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après avoir combattu le Ht à Dinzling contre le corps de Rosenberg, ne cessait d’escarmoucher avec les troupes légères autrichiennes, il eût été possible de percer, et de déboucher sur nos derrières. Mais l'archiduc toujours hésitant, soit par la crainte de ce qui pouvait arriver de toute entreprise, hardie devant un adversaire comme Xapoléon, soit par la crainte de compromettre une armée sur laquelle reposait lé salut de là monarchie, l'archiduc apporta dans l'exécution de cette nouvelle entreprise des tâtonnements qui devaient en rendre le succès impossible. D'abord, pour donner nu général Kollourath, détaché de l'armée de Bohême, le temps de passer le Danube, il décida que l'attaque n’aurait lieu qu’entre Tiiidi et une heure, moment choisi par Xapoléon pour forcer le passage d'Eckmühl. Il distribua ses troupes en trois colonnes. La première, composée du corps de kollourath, ayant une partie de la brigade Vecsay pour avant-garde, devait marcher de llurg-U einling sur Abach. (Voir la carte n" 46.) Elle était de 24 mille hommes. La seconde, composée de la division Liudenau et du reste de la brigade Vecsay, devait, sous le prince Jean de Liechtenstein, marcher par U eilhoesur Peising. Elle était de 12 nulle hommes, et avait l’archiduc généralissime à sa tête. La troisième enfin, forte de près de 40 mille hommes, composée du corps de Rosenberg qui était placé aux villages d’Ober et dlnler-Leuchling, en face du maréchal Davoul, du corps de Hohenzollern qui barrait la chaussée d'Eckmühl, des grenadiers de la réserve et «les cuirassiers qui gardaient l’entrée de la plaine de Ratisbonne vers Egglofsheim, devait rester immobile et défendre contre les Français la route de Landshut à Ratisbonne, tandis que les deux premières colonnes feraient leur effort sur Abach. I/archiduc se préparait donc à prendre l'offensive par sa droite, forte de 30 mille hommes, tandis que sa gauche, forte de 40 mille, se tiendrait sur la «léfensive, à mi-côte des. hauteurs qui séparent la grosse Laber de la vallée du Danube. Xapoléon, de son côté, marchant au secours du maréchal Davout sur Eckmüh), allait se ruer sur celle gauche» avec toutes ses forces , les deux généraux ennemis agissant ainsi sur les communications l'un de l’autre, mais Je premier avec hésitation, le second avec une irrésistible vigueur. Cette gauche’ de l'archiduc, qui devait nous disputer la route de Ratisbonne aux environs d'Eckmühl , était disposée comme il suit. Le corps de Rosenberg était établi à mi-côte sur les hauteurs qui bordent la Laber, derrière les deux villages d’Ober-Leuchling^et dTnler-Leuchling, Manquant la chaussée de Ratishonuc. l u peu plus loin et plus bas se trouvait le corps de Hohenzollern, occupant les bords de la grosse Laber, le château d'Eckmühl, les rampes que la chaussée de Ratisbonne forme au-dessus de ce château. Sur le revers au milieu de la plaine de Ratisbonne, se tenait toute la masse des cuirassiers et des grenadiers, en avant et en arrière d'Egglofsheim. C’élrtit donc cil face des deux villages d’Ober. et dTnter-Leucliliiig, puis sur la
chaussée d’Echmühl, r.t enfin dans la plaine de Ratisbonne, que l’actioti devait se passer.
