‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 142 sur 186 · J A XV · texte numérisé non relu

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allait résulter de la création des cinquièmes, cette armée du Rhin devait présenter quatre-vingt-quatre bataillons et 70 mille hommes d'infanterie. Le corps d'Oudinot, composé de compagnies de grenadiers et de voltigeurs, détachées originairement des régiments qui ne faisaient point partie de l'armée active, n’avait plus actuellement les mêmes raisons d’exister. Il devenait difficile en effet, maintenant que les régiments agissaient si loin de leurs dépôts, qu'ils avaient à la fois des bataillons en Allemagne, en Italie, en Espagne, de détacher les compagnies d'élite pour les envoyer à de si grandes distances. Ayant en outre dans la garde impériale une troupe de choix, qui se développait tous les jours davantage, Napoléon n’était plus réduit comme autrefois à en chercher une dans la réunion des compagnies de grenadiers et de voltigeurs. Il imagina donc tout simplement de convertir le corps d'Oudinot en une réunion de quatrièmes bataillons qui seraient détachés des régiments auxquels ils appartenaient. D'abord, comme ce corps renfermait vingt-deux compagnies de voltigeurs et de grenadiers appartenant à l'armée du maréchal Davout, il les lui envoya pour servir de noyau à la formation des quatrièmes bataillons dans cette armée. Les compagnies de fusiliers devaient partir le plus tôt possible des dépôts répandus en Alsace, en Lorraine, en Flandre, pour compléter ces quatrièmes bataillons. Les autres compagnies d’élite du corps d'Oudinot appartenaient à trente-six régiments qui avaient passé d'Allemagne en Espagne. Napoléon résolut également de faire de ces compagnies le noyau de trente-six quatrièmes bataillons, qui, pour le moment, serviraient en Allemagne, oii ils étaient tout transportés, sauf à les rapprocher plus tard de l’Espagne, si leurs régiments continuaient à y servir. Les compagnies de fusiliers allaient leur être successivement envoyées des dépôts répandus dans le nord et l’est de la France. Ils devaient être distribués en trois divisions dé douze bataillons chacune, et après leur formation présenter 30 mille hommes d’infanterie.

Les quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand , Boudet , Molitor, comprenaient douze régiments , actuellement à trois bataillons de guerre , devant bientôt en avoir quatre, ce qui ferait encore quarante-huit bataillons, et procurerait environ 30 mille hommes. L’armée du Rhin pouvait ainsi s’élever à 130 mille hommes d'infanterie, sans compter les 5 mille de la division Dupas. Sur le vaste recrutement ordonné, Napoléon voulut prendre de quoi porter à II cents hommes tous les régiments de cavalerie, ce qui ne pouvait manquer de leur assurer 9 cents combattants. Les quatorze régiments de cuirassiers comptaient II ou 12 mille cavaliers dans le rang : il espérait en prenant dans les dépôts tout ce qui était disponible les porter à 13 ou 1-4 mille présents sous les armes. Il se proposait d'étendre jusqu'à 14 ou 15 mille cavaliers l’effectif des dix-sept régiments de cavalerie légère. Il résolut aussi de tirer parti des vingt-qualre régiments de dragons

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employés en Espagne. Une pareille force était plus que suffisante pour les besoins de cette guerre , eu égard surtout aux besoins des autres guerres qui se préparaient au nord de l'Europe. Les dépôts en outre regorgeaient de dragons tout formés, que Napoléon dans le moment croyait plus utiles en Allemagne qu'eu Espagne. Il ordonna donc à l'état-major de Madrid de renvoyer au dépôt le cadre du troisième escadron de guerre, en versant dans les deux premiers escadrons les hommes capables de, servir, ce qui devait laisser à peu près au même effectif la force active en Espagne, et foornir des cadres pour utiliser les cavaliers déjà formés dans les dépôts. Son projet était de tirer successivement des dépôts pour les verser dans le cadre des troisièmes et quatrièmes escadrons tous les hommes instruits , et de les envoyer ensuite en Allemagne, en composant avec ces qnarantehuit escadrons douze régiments provisoires de dragons de quatre escadrons chacun. Les dépôts de dragons étaient répandus dans le Languedoc , la Guyenne, le Poitou, l’Anjou. Napoléon espérait ainsi avoir d'abord trois mille, puis six, et jusqu'à douze mille dragons, dès que la conscription aurait fourni le personnel nécessaire. Il pouvait en conséquence compter avant deux mois sur 13 ou 14 mille cuirassiers, sur H mille hussards et chasseurs, sur 3 mille dragons, presque tous vieux soldats, c’est-à-dire sur 30 mille hommes de cavalerie. Avec 130 mille hommes d'infanterie, 30 mille de cavalerie, 20 mille d'artillerie, 5 mille de la division Dupas, 15 ou 20 mille de la garde, il se promettait de réunir 200 mille Français en Allemagne, lesquels, arec 100 mille Allemands et Polonais auxiliaires, devaient lui assurer 300 mille combattants sur le Danube. Le même système de formation allait lui en procurer 100 mille en Italie.

