LIVRE XXXIII. — J A XV
trois mille Espagnols du môme corps, et leur prenait des hommes et du canon. I*e maréchal Mortier, après avoir repoussé pour tout le reste du siège les levées du nord de l’ Aragon , descendit l’Kbrc jusqu’à Pina, avec ordre de balayer les insurgés, de ménager les villages soumis, de brûler les villages insoumis, et d'acheminer du bétail sous l’escorte de la cavalerie vers le camp de l’armée assiégeante.
Tandis que le maréchal Mortier nettoyait la rive gauche, le général Junot avait envoyé le général U’athier, commandant la cavalerie du H* corps, avec 1,200 hommes d'infanterie d’élite et U00 cavaliers, pour disperser un rassemblement formé des insurgés de quatre-vingts communes, lesquelles relevaient de la juridiction d’Alcaniz, Ils étaient retranchés dans la ville d'Alcaniz, qu’ils avaient barricadée et crénelée. Le général U'athier, les chargeant dans cette position, comme il aurait pu le faire en plaine, à la tête de ses cavaliers, les aborda si brusquement qu’il entra péle-méle avec eux dans la ville d’Alcaniz, força toutes les barricades, et passa au (il de l’épée plus de six ccnls de ces malheureux. I«es autres furent poursuivis par nos cavaliers, et se sauvèrent chez eux. La ville fut pillée, et tout le bétail ramassé dans les campagnes environnantes dirigé sur Saragosse.
Grâce à ces diverses expéditions, l’armée assiégeante n’eut plus rien à craindre pour ses derrières. Cependant elle ne reçut de moutons que ceux qui étaient bien escortés, et la viande resta fort rare dans notre camp.
Pendant que le maréchal Lamies faisait exécuter ces opérations aux environs de Saragosse, les travaux du génie, poussés avec une extrême activité par le général Lacoste, par ses lieutenants Rogniat et Haxo, permettaient enfin de donner l’assaut général, après lequel on devait se trouver dans la ville, et en mesure de commencer la terrible guerre des maisons.
A l’attaque de droite on avait jeté deux ponts de chevalets, couverts d’épaulements, sur la Huerba, en avant du couvent de Saint-Joseph, conquis par l’assaut du 1 1 janvier. La Huerba franchie sur ce point, on avait cheminé vers une huilerie dont le bâtiment isolé était contigu au mur de la ville. Un peu à gauche, on avait conduit un boyau de tranchée vers un autre point de ce même mur. Deux assauts devaient être livrés en ces deux endroits, dès que le canon y aurait fait des brèches praticables.
A l’attaque du centre, on avait renoncé à se servir de la tête de pont de la Huerba, enlevée aux assiégés, à cause des feux qui la flanquaient. On avait passé la Huerba dans un coude au-dessous, vis-à-vis le couvent de Sauta-Engracia , au saillant même de l’angle que la ville formait de co côté. Une batterie de brèche, dirigée sur le couvent, devait rendre ses murailles accessibles à une colonne d’assaut. Maîtres de ces diverses brèches, deux à droite, une au centre, nous devions avoir trois issues pour
SOMO— SI KRR A.
pénétrer dans la ville, toutes trois aboutissant à de grandes rues qui donnaient perpendiculairement sur le CossOt
Le 26 janvier, cinquante bouches à feu de gros calibre tonnèrent à la fois contre Saragosse, les unes pour ouvrir les brèches de droite et du centre, les autres pour accabler la ville de bombes, d’obus et de boulets. La ville supporta bravement cette pluie de feu : car les Espagnols enduraient tout derrière leurs murailles, pourvu qu’ils ne vissent pas l'ennemi en face; et quant à la population inoffensive, ils ne s’en inquiétaient pas plus que du vil bétail qu’ils abattaient chaque jour pour vivre. Le feu ayant duré toute la journée du 26 et la moitié de celle du 27, les trois brèches parurent praticables, et on résolut de livrer immédiatement l’assaut général.
Tout le 3* corps était sous les armes, Junot et Lannes en tète. (Voir la carte n° 45.) Adroite, la division Grandjean, principalement composée des I V et 44* de ligne, se trouvait dans les ouvrages, attendant le signal. Au centre, la division Musnier, forte surtout en Polonais, attendait le même signal avec impatience. Elle était appuyée par la division ilforlot, qui s’était massée sur sa droite pour seconder l’assaut du centre. I*e 40* de ligne et le 13* de cuirassiers occupaient à gauche la place qu’avait abandonnée la division Alorlot, et avaient pour mission de contenir les sorties qui pourraient venir par le château de l’Inquisition, sur lequel on n’avait dirigé jusqu’ici qu’une fausse attaque.
A midi, Lannes donne le signal vivement désiré, et aussitôt les colonnes d’assaut sortent des ouvrages. Un détachement de voltigeurs des 14* et 44", • ayant en tète un détachement de sapeurs, et commandé par le chef de bataillon Stahl, débouche de l’huilerie isolée dont il a été parlé tout à l’heure, et s’élance sur la brèche qui était le plus à droite. L’ennemi, prévoyant qu’on partirait de ce bâtiment pour mouter à l’assaut, avait pratiqué une mine sous l’espace que nos soldats avaient à parcourir. Deux fourneaux éclatent tout à coup avec un fracas horrible, mais heureusement sur les derrières de notre première colonne d’assaut, et sans enlever un seul homme. La colonne se précipite sur la brèche et s’en empare. Mais lorsqu’elle veut pousser au delà, elle est arrêtée par un feu de mousqueterie et de mitraille qui part des maisons situées en arrière, ainsi que de plusieurs batteries dressées à la tête des rues. Ce feu est tel qu’il est impossible d’y tenir et qu’on est obligé, après avoir eu beaucoup d’hommes hors de combat, notamment le brave Stahl, grièvement blessé, de se borner à se loger sur la brèche, et à y établir une communication avec l'huilerie qui a servi de point de départ. Les terres remuées par la mino de l’ennemi contribuent à faciliter ce travail.
A la seconde brèche, ouverte tout près de celle-là, mais un peu à gauche, trente-six grenadiers du 44*, conduits par un vaillant officier nommé Guet-