Jusqu’à huit heures un épais brouillard enveloppa ce Champ de bataille, de l’aspect le plus agreste, et où allait couler le sang de tant de milliers d’hommes. Dés que le brouillard disparut, on se prépara de part et d’autre, les uns à la défense, les autres à l’attaque. Le maréchal Davout disposa vers sa gauche la division Friant pour la diriger sur les sommets boisés auxquels s’appuyaient les deux villages d’Ober et dTnter-Leuchling, vers sa droite la division Saint-Hilaire pour attaquer de front les deux villages que les Autrichiens occupaient en force. Plus à droite et plus bas, sur le bord de la grosse Laber , il avait rangé les cavaleries bavaroise et uurtembergeoise , et en arriére les divisions de cuirassiers français qui étaient déjà arrivées. Les Autrichiens de leur coté s’établissaient de leur mieux sur lés hauteurs qu’ils avaient à défendre. I#c prince de Rosenberg avait fait barricader le village dl’nter-Leuchling, le plus menacé des deux, placé une partie de ses forces dans l’intérieur de ces deux villages, et le reste air-dessus sur un plateau boisé qui les dominait. Pour se relier avec la chaussée d’Eckmühl, qui passait derrière lui , il avait déployé sur un coteau le régiment de Czartoryski, avec beaucoup d’artillerie, de manière à labourer de ses boulets toute In vallée par laquelle devaient se présenter les Français. La brigade Biber, du corps de Hohcnzbllern , était en masse profonde le long de la chaussée au-dessus d’Eckmùhl, tandis que Wukassovich occupait avec plusieurs détachements l'autre rive de la grosse Laber, attendant les Français qui venaient de Landshut. Avant midi pas un coup de fusil ou de canon ne troubla les airs. On discernait seulement de nombreux mouvements d’hommes et de chevaux, et sur ces coteaux couverts de bois, au milieu de ces prairies humides et verdoyantes, on voyait se dessiner en longues lignes blanches les masses de l’armée autrichienne.
Vers midi d'épaisses colonnes de* troupes parurent dans la direction de Landshut : c’étaient les divisions Morand et Gudin précédées des U'urlembergeois, suivies des maréchaux Lannes et Masséna, et de Xapoléon luimême, qui accouraient tous nu galop. Les troupeR françaises arrivant de Landshut débouchaient par Ruchhauscn, d’une chaîne de coteaux placée vis-à-vis d’Lckmùhl, et formant la berge opposée de la vallée de la grosse Laber. (Voir la carte n° -47.) Sans qu’on eût à donner le signal convenu, la rencontre des avant-gardes annonça le commencement du combat. Les U urtembergeois, en débouchant de Burhhaiisen, furent accueillis parla mitraille partant d’une batterie de H ukassovich , et par les charges de sa cavalerie légère. RepouSsés d'abord, mais ramenés bientôt en avant par le brave Vandamme, soutenus par les divisions Morand et Gudin, ils enlevèrent Lintach, bordèrent la grosse Laber devant Ecktniihl, et Be lièrent par leur gauche avec la division Dcmont et les Bavarois. A leur droite, les
RATISnOWK.
avant-postes de la division Gudin vinrent se répandre entre Deckenbach et Zailzltofen, vis-à-vis d'Eckmühl et de Roking.
Au premier coup de canon tiré à T avant-garde, l’intrépide Davout ébranla ses deux divisions. L’artillerie française vomit d’abord une grêle de projectiles sur tout le front des Autrichiens, cl les obligea à se renfermer dans les villages d lntcr et d’Oher-Leuchling. Les divisions Friant et Saint-Hilaire s'avancèrent en ordre, la première à gauche sur les bois auxquels s'appuyait la droite du corps de Rosenberg , la seconde à droite sur les villages d'Ober-Leuchling et d’Inter-Leucbling, situés tous deux à une portée de fusil. Une mousqueteric des plus meurtrières assaillit la division Sainl-llilaire dans son mouvement contre les deux villages, mais n'ébranla point celle vieille troupe, qui était conduite par le brave Saint- Hilaire, surnomme dans l’armée le chevalier sans peur et sans