Napoléon avait en Italie douze régiments d'infanterie dont la formation à quatre bataillons était presque achevée, et dont la formation à cinq était commencée. Ils étaient partagés en quatre divisions de trois régiments, et de 9 à 10 mille hommes chacune, en y comprenant l'artillerie. La première de ces divisions était à Udiue, la seconde à Trèsise, la troisième à llantoue, la quatrième à Bologne. On avait rappelé de l'armée de üalmatie les troisièmes bataillons des huit régiments composant cette armée , en versant les hommes valides dans les deux premiers bataillons, et en ne ramenant que le cadre du troisième, ce qui n'avait pas sensiblement affaibli la force effective préposée à la garde de celte province éloignée. Au moyen de ces huit cadres de troisièmes bataillons, et de la création de huit autres résultant de la nouvelle organisation, ou avait réuni seize bataillons d'infanterie, qui formaient à Padoue une cinquième division forte de 12 mille hommes au moins. I<e repos dont jouissait l'armée d’Italie , et le soin que \ap >limi avait mis & lui assurer sa part dans chaque conscription, avaient été cause que les nouvelles formations y étaient plus avancées qu’ailleurs. Enfin avec: quelques troisièmes et quatrièmes bataillons de

l'armée de Naples et deux régiments entiers tirés de Naples même, ou avait composé une belle division, qui, sous le général Miollis, gardait les États romuins. Napoléon avait ordonné k Murat, devenu roi des Deux-Siciles, de distribuer son armée en deux divisions, l'une placée entre Naples et Reggio, l’autre entre Naples et Home, de manière que celle-ci pouvant au besoin détacher une brigade sur Home, rendit la division Miollis disponible, ta* Anglais étaient assez occupés en Espagne, et devaient l'être assez sur le littoral germanique si la guerre se rallumait dans le nord, pour qu’on n’eôt pas à s’inquiéter beaucoup de leurs tentatives contre le midi de l’Italie. Ûn pouvait donc réunir six divisions, comprenant environ 58 mille hommes d’infanterie, la plupart vieux soldats qui ne s’étaient pas battus depuis longtemps, et qui avaient grand désir de recommencer leur ancien métier. Cinq régiments de dragons, cinq de hussards et chasseurs, ce qui suffisait en Italie, offraient, en puisant dans les dépôts, une nouvelle ressource de 8 mille hommes de cavalerie. Avec Ü mille d’artillerie, on était certain d'avoir une armée de 72 mille Français. En y ajoutant 18 à 20 mille Italiens, et dans le cas où l’on marcherait en avant, 10 raille Français de la Dalmatie, on pouvait compter sur 100 mille hommes environ en Italie, qu’il était facile de transporter en Allemagne. Ces forces réunies permettaient d’accabler la maison d’Autriche avec 400 mille combattants.

Ces formations ordonnées pendant que Napoléon commandait en Espagne, c’est-à-dire en novembre et décembre 1808, accélérées en janvier 1800 pendant qu’il s’était établi à Valladnlid , furent poussées avec plu* d'activité que jamais depuis son retour à Paris. Mais si l’arrivée des hommes dans les dépôts s’effectuait rapidement, d’autres parties de l’organisation avançaient moins vite. la) matériel d’habillement, toujours lent à confectionner, l'instruction qui ne s’improvise pas, la formation des nouveaux cadres qui exigeait une grande quantité d’officiers et de sous-officiers capables , laissaient beaucoup à désirer. Il est vrai que sous ce dernier rapport nos vieilles armées offraient à Napoléon de grandes ressources. Mais il fallait réunir les éléments épars de ces diyerses créations, et nième pour le génie la nature des choses, quoique moins rebelle, ne se soumet pas absolument. On peut employer le temps mieux que d’autres, on ne saurait jamais s’en passer. Deux à trois mois qu’on espérait avoir encore ne suffisaient pas, et il était à craindre qu’on ne fût pas prêt, si la guerre éclatait trop tôt.

Les dépôts avaient versé aux divisions de l’armée du Rhin, ainsi qu'aux quatre divisions Carra Saint-Cyr, Legrand, Boudct et Molitor, tout ce qu’ils avaient de disponible, de manière que ces divisions avaient leurs trois bar taillons de guerre bien complets, tant en vieux soldats aguerris qu’en jeunes soldats suffisamment instruits. Les choses ne marchaient pas aussi bien pour l’organisation des quatrièmes bataillons. C'est dans cette occasion que

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Napoléon tira un grand parti de la garde impériale. Il «'était décidé à lui confier 10 mille conscrit» de 1810 , et 6 à 7 miHe dea classes antérieures, pour qu'elle employât tes loisirs à les former, ce qui avait le double avantage de prévenir chez elle une oisiveté dangereuse , et de propager l'excellent esprit dont elle était animée. C'est à Versailles, à Paris et dans les lieux environnants qu'elle se consacrait à cette feinte si utile, pendant que les moins âgés des soldats dont elle était composée , servaient en Espagne sous les yeux de l'Empereur. Une partie des conscrits qu'on lui destinait étant arrivés , elle en avait fait en quelques mois des soldnts qui égalaient les vieux sous le rapport de l'instruction .et de la tenue. Napoléon prit dans ces recrues les hommes les plus robustes , les plus avancés dans leur éducation militaire, pour les convertir en compagnies de grenadiers et de voltigeurs, qu'il envoya au corps d'Oudinot, afin d'y concourir h la formation des trente-six quatrièmes bataillons qui devaient le composer, en remplacement des vingt-deux compagnies déjà restituées à l'armée du Rhin. Il envoya pareillement de ces grenadiers et voltigeurs aux dépôts de l'armée du Rhin, pour y faciliter l’organisation des quatrièmes bataillons dans cette armée. 11 pressa en même temps l'arrivée et l’instruction des conscrits encore dus à la garde, afin de s'en servir pour recruter les corps qui ne trouveraient pas dans leurs dépôts des ressources suffisantes. Il expédia en poste le général Mathieu Dumas, officier d'état-major intelligent, exart, actif, pour parcourir tous les dépôts du midi, de l’est, du nord, depuis Marseille, Grenoble, Lyon, Strasbourg, jusqu'à Mayence et Cologne, avec mission d’en faire partir, sans attendre les ordres du ministre de la guerre, les compagnies de fusiliers qui étaient déjà prêtes, et qui devaient servir à compléter les quatrièmes bataillons. Il ordonna de plus que, dès que les 80 mille conscrits de 1810 commenceraient à arriver dans les dépôts, les régiuients qui avnient de l'avance sur les autres procédassent à la formation des cinquièmes bataillons, afin de préparer les éléments d’une forte réserve dans l'intérieur et sur les côtes.

