‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 147 sur 186 · HT · texte numérisé non relu

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grand bras et devant le ponl coupé, fut accueilli par un feu très-vif de tirailleurs, auquel il répondit par celui des tirailleurs du régiment des Gradiscans. De son côté l'archiduc, profilant des hauteurs pour faire jouer sa formidable artillerie, en accabla le faubourg de Seligenthal, situé sur l'autre rive de l’Isar, mit en ruine cette partie de la ville de Laudshut, et la rendit intenable pour les Bavarois qui s’y étaient embusqués. Il ht ensuite rétablir le tablier du pont sur ses appuis encore debout, et le franchit sans trouver de résistance dans le faubourg évacué. Vers midi le corps de l'archiduc Louis déboucha avec une nombreuse cavalerie, suivi à peu de distance du corps de Hohenzollern, et vint se déployer devant la division bavaroise Dcroy, qui était en bataille vis-à-vis, sur les hauteurs d’Altdorf. Une vive canonnade s’engagea entre les Autrichiens et les Bavarois; mais ceux-ci , recevant la nouvelle que l’isar était passé au-dessus vers Moosbonrg, au-dessous vers Dingolting, se retirèrent en bon ordre, à travers les bois , par la chaussée de Landshut à Noustadt sur le Danube. (Voir la carte n" Ati.jOn avait perdu de part et d'autre une centaine d'hommes. Les Bavarois, partagés entre deux sentiments, le déplaisir de se battre pour des Français contre des Allemands , et leur vieillo jalousie à l'égard des Autrichiens qui voulaient leur ôter le Tyrol, se conduisirent néanmoins très-bien. Us se replièrent sur le Danube, dans la forêt de Dürnbach, où déjà s'étaient retirées la division du prince royal venant de Munich , et la division du général de Wrèdc venant de Straubing. Us étaient là près des Français , les attendant avec une extrême impatience.

L'archiduc Charles avait franchi l’Isar à Landshut avec deux corps, ceux de l'archiduc Louis et du prince de Hohenzollern. U était immédiatement suivi de scs deux corps de réscrio, Jean de Liechtenstein et kicninaycr. 11 avait de pins à sa gauche occupé Moosbourg avec lo corps du général Hitler, et à sa droite occupé Dingolfing avec le corps de Rosenberg. U se trouvait donc au delà de l'Iaar avec les six corps d’ armée destinés à opérer en Bavière, et avec une masse d'environ 140 mille hommes. 11 n'avait plus rjuc quelques pas à faire pour rencontrer les Français, car il n’y a do l'isar au Danube qn'une douzaine de lieues , et aucun cours d'eau considérable. Mais pour franchir ces douze lieues il avait à traverser de pclites'rivières , telles que l'Abens à gauche, ta grosso et la petite Labcr à droite, des coteaux, des bois, des marais, pays fourré, olncur, difficile. 11 fallait beaucoup y penser avant de s'engager dans cette région dangereuse, avec la chance de se heurter à chaque instant contre l’armée française, toujours fort redoutable quoique n'àyau! pas encore Napoléon à sa tète. A gauche, l'archiduc Charles avait Augsbourg et lilm, à droite Halisbonne. Tout ce qu'il savait, c'est qu'il y avait des Français à Augsbourg et à.llm, sans pouvoir dire quels et combien, et d'autres Français à Ralisbonnc, ceux-ci mieux connus, car c'était le corps du maréchal Davout, dont l’arrivée dans

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celle direction était depuis longtemps annoncée. Le généralissime autrichien forma le projet de s'avancer droit devant lui , à travers le pays qui s'étend de l’isar au Danube, et d'aboutir à ce dernier fleuve vers Neustadt et Kelheim, en suivant la double chaussée qui de Landshut conduit à ces deux points. (Voir la carte n" -Ki.) Arrivé à Neustadt et Kelheim , il devait se trouver entre les deux rassemblements connus des Français, celui d’Augsbourg et celui de Katishonnc : il pouvait se rabattre sur cé dernier point, accabler le maréchal Davout, enlever Katisbonne, et donner la main au général llellegarde. Disposant alors de prés de 200 mille hommes, il lui devenait facile de marcher sur le Rhin à travers le Wurtemberg, en Imlayunt devant lui les Français surpris, battus avant d’avoir pu.se réunir. Mais il fallait franchir ce pays presque impénétrable, avant la concentration des Français et l'arrivée de Napoléon, et il était déjà un peu lard pour réaliser co projet ambitieux, fort approuvable du reste, s'il était aussi bien . exécuté qu’il était bien conçu.

En entrant dans cette région , l’archiduc Charles trouvait à sa gauche l’Abens, courant directement vers le Danube, et s’y jetant prés de Neusladt, après avoir traversé Siegenbourg, Bibourg, Abehsberg. (Voir la carte n* 4ti. ) A droite coulaient en passant sur son front la petite et la grosse Labcr, qu’il devait franchir vers leur source, car elles naissent dans les .environs pour aller se jeter dans le Danube. Il devait s’avancer ainsi entre l'Abens qu’il Côtoierait par sa gauche , et les deux Laber qu'il franchirait par sa droite, marchant à travers des bois, des marécages, pour aboutir au Danube par deux chaussées, celle de Landshut à Neustadt, et celle de Landshut à Kelheim. S’il ne voulait pas pousser jusqu'à Kelheim et Neustadt, il pouvait se rendre à Ratisbonne par un chemin plus court, en prenant à droite - la chausséu dite d’Eckmühl , laquelle après avoir franchi le lit marécageux de la grosse Laber à Eckmuhl même, s'élèvp à travers des gorges boisées, puis descend dans la plaine de Ratisbonne, au milieu de laquelle on voit le Danube se déployer et changer sa direction, par on sait qu’après avoir couru depuis sa source au nord-est, il sè dirige constamment à l’est après Ratisbonne.

L’archiduc Charles résolut de suivre le 17 les deux chaussées qui de Landshut mènent à Neustadt et à Kelheim. Il assigna au général Hiiler la mission de marcher de Moosbourg à Main bourg sur l'Abens, pour sè garder contre les Français quhm savait être à Augsbourg, tandis que U division Jellacbicb, placée plus à gauche , viendrait de Munich à Frcising joindre ce même corps de Hiiler dont elle dépendait, lin peu moins à gauche, l’archiduc Louis dut s’avancer par la chaussée de Neustadt, traverser Pfetfenhausen, et côtoyer également l’Abens, afin de veiller snr les Bavarois amoncelés dans la forêt de Dtirnbach. An centre, et en suivant la chaussée de Landshut à Kelheim par Kottcnbourg, le corps de Hohenaollern , après

avoir passé les deux I.aber, devait se diriger sur Kelheim suivi des deux corps de réserve, tandis qu'à droite le corps de Rosenberg et la brigade Vecsay essayeraient, par la route transversale d'Eckmühl, une reconnaissance sur Ratishonnc.

Ainsi, avec deux corps à gauche, trois au centre, .un sixième à droite, cl à des distances de vingt lieues, l'archiduc Charles s'avança de l’lsar au Danube, à travers le pays accidenté que nous venons de décrire, et qui est compris entre les points de Landshut, Nenstadt, Kelheim, Ratisbonne, Straubing. Il ordonna au lieutenant général Bcllegarde, qui avait débouché dans le Haul-Palatinat, de pousser vivement la queue du maréchal Darout sur Ratisbonne, afin de préparer la jonction générale de toutes les forces autrichiennes.

L'archiduc marcha le 17 avec mesure, et moins de lenteur que de coutume,'mais encore trop lentement pour les circonstances. Il s’achemina sur Pfelfcnhauscn d'un côté, sur Rotlenbourg de l'autre. Le mauvais temps, les magasins ambulants qu'il attendait, son grand équipage de pont, son matériel d’artillerie, traînés sur des routes défoncées par les pluies, expliquaient cette lenteur, s'ils ne la justifiaient. On n'eut affaire pendant le trajet qu'à la cavalerie légère bavaroise, avec laquelle on faisait le coup de sabre, n.'ayant plus à la ménager depuis qu'à Landshut on s'était battu contre les Allemands de la Confédération du Rhin.

