‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 150 sur 186 · LIVRE TRENTE-CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTE-CINQUIÈME

UAGRAU.

Commencement des hostilités en Italie. — Entrée imprévue des Autrichiens par la Pontcba, Ci ridule et Gorice. — Surprise du prince Eugène, qui Yih l'attendait pas à être attaqué avant la fin d’avriL — Il se replie sur la Livensa avec les deux division* qu’il avait sous la maiu, et parvient ii y. réunir une partie de son armée. — L'avant-garde du général Sahuc est enlevée k Pordenoue. — L’armée demande la bataille à grands cris.

- — Le prince Eugène entraîné par scs soldats, sir décide k combattre avant d’avoir rallié toutes ses Forces, et sur un terrain mal rhoisk — Bataille de Sacile perdue le 16 avril. — Retraite sur l'Adige. — Soulèvement duTyrnl. — L'armée française concentrée derrière l'Adige , s’y réorganise sous U direction du général Macdonald donné pour con- ' " seilleran prince Eugène. — La nouvelle des événements de Katisbohue oblige l'archiduc Jean à battre en /étroite. — Le prince Engène le poursuit l'épée dansles reins.—-- Passage de la Piave de vive Force, et perles considérables des Autrichiens. Evénements en Pologne. — Hostilités imprévues en Pologne comme en Bavière et en Italie. — Joseph Poniatowski livre sous les murs de Vareovio un combat opiniâtre aux -Autrichiens.

* — H abandonne cette capitale par suile d’une convention, porte la guerre sur -la droite de la Vistule, et fait essuyer aux Autrichiens de nombreux échecs. — Mouvements insurrectionnels en Allemagne. — Désertion -du major ScbHI. — Conduite de Napoléon après leaévénentents de Matiobojine. — Son inquiétude oit apprenant les nouvelles d’Italie , que Je prince Eugène tarde trop longtemps à lui faire connaître: -^11 s’avance néanmoins en Bavière, certain de (ont réparer par une marche rapide sur Vienne. — Ses motifs de. ne pas poursuivre d'archiduc. Charles en Bohème, et de se porter au contraire sur la capitale de ^Autriche par la ligne, du Danube. » — Marche admirablement combinée. — Passage de l’Iim, de la Tr«un et da l'Knc. — L'archiduc Charles, voulant repasser de la Bohème en Autriche ,' et rejoindre le généra) Miller et l'archiduc Louis • derrière la Traun, est prévenu à Lintx par Massent. — Epouvantable combat d'Ebçrsberg. — L'archiduc Charles n'ayant pu arriver à temps ni k Lintx, ni à Krems, les corps autrichiens qui défendaient la houle Autriche sont obligés de repasser le Daitube à Krertis, et de découvrir Vienne. — « Arrivés de Napoléon sous retic capitale le 10 mai, un mois après l’ouverture des hostilités. — Entrée des Français à Vienne nia suite d'une résistance fort courte de la port des Autrichiens. — Effet de cet événement en Europe. — Vues de Napoléon pour achever la destruction des armées ennemies» — Manière dont il écln-lonnc se* corps pour empêcher une téntalive des archiducs sur se* derrières, et pour préparer une concentration subite de scs forces dans lh vue de livrer une butaülc décisive. — Nécessité de passef le Danube pour joindre l'archiduc Charles, qui est campé vis-à-vis de Vienne. — Préparatifs de ce difficile passage. — Dans crt Intervalle l’année d’Italie dégagée, par les progrès de l'armée d’Allemagne a èepris Tof-, fensive, et marché eu ai oui. — L’archiduc Jean rrpasse les Alpes .Yoriqties et Juliennes affaibli de moitié, et dirige les forces qui lui retient - vers, la Hongrie cl, la Croatie. — Évacuation du.Tyrol et soumission momcnlanée de celle province. - — Xapo- 'léon prend la résolation définitive de passer le Danube, et d’achever la destruction de l’itrchidue Charles. — Düliclilte de cette opération en présence d’nno armée ennemie ,* de cent niillé liornqies. — Choix de l’ilo Lobait, «tuée au .milieu dp Danube, pour diminuer la difficulté du passage. — Piftils jetés sur le . grand bras du Danube les 19 et ^0 mai. Pqiit jeté sué le. petit bras le 30. — - L’armée' commence h 'passer. ' — A

peine est-elle en mouvement, que l'archiduc Charles vient à sa rencontre. — Bataille d'Kssling, l’une des ploa terribles du siècle. -—-Le passage plusieurs fois interrompu par une crue subite du Danube, est définitivement rendu impossible par la rupture totale du grand pont. — L’armée française privée d'une moitié de ses forces et dépourvue de ipunitions, soutient le 21 et le 22 mai une lutte héroïque, pour n'étre pas jetée dans le Danube. — Mort de Lanuc* et de Saint-Hilaire. — Conduite mémorable de Massénà.

