LIVRE XXXIII. — JAXV
temann, s'élancent de leur côté à l'assaut. Us pénétrent malgré une pluie de balles, franchissent la brèche, et se logent dans les maisons voisines du mur. Une colonne les suit, et on essaie de déboucher de ces maisons dans les rues voisines. Mais à peine se montre-t-on à une porte ou à une fenêtre, qu’un effroyable feu de mousqueterie , partant de mille ouvertures, abat ceux qui ont la témérité de se faire voir. Toutefois on s'empare des maisons contiguës en passant de l'une à l'autre par des percements intérieurs, et on gagne ainsi en appuyant à gauche jusqu'à l'une des principales rues de la ville, la rue Queraada, qui va droit de l’enceinte au Cosso. Mais la mitraille des barricades ne permet pas de s'y avancer. A cette seconde brèche, quoique plus heureux qu'à la première, il faut s’en tenir à une douzaine de maisons conquises.
Au centre, l’action n'est pas moins vive. Des voltigeurs de la Vistule, dirigés par un détachement de soldats et d’officiers du génie, s’élancent, eux aussi , sur la brèche pratiquée dans le couvent de Santa-Engracia. Us ont à parcourir à découvert, de la Huerba au mur du couvent, un espace de 120 toises, qu’ils franchissent au pas de course sous le feu le plus violent. Us arrivent sans trop de pertes sur la brèche, et l'escaladent sans autre difficulté que la mousqueterie; car le rare courage des Espagnols derrière leurs murailles n’allait pas jusqu’à nous attendre avec leurs baïonnettes sur le sommet de chaque brèche. Les braves Polonais, mêlés à nos sapeurs, entrent dans le couvent, chassent ceux qui l’occupaient, débouchent sur la place de Santa-Engracia, pénètrent même dans les maisons qui l’entourent, et vont jusqu’à un petit couvent voisin, qu'ils emportent également. Maîtres de la place Santa-Engracia, ils le sont aussi de la grande • rue de ce nom, tombant perpendiculairement comme celle de Queraada sur le Cosso. Mais de nombreuses barricades hérissées d’artillerie, et vomissant la mitraille, ne permettent pas de pousser au delà, à moins de pertes énormes. Il faudrait la sape et la mine pour aller plus loin.
Du couvent de Santa-Engracia, on court par un terrain découvert jusqu’au saillant de l’angle que l’enceinte de la ville forme vers le milieu de son étendue. Nos soldats traversent rapidement cet espace, qui est miné, et, par un inconcevable bonheur, plusieurs fourneaux de mine, éclatant à la fois, ouvrent de vastes entonnoirs sans qu’un seul de nos hommes soit atteint. A partir de cet angle, et en tirant à gauche, règne une ligne de murailles en pierres sèches, avec fossé et terrassement, laquelle aboutit au couvent des Capucins, et plus loin au château de l’Inquisition. Quoiqu'il n'entre pas dans le plan d’attaque d'enlever cette ligne d’ouvrages, qui n'a pas été battue en brèche, un accident imprévu excitant l'ardeur des divisions Morlot et Musnier, on s’y précipite avec une témérité inouïe. En effet, une batterie placée au couvent des Capucins incommodant de son feu la division Morlot , quelques carabiniers du 5e léger se jettent au pas de
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