reproche. Le village d’Ober-Leucbling, plus enfoncé dans le ravin et d’un abord moins difficile, fut emporté le premier. Celui dUnler-Leuchling, plus en dehors, plus escarpé, et barricadé intérieurement, fut énergiquement défendu par les Autrichiens. \æ 10* léger, qui était chargé de l'attaque, exposé au double feu du village et du bois en dessus, perdit en un instant 500 hommes morts ou blessés. Il ne se troubla point, pénétra dans le village barricadé, y tua à Coups de baïonnette tout ce qui résistait, et y fit plusieurs centaines de prisonniers. Les régiments de Bcflegarde et de Reuss- Graitz qui nous avaient disputé les deux villages, se retirèrent alors en arrière sur le plateau boisé, et s’y défendirent avec une nouvelle vigueur. Pendant ce temps la division Friant avait attaqué à gauche les bols auxquels se liaient les deux villages, et y avait refoulé les régiments de Chasteler, archiduc Inouïs et Cobourg, formant la droite du prince de Rosenberg. Après un feu de tirailleurs très-meurtrier, le 48e et le 11 1°, conduits par le général Barbauègre, se jetèrent baïonnette baissée dans toutes les éclaircies des bois occupées par les masses autrichiennes , et renversèrent celles-ci. Le corps de Rosenberg poussé ainsi d’un côté vers les bois qui couronnaient la chaîne, de l'autre au delà des deux villages, sur le plateau boisé qui les dominait, fut acculé vers la coupure à travers laquelle passait la chaussée d'Eckmühl. Retiré sur ce point, il essaya de s’y maintenir. Fn ce moment, dans le bas à droite, devant Eckmiihl, les attaques commençaient avec une égale vigueur. Tandis que la cavalerie des Bavarois, appuyée par nos cuirassiers, chargeait dons la prairie la cavalerie des Autrichiens, les fantassins \i urlembergeois s’étaient élancés sur Fckmühl pour l’enlever à l'infanterie de IVukassovich. Assaillis par une grêle de balles parties des murailles du château, ils ne se découragèrent pas, et revenant à la charge, ils l’emportèrent. On aperçut alors la chaussée dont les rampes s'élevaient dans la montagne, couverte de masses profondes d’infanterie et de cavalerie. D’un côté à gauche se voyaient les restes de
Rosenberg défendant le plateau situé au-dessus des villages d’Oher et dTnter-Leuchling, de l'autre côté à droite les hauteurs boisées de Roking, où était établie une partie de la brigade Biher. Il fallait donc enlever ces points, et enfoncer entre deux les masses qui barraient la chaussée.
Napoléon, accompagné de Lannes et de Masséna, ordonna l’attaque décisive, pendant que le général Cervoni, brave officier, déployant une carte sous leurs yeux, était emporté par un boulet. Lannes conduisit à droite la division Oudin sur les hautenrs boisées de Roking. Celle division passa la grosse Laber au point de Stanglmuble , d’un côté gravit directement les hauteurs de Roking, de l'autre , prolongeant son mouvement à droite, déborda ces hauteurs, et les enleva successivement à la brigade Biber, qui les disputa pied à pied. Sur la chaussée, la cavalerie à son tour s'élança sur ce terrain, qui présentait une montée assez roide, et qui était couvert d’une épaisse colonne. Ce furent les cavaliers bavArois*et wurtembergeois qui chargèrent les premiers et qui rencontrèrent la cavalerie légère des Autrichiens.. Celle-ci se précipitant avec bravoure sur un terrain en pente , culbuta nos alliés jusqu’au* bord de la grosse Laber. Les cuirassiers français, venant à leur secours, gravirent la pente au galop, renversèrent les cavaliers autrichiens, et parvinrent au sommet de la chaiftsée à l'instant même où l’infanterie de Cudin, inaitresse de la hauteur de Roking, apparaissait sur leur télé. Cette infanterie, à l'aspect des cuiras* siers français gravissant la chaussée nu galop et enfonçant les Autrichiens malgré le désavantage du terrain , se mit à battre des mains en criant : Vivent les cuirassiers !