— Après quarante heures d'efforts impuissants, l'archiduc Charles désespe'rant de jeter l’armée française dans le Danube, la laisse rentrer paisiblement dans l’île de Lobau. — Caractère «le cette épouvantable bataille. — Inertie de l'archiduc Charles, et prodigieuse activité de Napoléon pendant les jours qui snivirent la bitaiHc d’Kssling. — Efforts de ce dernier pour rétablir les ponts et faire repasser l’armée française sur la rive droite du Danube. — Heureux emploi des marins de la garde. . — Napoléon s’occupe de créer de nouveaux moyens de passage , et d'altérer à lui les armées d’Italie et de Dalmatic , pour terminer la guerre par une bataille générale —Marche heureuse du prince Eugène, de Macdonald et de Marmont pour rejoindre la grande armée sur le Danube. — Position que Napoléon fait prendre au prince Eugène sur la Raab , dans le double but de l’attirer à lui et d’eloigncr l’archiduc Jean. — Rencontre du prince Eugène avec l’archiduc Jean sou* les mur* de Raab, et victoire de Raab remportée le 14 juin. — Prise de Raab. — Jonction définitive du prince Eugène, de Macdonald et de Marmont avec la grande armée. — Alternatives en Tyrol, en Allemagne et en Pologne. — Précautions de Xapoléon relativement h ces diverses contrées. — Inaction des Russes. — Napoléon, en possession des armées d’Italie et de Dalmatic, et' pouvant compter sur les ponts du Danube qu’il a fait construire, songe enfin à livrer la bataille générale qu’il projette depuis longtemps. — Prodigieux travaux exécutés dans TSle de Lobau pendant le mois de juin. — *— Ponts fixes sur le grand bras du Danube ; ponts volants sur le petit bras.

— Vastes approvisionnement» et puissantes fortifications qui convertissent file de Lobau en une véritable forteresse. — Scène extraordinaire du passage dans la nuit du 5 au 0 juillet. - — Débouché subit de formée française au delà du Danube, avant que l’ar-

^rhiduc Charles ait pu s’y opposer. — L’armée autrichienne repliée sur la position de Wagram, s’y défend contre une attaque de l’année d’Italie. — Kchauffouréc d’un moment dans la sobre du 5. • — Plans des deux généraux pour la bataille du lendemain.

— Journée du (i juillet, et bataille mémorable de Wagram, la plus grande qui eût encore été livrée dans les temps anciens et modernes. — Attaque redoutable contre la gauche de l’armée' française. — Promptitude de Napoléon à reporter tes forces de droite à gauche, malgré la vaste étendue du champ de bataille. - — Le centre drft Autrichiens , attaque avec cent bouches à feu et deux divisions de l’armée d'Italie sous le général Macdonald, est enfoncé. — Enlèvement du plateau de Wagram par le maréchal Ihuout. — Pertes presque égales des deux côtés, mais résultats décisifs en faveur des Français. — Retraite décousue des Autrichiens, —poursuite jusqu’à Znatm et coin* bat sous les murs de cette ville. — Les Autrichiens ne pobvanf continuer la guerre, demandent une suspension (Cannes. — Armistice de Znatm et ouverture à Altenbourg de négociations pour la paix. — Nouveaux préparatifs militaires de Napoléon pour appuyer les négociations d'AJtvnhourg. — Beau campement de ses armées au centre do la monarchie autrichienne. — Caractère de la capipagnc de 1809.

Les Autrichiens avaient eu l'intention d'assaillir les armées française» dispersées dés bords fle la Vistule aux bords du Taye , cl malgré leurs lenteurs ordinaires ils auraient réussi peut-être, si Xapoléon, arrivant à ['improviste , n’avait déjoué par sa présence , sa promptitude et s? vigueur ce dangereux projet de surprise. En cinq jours de combat il avait frappé leur principal rassemblement, et én avait rejeté les fragments désunis sur les deux rives du Danube. Mais s’il avait suppléé à tout ce qui manquait encore I scs armées par son activité, son. énergie, sou coup d’œil supé-

W AC R AM

rieur, U ne pouvait en être ainsi U où il ne se trouvait pas, et il ne se trouvait ni en Italie, où marchait l'archiduc Jean avec les. huitième et neuvième corps, ni en Pologne, où marchait, l'archiduc Ferdinand avec le septième.