Le 18, l’archiduc Charles, toujours mal renseigné sur sa gauche, ayant appris seulement que de ce côté il y avait des Bavarois derrière l'Abens, et des Français vers Augsbourg, mais mieux informé sur sa droite, où il savait que le maréchal Davoul approchait de Ratisbonne, acquit ainsi la conviction que les Français étaient divisés en deux niasses, et se confirma dans . la pensée de se jeter d'abord sur le maréchal Davout. Incertain encore s'il ■ irait droit à' Kelheim au bord du Danube, pour descendre ensuite le long de ce fleuve vers Ratisbonne, ou s'il irait tout de suite à Ratisbonne en prenant la roule transversale d'Ëckmüti), il fit un pas de plus, les corps de Hitler et de l'archiduc Louis formant sa gauche le long de l’Abens, Hohenzollcrn et les deux corps de réserve formant son centre autour de Rohr, Rosenberg formant sa droite vers Lancqw'aid, sur la grosse Laber, enfin la Itrigade Vecsay à l'extrémité de sa ligne poussant des reconnaissances pat • Erkimihl et I’yglofslteim sur Ratisbonne. Le moment des événements les plus décisifs approchait, car de toutes parts l’archiduc était entouré de Français et de Bavarois , dans un pays d'une obscurité presque impénétrable, où l'on pouvait tout à coup se trouver face à face avec l'ennemi. Trois ou quatre cent mille hommes, Autrichiens, Français, Bavarois, Wurtcmberyeois , Badois, Hessois, allaient se heurter dans cet espace resserré, so heurter cinq jours de suite, avec un acharnement inouï, l'avantage devant rester non pas seulement au plus brave, car on était brave

R.vriSBONXE.

tic part et d'autre, mais à celui qui saurait le mieux se diriger au milieu de ce chaos de bois, de marécages, de coteaux et de vallées!

Tandis que les Autrichiens, ayant ainsi l’avance sur les Français, s’apprêtaient à les surprendre, ceux-ci heureusement avec leur habitude de la guerre, aveç leur assurance dans le danger, n’étaient pas gens à se laisser déconcerter, même avant d’être en possession de tons leurs avantages. J.e champ de bataille sur lequel ils arrivaient par le côté opposé, leur apparaissait en sens contraire, mais font aussi confus. A notre droite, et à la gauche des Autrichiens, le maréchal Masséna concentré sur Ulm avec les divisions Boude! , Molilor, Carra Saint-Cyr, Legrand, marchait sur Augsbourg, pour y rejoindre le corps d'Oudinot. Le maréchal Masséna, par ordre du major général Bcrthier, avait pris le commandement de toutes ces troupes, qui ne s'élevaient guère au delà de 55 à 00 mille hommes, les renforts n’étant point arrivés. A vingt-cinq lieues de là, vers Ratishonnc, par conséquent à notre gauche et à la- droite des Autrichiens , le maréchal Davout débouchait avec l'armée du Rhin, composée des divisions Morand, Friant, Gudin, Saint-Hilaire, des cuirassiers Saint-Sulpice, de la cavalerie légère de Monthrun , comptant environ 50 mille soldats, les meilleurs de l’armée. La grosse cavalerie du général Espagne et celle du général \ansouty l’avaient déjà quittée, la première pour joindre le corps d'Oudinot, la seconde pour venir former la réserve de cavalerie. On voit que la distri-r botion en trois corps n’était pas encore effectuée, car la division Saint- Hilaire aurait dù se trouver en ce moment avec le général Oudinot, pour compléter le corps du maréchal Lanncs, cl le maréchal Masséna n’aurait dù avoir que ses quatre divisions, avec les Hessois et les Badois.

Enfin, entre ces deux masses, mais plus près de Ratisbonne que d'Augsbourg, vers Kelheim et Neusladt , se trouvaient les Bavarois couverts par l’Abens, et réfugiés dans la forêt de Dürnhach, au nombre de 27 mille hommes. Les Wurtcmbcrgeois y arrivaient par Ingolstadt au nombre de 12 mille. C’était donc une masse dispersée de 140 à 150 mille hommes, dont ,100 mille Français, et environ 40 à 50 mille Allemands. La garde impériale n’était pas encore rendue sur les lieux : les renforts présentaient sur les roules de la Souabe et du Wurtemberg de longues colonnes d’hommes, de chevaux et de matériel.

Le major général Bcrthier était resté longtemps à Strasbourg pour veiller à l’organisation de l’armée, ne croyant pas que le moment fut venu de la faire entrer en action. Le 11 avril, averti à Strasbourg de la marche des Autrichiens vers l'Inn, il était parti pour se rendre sur les bords du Danube, et était arrivé le 13 au malin à Gmiind, le 13 au soir à Donautverth. En route, au milieu des nouvelles contradictoires qu’il recevait, il avait donné des ordres souvent contraires, s’appliquant toujours à ramener les événements au plan de Napoléon, qui consistait, comme nous l’avons dit, à tous- iv. 37

réunir d'abord l'armée sur Kalisbonne si on en avait le temps, ou snr Do- . nauuerth si 1rs hostilités commençaient plus tôt qu’on ne l’avait supposé. Parvenu le soir à Donauwerth , le major général avait appris que le maréchal Davout occupait Kalisbonne , que le maréchal Masséna et Le général Oudinot étaient à Augshourg, que les .Autrichiens avaient marché lentement, que le plan de Napoléon par conséquent était toujours exécutable, et alors plaçant sous les ordres du maréchal Davout tout ce qui était autour de Hatishonne, sous ceux du maréchal Masséna tout ce qui était autour d ’ Aug»b ou rg, il avait cru devoir opérer la concentration de l’armée sur Kalisbonne, et il avait ordonné au général Oudinot de s'y acheminer. Mais recevant tout à coup le 14 une dépêche de Paris, dépêche fort ambiguë * dans laquelle Napoléon, prévoyant le mouvement anticipé des Autrichiens, lui recomqiandait de tout réunir à Augshourg, en laissant toutefois le maréchal Davout sur Ratishonne avec une partie de ses forces, il contremanda le mouvement prescrit au général Oudinot, et il demeura en présence de l’ennemi jusqu'au 17, avec l’armée partagée en deux niasses, l’une à Ka- tisbonne, l’autre à Augshourg, les Bavarois entre deux. Dans l’intervalle il s'occupa de mettre les corps en ordre, mais n’osa pas prendre un parti avant l’arrivée de l’Empereur1.

Heureusement que Napoléon fut averti en temps utile de ce qui se passait, grâce aux moyens de communication qu’il avait préparés à l’avance.

Le 12 au soir, en effet, il avait appris le passage de l’Inn, était monté en voiture dans la nuit, avait séjourné le 15 quelques heures à Strasbourg, le 16 quelques heures à Stuttgard , avait vu et rassuré , chemin faisant, les rois allemands ses alliés, et était arrivé le 17 au matin à Donauuerth, assez à temps pour tout réparer.

Quoiqu'il ne lui fût pas moins difficile qu’à l'archiduc Charles lui-même

1 "Certains historiens ont fort maltraité le mnjor général Berlhiep pour les ordres donnés pendant ée* quelques jours. J’ai lu ces ordres avec beaucoup de soin , je les ai comparé» avec ceux de Napoléon , jour par jour et heure par heure, et je n’ai pu reconnaître la justice du blâme adressé au major général. Parti do Paris avec la couüdencc du plau dç Napoléon qui consistait à se concentrer sur Ratishonne, il voulut y procéder en ordonnant le 13 au général Oudinot de marcher sur cette ville; mais recevait en route une dépêche télégraphique de Napoléon, qni lui ordonnait do tout reployer sur le Loch et sur Augshourg, en ras d'hostilités prématurées, et de laisser dans tous les 'cas le maréchal I)a\ ont à Ratishonne, il resta dans celle posiliou jusqu'à l’arrivée de l'Empereur. Cela prouve une seule chose, la difficulté de diriger de loin les opérations militaires, car de près Napoléon aurait ordonné à Reri hier ce qu’il Ordonna lui-même en arrivant sur les lieux. Mais Berthicr pouvait-il prendre sur lui de. donner l’ordre si hardi de concentrer l’armée, par nn double mouvement de flanc exécute en présence de l'ennemi f On ne saurait guère l’imaginer. Napoléon lui-même, simple chef d’élst-major nu lieu d’être commandant en chef, ne l’aurait probablement pas osé. Tout cè qu’on peut dire ici de l’un et de l'autre, c'est que Berthicr avait des ordres dont il n'osa pas s'écarter, et que Napoléon était trop loin pour les modifier d’après les faits qui étaient survenus. On fui surpris par les événements, ce qui était là faute de la politique, bien plus que de la di« rcction imprimée aux opérations militaires.

hatisboxxk.

de pénétrer la vérité, au milieu de beaucoup de rapports contradictoires, et dans un pays aussi couvert que celui où l'ou opérait, il avait appris par les Bavarois le passade des Autrichiens à Landshul , et il devina avec sa perspicacité accoutumée que la principale aruiée autrichienne venait donner contre.le Danube, dans l'espérance de passer entre les Français réunis à Augsbourg et les Français réunis à Ratisbonne. Quelques instants lui ayant suffi pour démêler cette vérité, il prit sa détermination avec une incroyable promptitude.