A gauche la lutlc continuait entre Saint- Hilaire et les régiments de Bellegarde et de Reuss-Graitz , qui disputaient le plateau boisé au~dcssus de Leuchling. Saint-Hilaire y pénétra enfin, en chassa les deux régiments et les refoula sur la chaussée: A cette vue les braves généraux Stutterheim et Sonnnariva s’élancèrent avec les chevaux-légers de Vincent et les hussards de Stipsicz sur l'infanterie de Saint-Hilajre. Mais celle-ci les arrêta en leur présentant ses baïonnettes, les ramena sur le bord de la chaussée de Ratisboune, et la couronna d’un côté, tandis que l’infanterie de Gudin la couronnait de l'autre. La cavalerie autrichienne, accumulée alors sur la chaussée, fit de nouveaux efforts contre la masse de nos cavaliers, chargea, fut chargée à son tour, et finit par céder le terrain.
A celte heure l’obstacle était forcé de toutes parts, et la cbnussée de Ratishonne nous appartenait, car à gauche Friant traversant le bois qui surmontait la chaîne descendait déjà sur le revers des hauteurs, et à droite Gudin franchissant aussi cette cbaine, commençait à déboucher dans la plaine de Ratisboune vers Gailsbach. Les troupes de Rosenberg et de Hobenzollern débordées de droite et de gauche, vinrent èhercher un abri derrière la niasse des cuirassiers autrichiens qui était rangée en halaille à
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Egglofsheim. Noire cavalerie les suivit an grand trot, ayant à gauche l' infanterie Friant et Saint- Hilaire, à droite l'infanterie (iitdin. Il était sept heures du soir, la nuit approchait, et derrière les cavaliers bavarois et wurlembergeois nos alliés, débouchaient en masse, Taisant retentir la terre sous le pas de leurs chevaux , les dix régiments de cuirassiers de Nansoufy et de Saint- Sulpice. l’n terrible choc était inévitable entre les deux cavaleries, l’une voulant couvrir la plaine dans laquelle en ce moment se. repliait l’archiduc Charles, et l’autre voulant conquérir celte plaine pour ÿ terminer sa victoire sous les murs mêmes de RatisUunne. Pendant que nos cuirassiers s'avancent sur la chaussée flanqués de la cavalerie alliée, contre les cuirassiers autrichiens placés aussi sur la chaussée et flanqués de leur cavalerie légère , la masse des cavaliers ennemis s'ébranle la première à la lueur du crépuscule. Les cuirassiers de Gottesheim fondent au galop sur les cuirassiers français. Ceux-ci , attendant avec sang-froid leurs adversaires, font une décharge de toutes leurs armes à feu, puis une partie d'entre eux, s'élançant à leur tour, prennent en flanc les cuirassiers ennemis, les renversent, et les poursuivent à outrance. Alors les cuirassiers autrichiens, dits de l'empereur, viennent au secours de ceux de Gottesheim. Les nôtres les reçoivent et les repoussent. Les braves hussards de Slipsicz veulent prêter appui à leur grosse cavalerie, et ne craignent pas de se jeter sur nos cuirassiers. Après un honorable effort ils sont culbutés comme les autres, et toute la masse de In cavalerie autrichienne dispersée s'enfuit au delà d’Egglofsheim sur Kofering. Tandis que nos cavaliers suivent la chaussée au galop, ceux des Autrichiens, trouvant la plaine marécageuse, veulent regagner la chaussée, se mêlent ainsi au torrent des nôtres, et tombent dans nos rangs. Une foule de combats singuliers s’engagent alors aux douteuses clartés de la lune, et au milieu de l’obscurité qui commence, on n’entend que le cliquetis des sabres sur les cuirasses, le cri des combattants, le pas des chevaux. Nos cuirassiers portant la double cuirasse, couverts par conséquent dans tous les sens, ont moins de peine à se défendre que les Autrichiens, qui ne portant de cuirasse que sur la poitrine, tombenl en grand nombre sous les coups de pointe qu’ils reçoivent par derrière. Une foule de ces malheureux sont ainsi blessés à mort. Jamais depuis vingt ans on n’a vu une pareille scène de désolation.