En Italie le début de la campagne n'avait pas été heureux, et ce début aurait certainement exercé une fielleuse influence sur l'ensemble des événements, si nos succès avaient été moins grands entre Landshut et Ratisbonne. Lù, en effet, l’esprit téméraire et inconséquent de l’archiduc Jean opposé & l'esprit sage mais inexpérimenté du prince Eugène, avait triomphé un moment de la bravoure de nos soldats. L’archiduc Jean, suivant la coutume de ceux qui commandent dans une contrée , aurait voulu tout y attirer, et convertir l’Italie en théâtre principal de la guerre. Mais comme il ne pouvait pas faire que le Danube cessât d'étre pour Napoléon la route directe de Vienne, il ne pouvait pas faire non plus que le gros des forces autrichiennes fut sur le Tagliamento, au lieu d’étre sur le Danube. Jaloux de son frère l’archiduc Charles, entouré d’un état-major jaloux de l’étatmajor général, il avait élevé plus d’une contestation sur le plan à suivre. 11 voulait d’abord entrer directement dans le Tyrol par le Pusther-Thal en passant des sources de la Drave aux sources de l’Adige (voir la carte n" 31), descendre par Brixen et Trente sur Vérqnc, et faire tomber ainsi toutes les défenses avancées des Français , en se portant d’un trait sur Ta ligne de l’Adige par la route des montagnes, que lui ouvrait l’insurrection des Tyroliens. N'ayant pas la crainte de trouver sur le plateau de Rivoli le général Bonaparte ou l’intrcpidc Masséna -, pouvant compter sur le concours ardent des Tyroliens, il avait d’excellents motifs pour adopter un tel projet, qui entre autres avantages avait celui de le tenir à portée de la Bavière, et en mesure de prendre part aux opérations sur le Danube. Mais comme il arrive toujours des plans débattus entra autorités rivales, celui-ci St place à un plan moyen, qui consistait à envahir le Tyrol par un corps détaché, et la haute Italie par le gros de l’armée. C’est d’après ces vues que furent distribuées les forces destinées à opérer en Italie. Le huitième corps so réunit à Villach en Carinthiç , sous les ordres du général Chastelcr, auquel il était d’abord destiné; le neuvième â Laybach en Carniote , sous le comte Ignare Ginlay, ban de Croatie. Le général Chasteler, connaissant bien le Tyrol, fui détaché du huitième corps avec une douzaine de mille hommes, et chargé d’opérer par le Pusther-Thal, en s’avançant par les montagnes de l’est à l’ouest, pendant que le gros de l’armée suivrait dans la,plaine la même direction. Le général Chasteler avec nne douzaine de mille hommes et le concours des Tyroliens avait assez de (orées contre les Bavarois, qui étaient à peine cinq ou six mille dans le Tyrol. Tandis qu’il cheminerait par Lienz et Brunecken sur Brixen , Jes huitième et neuvième corps, partant l!un de Villach, l’autre de Laybach , devaient déboucher sur

Udiuo. Ces deux corps présentaient,' en y comprenant l’artillerie, nne masse d’environ 48 mille hommes de troupes excellentes. Une vingtaine de mille hommes de landuelir, bien habillés, animés d’un bon esprit, mais peu instruits, devaient rester à la frontière, la garder, la couvrir d'ouvrages de campagne, et former avec leurs bataillons les meilleurs une réserve à la disposition de l'armée agissante. Un détachement de T à 8 mille hommes , auquel devait se réunir l’insurrection de Croatie, était diargé d’observer la Dulmatic, d'où l'on craignait que le général M arment né parvint à déboucher. Toutefois comme on espérait surprendre les Français en Krioul aussi bien qu’en Bavière, et comme on savait également que la complaisance de famille, non moins grande dans la cour de Napoléon , que dans les cours les plus vieilles de l'Europe, avait valu au prince Eugène le commandement de l'armée d'Italie, à l'exclusion de Masséna le chef naturel de celte armée , on se llattait d’étre bientôt sur l’Adige, même sur le IV» , et de tenir le général Murrnont enfermé en llalmatie. Une sommation était déjà préparée pour ce dernier, et on croyait n'avoir d'autre difficulté avec lui que celle de débattre et de signer une capitulation.

Ce n’était pas seulement sur la force des armes que l'on se fiait pour s’avancer victorieusement eu Italie, mais aussi sur des menées secrétes, pratiquées depuis les montagnes du Tyrol jusqu'au détroit de Messine. Les Autrichiens étaient soutenus dans leur téméraire tentative par la persuasion que l'Europe entière, comme la France, était déjà lasse du pouvoir de Napoléon , opinion qu'ils avaient puisée dans les événements d'Espagne, et ils avaient compté non-seulement sur le Tyrol, dévoué de tout temps à l' Autriche, mais sur les anciens Etats vénitiens qui gémissaient encore de leur ruine récente, sur le Piémont devenu malgré lui province française, suç lus Etals do l’Eglise, les’ uns convertis en départements de l’Empire, les autres témoins de l'esclavage du Pape , enfin sur le royaume de Naples privé de ses antiques souverains, séparé de la Sicile, et désirant recouvrer sa dynastie et son territoire, lie nombreuses intelligences avaient été préparées dans tous ces pays , soit auprès des nobles mécontents du régime d’égalité inlcpduit par les Français, soit auprès des prêtres regrettant la suprématie de l’Eglise, ou déplorant l’outrageante oppression du Saint- Père. Cependant , bien que la domination française fût désagréable aux Italiens à titre do domination étrangère, bien qu’elle leur coûtât beaucoup de sang et d'argent, clic avait pour le plus grand nombre d’entre eux des mérites qu’ils ne méconnaissaient pas, et que les souffrances de la guerre ne leur avaient pas fait oublier entièrement. On ne pouvait donc pas remuer les Italiens aussi facilement que les Tyroliens, mais quant à ceux-ci leur impatience da voir reparaître le drapeau autrichien était extrême. Rien ne peut donner une idée do l’attachement qu'ija portaient alors à l'Autriche. Ces simples montagnards, habitués au gouvernement tout paternel de la