Deux plans s’offraient en ce moment à lui. S'il avait pu tout savoir trèsexactement , ce qui n'arrive jamais à la guerre , s'il avait pu deviner par exemple que l'archiduc allait se porter sur Ratisbonne avec plusieurs corps mal liés entre eux, il n'aarait eu qu'à le laisser marcher sur Ratisbonne, Où le maréchal Davout avec 50 mille soldats l'aurait arrêté pendant tout le temps nécessaire, et puis avec ta masse des forces réunies autour d’ Augsbourg, avec Oudinot, Molitor, Boudct, les Bavarois, les VVurtepibergeois, c’est-à-dire arec 00 mille combattants, se jeter sur les derrières du généralissime autrichien, le mettre entre deux feux, et prendre son armée jusqu’au dernier homme. Toutefois c'êût été braver bien des chances, car Napoléon aurait laissé à l'archiduc l'avantage de la position concentrique, ce qui était contraire aux vrais principes de la guerre, qu'il avait plus qu'aucun capitaine professés, illustrés par d’immortels exemples. L’archiduc, en effet , placé entre les deux masses de l’armée française, aurait pu les battre l’une après l’autre , et leur faire essuyer à toutes deux ce que Napoléon fit essuyer tant de fois à tant d'ennemis divers. D'ailleurs, pour un tel plan , il aurait fallu en savoir plus que n’en savait Napoléon sur la situation des choses , sur l’état moral et matériel des deux armées autrichienne et française , Sur ce qu'on pouvait craindre de l'une, attendre de l’autre, enfin sur la marche de l'ennemi , car plus on veut être hardi, plus il faut connaître à qui et à quoi on a affaire. Aussi après avoir pensé un moment à ce plan', préféra-t-il le second, qui était le plus sur, c'était de profiter du temps qui lui restait pour concentrer l'armée , en amenant le maréchal Davout de Ratisbonne vers Keusladt, et en amenant d'Augsbourg vers le même point le maréchal Masséna. Alors avec 1-40 à 150 mille hommes dans la main, Napoléon était rertain de tout- accabler, quelles que fussent les chances, car il n'y en a jamais de très-redoutables pour une armée bien concentrée, qui peut opposer sa masse tout entière de quelque côté qu'on l'aborde. Il préféra donc , dans l'ignorance où il était de foutes choses, l'application des vrais principes aux éventualités plus brillantes qni s'offraient à lui. Mais cette subite concentration devant s'opérer par

1 Ce fait ressort d'une conversation avec le dur de Rovigo , qui la rapporte sans en pouvoir jujjer la portée, ne lâchant ni les événements qui sc passaient,' ni les ordres que Napoléon avait donnés. *

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une double mnrché des maréchaux Davout et Masséna, en face de l’ennemi, présentait aussi de graves dangers. Cest à les surmonter que Napoléon appliqua tout son génie, en exécutant l'une des plus belles opérations de sa longue et prodigieuse carrière.

Arrivé le 17 à Donaunerth , saus garde, sans maison militaire, sans chevaux, sans état-major, il donna immédiatement ses ordres, prenant pour les transmettre les premiers officiers venus qu’il trouva sous sa main, car le major général Berthier était en ce moment à Augshourg.

Il ordonna d’abord au maréchal Masséna de quitter Augshourg le lendemain malin 18, pour descendre par la route de Pfalfenhofen sur l’Abens dans le flanc gauche des Autrichiens , se réservant ensuite de diriger la marche dé ce maréchal vers le Danube ou vers I’Isar, vers Kcustad! ou vers I.andshut, suivant la position que l’armée occuperait à son arrivée. (Voir la carte n“ 46.) Il lui enjoignit de laisser à Augshourg un bon commandant, deux régiments allemands, tous les hommes malingres ou fatigués , des vivres, des munitions , enfin de quoi tenir quinze jours ; de partir en semaut le bruit d’une marche en Tyrol, et puis de descendre vers le Danube en toute hâte, car jamais, ajoutait l’Empereur, je n’ai eu plus besoin de votre dévouement. lui dépêche se terminait par ces mots : Activité et vitesse. Au même instant il ordonna au maréchal Davout de quitter immédiatement Katisbonne en y laissant un régiment pour garder cette ville, de remonter le Danube avec son corps d’armée, de cheminer avec prudence mais avec résolution entre le fleuve et la masse des Autrichiens, et de venir le joindre par Abach et Ober-Saal, aux environs d’Abensberg, par où l’Ahcns se jette dans le Danube. Le maréchal Davout, après ce qu’il avait déjà détaché de ses troupes pour composer les autres corps, pouvait conserver environ cinquante mille hommes, heureusement très-capables de se battre contre un nombre quelconque d’Autrichiens. En les rapprochant de l’Abens derrière lequel étaient cantonnés les Bavarois, et où l’on venait de diriger les IVurtembcrgeois , les cuirassiers Nansouiy et Espagne, la division Demont composée des quatrièmes bataillons du corps de Davout, le grand parc d’artillerie, Napoléon allait avoir sous sa main environ 90 mille hommes, bien suffisants pour attendre Masséna qui devait arriver avec quarante ou cinquante mille. Celte dernière réunion opérée, il était en mesure de détruire la grande armée autrichienne, quelque position qu’elle eût prise, quelque manœuvre qu’elle eut faite.

Ces dispositions une fois arrêtées et communiquées à ceux qui devaient lés exécuter, Napoléon quitta Donanwerth pour lngolslàdt, afin de se rapprocher du point de concentration qu’il venait de choisir. Ses ordres expédiés à l’instant même n’avaient pas grand chemin à faire pour parvenir h Augshourg, et Masséna put immédiatement s'occuper de scs préparatifs dans la seconde moitié de la même journée, afin de partir lo lendemain 18

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au utatin. Mais la distance était plus que double de Donauwerth à Ratisbonne, et ce n'est que fort avant dans la soirée que le maréchal Davout reçut les ordres qui le concernaient. Ce maréchal était dans le moment aux environs de Ratisbonne avec quatre divisions d'infanterie, une division de cuirassiers, une division de cavalerie légère, le tout, comme nous venons de le dire, formant à peu près cinquante mille hommes. Les généraux Nansouty et Espagne avec la grosse cavalerie et une portion de cavalerie légère, le général Demont avec les quatrièmes bataillons et le grand parc avaient pris la gauche du Danube.

Pour se concentrer autour de Ratisbonne, le maréchal Davout avait eu plus d'une difficulté à vaincre. La division Friant, en effet, dans son trajet de Bayreuth à Ambcrg, s’était trouvée un instant aux prises avec les cinquante mille hommes du lieutenant général Bellegarde. Elle avait bravement tenu tête à l’orage, en repoussant énergiquement les avant-gardes des Autrichiens; et tandis qu’elle leur résistait, le reste du corps, précédé de Indivision Saint-Hilaire, s’était écoulé sers Ratisbonne, le long de la WHs et de la Rdgen. La journée du 17, pendant laquelle Napoléon avait expédié ses ordres, avait été employée tout entière k échanger une vive canonnade avec les Autrichiens sous les murs mêmes de Ratisbonne, pour donner au général Friant le temps de rejoindre. La division Mbrand, occupant Stadt-am-hof au delà du Danube, au confluent de la Regen, les avait arrêtés par sa superbe contenance, et leur avait rendu force boulets. Les projectiles tancés des hauteurs, enfilant les rues de Ratisbonne, nous avaient tué quelques hommes parmi les troupes qui traversaient la ville pour passer le Danube. Un obus était même venu éclater entre les jambes du cheval du maréchal Davout, tuant ou blessant autour de lui les chevaux de ses aides de camp. Les vieux soldats des divisions Morand, Oudin, Friant, Saint-Hilaire, éprouvaient an plus haut degré les passions de l'armée française, et ils étaient exaspérés. 'Un tirailleur français avait; sous les yeux mêmes du maréchal , couru sur un tirailleur autrichien, et après avoir bravé son conp de feu lui avait plongé soq satire dans la poitrine.