Les dépôts de cavalerie étaient fort riches en hommes et en chevaux, car Napoléon n’avait cessé de s’en occuper et de consacrer des fonds à la remonte. Il fit partir plus de trois mille cuirassiers, chasseurs et hussards, et prescrivit les dispositions nécessaires pour qu'il en partit bientôt un nombre égal. Il fil acheter 12 mille chevaux d'artillerie , et préparer tous les attelages de cette arme. Il ordonna nu général Lauriston d'ajouter à l'artillerie de la garde une réserve de 48 bouches à feu , et pour cela d'acheter 1,800 chevaux en Alsace, où la gardé les prendrait en passant avec le matériel de cette réserve. Enfin, comme s'il avait deviné les grands travaux qu'il aurait à exécuter dans les îles du Danube, et prévoyant certainement le rôle que cc fleuve immense jouerait dans la prochaine guerre, il ordonna de réunir, outre les outils qui suivaient ordinairement le corps du

génie, un approvisionnement extraordinaire de 50 mille pioches et pelles, qui devaient être transportées à la suite de l'armée sur des chariots du train. 11 tira en outre de Boulogne un bataillon de 1,200 marins qui fut joint à la garde. Comme il avait surtout besoin d'officiers et de sous-officiers pour les nouveaux cadres, indépendamment des officiers pris dans la garde, il en demanda 300 à Saint-Cyr. Il voulut même choisir dans chaque lycée, où ne se trouvaient que des adolescents, dont les plus âgés avaient de seize à dix- sept ans, ceux qu'un développement précoce rendait propres à la guerre, au nombre de dix par établissement. Il ne s'en tint pas à cette mesure, et ordonna à M. Fouché de faire le recensement des anciennes familles nobles, qui vivaient retirées dans leurs terres sans relations avec le gouvernement, afin d’enrôler leurs fils malgré elles, et de les envoyer dans les écoles militaires. Si on se plaint, écrivit-il , vous direz que tel est mon bon plaisir , et il ajouta une raison un peu moins folle, c’est qu’il ne fallait pas que, grâce à de fâcheuses divisions, une partie des familles put se soustraire aux efforts que faisait la génération présente pour la gloire et la grandeur de la génération future1. Il prit encore quelques sous-officiers daus les vélites et fusiliers de la garde, troupe déjà fort aguerrie, quoique plus jeune que le reste du même corps. Ayant beaucoup de cavalerie, et se proposant d’en faire un grand usage contre l’infanterie autrichienne, il rappela d'Espagne les deux officiers de cette arme qu'il estimait le plus, les généraux Montbrun et Lasalie. Il rappela de l’Aragon le maréchal Lannes, qui venait de terminer le siège de Saragosse, et manda auprès de lui le maréchal Masséna.

Sans vouloir commettre encore aucun acte d'hostilité, car jusqu'ici l’Autriche ne s'en était point permis, il crut cependant utile de rapprocher ses troupes du théâtre supposé de la guerre , ce qui devait avoir le double

1 Nous citons cette lettre extraordinaire , qui est du nombre de celles qu’il écrivit lorsqu’il commençait à ordonner en Espagne même ses premiers préparatifs.

Au ministre de la police.

• Benavcntc. I« 31 décembre 1808.

• Je suis instruit que des familles d’émigrés soustraient leurs enfants à la conscription, t et les retiennent dans une fâcheuse et coupable oisiveté. Il est de fait que les familles f anciennes et riches qui ne sont pas dans le système , sont évidemment contre. Je désire ■ que vous fassiex dresser une liste de dix de ces principales familles par département, > et de cinquante pour Paris, en faisant connaître l’âge, la fortune et la qualité de chaque » membre, lion intention est de prendre un décret pour envoyer & l’école militaire de t Saint-Cyr les jeunes gens appartenant à cea familles, âgés de plus de seixe ans et de

• moins de dix-huit. Si l'on fait quelque objection il n’y a pas d’autre réponse à faire, t sinon que cela est mon bon plaisir. La génération future ne doit point soufTrir des haines s et des petites passions de la génération présente. Si vous demandes aux préfets des

• renseignements, failcs-le dans ce sens. >

R ATISBOMNK.