maison' do Habsbourg, avaient en 1800 pass^ avec horreur sous le joug dp la Bavure , qui était pour eux uni voisin délesté. CeJle-ci ne se sentant pas aimée de ses nouveaux sujets, leur avait rpndu haine pour haine, et les avait traités avec une dureté qui n'avait fait qu'exalter leur ressentiment. Aussi n’avaient-ils cessé d’envoyer à Vienne de nombreux émissaires , pro- ■ mettant de se soulever au premier signal, et offrant par leurs relations avec les Grisons et les Suisses d’opérer un mouvement, qui se communiquerait bientôt à la Süuabe d’un côté, au Piémont de l’autre. Ils avaient même contribué par leur ardeur (i tromper la cour de Vienne, et à lui persuader qu’il n'existait dans, toute l’Europe que des Tyroliens ou des Espagnols impatients de secouer le joug du nouvel Attila. Un employé fort actif du département des affaires étrangères à Vienne, HL de Horniayer , tenant dans ses mains le fil de. ces intrigues tyroliennes, allemandes et .italiennes, avait été chargé d’accompagner l’archiduc Jean , pour faire jouer à côté de lui les ressorts secrets de la politique, tandis que le prince* ferait jouer les ressorts découverts do la guerre. On avait naturellement mis les Anglais de moifié dans ces espérances et çes menée?, et ils avaient' promis de coopérer activement avec les Autrichiens, dès que ceux-* et t envahissant la I<onihardie jusqu’à. Payio, auraient ouvert le littoral de l’Adriatique de. Trieste à Ancône.

Tout était prêt pour agir en Carinthie le mémo jour qu’en Bavière, c'est-à-dire Je 18 avril. Ce jour, en effet, tandis que les avant-gardes de l’archiduc Charles franchissaient l’Inn , les avant-gardes de l’archiduc Jean se présentaient aux débouchés des Alpes Cantiques et Juliennes, . sans aucune déclaration préalable du guerre. On avait cru y suppléer en envoyant aux avant -postes frappais, vers la Ponteha, un trompette porteur* d’une déclaration de L'arcliiduc Jean, dans laquelle ce prince disait qu'il entrait en Italie, et qu’on eut à. le laisser passer, sans quoi il emploierait la forte. Une demi-heure après, des détachements de cavalerie çt d'irifaiir teric légère s’étaient précipités sur nos ftvant-postes , et en avaient même enlevé quelques-uns. Apportant encore moins de forme à l’égard des Bavarois, possesseurs du Tÿrol, le général Cbasteler avait dès la veille, c’est-à-dire le 9 avril, envahi la contrée montagneuse qu’on appelle le Pu^thef-Thal, et qui sépare la Carinthie du Tyrol italien.

Deux grandes routes (voir la carte n° 31 ) s'ouvraient devant les Autrichiens pour envahir le Frioul : celle qui, venant de Vienne à travers la Carinthie, descend des Alpes Carniqucs sur le Tagliamento, et conduit par Villach , Tarvis, la Ponteha, sur Osopo; celle qui , venant de la Camille, descend des Alpes Juliennes sur l’Isonzo, qu’elle franchit entre Gorice et Grndisca, et tombe sur Palma-Nova ou Udine. Xapoléon s’était précau* tionné sur l’une ot l’autre routo Contre les invasions autrichiennes, en construisant sur la première le fort d’Osopa, sur là seconde T importante

place de Palma-\Tova. Mais ce fort et celte place, très-suffisants pour servir d'appuis à une armée, ne pouvaient pas la suppléer, et n’étaient qu'une difficulté, mais point un obstacle invincible. Les troupes du prince Eugène n’étant pas encore rassemblées, il était facile de défiler sous le canon d’Osopo et de Palma-Nova , de les bloquer et de passer outre.