Cependant la nuit étant faite, il devient prudent d’arrêter le combat. En s’avançant on peut rencontrer en désordre l’armée de l’archiduc se repliant sur Ratisbonne, et la jeter dans le Danube; mais on peut aussi la trouver rangée en ordre, et en masse, sous les murs de cette ville, et capable d’arrêter des vainqueurs qui débouchent sans ensemble, à travers plusieurs issues, de la vallée delà grosse Laber. X’apoléon arrive en ce moment avec Masséna et Lamies à Egglofsheitn. Après quelques instants de délibération, le parti le plus sage l'emporte, et il remet au lendemain
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à livrer une seconde bataille, si l'archiduc lient devant Ratisbonnc, ou à le poursuivre nu delà du Danube, s’il se relire derrière ce fleuve. Il donne donc l’ordre de bivouaquer sur place. C'était agir sagement, car les troupes expiraient de fatigue, celles surtout qui venaient de Landshut. 11 n’y avait même d’arrives que les U urtembergeois,- Morand et Oudin. Les trois divisions de Masséna se trouvaient encore en arrière.
Cette journée du 22, dite bataille d'Eckmiihl, et mêritaul le titre de bataille par le nombre des troupes engagées, par l’importance décisive de F événement, nous avait coûté environ 2,500 hommes hors de combat, la plus giande partie appartenant aux divisions Friant et Saint-Hilaire , lesquelles par leur conduite dans ces quatre jours , obtinrent pour leur chef le titre de prince d'Ëckiuülil, titre glorieux bien justement acquis. Elle avait coûté aux Autrichiens environ 0 mille morts ou blessés, un graud nombre de bouches à feu, et 3 ou -i mille prisonniers, recueillis à la nuit dans les villages que l’on traversait à mesure que l’armée autrichienne battait en retraite. 'Cette bataille avait déflnitiveipenl séparé l’archiduc Charles des corps de Hitler et de l'archiduc Louis, et l’avait rejeté en désordre sur la Bohème, après lui avoir enlevé sa ligne d'opération, la Bavière, et la grande roule de Vienne.
IVapoléou, pour la première fois depuis quuire jours, put prendre un instant de repos, et le prit bien court, car il voulait achever le lendemain la série, de ces grandes et belles opérations. Il se doutait bien du reste qu’il n’aurait pas de bataille à livrer, et que l'archiduc Charles passerait le Danube en toute bâte, mais il prétendait lui rendre eu passage difficile et même funeste, s’il était possible.
De son côté l'archiduc Charles, qui s’était arrêté dans son mouvement sur Ahacb en apprenant le malheur de sa gauche, et qui n'avait rien fait pour le prévenir à temps, l'archiduc consterné, et se reprochant vivement alors de n'avoir pas persévéré davantage dans sa résistance à la politique de la guerre, n’avait pas autre chose à faire qu’à traverser promptement le Danube pour rejoindre Farinée de Bohême, dont il avait déjà rallie la moitié sous Kollou rail» , et de descendre ensuite le grand fleuve autrichien sur une rive, tandis que Xapoléon le descendrait sur l’autre. Livrer une bataille avec le Danube à dos, eût été une faute contre les règles de la guerre, el une faute tout à fuit inexcusable dans l’état de Farinée autrichienne, qui, quoiqu’elle se fût bien conduite, était revenue au sentiment de son infériorité à F égard de l’armée française. La cavalerie de l'archiduc Charles d'ailleurs était trop peu nombreuse pour disputer à la cavalerie française la vaste plaine dans laquelle on se trouvait. L'archiduc résolut donc de passer sans délai le Danulie, soit sur le pont de pieirc de Ratisbonne, soit sur un pont de bateaux jeté un peu au-dessous de cette ville, au moyen d'un matériel de passage que l'armée de Bohême avait ameué
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avec elle. 11 fut décidé que le corps de Collourath, dirigé sur Abacli le matin , et ramené le soir d’Abach sur Burg-U cinting , couvrirait la retraite, car n'ayant pas donné encore il était moins fatigué que les autres. Le gros de l’armée devait traverser Ralisbonne, franchir le Danube sur le pont de cette ville, pendant que le corps de réserve passerait sur le pont de bateaux jeté au-dessous, et que la cavalerie évoluerait dans la plaine, pour occuper les Français en faisant le coup de sabre avec eux.