avantage de les conduire sans fatigue vers les points de concentration, et de donner à l’Autriche un avertissement significatif, qui peut-être la ferait rentrer en elle-même , et lui inspirerait de sages réflexions. En conséquence il ordonna à la division Dupas de quitter les bords de la mer Baltique, pour se rapprocher de Magdebourg. Il fit remplacer parles troupes saxo-polonaises tout ce qu’il avait encore de détachements français à Dantzig, Stettin , Custrin , Glogau. Il prescrivit au maréchal Davout de s'acheminer de la Saxe vers la Franconie , de fixer son quartier général à Wurzbourg, et de diriger sur Bayreuth l'une de ses divisions. Il enjoignit au général Oudinot de se transporter, avec le consentement du roi de Bavière, de Hanau & Augsbourg, aux divisions Carra-Saint-Cyr et Legrand de se rendre des environs de Paris aux environs de Metz, aux divisions Boudet et Molitor de s’avancer de Lyon sur Strasbourg. Ces trois points de rassemblement, Wurzbourg, Augsbourg, Strasbourg, devaient être pour l’Autriche d’une haute signification. Il recommanda au prince Eugène, non de faire camper ses troupes, ce que la saison ne comportait pas encore, mais de réunir successivement vers le Frioul ses quatre premières divisions, son matériel d’artillerie, sa cavalerie, de manière à pouvoir présenter en vingt -quatre heures une cinquantaine de mille hommes en bataille. Il renouvela l’ordre à Murat de reporter ses forces vers Home, afin de rendre disponible la division Miollrs. Il décida l'armement de toutes les places d'Italie, et l’achèvement des travaux les plus urgents à Osopo, Palma-Kova, Venise, Mantoue, Alexandrie. Enfin il envoya au général Mai mont , qui commandait en Dalmatie , l’ordre de concentrer son armée surZara, en ne laissant aux bouches du Cattaro et dans quelques postes intéressants que les garnisons indispensables; de construire à Zara un camp retranché qui serait approvisionné pour un an, de s’y préparer ainsi ou à tenir tête pendant plusieurs mois à des forces considérables, ou à marcher en avant pour se joindre à l’armée d’Italie.

A ces manifestations militaires qui ne constituaient pas encore des actes offensifs, Xapoléon ajouta une manifestation diplomatique : il ordonna au général Andréossy, ambassadeur à Vienne, de quitter colle capitale, non point en demandant ses passeports, ce qui eut ressemblé à une déclaration de guerre, mais en alléguant un congé anciennement sollicité ~ et récemment obtenu. Napoléon trouvait dans ce rappel dissimulé, outre l’avantage de témoigner son mécontentement, celui de supprimer une cause d’irritation entre les deux cabinets, car le général Andréossy éprouvait pour la cour de Vienne une haine que cette cour lui rendait. Il avait ordre de parcourir en revenant tous les cantonnements autrichiens, pour être à môme de donner à son retour des renseignements précis sur les moyens militaires de l'ennemi. Ces dispositions si actives, si prévoyantes^ prouvent du reste que Napoléon mettait à prévenir la guerre autant île soin

qu’à la préparer. Malheureusement sa politique ambitieuse lui avait fait de la guerre une nécessité fatale , quand ses goûts ne lui en faisaient plus un plaisir.

A ces vastes préparatifs, il fallait adapter les moyens financiers. On a déjà présenté l'affligeante remarque que la guerre d'Espagne, en diminuant désastreusement les forces militaires de la France par leur dispersion, diminuait à un degré égal ses ressources financières, par la multiplication excessive des causes de dépense. Bien que la double création de la caisse de service et du trésor de l'armée mit Napoléon à l'abri do tonte gène actuelle , les ressources commençaient pourtant à être moins abondantes, cl il était facile d'en prévoir le terme, comme celui de la puissance de la France, si on ne s’arrêtait bientôt dans cette carrière d’entreprises exorbl tantes.

Les budgets maintenus rigoureusement dAns les bornes assignées , ce qui était facile , puisque les seuls excédants possible* provenant de l'état de guerre étaient couverts par des prélèvements sur le trésor de l’armée, tendaient à se liquider sans déficit. Ia>s exercices antérieurs à 1 SOC, soldés au moyen des bons de la caisse d'amortissement (lesquels n'étaient, comme on s'en souvient , qu'une lente aliénation de biens nationaux), marchaient vers leur apurement définitif. Ceux de 1800 et 1807, fixés à 730 millions pour les dépenses générales , à AO pour les dépenses départementales , ce qui formait avec les 120 des frais de perception, un total de 800 ou 900 millions, n'inspiraient aucune inquiétude pour leur liquidation , surtout les armées au delà du Rhin continuant à être payées sur les contributions de la Prusse. Il n'en était pas de même pour l'exercice 1808. Il avait été fixé comme les antres à 730 millions de dépenses générales, 40 de dépenses spéciales, l'armée du Rhin étant toujours payée jusqu'au 31 décembre par les contributions de guerre. Mais si l'équilibre entre les besoins et les ressources n'était pas rompu par l'élévation de la dépense, il allait l'être par un mouvement rétrograde dans les recettes, jusque alors inconnu sous le régne de Napoléon. Ce mouvement ne se faisait remarquer ni dans les contributions indirectes, ni dans l'enregistrement, ce qui aurait accusé une diminution de prospérité intérieure , niais dans les douanes e( les aliénations de domaines nationaux. L'importation des denrées exotiques avait été singulièrement réduite par les décrets de Milan, et on était fondé à craindre une diminution de 25 millions dans cette branche des revenus publics. Les à-compte dus et non acquittés par les acquéreurs de domaines nationaux , les ventes de ces domaines sensiblement ralenties , avaient encore privé le Trésor d’une quinzaine do millions. Cn excédant espéré et non obtenu sur le budget de 1807, lequel cependant avait été porté en recette pour 3 à i millions en 1808, une insuffisance de quelques millions sur les postes , sur les poudres et salpêtres , sur les recettes extérieures

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d'Ilaiie, élevaient le déficit total & 47 ou 48 millions pour l'année 1808, qui venait de se terminer.