Néanmoins l’archiduc Jean ne voulut se servir ni de l'une ni de l'autre de ces deux routes, bien que, dans son espérance de surprendre l’armée française, il ne dut craindre de sérieux obstacle sur aucune des deux. Il préféra une route intermédiaire, celle qui, passant par les sources de l'Isonzo, débouchait par Cividale sur Udine. Elle était difficile surtout pour une armée nombreuse , chargée d'un gros matériel , mais à cause de cela elle lui semblait devoir être moins défendue que les deux autres. Il s’y engagea donc avec le gros de son armée, composée des huitième et neuvième corps, et n’envoya que deux avant-gardes sur les routes de Garinthie et de CarnioJe. Un habile officier, le colonel Wockmann, dut avec quelques bataillons et quelques escadrons s’ouvrir la Ponteba, en y faisant la guerre de montagnes contre nos avant-postes, tandis que le général Gavassini, passant l’Isonxo avec un détachement au-dessus de Gradisca, marcherait sur Udine, point commun où allaient converger les diverses parties de l'armée autrichienne.

Toutes ces combinaisons étaient superflues, car le prince Eugène , ne s'attendant pas à être attaqué avant la fin d’avril, n'avait sous la main que la division Seras devant Udine, et la division Broussier devant la Ponteba. Quant à lui, il était occupé à faire de sa personne la revue de ses avantj>ostes, obéissant en cela à un conseil de Napoléon , qui lui avait recommandé de visiter les lieux où bientôt il aurait à livrer des batailles. Les Autrichiens n’eurent donc que de simples avant-postes à refouler, sur toutes les routes où ils se présentèrent. Le 10, le colonel Wockmann replia jusqu’à Portés les avant-garde* de la division Broussier ; le général Gavassini franchit l’Isonzo sans difficulté, et le corps principal déboucha avec moins de difficulté encore sur Udine, où se trouvait utae seule division française. .• •

Le prince Eugène, Surpris par éette soudaine apparition, et peu habitué au commandement, quoique déjà très-hahitüé à la guerre sous son père adoptif, fut yivement ému d’une situation si nouvelle pour lui. Des huit divisions qui composaient son armée, il n’avait auprès de lui que les deux divisions françaises Seras et Broussier. H avait un peu en arrière, entre la Llvenza et le Tagliamento, les divisions françaises Grenier et Barbou, ainsi que la divisioo italienne Sevcroli, et plus loin, près de l’Adigc, la division française Lamarque, la division italienne Rusca, plus les dragons qui constituaient le fonds de sa cavalerie. Quant à sa sixième division française, celle de Miollis, elle sc trouvait encore fort en arrière, retenue qu’elle

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était par la situation de Rome et de Florence. Dans une telle occurrence le prince Eugène n'avait qu'une détermination à prendre, c’était de se concentrer rapidement, en rétrogradant vers la masse de ses forces. Quelque désagréable que fut au début un mouvement rétrograde, il fallait s’y résoudre avec promptitude, ne devant jamais être tenue pour déplaisante Té résolution qui vous mène è un bon résultat. U est vrai que pour braver certaines apparences passagères, il faut un général renommé; tandis que le prince Eugène était jeune , et sans autre gloire que l’amour mérité de son père adoptif. Il sc décida donc à rétrograder, mais avec un regret qui devait bientôt lui être fatal, en l'empêchant de pousser jusqu'où il fallait son mouvement de concentration. Il ordonna aux divisions Seras et Broussier de repasser le Tagliamcnto, de se porter jusqu'é la Livenza, où devaient arriver, en hélant le pas, les divisions Grenier, Barbou, Severoli, Lamarque et Grouchy. Le général Seras n’eut qu'à rétrograder sans combattre. Le général Broussier eut è livrer des combats fort Vifs au colonel Wockmann, qui lui disputa très-habilement les vallées du haut Tagliamenlo; mais il se retira en jonchant de morts le terrain qu'il abandonnait. Heureusement les Autrichiens, quoiqu'ils voulussent nous surprendre, ne marchaient pas avec toute la vitesse possible. Ils mirent quatre jours à se. rendre de la frontière au Tagliamento, ce qui nous laissait, pour opérer notre concentration , Un temps dont un général expérimenté aurait pu mieux profiter que no lé fit le prince Eugène.

En repassant le Tagliamento pour gagner la Livenza, il réilia les divisions françaises Grenier et Barbou, ainsi que la division italienne Severoli, puis il s'arrêta entre l’ordenono et Sacile, n'étant que très-mollement poursuivi par les Autrichiens. Arrivé là il eut le tort de laisser à Pordenorie, trop loin' do lui et de tout soutien , une forte arrière-garde, composée do deux bataillons du 35*, et d'un régiment de cavalerie. légère, sous les ordres du général Salure. Ce général, qui ne montra pas ici la vigilance qu'il faut à l'avant-garde quand on marche en avant, à l'arrière-garde quand on se relire, ce général eut le tort, au lieu de battre la campngné pour éclairer l’arméo, de ne pas même éclairer sa propre Iroilpe, et de s'enfermer avec elle dans Pordenone'. Les Autrichiens, avertis de la présence d’une arrière-garde française à Pordenone, se portèrent en avant avec un détachement d'infanterie et une troupe ctmgidérable'de cavalerie, sous la conduite du chef d’état-major Kugent, officier fort intelligent, et membre fort exalté du parti dé la guerre. Avec sa cavalerie il enveloppa

.* L'irritation do \ifJolron dans cctto circonstance fut telle- qu'il écrivit plusieurs lettres eu prince Eugène, et voulut faire poursuivre le général Saline ; it le voulut surtout après ta bataille de Ruait, où ce général ne r&etiela pus la faute de Pordenone. Le général Sabue, écrivit-il, est de eem qui o rU osiez lie la guerre. Malheureusement le nombre s’en augmentait fous les jours par ta faute de .Kapoléon. % .