Il fallait au maréchal Davout toute la journée du 18 pour achever le ralliement de la division Friant, pour porter la totalité de ses troupes sur la droite du Danube , pendant que la division Morand , continuant de rester en bataille sous les murs de Ratisbonne, contiendrait les Autrichiens de Bellegarde et couvrirait le passage du fleuve. Les divisions Saint-Hilaire et Gudin passèrent dans cette journée de la rive gauche sur la rive droito du Danube. La grosse cavalerie Saint-Snlpice en fit autant, et la cavalerie légère , sous le brave et intelligent Montbrnn , exécuta des reconnaissances dans tous les sens, sur Strauhing, sur Eckmühl, sur Abach, pour avoir des nouvelles de l’archiduc, car le maréchal Davout se trouvait entre les cinquante mille hommes venus de Bohême, et la principale masse autri-

chienne venant de Landshut par Eckmühl. Ces reconnaissances avaient pour objet d'explorer toutes les routes do la rive droite, par lesquelles le maréchal Davout se proposait de remonter le Danube. 11 aurait pu sans doute le remonter par la rive gauche, sur laquelle les Autrichiens n’avaient pas encore pénétré, et qui était couverte de nos détachements et de nos convois ; mais les chemins y étaient impraticables, et ils conduisaient assez loin du point de concentration désigné par Napoléon, entre Oher-Saal et Abensberg. Le maréchal Davout préféra suivre la rive droite, quoique exposée à l’ennemi, parce que les communications y étaient praticables et menaient plus directement au but. U savait bien, que l'archiduc allait le côtoyer pendant cette marche, mais il avait des troupes si fermes qu'il ne craignait pas d’étre abordé, encore moins d élie jeté au Danube; et il était certain que si on venait se heurter contre elles, elles rendraient choc pour choc, et n’en rejoindraient pas moins l’Empereur au rendez-vous indiqué.

Il fallait prendre à revers les hauteurs boisées qni séparent du Danube les vallées de la grosse et de la petite Laber, les franchir, descendre en vue des Autrichiens sur la pente opposée, ce qui conduisait sur le plateau de l’Abcns à Abensberg, où Napoléon s’eüorçait d'amener les parties dispersées de son armée. (Voir la carte n° 40.) Diverses routes s’offraient pour exécuter ce trajet. A droite du maréchal Davout se présentait la grande chaussée de Ratisbonne à Ingolstadt, longeant constamment le bord du Danube, et aboutissant par Abach et Ober-Saal à Abensberg. Elle était large et belle, mais resserrée entre les hauteurs et le Danube. Le maréchal Davout aurait pu la suivre, mais s’il avait été surpris par l’ennemi dans le défilé qu'èllc formait, il eut été exposé à un désastre. Il la réserva pour, ses bagages et ses gros charrois d’artillerie, en la faisant garder par un bataillon d'infanterie qui d’avance était allé occuper les passages principaux. A gauche se présentait la chaussée transversale de Ratisbonne à Landshut, passant la grosse Laber à Eckmühl. C’était encore une large et belle route, mais cHc donnait en plein au milieu de l’ennemi. Il n'eut fallu la prendre que si on avait désiré utie grande bataille, ce qu’on ne voulait pas, puisqu'on n’&vait que la concentration pour but. Le maréchal Davout y envoya son avant-garde, fcomposée de quatre régiments de chasseurs et hussards, de deux bataillons du 7* léger, commandés par le général Montbrun, pour observer les Autrichiens, et les occuper pendant la marche qu’ou allait exécuter. Entre ce a deux grandes chaussées, des chemins d& village, passant d’un revers à l'autre des hauteurs, furent réservés au gros de l'armée. Les deilx divisions Friant et Gud in, formant une première colonne, précédées et suivies par les cuirassiers Saint-Sulpice, durent marcher par Burg-Ueinting, Wolkering, Saalliaupt, Ober-Feking. Les deux divisions ^ainl-Hilaire et Morand, formant une seconde colonne, précédées

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et suivie par les chasseurs de Jacquinot, durent marcher par Ober-Isliog, Gebraching, Peising, Tengen, Unter-Feking. Ces deux colonnes, cheminant ainsi k coté l’une de l'autre, devaient parvenir sur le revers des hauteurs qui séparent la grosse Laber du Danube, rejoindre à la sortie du tléfilé d'Ahach, vers Ober-Saal, la colonne des bagages, et déboucher visà-vis d’Abensberg, près des Bavarois, avec chance même de n’êtra pas aperçues des Autrichiens, tant le pays était boisé, nionluetix et obscur. L'avant-garde, engagée sur la grande roule d’Eckmiihl à Lundsli ut, exposée par conséquent à donner de front sur la masse des Autrichiens, qui venaient de Landshut, «devait s’avancer avec prudence et, après avoir servi de rideau aux deux colonnes d’infanterie, se rabattre à droite, pour regagner le point de rendez-vous assigné à tout le corps d’armée.

Ces dispositions arrêtées avec autant de fermeté que de prudence, le maréchal Davout ordonna la marche pour le lit avril au matin. Dans Ja journée du 18 on acheva de traverser Ratisbonne, et le soir la division Priant elle-même, ayant franchi les ponts de cette ville, passa la nuit avec le reste de l'armée sur la rive droite. Lé maréchal Davout avait réservé au 65' de ligne le rôle périlleux de garder Ralisbonne contre les armées nombreuses qui allaient l’attaquer par la rive gauche et par la rive droite. B lui avait prescrit de fermer les portes, de barricader les rues, et de se défendre à outrance jusqu’à ce qu’on le dégageât, ce qui ne pouvait manquer d’arriver bientôt. - ,

, Le 19 au point du jour, les quatre colonnes de l’armée commencèrent la marche difficile qui leur était ordonnée, les bagages à droite le long du Danube, deux colonnes d’infanterie au centre par des chemins de village* l’avant-garde à gauche sur la grande route de Ratisbonne à Landshut par Eckmuhi. Les Français, partis ainsi de grand matin, et traversant îles coteaux boisés, n’aperçurent d’abord aucun ennemi. Cependant la rencontre ne pouvait tarder, car il était impossible que, manœuvrant à trois ou quatre lieues les uns des autres, des centaines de milia hommes ne finissent point par so joindre et par se battre. Dans ce moment, en effet, l’archiduc Charles, ayant passé la journée au camp de Robr, sur le plateau qui sépare l’Abens de la grosse Laber, au revers même des hauteurs que les Français étaient occupés à franchir, avait enfin arrêté ses résolutions. Apprenant à chaque pas, d’une manière toujours plus positive, que le maréchal Davout était a Ratisboune, il avait pris le parti d’y marcher le 11) en faisant les dispositions suivantes ; le général il illcr, formant l'extrême gauche avec son corps çt la division Jellachich, avait ordre de venir de Alaiuhourg sur Siegenbourg (voir la carte n’ 16), rejoindre l'archiduc Louis, qui avait été laissé devant Abensberg avec son corps et le deuxième corps de réserve pour garder l’Abens. L’archiduc Charles, suivi du corps de H jhenzollern, moins quelques bataillons placés en observation à Kirçlt-

dorf sous le général Thierry, du corps de Rosenberg, du premier corps* de réserve et de la brigade Vecsay, ce qui présentait une masse de 70 mille hommes, devait se diriger sur Ratisbonne, après en avoir laissé à sa gauche sous le général Miller et l'archiduc Louis plus de 60 mille. Ainsi, tandis que Napoléon faisait les plus grands efforts pour concentrer son armée, le généralissime autrichien dispersait la sienne de Munich à Ratisbonne, sur plus de trente lieues.

Il se mit en mouvement le 19 au matin, en môme temps que le maréchal Davout, el dans ûn ordre de marche à peu près semblable. Deux colonnes d'infanterie, l'une composée du corps de Hohenzollern , l'autre du corps de Rosenlierg et des grenadiers de la réserve, devaient quitter le camp de Rohr, et s’avancer à travers les hauteurs que franchissaient les Français, la première par Gross-Muss, Hausen , Tengen, la seconde par Lancquaid , Schneidart , Saalhaupt. La brigade Vecsay, une brigade empruntée à l'archiduc Louis, la cavalerie légère, la grosse cavalerie détachée de la réserve, devaient, par la route de Landshut à Ratisbonne, c'està-dire par Eckmühl, marcher sur Ratisbonne, et probablement avoir affaire à l'avant-garde du général Montbrun.