Le lendemain 23 les dispositions de l'archiduc furent exécutées avec assex d'ordre et de succès. Bien avant le jour les divers corps de l'armée traversèrent Ratisbonno, tandis que le général Kollouralli, se retirant, avec lenteur vers la ville, donnait aux troupes de l'archiduc le temps de défiler. Les grenadiers s’étaient agglomérés au-dessous de Ralisbonne pour opérer leur passage. La cavalerie manœuvrait entre Ober-Traubling et Burg-U einling.
Les Français de leur côté se mirent en mouvement de fort bonne heure, tenus en éveil par la victoire presque autant que les Autrichiens par la défaite. Dès qu’on put discerner les objets, la cavalerie légère , par ordre de Napoléon, s’avança en reconnaissance sur la cavalerie autrichienne, pour savoir si c'était une bataille qu'on aurait à livrer, ou des fuyards qu’on aurait à poursuivre. La cavalerie autrichienne, qui, dans ces circonstances, n'avait cessé de se conduire avec le plus grand dévojQepient, se précipita sur la notre, et il s’engagea entre les deux une nouvelle mêlée où toutes les armes tombèrent dans une affreuse confusion. Les cavaliers autrichiens perdirent par ce noble dévouement près d’un millier d'hommes; mais se retirant toujours sur la ville, à travers laquelle ils défilaient au galop, ils attirèrent notre attention de ce côté, et réussirent ainsi à nous dérober la vue du pont de bateaux par lequel passaient les grenadiers. I n détache-' ment de cavalerie légère s’en aperçut enfin, signala le fait à l'artillerie de Latines, qui, accourue au galop, se mit à foudroyer les Autrichiens. On y tua grand nombre de grenadiers, on en noya beaucoup d’autres, et on détruisit même le pont, dont les bateaux désunis et enflammés furefil bientôt emportés par Je Danube. Mais le gros des troupes put se retirer, sauf une perte de quelques centaines d’hommes. Le maréchal Duvout à gauche, avec les divisions Friant et Saint-Hilaire, le maréchal Lannes à droite, avec les divisions Morand et Gudin, la cavalerie au centre, ne débouchèrent sur la ville qu’au moment où les derniers bataillons autrichiens la traversaient. l*es portes en furent immédiatement fermées sur nos voltigeurs.
Napoléon y voulait entrer dans la journée même , soit pour venger l’échec du -65* de ligne, soit pour aroir le pont du Danube, et s’assurer ainsi le moyen de suivre l’archiduc Charles en Bohème.' La ville était enveloppée d’une simple muraille, avec des tours de distance en distance, et un
large lossé* Elle ne pouvait pas donner lieu à un siège régulier ; mais défendue par- -beaucoup de monde, elle pouvait tenir quelques heures, même quelques jours , et singulièrement ralentir notre poursuite. Napoléon ordonna que l'artillerie des maréchaux Davout et Lnnncs, tirée des rangs, fut mise en ligne tout entière, pour abattre les murs de cette malheureuse cité. Sur-Ie-cliamp un grand nombre de pièces commencèrent à vomir les boulets et les obus, et le feu éclata en plusieurs quartiers.
Napoléon, impatient de venir à bout de celte résistance, s’était approché de Katisbonne, au milieu d'un feu de tirailleurs que soutenaient les Autrichiens du haut des murs, et les Français du bord du fossé. Tandis qu’avec une lunette il observait les lieux, il reçut une balle au cou-de-pied , et dit avec le sang-froid d’un vieux soldat : Je suis touché ! — Il l’était èlfectivement^ et d’une manière qui aurait pu être dangereuse, car si la balle eût porté plus haut, il avait le pied fracassé, et l’amputation eut été inévitable. Les chirurgiens de la garde accourus auprès de lui enlevèrent sa botte et placèrent un léger appareil sur la blessure, qui était peu grave. A la nouvelle que l’Empereur était blessé, les soldats des corps les plus voisins rompirent spontanément leurs rangs, pour lui adresser de plus près les bruyants témoignages de leur affection. 11 n’y en avait pas un qui ne crut son existence attachée à la sienne. Napoléon, donnant la main aux plus rapprochés, leur affirma que ce n'était rien, remonta immédiatement à cheval, et parcourut le front de l'armée pour la rassurer. Ce fut un délire de joie et d'enthousiasme. On saluait eu lui l’heureux vainqueur d'Eckmülil, que la mort venait d'effleurer à peine, pour apprendre & tous que le danger lui était commun avec eux, et que s'il prodiguait leur vie, il ne ménageait guère la sienne. Il passa devant les corps qui s’étaient le mieux conduits, fit sortir des rangs les officiers et même les soldats signalés par leur bravoure, ef leur donna à tous des récompenses. Il y eut de simples soldats qui reçurent des dotations de quinze cents francs de rente.