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complètement Pordcnone, coupant toutes les communication* entre Ce point et Sacilë ; avec1 son infanterie il attaqua Pordenone même, et y surprit le* troupe* française* endormie» et niai gardée*. Celles-ci, attaquées avant d’avoir pu *e mettre 041 défense, furent obligée* de se retirer en toute hâte, et de chercher leur salut dans une fuite précipitée. Mais an lieu de trouver le chemin ouvert en quittant Pordenone, elles y rencontrèrent une nombreuse cavalerie qui le» assaillit dans tous les sens. Mo* hussards essayèrent de se faire jour en chargeant au galop; quelques-uns s’échappèrent, les autres furent sabrés ou pris. Quant à l’infanterie, elle ne Chercha. son salut que dans une vaillante résistance. I*es deux bataillons du 35*, vieux régiment d’Italie, se formèrent en carré, et reçurent les cavaliers autrichiens de manière il les rebuter, si Unir nombre eût été moins grand. Ils en abattirent plusieurs centaines à coups de fusil, et jonchèrent la terre de cadavre» d'hommes -et de chevaux. Mais bientôt , les cartouches leur manquant, ils n'eurent plus que la pointe de leurs baïonnettes contre une cavalerie qui était la meilleure de l'Autriche. Cinq cenls de nos malheureux soldats expièrent en tombant sous le sabre des Autrichiens l'incurie de leur général. Les antres furent faits prisonnier*.

Celte fâcheuse aventure irrita beaucoup l’armée française, et diminua sa confiance dans le général en chef. Par contre , elle augmenta l’ardeur des troupes autrichiennes, qui, pour la première fois depuis longtemps, voyaient les Français reculer devant elles, et commençaient à n'Otre pas sans espérance de les vaincre.'

Ce que le prince Eugène aurait Ou de mieux à faire en cette circonstance, puisqu’il avait pris le pftiii de la retraite, c’eût été de persister à se retirer, jusqu'à ce qu'il trouvât une ligne solide à défendre, et toutes scs forces réunies derrière cette ligne. Alors il aurait obtenu le dédommagement de rpielques joui'* (l’une altitude fâcheuse, et donné un sens fort honorable h son mouvement rétrograde. Mais il était jeune, plein d’honneur et de susceptibilité. Les propos de» soldats qui avaient conservé tout l’orgueil de la vieille Hii‘m6e d’Italie, lui déchiraient le cœur. Bien qu’ils aimassent le jeune prince,- fils do leur ancien général, ils jugeaient, discernaient son inexpérience, s’en plaignaient tout haut, ne ménageaient pas davantage les généraux placés sous lui , et demandaient qu’on les menât à un ennemi qui avail l'insolence de les poursuivre, et devant lequel ils notaient pas accoutumés à fuir. Aux propos des soldats se joignait le désespoir des habitants, qui étaient .d'anciens sujets vénitiens rattachés pour la plupart à la France, effrayés de l’approche de l’armée autrichienne, et suppliant qu’on ne les livrât pas à sa vengeance. Eugène assembla ses généraux, qu’il trouva déconcertés comme lui; car ris avaient pris sons Napoléon l’ habitude de se battre héroïquement, mais non celle de commander. Ils étaient prêts à se faire tner, mais point à donner un

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avis ^tir une question aussi grave que celle de savoir s’il fallait livrer ha** taille. Ce qu'il y avait de plus sage évidemment, c’était de continuer à se retirer jusqu'à ce qu'on eut rallié scs forces, et trouvé un terrain avantageux pour combattre. En allant jusqu’à la Piave, on aurait rallié successivement cinq divisions d’infanterie française et und d'infanterie italienne, plus deux belles divisions de -dragons, et la garde royale" lombarde qui était une bonne troupe. Enfin on aurait rencontré dans la Piave même une ligne excellente à défendre. Mais Eugène n’avait ni assez d’expérience, ni assez de réputation pour braver patiemment les propos de l’armée. Piqué du silence de ses généraux et de f indiscrétion de scs soldats, il résolut de s’arrêter en avant de la Livenza, entre Sacilc et Pordenonc, sur un terrain qu’il ne connaissait pas, qui ne présentait aucune circonstance avantageuse, et sur lequel ses troupes n'avaient pas eu encore le temps de se concentrer; .