Nous étions partis dès la pointe du . jour. De nos quatre colonnes i celle des bagages suivant le bord du Danube, abritée par les hauteurs et la liasse de nos divisions d’infanterie, ne pouvait rencontrer aucun ennemi. Les deux colonnes d’infanterie, l’une à gauche composée de Gudin et de Friant, l’autre à droite composée de Morand et de Saint-Hilaire, toutes deux précédées et suivies de la cavalerie, cheminèrent assez longtemps sans rien découvrir. A neuf heures du matin, la tête des deux colonnes franchit les hauteurs, descendit sur leur revers, et entrevit à peine quelques tirailleurs autrichiens. La division Gudin, qui formait la tète de notre colonne de gauche, et qui avait répandu au loin les tirailleurs du 7* léger, fut seule aux prises avec les tirailleurs autrichiens du prince de Rosenberg. On se disputa le village de Schneidart assez vivement. Mais nos troupes, ayant ordre de marcher, ne s’arrêtèrent point, et, tandis que les tirailleurs du 7* léger s'obstinaient à faire le coup de feu, Morand et Gudin, qui formaient avec une portion de cavalerie la tête des deux colonnes., défilèrent ; par ordre du maréchal Davout, accouru au galop pour accélérer la marche de ses troupes. Ces divisions se hâtèrent de gagner Ober-Feking et Unter- Feking,' ce qui devait les réunir & la colonne des bagages sortie du défilé d'Abach, très-près du rendez-vous général assigné à l'armée. Les tirailleurs du 7’ suivirent Gudin après s’être vaillamment battus, et cédèrent Schneidart aux Autrichiens, qui crurent l'avoir conquis1. Mais les Autrichiens continuant à s'avancer, les divisions Saint-Hilaire et Friant, qui formaient

1 Ccst ainsi que le raconte le général Stutterheim dans son excellent récit de la campagne de 1809. Il semble croire que Schneidart nous fut enlevé.

RATISBOXNJS.

la queue de nos deux colonnes d’infanterie , ne pouvaient manquer de les rencontrer. Tandis que le corps de Rosenberg , après avoir eu affaire au 7‘ièger, traversait Scbneidart et se portait sur Dinzling, le corps de Hohenzollern s'approchait de Hausen que les dernières compagnies du 7* léger venaient d'évacuer, y entrait, et allait occuper une masse de bois qui se dessinait en fer à cheval vis-à-vis de Tengen. (Voir la carte n* 47.)

Dana ce moment, le général Saint-Hilaire traversant Tengen avec sa division, aperçut vis-à-vis de lui, à la lisière des bois, les masses autrichiennes dé Hohenzollern, précédées d'une nuée de tirailleurs. Le 10* léger ayant replié les tirailleurs ennemis, le maréchal Davout, qui se trouvait dans l'instant prés du général Saint-Hilaire, dirigea le 3* de ligne à droite , le 57* à gauche , pour enlever ces hauteurs boisées qui décrivaient devant lui un demi-cercle , au centre duquel se voyait la ferme de Roilli. Le 3* s'avança rapidement , en chargeant ses armes sons le feu. Mais ayant attaqué avec trop de précipitation , et avant d’avoir eu le temps de se former, il ne réussit point , et fut obligé sous une pluie de mitraille et de balles d'opérer un mouvement rétrograde. Sur cescnlt-efaites, le 57’ ayant formé ses colonnes d'attaque, vint se mettre à la gauche du 3’, et repoussa l'ennemi des mamelons qu'il occupait en avant des bois. Le 3’, bientôt ramené en ligne, appuya ce mouvement, et ces deux régiments parvinrent ainsi à refouler les Autrichiens dans les bois, et à s'établir solidement sur le terrain disputé. Pendant ce temps , les trois autres régiments de la division , les lOt, 72* et 105* étaient rangés à droite, à gauche, en arrière de Tengen, prêts à soutenir les deux premiers. Malheureusement l'artillerie, à cause des mauvais chemins, était en retard, et on n’avait que-6 pièces à opposer à la masse de l'artillerie ennemie. Le maréchal Davout1, voyant le combat bien établi sur ce point, courut aux divisions Gudin et Morand , qui avaient déjà défilé , pour s'assurer qu'elles étaient parvenues sans accident à Lnter et Ober-Keking, pour les placer à son extrême droite, et empêcher ainsi que l'ennemi , dont il ignorait la position , ne vint par celle extrême droite percer jusqu'au Danube.

1 J’ai eu souvent beaucoup de peine pour démêler la vérité entre les assertions contradictoires des témoins qui rapportent les événements militaires : je n'cu ai jamais eu autant qu'en cctle occasion, et notamment pour le combat de Tengen. Nous avons le récit sage, clair, modeste du général Stutterbrim, et en outre beaucoup de relations allemandes. Nous avons, du côté des Français, le général Pelet et les relations manuscrites des généraux Suint-Hilaire, Friant, Montbrun,'et cc qui vaut mieux, un récit du maréchal Davout lui-même. Toutes ces relations se contredisent, quant aux lieux, aux heures, et aux corps engagés. Après les avoir lues et relues jusqu'à cinq et six fois chacune , je suis parvenu à établir tes faits tels que je les rapporte, et je crois le récit que j’en donne aussi rapproché de la vérité que-possible. Ce dont je suis certain, c’est d'avoir conservé à l'événement son vrai caractère , et c'est ce qui importe surtout en histoire. Les notes que j'ai réunies à eet égard composeraient à elles seules un mémoire comme ceux qu'on rédige pour l'Académie des inscriptions.

A l'extrémité opposée, c’e*t-S-dire k gauche, le général Friant, ralenti dan* sa marche par les mauvais chemins , avait & son tour débouché sur Saalhaupt entre midi et une heure, et entendant un feu violent vers Tengen , s'était hâté de venir prendre position à la gauche de la division Saint- Hilaire, dans l'intention de la soutenir. I) lit avancer le 15* léger et le A8* de ligne sous les ordres du général (iilly, pour pénétrer dans les bois r et dégager le flanc de la division Saint-Hilaire. H plaça dans la plaine , entre Saalhaupt et Tengen, la deuxième brigade des cuirassiers Saint-Sulpice, avec les 33*, 108’ et 111’, pour garantir l'extrémité de sa ligne. Le général Piré, qui commandait un régiment de cavalerie légère, fut chargé de lier la division aveç l’avant-garde du général Monthrun vers Dinsling.

A peine à portée du feu, le général (iilly voulut faire évacuer les bois k la gauche de la division Saint-llilaire. Le chef de bataillon Sarraire y pénétra avecquatrc compagnies du 15', et en délogea les Autrichiens. Le la* et le 18* prirent ainsi position sur le flanc de la division Saint-Hilaire, et on fit sortir des régiments toutes les compagnies de voltigeurs, qui se " mirent à échanger avec les tirailleurs autrichiens un feu épouvantable.

Tandis que ces mouvements s'opéraient sur les ailes de la division Saiut- Hilaire, le combat sur le front de la division elle-même avait plusieurs fois changé de face. la- 33* à droite, le 57* à gauche du fer à cheval, an fond duquel on voyait la ferme de Koith , avaient perdu beaucoup de monde , et épuisé leurs munitions, qu'il n'était pas facile de renouveler, les transports de l'artillerie n’étant pas encore arrivés. Le général Saint-Hilaire fit remplacer en ligne le 33* par le 72’, le 57* par le 105*, et le feu recommença dès lors avec une extrême violence. Le prince de Hohcnzollern porta en avant les régiments de Manfredini et de VVurzhourg, conduits par le prince Louis de Liechtenstein. Ces régiments firent, pour déboucher par les extrémités du fer à cheval dont les Français occupaient le milieu , des efforts inouïs. Tons les chefs furent blessés dans ces tentatives. Le maréchal Davout, revenu à la division Saint-Hilaire, s'était placé au centre avec un bataillon du 3.3*, et se jetait sur tout ce qui essayait de déboucher par le» extrémités , ramassant des prisonniers à chaque nouvelle pointe des Autrichiens. i

Les généraux ennemis voulurent alors faire un effort sur la gauche de Saint-Hilaire, vers le point de jonction avec la division Friant. Le prince l<ouis de Liechtenstein se mettant à la tète du régiment de IV urzbourg, et saisissant un drapeau, déboucha en colonne, marchant droit aux Français. Le général Gillyavec les grenadiers du 15* et un bataillon du 1 1 1* se porta à la rencontre du prince Louis, l'attaqua à la baïonnette, et le repoussa. Le prince Louis de Liechtenstein revint k la charge, reçut plusieurs coups de feu, et fut mi» hors de combat. Les Autrichiens. furent ramenés. Sur le front de la division Saint-llilaire le prince Hohenzolleial essaya nn nouvel

HATlSBONNK

effort; mai» notre artillerie, arrivée en ce moment, accabla le» Autrichiens de mitraille et parvint à les contenir. Le 10* léger, chargeant alors à la baïonnette, pénétra dans les bois qui se dessinaient en cercle devant nous; poussa les Autrichiens sur Hausen , et les obligea à s’y replier. Notre ligne tout entière appuya ce mouvement, et les Autrichiens allaient être jetés sur Hausen quand le prince Maurice de .Liechtenstein, à la tète du régiment de Kaunitz, arrêta la poursuite furieuse des Français. Ce prince fut blessé en sauvant son corps d'armée.