Cependant ce n’était pas tout à ses yeux que d’échanger ces joyeuses félicitations, il fallait achever de vaincre, et il envoyait aide de, camp sur aide de camp auprès du maréchal Cannes, pour accélérer la prise de Katjsbonne. Cet intrépide maréchal s’était approché de la porte de Slrnubing, et avait fait diriger tous les coups de son artillerie sur une maison saillante qui dominait l’enceinte. Uientôt cette maison, abattue par les boulets, s’écroula dans le fossé, et le combla en partie. L’obstacle n’était dès lors plus aussi difficile à vaincre, mais il restait toujours tin double escarpement à franchir soit pour descendre dans le fossé, soit pour remonter sur le mur vis-à-vis, cjui n’était qu’à moitié renversé. Un s’élait procuré quelques échelles. Des grenadiers du 85* s’en saisirent, et les placèrent au bord du fossé. Mais chaque fois qu’un d’entre eux paraissait, des halles tirées avec une grande justesse l’ahatlaieiit à l'instant. Après que quelques
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hommes eurent été frappés de la sorte, les autres semblèrent hésiter. Alors Latines s’avançant tout couvert de scs décorations, s’empara dé1 l’une de ces échelles, en s’écriant : Vous allez voir que votre maréchal, tout tnaré-* chai qu’il est, n’a pas cessé d’être un grenadier. — A cette vue ses aides de camp, Mârbot et Labédoyèrc, s’élancent, et lui arrachent l'échelle des mains, l^s grenadiers les suivent, prennent les échelles, se précipitent en foule sur le bord du fossé, et y descendent. Lès coups de l’ennemi, tirés sur un pliis grand nombre d’hommes à la fois, et avec plus do précipitation, n’ont plus la même justesse. On franchit le fossé,. on escalade le mur à nfoiticTcnversé par nos heulejs. Les grenadiers du 85e, suivant JUM. bédoyère et Marhot/ pénètrent ainsi dans la ville, se dirigent vers l’uncv des portes et l’ouvrent an 85e, qui entre en colonne dans Ratisbonne, La ville est à nous. On court de rues en rues sous la fusillade, ramassant partout des prisonniers. Mais tout à coup on est arrêté par un cri de terreur parti du milieu dès Autrichiens : • — Prenez garde b vous, nous allons tous sauter en l’air! s’écrie un officier. — 11 y avait en effet des barils de poudre qil’on avait laissés dans une rue, et que le feu -échangé des deux côtés pouvait faire sauter. D'un commun accord on s’arrête ; on roule ces barils de manière à les mettre b l’abri de l’incendie, et à s'épargner aux uns comme aux autres un péril mortel. Les Autrichiens se retirent ensuite, et aban-" donnent là ville à nos* troupes.