Le 15 ail soir, après l’échec de Pordenone, il ordonna de faire balte , et de reprendre l'offensive sur tous les points. IL avait, en rétrogradant jusque-là, réuni aux divisions Broussier et Seras les divisions Grenier, Barhou, Scvcroli, qu’il avait rencontrées en avant de In Livenza. Ces cinq divisions pouvaient présenter une forée d'environ 3t>. mille hommes : les uns, vieux soldats de l’armée d'Italie; les autros, soldats jeunes mais instruits, et composant les quatrièmes bataillons des armées de Naples et de Dalmntie. La force des Autrichiens au contraire s’élevait à 45 mille hommes environ do leurs meilleures troupes. La disproportion était doue très-grande. Il est vrai que le prince Eugène comptait sur un renfort.de dix mille fantassins et cavaliers, que devaient lui amener les généraux Lamarque et Grouchy, actuellement en route pour le rejoindre. Mais celle adjonction n'était pas certaine, et, de plus le terrain était fort peu favorable. A notre droite nous avions^ entre Tamai, Palse, Porcin, des villages, des clôtures, un sol inondé, .do nombreux canaux, fortement occupés par les Autrichiens. Au centre, le terrain se relevant formait une arête qui courait droit devant nous, et sur laquelle avait été pratiquée la rpute de Sacilc à Pordenone. Nous possédions sur cette route le village de Fontana-Fredda, vis-à-vi» celui de Pordenone, enlevé le matin par les Autrichiens. Enfin à notre gauche, au versant de cette arête, le terrain s’étendait en plaine jusqu'au pied des Alpes. Deux villages s'y apercevaient, celui de Koveredo, occupé par les Français, celui do Cprdenons, où bivouaquaient les Autrichiens. Ainsi à droite un sol edupé et hérissé d’obstacles, au centre une grande route allant perpendiculairement de notre ligne à celle de l’ennemi , à gauche une plaine : tel était le terrain à disputer. U «'offrait à la vérité une circonstance favorable, xju’il aurail fallu deviner, comme Napoléon savait le faire cT après les moindres indices, c’était la séparation des Autrichiens en deux masses, l’une formée du hui-

lième corps, et placée dans les villages de Tatnai , de Porcia, de Palse, derrière les olistades de terrain qui étaient X notre droite; l'autre formée du neuvième corps et de la cavalerie établie dans U plaine à gauche, X Corderions. Or, de Cordenons X Pordenonc il y avait plus d'une lieue d’un espace mal gardé et mal défendu. Cette circonstance aperçue, il aurait fallu laisser les divisions Seras et Severoli, attaquer X notre droite Tainai, Palse, Poécia, et y attirer les Autrichiens; puis avec les divisions Grenier ' et llarbou, qui étaient au centre sur la grande route, avec la division Broussier, qui était à gauche dans la plaine, former une masse de 24 mille hommes, marcher par la grande route de Fontana-Fredda sur Pordenone, investir ce dernier bourg, le séparer de Cordenons , où était le neuvième corps, et couper aiusi l’armée autrichienne en deux : une fois cela fait, on aurait eu bon marché du huitième corps, engagé avec notre droite, et d'autant mieux qu’il se serait enfoncé plus avant dans les terrains difficiles qui composaient celte partie du champ de bataille.

Malheureusement le prince Eugène et son chef d'état-major, Vignolle, mettant autant d'irréflexion X arrêter le plan de la bataille qu’à la résoudre, ordonnèrent tout le contraire de ce quë conseillaient le terrain et la position de l'ennemi. Sans même reconnaître ni l’un ni l’autre, ils décidèrcnj que le lendemain 16 avril , X la pointe du jour, les généraux Seras et Severoli partiraient de Tainai pour se porter aur Palse et Porcia, qu’ils chercheraient X enlever X tout prix; qu’au centre, sur la grande route, la division Grenier s'établirait en avant de Fontana-Fredda, mais sans agir offensivement, jusqu'au moment où tes généraux Seras cl Severoli auraient emporté les nombreux et difficiles obstacles qu'ils avaient X vaincre; qu'X gauche le général llroussier, venant se serrer au général Grenier X travers la plaine de Hovercdo, garderait la même expectative; qu'enfin en arrière le général Barbou appuierait la ligne française : plan vicieux, qui laissait aux Autrichiens le loisir de rectifier leur position, pendant que notre droite s’épuiserait contre des obstacles tout matériels, et que notre centre, notre gauche, notre curière-garde, perdraient leur temps X ne rien faire. C'est ainsi, et avec cette intelligence, qu'on prodigue bien souvent le sang si précieux des soldats, et qu’on joue le sort des empires! C'est ainsi que rois et républiques confient, les uns X des fils ou X des frères incapables, les autres X des favpris de la multitude tout aussi incapables, la vie tic» hommes et le salut des Etats ! Le prince Eugène était uu brave officier, plein de modestie et de dévouement, propre un jour X bien conduire une division, mais nonX commander une armée, ni surtout X diriger une campagne. ■ ,

