions d'enceinte qui s'étendaient au delà , et qui s'appuyaient au couvent de Santa-Engracia d'nn coté, à celui des Augustins de l'autre, il fallait enfin élever de nouvelles batteries pour les opposer à celles de la ville, qui devenaient en approchant plus nombreuses et plus meurtrières. C'est à quoi on employa l’intervalle du 16 au 21 janvier.
Pendant ce temps les souffrances s’aggravaient au dedans parmi les assiégés, au dehors parmi les assiégeants. La masse, d’habitants réfugiés dans la ville, les blessés, les malades accumulés, y avaient fait naître une épidémie. Tous les jours une grêle de projectiles augmentait le nombre des victimes du siège , même parmi ceux qui ne prenaient point part k la défense. Mais une populace furieuse, fanatisée par les moines, comprimait les habitants paisibles, aux yeux desquels cette résistance sans espoir n’é*
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(ait qu'une barbarie inutile. Les potences dressées dans les principales rues prévenaient tout murmure. On inventait d’ailleurs toutes sortes de nouvelles pour soutenir le courage des assiégés. On disait Napoléon battu par les Anglais, le maréchal Soult par le marquis de La Romana, le général Saint-Cyr par le général Vivés. On promettait de plus l’arrivée d’une puissante armée de secours. Et à ces nouvelles, annoncées au son du tambour par des crieurs publics, éclataient des vociférations sauvages, qui venaient retentir jusque dans notre camp.
Ce que nous avons raconté des événements généraux de cette guerre suffit pour qu’on puisse apprécier la véracité de ces bruits, répandus à dessein par l’alafox et les moines dont il suivait les inspirations. Ces récits, du reste, n’étaient pas complètement faux, car les deux frères de Joseph Palafox, le marquis de Lassan et François Palafox, étaient sortis avec des ordres terribles pour faire lever le pays dans tous les sens, jusqu’à Tudela d'un côté, jusqu'à Calalayud, Daroca, Teruel et Alcaniz de l’autre. Tous les hommes en état de porter les armes étaient sommés de les prendre, et, dans la proportion d’un sur dix, devaient s'avancer, sous la conduite d’officiers choisis, pour former une armée de déblocus. Chaque village était obligé de payer et de nourrir les hommes qui marcheraient. Ceux qui ne marcheraient pas devaient détruire nos convois, tuer nos malades, et affamer notre camp. Ces ordres étaient donnés sous menace des peines les plus sévères en cas d’inexécution.
Il faut reconnaître que les Aragonais avaient mis un zèle tout patriotique à les exécuter. Déjà vingt ou trente mille hommes se remuaient du côté d' Alcaniz sur la rive droite de l’Ebre, et du côté de Zuera, la Perdiguera, Licineua, sur la rive gauche. Malgré les efforts de notre cavalerie la viande n’arrivait pas, vu que les moutons acheminés sur notre camp étaient arrêtés en route. Nos soldats, manquant de viande pour faire la soupe, n’ayant souvent qu’une ration incomplète de pain, supportaient de cruelles privations sans murmurer, et entrevoyaient sans fléchir un ou deux mois encore d’un siège atroce. Ils étaient tristes toutefois, en songeant à leur petit nombre, en considérant que toutes les difficultés du siège pesaient sur 14 mille d’entre eux, tandis que les 8 mille fantassins de Gazan se bornaient à bloquer le faubourg de la rive gauche, et que les 9 mille de Suchet vivaient en repos à Calalayud. Déjà plus de douze cents avaient succombé aux fatigues ou au feu. On les transportait, dès qu’ils étaient atteints de blessures ou de maladies, à l’hôpital d'Alagon, hôpital infect, où il n’y avait que du linge pourri, sans vivres ni médicaments. Le général Harispe, envoyé pour en faire l'inspection, et s’y montrant humain comme un héros, punit sévèrement les administrateurs coupables de tant de négligence, réorganisa cet établissement avec soin, et procura au moins à nos soldats la consolation de n’ètre pas plus mal à l’hôpital qu'à la tran-
SOUO-SIERRA.
chée. Le 21, arriva enfin l'illustre maréchal Lannes, qui approchait alors du terme de sa carrière héroïque, car on était en janvier 1809, à quelques mois de la terrible journée d'Essling, et sa présence était propre à soutenir le moral du soldat, et à lui rendre la confiance s’il l’avait perdue. la? général Junot le charmait par sa bravoure, mais il fallait un chef qui, prenant sur lui de modifier les ordres de l'Empereur, fit concourir toutes les forces françaises au succès du siège. C’est à cela que le maréchal Lannes fut d’abord utile.
Il commença, grâce à son commandement supérieur, par faire concourir le cinquième corps à la prise de la place, et à la répression des troubles extérieurs qui contribuaient à affamer notre camp. Il ordonna au général Gazan, posté avec sa division devant le faubourg de la rive gauche, d’entreprendre l’attaque en règle de ce faubourg. Cet asile une fois enlevé aux habitants, ils devaient être refoulés dans l’intérieur de la ville, et y augmenter l’encombrement, tandis que nous aurions le moyen de la foudroyer de la rive gauche de l’Ebre. Il lui donna un excellent officier du génie, le colonel Dode, pour diriger cette opération.
Le maréchal Lannes prescrivit ensuite au maréchal Mortier de quitter sa position de Calatayud où il ne rendait pas de services, aucune force ennemie ne pouvant venir du côté de Valence, et de passer sur la rive gauche de l’Ébre, pour y dissiper les rassemblements qui nous inquiétaient.
Le maréchal Mortier, exécutant les ordres qu'il avait reçus, franchit l’Ehre le 23, et, laissant le 40* de ligne pour appuyer la division Morlot, qui était la plus faible du corps de siège, s'avança avec les 34*, 64", 88e de ligne, le 10" de hussards, le 21* de chasseurs, et dix bouches à feu, sur la route de la Perdigucra. Il trouva en position à Licinena, sur le penchant des montagnes, la plus grande partie d'un corps de quinze mille hommes, qui arrivait du nord de l' Aragon au secours de la capitale assiégée. Ce rassemblement se composait de troupes de ligne et de paysans. On y comptait des détachements des régiments de Savoie, de Prado et d’Avila, des bataillons de Jaca, des chasseurs de Palafox, et d'autres troupes d’ancienne et nouvelle formation. Le maréchal Mortier fit aborder les Espagnols par le 64* de ligne, qui marcha sur eux de front, avec l'aplomb et la résolution de nos vieilles bandes, tandis que les 34e et 88* de ligne, les tournant par les hauteurs, les rabattaient dans la plaine. Les Espagnols ne tinrent pas devant cette double attaque, et s’enfuyant à toutes jambes dans la plaine, ils vinrent passer k portée du 10" de chasseurs, qui fondit au galop sur cette masse de fuyards, et les sabra impitoyablement. Quinze cents restèrent sur la place. Nous primes six pièces de canon et deux drapeaux. Dans le même moment, l'adjudant commandant Gasquet s'étant porté, avec trois bataillons de la division Gazan, sur la route de Zuera, parallèlement au maréchal Mortier, culbutait environ