Ce n'était là qu’une partie de la difficulté. Les exercices antérieurs de

1807, 1800, 1805, pouvaient être considérés comme en équilibre à la condition de compter comme valeurs effectives des valeurs bonnes sans doute , mais d'une réalisation éloignée , telles , par exemple , que le débet dos négociants réunis qui était encore de 18 ou 10 millions, l’emprunt pour l'Kspagne, qu’on avait supposé de 35 millions, et qui n'avait pas été poussé au delà de 7 ou 8 , les encaisses à Bayonne qui n’avaient du être que provisoires et devenaient permanents comme la guerre au delà des Pyrénées , enfin les avances pour les troupes russes et napolitaines , qui montaient de 2 à 3 millions et n'avaient pas été remboursées. L’ensemble de ces sommes faisait un total de rentrées arriérées d'une quarantaine de millions, et constituait avec les 47 à 48 millions d'insuffisance de recettes sur 1808, un déficit général d’environ 00 millions. \ous devons ajouter que pour mettre les corps en état d’exécuter leurs préparatifs de guerre, il avait fallu leur payer plus tôt que de coutume les sommes restant dues snr

1808, d'où 11 résultait que cet exercice était à la fois en arrière sur les recettes, et en avance sur les dépenses, ce qui doublait la difficulté du moment.

L'embarras dn reste n'avait rien de sérieux pour le présent, car la caisse de service et la caisse de l'armée étaient parfaitement capables d’y suffire. On se souvient sans doute de la création de la caisse de service imaginée par !U. Mollien, et du principe de cette création. Au lieu de charger ou la Banque , ou une compagnie de financiers , d'escompter les obligations des receveurs généraux , le Trésor avait institué une caisse , dans laquelle les receveurs généraux étaient obligés de verser leurs fonds dés qu’ils les recevaient, alors même que d'après les règlements ils ne les devaient pas encore '. On leur en payait l’intérêt jusqu’au jour où l'impôt que représentaient ces fonds était dô , et on les remboursait avec leurs obligations échues. Celte opération avait dispensé d'escompter les obligations. Toule-

1 Ceci pourra paraître obscur aux lecteurs qui ne se rappellent pas ce qui a été dit daux les volumes précédents , ou qui sont etrangers à la connaissance des finances, lis se demanderont comment les receveurs peuvent avoir à verser des tonds qu'ils ne doivent pas encore. Voici l’explication de cette apparente singularité. Les contributions directes; qui constituent en. France lu principale branche du revenu public, sont dues par mois, c'est-à-dire par douzièmes. Or certains contribuables payent six mois, un an à l'avance, tandis que d'uutres demeurent en retard. Les receveurs de l'État balancent l'arriéré des uns par les avances tics autres, et de plus on les intéresse à l'exactitude des rentrées en leur donnant à eux-mêmes, sous lu nom de bonifications, deux ou trois mois de délai, ce qui coustjlue pour eux une jouissance d'intérêts. Cesl ce qui explique comment ils pouvaient avoir en caisse des fonds qu’ils ne devaient pas encore. Ce sont res fonds qu'ils furent obligés de verser À la caisse des services, moyennant l'intérêt jusqu’au jour on ils tes devraient.

fois comme il y en avait tous les ans pour plus de 125 millions , qui n'étaient payables que dans les quatre ou cinq premiers mois de Tannée suivante, on n'aurait pas pu éviter d’en escompter une partie, si Napoléon n'avait prêté au Trésor, au nom de la caisse de l'armée, 84 millions qui s'y trouvaient déposés. De la sorte, la caisse avec les avances qu’elle obtenait des receveurs généraux, avec les 84 millions qu'on lui avait prétés, avait pu s'abstenir d’escompter les 125 millions d’obligations échéant Tannée suivante, et celles-ci conservées en portefeuille avaient cessé de figurer sur la place. Les capitalistes n’ayant plus la ressource de ces obligations pour employer leurs capitaux, venaient prendre les billets de la caisse de service, qui remplaçaient ainsi les obligations à beaucoup meilleur marché pour le Trésor, avec plus d’ordre, avec l'avantage surtout d'avoir amené les comptables à verser les fonds de l'impôt à T instant même où ils les recevaient. Cette caisse était parvenue à se procurer par là des ressources considérables , et n'était pas embarrassée de faire face à une insuffisance actuelle d'une cinquantaine, et même d'une centaine de millions. S'il y avait, par exemple, pour 40 millions de valeurs d'une rentrée différée sur les budgets antérieurs, la caisse y pouvait suppléer moyennant un intérêt pendant la durée de cette avance. S’il y avait 48 à 50 millions d’insuffisance de recette sur 1808, elle pouvait encore y pourvoir, moyennant que Ton créât bientôt une valeur correspondante. Napoléon n'y manqua pas en effet , et il fit chercher, soit dans les domaines nationaux de France, soit dans les domaines nationaux de Piémont et de Toscané, des biens pour une cinquantaine de millions , dont l’aliénation, confiée à la caisse d'amortissement, et exécutée avec lenteur, devait couvrir la somme pour laquelle les recettes de 1808 restaient en arriére des prévisions. Ainsi la caisse de service fournissait la ressource immédiate, les biens nationaux de France et d'Italie la ressource définitive , pour combler le déficit du budget de 1808.