La journée tendait vers sa fin, et au milieu de la confusion de cette ren-, ronflé, les Français pas plus que les Autrichiens ne voulaient S’engager tout à fait. Le maréchal Davout, à qui il suffisait d'avoir accompli sa mission en gagnant sain et sauf les environs d’Abensherg, et qui avait déjà sa droite, formée par les divisions (îudin et Morand, arrivée au reniiez-vous, et sa gauche, formée par Saint-Hilaire et Friant, maîtresse du cliamp de bataille de Tengen, se contenta d’y. coucher en vainqueur, attendant pour les mouvements ultérieurs lés ordres de Napoléon. Partout sa marche s’était opérée avec succès; car le brave Montbrun, rencontrant le corps de Kotenbcrg, lui avait résisté Vaillamment, et se repliait à la. fin du jour sur le corps d'armée sans avoir essuyé d'échec.

De son côté l'archiduc' Charles, spectateur de ce combat, était resté immobile sur lés hauteurs de Grub avec douze bataillons de grenadiers , lesquels appartenaient' au premier corps de réserve. Voyant un combat 4 sa ganchc avec Hohenzoliern, & sa droite avec Rosenberg, il avait craint d’avoir devant lui la principale massé des Français , et voulant rallier toulps ses troupes avant d’engager une bataille générale , il avait laissé battre sans le secourir le corps de Hohenzoliern. Son intention était de recommencer la lutte le lendemain, apréa avoir amené k lui t’archidifc Louis posté devant l’Abcns, et fait prendre au général Hiller la position que laisserait vacante l’archiduc Imnis.

Celte journée avait été fort sanglante, car on s’était battu non-seulement k Dinzling entre Montbrun et Rosenberg , h Tengen entre Sojnt-Hilàire, Friant et Hohenzoliern, mais entre les postes intermédiaires laissés parles Autrichiens el les François pour lier les deux eztrémités de leur ligne. Nous avions perdu 200 hommes à l’avanl-garde du général Montbrun, 300 à la division Friant, 1,700 à la division Sainf-Hiiairc, quelques honimes seulement à la division Morand, une ou deux centaines de cavaliers du côté des Bavarois, en font 2,500 hommes. Les Autrichiens en avaient perdu 5004 Dinzling, environ A, 500 4 Tengen, quelques cenlaincs 4Rurli et Arnhofen, en tout prés de 0 mille1. Cn nombre considérable de leurs

1 Ici encore je renouvelle l'avertissement que CCS chiffres ne peuvent être qu’approvisrtulifs. Les hulhttins , et les historiens qui ont copié ces bulletins, parlent avec une assurance sirijjnlière de chiffres bien autrement élevés, mais je les crois tons jnevacts. J'ai

soldats s’étalent dispersés, te résultat général , pour la position des deux armées, était bien autrement important, car le maréchal Davout, qu’on aurait pu arrêter dans sa marche de Ratisbonne vers Abensberg, et peutêtre jeter dans le Danube , s'était heureusement glissé entre le fleuve et la masse des Autrichiens, avait rejoint par sa droite les environs d’ Abensberg, ' et heurté victorieusement par sa gauche le centre des Autrichiens. L'archiduc Charles, s’il avait marché en masse plus serrée, s’il avait moins hésité , par crainte des lieux et de Napoléon , aurait pu , en portant sa réserve de grenadiers sur Friant et Saint-Hilaire, les accabler, ‘ou du moins, leur fermeté rendant uu tel soccès difficile, leur causer un grave échec. Mais il vit uniquement dans toute cette mêlée des raisons d’attendre que les choses se fussent éclaircies, et que sa gauche se fût rapprochée de lai.

Napoléon usa autretnent des avantages obtenus par le maréchal Davout. Descendu d’ingolsladt i Vohbourg pendant la nuit du 19 au 20 . (voir la carte n° -iti), il apprit les événements de la journée, et, montant aussitôt à cheval, il courut à Abensberg pour faire en personne la reconnaissance des lieux. Du haut même de cé plateau où il avait appelé les troupes du maréchal Davout, il réconnut que les Autrichiens n’avaient qu’une chaine de postes peu nombreux, mal disposés, pour unir les masses qui avaient combattu à Tengen avec celles qui étaient répandues le long de TAbcns. Il ne savait pas précisément où Se trouvait l'archiduc Charles avec son corps d'armée principal, s’il était devant Tengen contre les divisions Saint- Hilaire et Friant, ou le long de l’Abens devant les Bavarois ; mais il voyait clairement que le généralissime avait singulièrement étendu sa ligne, et, profitant des avantages de la concentration qui commençaient à être de son côté depuis l’heureux mouvement du maréchal Davout, il' songea à faire essuyer aux Autrichiens les conséquences de la dispersion auxquelles ils s’étaient imprudemment exposés. Il arrêta donc sur-le-champ les dispositions suivantes. Il prit momentanément au maréchal Davout une partie de son corps, et lui laissant les divisions vieforieuses de Saint-Hilaire et Friant, avec les troupes légères de Montbrun (en tout 24 mille hommes), il s’empara des divisions Morand et Gudin hivouaquées entre Unter et Ober- Feking, des cnirassier? Saint-Sulpice, des chasseurs de Jacquinot, pour les placer temporairement sous les ordres du maréchal Lannes, qui venait

pour Ici divisions Friant et Saint-Hilaire un état authentique des perles. Quant aux Autrichiens, les chiffres donnés par le général Slutlerheim sont démentis par les pertes totales avouées à U lin des opérations qui eurent iieu autour de Ratifcbonne. C'est après de nombreuses comparaisons que je suis arrivé à déterminer les nombres que je présente ici, et je les crois aussi rapprochés que possible de la vérité. Je ne reviendrai plus sur tin tel avertissement, qui devra servir pour toute la suite de cétie histoire. Je me borne à répéter que dans les récits de guerre , surtout quand il s’agit des nombres, on ne peut jamais obtenir que la vérité approximative, et que je n’ai pas la prétention d’en donner une autre. Mois j’ajoute que je n’ai rien négligé pour ramener le plus possible cette vérité approximative à la Vérité absolue.

Digitizêd by L.OOgle

HATISBOMVK.

d'arriver. Il recommanda au maréchal Davout de tenir Terme à Tengen, d'y résister à tonte nouvelle attaque , quelle qu’elle fût , car l'armée allait pivoter sur ce point pour enfoncer le centre ennemi, et le pousser sur Làndshut. Il ordonna au maréchal Lannes de marcher droit devant lui avec les vingt-cinq ou vingt-six mille hommes mis h sa disposition, et d’enlever Rohr, qui Semblait former le centre de la position des Autrichiens. Ayant lui-même sous ta main les Wurtembcrgeois qui débouchaient en ce moment sur le champ de bataille, il les plaça vers Arnhofen, entre bannes et les Bavarois. Il prescrivit à ces derniers de passer I’Abens à Abensberg, et de venir enlpver Arnhofen. La division de Wrède notamment, établie derrière l’Abens de BibourgàSiegenbourg, devait attendre que la ligne ennemie fut ébranlée pour passer l’Ahens de vive force, et déboucher à noire droite sur le flanc gauche des Autrichiens. Chacune de ces attaques était dirigée sur l’un des postes détachés des Autrichiens, qui fermaient une longue chaîne de l’Abens à la Laber. Napoléon , tous ces postes forcés, voulait pousser jusqu’à Landshut, s'y emparer de la ligne d'opération de l'archiduc, soit en se jetant sur son arrière-garde, soit en se jetant sur ce prince lui-même s'il se repliait en personne vers I.andshul. Aussi, pour rendre l'opération plus sûre , il se hâta de modifier la marche de Masséna.

Il l'avait fait descendre sur Pfaffenhofen , perpendiculairement dans le flanc gauclïe des Autrichiens, se réservant do ployer sa marche ou sur l'Isar, on sur le Danube, suivant les circonstances. Pensant qu'il avait auprès de lui assez de forces, puisqu’il avait le maréchal Davout qui gardait Tengen avec 24 mille hommes, le maréchal Lannes qui allait enlever Rohr avec 25 mille, le maréchal Lefebvre qui se préparait à attaquer Arnhofen et Offenstetlen avec 40 mille Wurtembcrgeois et Bavarois, et enfin la division Demont et les cuirassiers Nansouty qni arrivaient sur les derrières, il dirigea Masséna sur Landshut par Preising et Moosbourg , lui ordonnant d’y être le lendemain 21 de bonne heure, afin d'interdire aux Autrichiens le retour sur Landshut. Il pouvait se faire, si Masséna arrivait à temps, qu'on enlevât tout ce qui était entre le Danube et l'Isar.