Cette journée copia encore à l’ennemi environ deux mille hommes hors de combat, et six à sept mille prisonniers. C’était la cinquième depuis l’ouverture de la campagne. Jetops un regard sur ces cinq journées si remplies. Le 19 avril, le maréchal Davoüt, remontant Je Danube de Ratishonne à Abensberg, avait rencontré l’archiduc Charles à Tengen, lui avait tenu tête, et l'avait arrêté sur place. Le Napoléon réunissant la moitié du corps du maréchal. Davout aux Bavarois et aux U urlemhergeoii , tandis qu’H attirait le maréchal Massénà sur le point commun d’ Abensberg, avait percé vers Rohr la ligne des Autrichiens , êt séparé l’archidue Charles du général Hiller et de l’archiduc Louis. I«c 21, il avait continué ce mouvement, et définitivement séparé les deux masses ennemies, en prenant l«an{lshut et la ligne d’opération des Autrichiens, pendant que le même .jour le maréchal Davout, formant à gauche le pivot de ses mouvements, rencontrait encore, et contenait l’archiduc Charles à Leuchling. Le 22, averti que l’archiduc Charles ne s’était pas retiré par Landshut, niais se trouvait à sa gauche vers Eckmühl, devant le corps du maréchal Davout, if avait subitement pris sa détermination, s’était rabattu sur Echmûhl, et, dans cette bataille, livrée sur l’extrémité de la ligne ennemie, avait accablé et acculé les Autrichiens vers Ratishonne. Le 23 enfin, il terminait cette lutte de cinq jours en prenant Ratishonne, et en refoulant en Bohême l’archiduc Charles réuni à l’armée do Bcllegarde, mais séparé de Celle de Hiller et de Par- Tout iv. 30
cliidéc I.uuis. Outre l’avanlajfc île «'ouvrir la roule de Vienne que défendaient tout au plus 36 ou 40 mille hommes démoralisés, d’avoir pria l'immense matériel qui ae trouvait sur la principale ligne d’opération de l'ennemi, d’avoir riqcté \’ archiduc Charles dans les défilés de la Bohême, où celui-ci devait être paralysé peur longtemps, d’avoir rendu enfin à ses armes tout leur ascendant, Xapolémi avait détruit nu pris environ 60 piilln hommes; et plus de cent pièces de canon. Sur ces 60 mille hommes près de 40 mille avaient été atteints par. le feu du uns fantassins , ou le sabre de nos cavaliers '. Et tout uela Xâpolèon l'avait obtenu en se dirigeant, au milieu d’une confusion inouïe de liens et d'Imnimcs, d'après les vrais principes de la guerre. Sans' doute en donnant davantage au hasard , en laissant l’archiduc courir sur Uatishonne, sans amener il lui le maréchal Davout , Xâpolèon aurait pu se jeter $ur les derrières de l’ennemi par Laucquaid et Eckmulil, et peut-être prendre en un jour l'armée, autrichienne tout entière. Mais, outre qu'il aurait fallu deviner le secret de celle situation , ce qui n’est donné à personne, Xâpolèon aurait manqué aux vrais principes en restant divisé en présence d’un ennemi concentré, et lui aurait livré ainsi la possibilité d'un grand triomphe, du contraire , en amenant à un point coinmuu le maréchal Davout par sa gauche, le maréchal Masséna par sa droite, il sc mit en mesure de faire face à tout, quelles que fussent les* chances des évènements, et il put couper devant lui la ligne ennemie, percer sur Landsliul , puis se rabattre à gauche, et accabler définitivement à Hatisbonne la grande aimée autrichienne. Si nous l’osions, nous ajouterions qu'il vaut presque mieux avoir triomphé un peu moins eu se conformant aux véritables principes de la guerre, qui ue sont après tout que les règles du bon sens, avoir triomphé nu peu moins, disons-nous, mais sans courir aucune chance périlleuse, que d’avoir triomphé davantage, en donnant trop au hasard. Xâpolèon n’eùl jamais succombé, S’il avait dirigé la politique comme en celte occasion il dirigea la guerre.. Du reste, l'Autriche, sous ces coups terribles, allait être abattue, l'Allemagne comprimée, l’Europe contenue : Xâpolèon u'avait jamais mieux mérité les faveurs de la fortune, qui, daus ces cinq journées, sembla do nouveau tuul à fait séduile et ramenée.
1 Je u'éuoui’C ces chilTrek qu* après avoir réduit toutes les exagération». des bulletin*. ‘