Le budget de 1809 fut fixé au même chiffre que ceux de 1808 et 1807, c'est-à-dire à 730 millions de dépenses générales, 40 de dépenses départementales, ce qui faisait 890 avec les frais de perception. Mais, en 1807 et 1808, les troupes au delà du Khiu avaient été payées par le trésor de l’armée. Il fallait qu’il en fût de même en 1809. Nous avons déjà dit que toutes les dépenses de nos armées d'Allemagne étant soldées jusqu'au 31 décembre 1808, il restait environ 300 millions au trésor de l’armée, dont 20 millions provenant de la guerre d'Autriche, 280 de la guerre- de Prusse. Depuis, Napoléon avait réduit la contribution de la Prusse de 20 millions, à la demaude de l'empereur Alexandre : diverses rectifications avaient relevé d’autres produits, et l’actif total du trésor de l'armée se trouvait fixé définitivement en janvier 1809, à 292 millions, dont 84 prêtés au Trésor et représentés par pareille somme de rentes, 10 millions en

HATlSBONÎfK.

excellents immeubles provenant de la liquidation des négociants réunis, 24 en espèces ou en recouvrement, G4 échéant dans l'année 180!),. 100 dans les années 1810 et 1811 , et 3 ou 4 prétés à diverses personnes que Napoléon avait désiré secourir. C'étaient donc des valeurs, ou bien placées, ou liquides, ou prochainement recouvrables. Les 24 millions en espèces ou en recouvrement, joints aux G4 millions échéant en 1809, constituaient une ressource immédiate de 88 millions, sur laquelle Napoléon avait déjà fait certaines dispositions. Il avait donné récemment 4 millions en gratifications à certains corps, payé 1 million aux villes qui avaient Tété l'armée , prêté 800,000 francs à la ville de Bordeaux , 2,500,000 aux propriétaires de vignobles de la Gironde, 8 millions à la ville de Paris,

1 million à l'Université. 11 avait en outre consacré 1 million à seconder les expéditions maritimes, 10 millions à acquérir le canal du Midi, 12 millions à racheter des rentes pour soutenir les cours, enfin quelques centaines de mille francs à créer des bourses dans les lycées. La plupart de ces emplois constituaient de très- bons placements, qui, tout en rendant service aux établissements sur lesquels on avait placé, ou au crédit du Trésor, permettaient de doter les membres de l'armée que Napoléon voulait récompenser. Néanmoins ils réduisaient à une cinquantaine de millions les ressources de l'année. Il n'en fallait pas davantage, il est vrai, pour les besoins immédiats de la guerre. Un continuant à solder sur le trésor de l'armée les troupes qui se trouvaient en Allemagne, il aurait fallu à Napoléon, pour ne pas constituer en déficit le budget de 1809 qui avait bien assez à faire de payer les armées d'Espagne et d’Italie, 77 millions pour l'année, dont 22 à prélever sur les vastes magasins qui nous étaient restés, 55 sur les valeurs en argent. Napoléon se contenta de prendre de quoi entretenir trois mois l'armée du Rhin, ce qui exigeait environ 20 millions. Il se borna donc à tirer immédiatement du trésor de l'armée ces 20 millions, qui , avec les sommes avancées aux divers corps sur le budget ordinaire , devaient les mettre tous à leur aise. Napoléon pensait que dans les premiers mois de 1809 ses troupes seraient sur le territoire ennemi, où elles vivraient grassement et gratuitement; que la victoire rouvrirait la source des contributions de guerre, et dédommagerait amplement le trésor de l’armée des sacri/ices qu'il était obligé de lui imposer. Sur les 12 millions de rentes (en capital, bien entendu) récemment achetés, il distribua surle-champ 7 millions à ses généraux, voulant leur procurer quelques satisfactions avant de les mener de nouveau à la mort.

Ainsi , comme nous venons de le dire, le budget de 1808 allait trouver dans une aliénation de biens nationaux le dédommagement de la réduction des recettes; le budget de 1809 allait, comme les budgets précédents, se décharger sur le trésor de l'armée de la dépense des troupes d’Allemagne; et quant aux facilités courantes, en attendant que les valeurs créées fussent

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réalisées , U caisse de service , qui jouissait du plus grand crédit , la caisse de l'armée , dans laquelle coulait incessamment le produit des contributions de guerre , allaient y pourvoir immédiatement. Mais si la gène ne se faisait pas encore sentir, le terme des ressources se laissait déjà entrevoir, et II était temps de s'arrêter, si on ne voulait ruiner les finances aussi bien que l'armée. Napoléon en jugeait ainsi lui-même, car, tandis qu’il suspendait l'emprufit consenti envers l'Espagne, et donnait à son frère pour unique ressource le produit des laines prises en Castille, et quelques centaines de mille francs d’argenterie convertie en monnaie, il interrompait les achats de rentes, qui avaient été effectués, depuis août jusqu'à décembre 1808, dans l’intention de soutenir les cours. On en avait acheté 46 millions, dont 10 pour le compte de la Banque, 11 pour relui do la caisse de service, 25 pour celui de la caisse d’amortissement (celle-ci agissant tant pour elle que pour l'armée). Indépendamment de ces sommet, la Banque en avait déjà acquis 10 pour elle-même, ce qui portait à 02 millions les achats de celle année, somme énorme, si on la compare à la masse de rentes inscrites au grand livre, qui était de 50 millions en 1800, au capital de 000 millions. Il avait fallu cet efTort pour soutenir contre l’influence des événements d'Espagne la rente au taux de 80, que \apolédn appelait le taux normal sous son régne, aveu pénible à faire, car après Tilsit et avant Bayonne co taux était à 04. En janvier 1 8051, les événements d'Autriche portant un nouveau coup au crédit, et la tendance à la baisse se produisant encore avec force, Napoléon ne voulut pas amoindrir ses ressources disponibles pour arrêter un discrédit qui n'était plus imputable à la guerre d’Espagne, mais à celle d’Autriche. Le mauvais effet, suivant lui, devait retomber sur des puissances parjures, qui vaincues lui promettaient la pais, et à peine remises de leur défaite recommençaient la guerre. Il se trompait, car tout le monde rattachait laguèrrc d’Autriche à la guerre d'Espagne, et il devenait responsable du discrédit actuel qu'il ne voulait plus combattre, comme de l'ancien qu’il avait su arrêter à force d'argent. Sa meilleure justification au surplus devait sé trouver dans la victoire, et il ne négligeait rien en eflcl pour In rendre certaine ; car, ainsi qn'on vient de le voir, les conscrits affluaient dans les dépôts, les nouveaux cadres s'organisaient, les principales armées s’avancaient elles-mêmes vers le Haut-Palallnat, la Bavière et le Frioul, pour obliger l'Autriche à réfléchir, on pour l'accabler, si des menaces elle passait à l'action.