Pendant que Napoléon se disposait à employer ainsi la journée du 20, l'archiduc Charles, arrêté dans son mouvement sur Ratisbonnc par la rencontre des deux divisions Saint-Hilaire et Friant, aussi peu renseigné qué son adversaire snr la marche de L'ennemi, mais ne devinant pas aussi-bien que lui ce qu’il avait à craindre, s'était imaginé que la violente résistance qu'il venait d'essuyer décelait la prêsenceà Tengen de l'empereur Napoléon avec toutes ses forcés, et avait résolu d'attirer à lui le corps de l’archiduc Louis, resté devant l'Abena, en chargeant le général Hitler, qui avait dû marcher toute la journée du lt), d'occuper la position abandonnée de l’archiduc Louis. Il prit donc la résolution d’attendre le 20, entre Grub et Dinzling, la jonction de sa gauche, pour renouveler le combat avec (a der*

5yo

nière vigueur.. Toutefois, il laissa à l'archiduc Louis la liberté d'interpréter cet ordre, cl de couiliattrc où il se trouverait, s'il était attaqué du cité de l'Abens. ’

Ce fut en elle! cette prévision qui se réalisa. Dès le 20 au matin l'archiduc Louis aperçut des masses qui débouchaient, les unes de l'Abens par Abcnsberg et Arnhofen : c'étaient les U urtembergeois, les Bavarois, Dénient et Nansouty ; les autres de la route de Katisbonne par Keising et Buclibofen : c'étaient Morand, Gudin, Jacquinot, Sainl-Sulpice 11 vit qu’il allait être fort sérieusement attaqué, et au lieu de manœuvrer pour rejoindre sou frère le généralissime, il songea à se défendre là où il était, pendant que le corps de Hitler, amené de Hambourg sur l’Abens, Viendrait à son secours.

En ce moment, Aapoléon, placé stlr le plateau en avant d'Abensberg, vit défiler devant lui les U urtembergeois, les Bavarois, qui allaient se mettre en ligne, et que l'orgueil de combattre sous ce grand homme remplissait de sentiments tout français. 11 les harangua les uns après les autres (des officiers uurtembergeois et bavarois traduisant ses paroles), et leur dit qu'il ne les faisait pas combattre pour lui , mais pour eux, contre l'ambition de la maison d'Autriche désolée de ne les plus avoir sous son joug; que cette fois il leur rendrait bientôt et pour toujours la paix , avec nn tel accroissement de puissance, qu'à l’avenir ils pourraient se défendre euxmémes contre les prétentions de leurs anciens dominateurs. Sa présence çt scs paroles électrisèrent rcs Allemands alliés, qui étaient flattés de le voir au milieu d eux, entièrement livré à leur loyaiité, car en cet instant il n'avait pour escorte que des détachements de cavalerie bavaroise.

Entre huit et neuf heures, toute la ligne s'ébranla de la gauche à la droite, d'Ober-l’cking et Buclibofen, à Ambôfèn et Pruck. (Voir la carte n° Ri.) Lannes à la gauche s'avança résolument avec les 2*1 mille fantassins de Morand et Gudiu, avec les 1,500 chasseurs de Jacquinot, avec les 3,500 cuirassiers de Sainl-Sulpice , sur Barhel , route de Kolir, à travers un pays semé de bois et coupé de nombreux défilés. 11 rencontra le général autrichien Thierry «uivi de son infanterie seule, parce que sa cavalerie marchant plus vite était déjà près de Rohr. 11 le fit charger par les chasseurs de Jacquinot, qui se précipitèrent sur lui bride abattue. L’infanterie autrichienne cher cha au plus vite un abri dans les bois. Mais abordée avant de les atteindre, et sabrée avant d'avoir pu se former en carré, elle laissa dans nos mains beaucoup d'hommes tués ou prisonniers. Elle se retira en désordre sur Rohr, se réfugiant d’un bouquet de bois à l'autre. C'était pilié qu'uue tulle déroute, U masse des assaillants étant si disproportionnée avec celle des assaillis. ■ • • *

A Rohr, les généraux Thierry et Schusfeck s’étant réunis cherchèrent à s'entr aider. Les deux divisions d'infanterie de Lannes marchaient vive-

HATISBOWE.

ment sur eux , ayant les chasseurs et les cuirassiers en télé. Les hussards de kienmayer chargèrent avec vigueur les chasseurs de Jacquinot ; mais un régiment de cuirassiers français lancé sur ces hussards les renversa pêle-mêle, et les obligea à se replier sur le village de Rohr. En ce moment l’infanterie de Morand aborda ce village. Lç 30*, soutenu par les cuirassiers, l’attaqua de front, pendant que les 13* et 1 '‘ manoeuvraient pour le déborder. A cette vue, les généraux Schusteck et Thierry se mirent de nouveau en retraite, et après une fusillade sans effet se replièrent de Rohr sur Rottenbourg, par l'une des deux chaussées qui mènent du Danube à l’Isar, celle de Kelheim à Landshul. Au delà de Rohr, le pays étant plus découvert et la retraite devenant plus difficile, la cavalerie autrichienne fit de nobles efforts pour couvrir son infanterie. Les hussards de kienmayer venaient d'être rejoints par quatre escadrons de dragons de Levenehr détachés du deuxième corps de réserve. Les uns et les autres chargeaient à chaque rencontre avec la plus brillante bravoure. Mais s’ils avaient quelque avantage sur nos hussards , nos cuirassiers , fondant sur eux , les sabraient impitoyablement. Tout ce qu'on trouvait d'infanterie en route était pris. On arriva ainsi vers la chute du jour à Rottenbourg, le désordre allant toujours croissant du Côté des Autrichiens. Le géuéral Thierry, descendu de cheval pour rallier ses troupes, fut surpris par de nouvelles charges et enlevé avec trois bataillons entiers. Les hussards de Kienmayer et les dragons de Levenehr payèrent leur dévouement par une destruction presque complète. Les généraux Schusteck et Thierry, après avoir perdu en morts, blessés ou prisonniers, environ quatre à cinq mille hommes, auraient péri en totalité, si heureusement pour eux le général Hitler, rapproché de l'archiduc Louis par les ordres qu'il avait reçus, n'avait fait un mouvement qui l’amena fort à propos à leur secours. Au lieu de descendre l'Abens jusqu'à Siegenbourg et Ilibourg, où remballait l'arçhiduc Louis (voir la carte u" 46), le général Hiller, apercevant de loin la déroute des généraux Thierry et Schusteck, s’était détournée droite, avait coupé perpendiculairement la chaussée de Neustadt à Landshul par Pfefibnhausénv et, continuant à marcher dans le même sens sur celle de Kelheim à Landshul , il avait pris position à Rottenbourg.

Lannes pouvait, avec les forces dont il disposait, attaquer le corps. de Hiller et en avoir raison. Mais il avait exécuté une longue marche sans être rejoint éneore par la droite, composée des U nrtembergeois et des Bavarois, et il s’arrêta, la journée étant fort avancée, dans l'attente de nou-veaux ordres. 11 avait à peine perdu deux cents hommes pour quatre ou cinq mille tués ou pris à l’ennemi. Il avait de plus ramassé du canon , du bagage, et presque tous les blessés du combat de Tengen , répandus dans les villages qu’il venait de parcourir.

Pendant qne Lannes poussait ainsi en désordre sur l’une des deux cbaus-

sécs (lu Danube à l'Isar les généraux autrichiens Thierry et Schusteck, les Wurlembergeois et les Bavarois abordaient avec une extrême vigueur la position de Kirchdorf, défendue énergiquement par les troupes des généraux Reuss et Bianchi sous l'archiduc l,ouis. (Voir la carte n* 4t>.) Le combat ici devait être plus disputé, car les troupes autrichiennes étaient plus nombreuses, dans une position très-forte, et, quoique bien attaquées, ne l’étaient pas cependant comme elles auraient pu l'être par les divisions Morand et Gudiu.

