‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 135 sur 186 · VV«?* •.>-?•“- I*-!' • · texte numérisé non relu

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course sur cette batterie pour s'en débarrasser. Le régiment les suit et prend la batterie. A ce spectacle, le 115" de ligne, l’un des régiments de nouvelle formation, ne peut tenir dans les tranchées. Il s’élance sur le long mur d’enceinte qui s’étend de Santa-Engracia au couvent des Capucins, descend dans le fossé, escalade l’escarpe par les embrasures, s’empare de l’enceinte, de toute l’artillerie, et ose s'engager dans l’intérieur de la ville. Alors une populace furieuse, du haut des maisons environnantes, fusille nos soldats presque à coup sur. Les Espagnols , plus hardis sur ce point que sur les autres, s’avancent même hors de leurs retranchements pour reprendre le couvent des Capucins. Des moines les dirigent , des femmes les excitent. Mais on le3 repousse à la baïonnette, et on reste maître du couvent, en y essuyant toutefois un horrible feu d’artillerie qui perce les murailles en plusieurs endroits. On tâche de se couvrir avec des sacs à terre. Mais, ne pouvant tenir à découvert le long de la muraille, on est obligé de la repasser, sans l’abandonner néanmoins et en essayant de s’y loger.

Dans cette sanglante journée, on s’était donc emparé de tout le pourtour de l’enceinte. Si c’eut été un siège ordinaire, consistant à enlever la partie fortifiée de la place, Saragosse eût été à nous. Mais il fallait emporter chaque île de maisons, l'une après l’autre, contre une populace frénétique, et les grandes horreurs de la lutte ne faisaient que commencer. Les Espagnols avaient perdu cinq à six cents hommes passés au fil de l'épée , et deux cents prisonniers, avec toute la ligne de leurs murailles extérieures. Les Français avaient eu 186 tués et 593 blessés1 * *, c’est-à-dire près de 800 hommes hors de combat, perte considérable, due à l’ardeur excessive de nos troupes et à leur héroïque témérité.

Le maréchal Lannes lui-même, saisi de cet affreux spectacle, ordonna aux officiers du génie de ne plus souffrir que les soldats s'avançassent à découvert, aimant mieux perdre du temps que des hommes. Il prescrivit de cheminer avec la sape et la mine, et de faire sauter en l’air les édifices, mais avant tout de ménager le sang de son armée. Ce grand homme de guerre, aussi humain que brave, avait ressenti de ce qu’il avait vu une impression profonde 4.

1 Nous donnons ici des nombres précis, parce <|u'iU août fournis cette fois avec détail dans les rapports existant au dépùt de la guerre.

* Ses dépêches à l'Empereur font foi du sentiment qu'il avait éprouvé. On y lit les passages suivants : * Jamais, Sire, je n’ai vu autant d'acharnement comme en mettent nos

* ennemis à la défense de cette place. J’ai vu des femmes venir se faire tuer devant la t brèche. Il faut faire le siège de chaque maison. Si on ne prenait pas de grandes précauf lions, nous y perdrions beaucoup de monde, l'ennemi ayant dans la ville 30 à 40 mille » hommes, non compris les habitants. Xous occupons depuis Santa-Engracia jusqu'aux

* Capucins, où nous avons pris quinze bouches & feu.

* Malgré tous les ordres que j’avais donnés pour empêcher que le soldat ne se lançât

* trop, on n’a pu être maître de son ardeur. C’est ce qui nous a donné 200 blessés de plus

* que nous ne devions avoir. (Au quartier général devant Saragosse, le 28 janvier 1809.) *

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