Malheureusement cette pnissance était bien engagée pour reculer. Jamais elle n’avait ptl se consoler d'avoir perdu en quinte ans (de 1799 à 1806) le* Pays-Bas, les possessions impériales de âouabe, le Milanais, les États vénitiens, le Tyrol, la Dalmatie, et enfin la couronne impériale ellemême! Peut-être si le monde avait pris une assiette fixé, comme en 1718 après le traité d'Utrecht, comme en 1815 après le traité de Vienne, peul-

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être se serait-elle soumise à la nécessité devant l'immobilité générale. Mais Napoléon esposant tous les jours le sort de l’Kurope et le sien à de nouveaux hasards, elle ne pouvait s'empêcher de tressaillir à chaque chance qui s'offrait, et quoique ee fut une cour oligarchique, peu en communication avec ses peuples, elle n'éprouvait pas une émotion que la nation autrichienne ne l'éprouvât avec elle, car jamais les nations, quelle que soit la forme de leurs institutions, ne demeurent indifférentes au sort de leur gouvernement, il n'est pas nécessaire qu'elles possèdent des institutions libres pour avoir de l’orgueil et de l’ambition. Aussi, lorsque passant sur le corps de la Prusse pour s'élancer en Pologne, Napoléon avait laissé une moitié du continent derrière lui, l’Autriche avait songé à profiter de l’occasion pour l'assaillir à revers. Mais celte résolution était si grave, if restait tant à faire avant d'avoir reconstitué les armées autrichiennes, Napoléon' avait été si prompt, que l'occasion à peine entrevue s’était aussitôt évanouie, et on en avait ressenti k \ienne un dépit, presque un désespoir qui avait éclaté dans les actes comme dans le langage. Cette première occasion, montrée par la fortune, perdue parles hésitations de la prudence, avait amené un déchaînement universel contre les hommes sages qui faisaient manquer, disait-on, tontes les occasions d'agir, il avait fallu alors que Napoléon rendit Braunau à l'Autriche pour qu'elle se calmât un instant. Elle s’était en effet calmée durant quelques mois, de la fin de 1807 au commencement de 1808, en voyant Napoléon porter ailleurs son activité incessante, la Russie s'unir à lui, l'Angleterre donner des griefs k toute l’Europe par lg barbare expédition de Copenhague, et elle avait même signifié k cette dernière puissance qu'il fallait se tenir tranquille, du moins pour un temps. Mais cette résignation avait été de courte durée. L’attentat commis sur la conronne d'Espagne avait réveillé toutes ses passions. Elle avait été sincèrement indignée, et elle le montrait d'autant plus volontiers que Napoléon pour la première fois semblait embarrassé. Le brusque retour de celui-ci en août dernier après les événements de Bayonne, ses vertes allocutions à M. de Metfernich, son intimité avec l'empereur de Russie à Erfurt, avaient contenu mais non calmé l’Antricbo, qui avait an contraire ressenti du mystère gardé à son égard un redoublement de dépit et d'inquiétude. Sans en être instruite, elle avait deviné que les provinces du Danube étaient le sacrifice dont Napoléon avait dû payer à Erfurt l’alliance russe; ce qui n'avait pat contribué à la ramener. Enfin la campagne que Napoléon venait de faire en Espagne avait plutôt échauffé que refroidi son ardeur. Sans doute il avait battu les armées espagnoles, ce qui n'était pas un miracle, ayant opposé à des paysans indisciplinés ter meilleures armées; mais ces paysans étaient plutôt dispersés que vaincus, et n'étaient certainement pas soumis. Quant aux Anglais, Napoléon les avait forcés k sc rembarquer sans Ica détruire; et si la capitulation de Baylen avait fait