Les Wurtembergeois avaient marché sur Offenstetten , se liant par leur gauche avec le maréchal Lannes, par leur droite avec les Bavarois. Ceuxci avaient marché par Pruck sur Kirchdorf. Le général autrichien Bianchi s'était replié de Bibourg sur Kirchdorf, afin de se joindre aux troupes du prince de Reuss, pendant que l'archiduc I-ouis faisait canonner Siegcnhourgpour empêcher la division bavaroise de U'rède de déboucher au delà de l’Abens. Le combat devint fort vif autour de Kirchdorf, où les Autrichiens sedèfendirent avec une grande énergie. Plusieurs fois les Bavarois furent repoussés, tantôt parla fusillade, tantôt à la baïonnette quand ils s'approchaient de trop prés. Mais dans l'après-midi les U’urtembergeois ayant enlevé un village qui couvrait la droite des Autrichiens, le général de U'rède ayant en même temps passé l'Abens sur leur gauche , l’archiduc I-ouis fut contraint de se retirer par la chaussée de Ncustadt à Landsbut, passant à Pfefie.nhausen. Les divisions bavaroises le poursuivirent vivement, et ne s’arrêtèrent que fort tard, aux environs de Pfeffcnhausen , devant les grenadiers d’Aspre, (|ui formaient le reste du deuxième corps de réserve, et qui rendirent aux généraux Reuss et Bianchi le service que le général Hiller venait de rendre aux généraux Thierry et Schusteck. De ce côté les Autrichiens avaient perdu environ 3 mille hommes en morts ou prisonniers, les Bavarois et les U'urlcmbergeois environ un millier.

Cette journée du 20, que Napoléon a qualifiée de bataille d'Abensbcrg, quoiqu'elle eut été beaucoup moins disputée que celle du 19, avait coûté aux Autrichiens, en comptant les pertes essuyées dans les deux directions, environ 7 ou 8 mille hommes , ce qui faisait déjà 13 ou 14 mille pour les deux journées. Mais elle avait comme manoeuvre une immense importance, et décidait du sort de celte première partie de la campagne, car elle séparait l’archiduc Charles de sa gauche, en rejetant celle-ci sur l'Isar, tandis que lui -même allait être acculé sur le Danube vers Ralisbonne. Envisagée sous ce rapport, elle méritait tous les litrclqu'on pouvait lui décerner. Napoléon, arrivé le soir à Rotienbourg, était dans l'ivresse de la joie. 11 voyait son adversaire rejeté sur l'Isar dès le début des opérations, et les Autrichiens démoralisés comme les Prussiens après léna. Il ne savait pas clairement encore tout ce que la fortune lui réservait, car il n'avait pu discerner dans les réponses des prisonniers interrogés où étaient les divers

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archiducs : mais supposant que l'archiduc Charles pouvait être devant lui sur la route de Landshut, il résolut de marcher sur Landsliut même, poulie surprendre au passage de l'Isar, et l’y accabler, si Masséna dirigé sur ce point arrivait à temps. Il sc décida donc a s’y porter le lendemain 21, et à y pousser les Autrichiens à outrance. De ce qu’il avait vu dans la journée, il devait être induit à conclure que tout s'enfuyait vers l'Isar, et que le maréchal llavout, devenu son pivot de gauche, n’aurait qu’à marcher devant lui pour ramasser des débris. Dans cette croyance il lui enjoignit de refouler les quelques troupes qu'il supposait placées devant Tengen, de manière à suivre le mouvement de toute la ligne française sur l’Isar, sauf à se rabattre ultérieurement sur Ratisbonne pour écraser Bellegarde, lorsqu'on en aurait fini avec l’archiduc Charles. Il ne soupçonnait pas que ces quelques troupes qui paraissaient être devant Tengen, étaient l'archiduc Charles lui-même avec la principale masse des forces autrichiennes.

Celui-ci, en effet, avait attendu toute la journée du 20 le renouvellement du combat de Tengen et la jonction de l’archiduc Louis. Mais le combat ne s’étant pas renouvelé, l’archiduc Louis ne l’ayant pas rejoint, beaucoup de Frauçais au contraire se montrant sur les deux chaussées qui conduisent du Danube à l’Isar, il commença à éprouver des craintes pour sa gauche, et il prit une position d'attente, afin d’essayer de la rallier si elle n’avait pas essuyé un désastre. Il imagina donc de s’établir sur. les hauteurs boisées qui séparent la grosse et la petite Label* de la vallée du Danube, en travers de la route qui de Landshut mène à Ratisbonne par Eckrnühl. (Voir les cartes n"‘ 4G et 47.) Toute la réserve de cuirassiers eut ordre de se placer sur le revers de ces hauteurs, à l'entrée de la plaine de Ratisbonne, les grenadiers au sommet, les corps de liohenzollern et de Rosenberg sur le penchant du côté de la Laber, à droite et à gauche d’Eckmühl. Dans cette position, l’archiduc allait être adossé à Ratisbonne, faisant front vers Landshut, prêt à changer de ligne d’opération si sa gauche était définitivement séparée de lui, et à se renforcer du corps de Bellegarde s’il était privé du corps de Hilter. De sou côté, le lieutenant général Uiller, qui commandait, outre son corps, celui de l’archiduc Louis par raison d’ancienneté, se voyant poussé à outrance sur les chaussées de Xeustadt et de Kelheim qui aboutissent à Landshut, ne crut pas pouvoir atteindre trop tôt, ce dernier point, car il désespérait avec raison de rejoindre l’archiduc Charles, et il craignait que Landshut même, où l'on venait de réunir tout le matériel de l'armée avec une immense quantité de blessés, ne fût enlevé. En conséquence, il ordonna aux colonnes qui suivaient ces deux chaussées de s’y transporter pendant la nuft, de façon à y arriver de grand matin.

Dans la nuit du 20 au 21, les Autrichiens affluèrent sur Landshut par cette double communication. Les Français, de leur côté, presque aussi matineux que les Autrichiens, s'y précipitèrent comme deux torrents. tour iv. 38

Napoléon n’ayant pas quille ses vêtements, et ayant à peine dormi quelque* heures sur un siège, était à cheval dès la pointe du jour du 21 , afin de diriger lui-même la poursuite sur la route de Landsliut. Quoiqu'il ignorât toujours la présence de l’archiduc Charles vers Eckmühl, il avait fait de nouvelles réflexions sur ce sujet, et par suite de ces réflexions il avait détaché la division Dcmont, les cuirassiers Xansouty, les divisions bavaroises du général Deroy et du prince royal sur sa gauche, vers la grosse Labcr, ne voulant pas, dans une situation aussi incertaine, laisser le maréchal Davout réduit à 24 mille hommes. Avec les 25 mille de Lannes, il continua de poursuivre les corps de Miller et de. l’archiduc Louis sur la route de Rottenhourg à Landshut, taudis que le général bavarois de W ’rède les poussait par la route de Pfeffenhaosen. 11 comptait sur l’arrivée de M asséna à Landshut avec au moins 30 mille hommes.

.Marchant avec l'infanterie de Morand, les cuirassiers Saint-Sulpice et la cavalerie légère, il déboucha de fort bonne heure sur Landshut. A chaque pas on ramassait des fuyards, des blessés, du canon, de gros bagages. En arrivant & Altdorf au débouché des bois, d’où l’on dominait la plaine verdoyante de l’Isar et la ville de Landshut, on aperçut une confusion indicible. La cavalerie des Autrichiens se pressait vers les ponts avec leur infanterie, l'une et l’autre affluant par les deux chaussées que suivaient les corps de Hiller et de l'archiduc Louis. L’encomhrement était encore augmenté par le matériel de l’armée, et notamment par un superbe train de pontons amené sur des chariots pour passer le Danube et le Hhin même , si le ciel avait favorisé celte levée de boucliers contre la France, llessières, comme Lannes, comme l’Empereur lui-même, arrivé à l’improvisle, et ayant à peine un ou deux aides de camp à sa disposition, conduisait les cuirassiers Saînt-Sulpicc, les chasseurs de Jacquinot, et le 13* léger de la division Morand. En apercevant le spectacle qui s'offrait à lui, il lit charger par ses chasseurs la cavalerie autrichienne. Celle-ci , malgré le désordre, l’encombrement, lo terrain qui était marécageux et glissant, se défendit avec valeur. Mais les cuirassiers français, la chargeant en masse, l’obligèrent & se replier. Alors les généraux autrichiens se hâtèrent de lui faire passer les ponts, en avant desquels ils nous opposèrent leur infanterie, pour donner aux bagages le temps de défiler. Ils placèrent les grenadiers d’Aspre dans Landshut même, et surtout dans des quartiers élevés de la ville. Mais la division Morand arriva bientôt tout entière. Le 13* léger et le 17e de ligne abordèrent l’infanterie autrichienne,- tandis que la cavalerie française la chargeait de nouveau. Elle ne put résister à ces attaques réitérées, et fut obligée de se replier en toute hâte sur les ponts de Landshut pour les repasser à temps. Elle les repassa en effet, laissant dans les prairies beaucoup de prisonniers, une quantité considérable de voilures d’artillerie, et le train de pontons dont il vient d’être parlé. Le 13* et un

RATISBOWE.

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