grand lort au prestige de la France , la faible poursuite des Anglais par le maréchal Soult ne lui en causait pas moins dans le moment. On vantait les Anglais avec une exagération étrange, et on répétait it Vienne avec autant de satisfaction qu'on aurait pu le faire à Londres, qu'enfin les Français avaient trouvé sur le continent une armée capable de leur tenir tête. A ces raisons qu'on se donnait à Vienne pour s’encourager s'en joignaient d'antres d'une égale influence, c’était l’esprit général de l'Allemagne exaspérée contre les Français, qui, non contents de l'avoir battue et humiliée tant de fois, l’occupaient et la dévoraient depuis trop longtemps. Il est certain que la présence de nos troupes dans les pays vaincus, s'ajoutant aux souvenirs amers des dernières années , produisait un sentiment d'irritation extraordinaire. L'acte odieux de Bayonne, les difficultés rencontrées en Espagne, avaient tout à la fois, en Allemagne comme en Autriche, excité l'indignation et rendu l’espérance. On ne délestait pas seulement, on méprisait une perfidie qui n'avait pas réussi, et il fallait, disait-on, que l'Europe en tirât vengeance. La Prusse, privée de son roi, qui, depuis Iéna, vivait obscurément à Kœnigsberg, n'osant pas se faire voir à ses sujets, auxquels il n'avait rien à annoncer que la nécessité de payer encore 120 millions de contributions, la Prusse était prête à se révolter tout entière, depuis le paysan jusqu'au grand seigneur, depuis kœnigsberg jusqu'à Magdebourg. La retraite des Français, qu'on regardait non comme la fidèle exécution d’un traité, mais comme une suite de leurs revers en Espagne, leur valait des mépris aussi injustes qu'imprudents. Les derniers détachements de nos troupes sortis des places de l'Oder, en escortant nos magasins qu'on réunissait à Magdebourg, avaient été partout insultés, et n'avaient pu tra-verser les villages sans y recevoir de la boue et des pierres. Les Français osaient à peine se montrer à Berlin , tandis qu'un chef de partisans , le major Schill, qui en 1807 avait gêné par quelques maraudes le siège de Dantzig, était reçu, fêté avec transport, comme si un chef de partisans pouvait arracher l’Allemagne des mains de Napoléon.

Dans les pays alliés de la France on ne manifestait pas des dispositions beaucoup meilleures. En Saxe, bien que nous eussions rendu à la maison régnante la Pologne et un titre royal , on disait que le roi pour ses intérêts personnels trahissait la cause de l’Allemagne, et écrasait ses sujets d'impôts et de levées de troupes, car la conscription était déjà une plaie européenne qu'on imputait partout à Napoléon. En U’estphalie, où un jeune prince de la maison Bonaparte avait remplacé la vieille maison de Hesse, et faisait par l'éclat de son luxe bieu plus quo par la sagesse de son gouvernement un contraste singulier avec celte maison de tout temps fort avare , on éprouvait la haine la plus vive. En Bavière, en Wurtemberg, dans le pays de Baden, où les princes avaient gagné des agrandissements de titres et de territoires que les peuples payaient en logements de troupes, en conscriptions

RATISBONNE

el en impôts, on se plaignait tout haut de souverains qui sacrifiaient leur pays à leur ambition personnelle. Chez tous ces peuples le sentiment de l'indépendance nationale éveillait le sentiment de ta liberté, et on parlait de s'affranchir de princes qui ne savaient pas s'affranchir de Napoléon. On allait plus loin, et déjà quelques esprits plus ardents formaient des sociétés secrètes pour délivrer l'Europe de son oppresseur, les nations de leurs gouvernements absolus. En phénomène effrayant commençait même à se produire : certains esprits s’enflammant à la flamme générale, nourrissaient secrètement, ainsi qu’on le verra bientôt, l'affreuse pensée de l’assassinat contre Napoléon, que l’admiration et la haine du monde dépeignaient à tous les yeux comme la cause unique des événements du siècle.

En Tyrol, où subsistait un vieil attachement héréditaire pour la maison d'Autriche , on supportait avec impatience le joug de la Bavière. On montrait hardiment cette impatience, on s'assemblait chez les aubergistes, principaux personnages de ces montagnes comme de celles de Suisse, et on y préparait une insurrection générale pour le jour des premières hostilités. De nombreux émissaires, sans se cacher des autorités bavaroises qui étaient trop faibles pour se faire respecter, allaient chaque jour annoncer ces dispositions à Vienne. Ce n’était là, il est vrai., qu’un premier élan de cœur chez tous les peuples allemands. Il fallait encore pour eux bien des souffrances, et pour les Français bien des revers, avant qu’ils osassent s'insurger contre le prétendu Attila. Mais si l’Autriche levait son étendard , et si elle avait un premier succès, nul doute que l'insurrection ne put bientôt devenir générale en Allemagne , et que nos alliés eux-mémes ne fissent une éclatante défection. , •

Ces faits, transmis et exagérés naturellement à Vienne, y avaient porté l’exaltation au comble. On se disait que le temps était enfin venu d’agir, et de ne plus laisser passer les occasions comme on l’avait fait en 1807 ; que la circonstance de l'insurrection espagnole négligée, On ne la retrouverait plus; que le moment était d'autant plus favorable que Napoléon n'avait pas 80 mille hommes dé troupes en Allemagne (ce qui était fort inexact), dispersés depuis la Baltique jusque sur le haut Danube; que l’Italie elle-même s'était dégarnie pour la Catalogne; que la conscription se levait avec la plus grande difficulté; que le tyran de l’Europe l’était aussi de la France, car il était obligé pour contenir ses concitoyens, devenus d'abord scs sujets, puis ses esclaves, de frapper jusqu’à scs meilleurs serviteurs (allusion à MM. de Tallcyrand et Fouché qu’on disait disgraciés). On ajoutait que Napoléon ne pourrait pas remplacer les vieilles troupes envoyées au delà des Pyrénées, qu'on le saisirait au dépourvu , qu'au premier signal les Etats allemands ses alliés se détacheraient de lui, que les Etats allemands ses ennemis se soulèveraient avec enthousiasme, que la Prusse s’ébranlerait jusqu’au dernier homme ; que l’empereur Alexandre TOUX IV. 35

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