Nos soldats ne tachant pas où on les menait, mais satisfaits de combattre un ennemi qu'ils n'avaient pas l'habitude de craindre , marchèrent résolument au feu le 16 avril an matin, jour de dimanche. Les Français

sous Seras, les Italiens sous Sevcroli, se jetèrent bravement sur l’aise et Porcia, et enlevèrent les premiers obstaples qui leur étaient opposés. L'archiduc Jean était en ce moment à la messe avec tout son' état-major. Ce prince, quoiqu'il eut à la fois plus d'expérience et plus de prétentions que le modeste prince Eugène, ne montra pas ici plus de jugement que son adversaire, car après avoir surpris les 'Français la voillc à I’ordenone, il' s'exposait à être surpris au même endroit. H monta immédiatement à cheval avec son état-major, courut en avant de Pordenone, envoyant devant lui, sur la route de Konlana-Erodda, le général Grenier à notre centre, le général Broussier à notre gauche, former des massés que le terrain dècouverf rendait plus apparentes, s’imagina que nous allions replier notre gauche sur notre centre, notre centre sur notre droite, ne lira de ce qu'il croyait voir que l'inspiration de rabattre le neuvième corps de Cordcnous sur Fontana-Fredda, pour nous empêcher d’exécuter le mouvement qu’il supposait, laissa du reste l'espace toujours ouvert entre Cordenons et Pordenone, et ne parut point s'inquiéter de son huitième corps, occupé à se débattre avec les généraux Seras et Severoli, au milieu des terrains accidentés qui étaient entre Tamai , Palse et Porcia.

C’est I& en effet qu'eut lieu sous la direction de deux généraux en chef peu clairvoyants, et entre des soldats d'une extrême vaillance, une lutte sanglante et acharnée. Le huitième corps autrichien, beaucoup plus nombreux que les divisions Seras et Severoli , n'entendait pas leur abandonner le terrain dont elles avaient conquis une parlie.Le général Colloredo se jeta sur elles avec une division autrichienne, leur enleva sous un feu meurtrier Porcia et Palse, et rétablit ainsi le combat. Le général Seras, qui s’était ménagé une réserve, se mit à sa tète, la porta en avant, et rentra dans les villages perdus, en y ramenant à la fois los Français et les Italiens. On s'établit dans ces malheureux villages, théâtre de tant de fureurs. Alors les Autrichiens, profitant des moindres obstacles, se défendant de maison' à maison, de clôture à clôture, opposèrent à nos soldats une résistance dont ils n'avaient pas donné l'exemple depuis Marengo. Ijc général Grenier, condamné à l'inaction sur la grande route de Fontana-Fredda à Pordenonc, détacha deux bataillons à sa droite, pour aider à la conquête définitive de Porcia. Le général Barbou en envoya deux de l’arrière-garde sur les mêmes points. Ces renforts compensaient sans doute l'infériorité de notre droite par rapport au huitième corps qu'elle avait à combattre ; mais sur ce terrain semé d'obsUacles qu'il était aussi difficile de perdre que de . conquérir, ils ne décidaient rien , notre gauche et notre centre demeurant immobiles. I>e part et d'autre on combattait avec acharnement, lorsque lé neuvième corps, en s'avançant obliquement de Cordenons surFpnlana- Fredda , joignit la division Broussier, qui formait notre gauche. Le bravo général Broussier' avait disposé en échelons les 9*, 84" et 92* de lignç,

tuperbeà régiments à quatre bataillons , dont sa division était composée. Il attendit avec sang-froid l'infanterie ennemie, et la fusillant de très-prés avec une extrême justesse , renversa presque une ligne entière ; puis la superku cavalerie autrichienne ayant profité de la plaine pour le charger, il la reçut en carré, couvrit la terre de ses morts, et toute brave qu'elle était, la renvoya dégoûtée de pareilles tentatives. Cependant le neuvième corps , fort nombreux , débordait notro gauche, et semblait monaccr en arrière de Fontana-Kredda le bourg de Sacile, où se trouvait le principal pont sur la Livcnaa. Ce pont occupé, notre communication la plùs importante était perdue, et il ne nous restait plus pour nous retirer que de mauvais pouls sur la partie inférieure de la Livonxa. Le prince Eugène , qui n'était résolu qu’au feu, s'alarma pour ses communications, et, bien que la lutte fut encore incertaine, ordonna la retraite, avec aussi peu de motifs qu’il eu avait eu pour ordonner la bataille; '

Nos soldats, après avoir tué autant do monde qu'ils en avaient perdu , se retirèrent vers la Livciiza, désolés du rôle humiliant qu'on leur faisait jouer, \olre droite se dirigea sur le pont de Brugnera, qu’elle put gagner sans désordre, le sol fort difficile de ce côté ne se prètaut guère à la poursuite, et les Autrichiens étant épuisés par la terrible lutte qu'ils y avaient sonteuuc. Tout l’effort ile l'ennemi pendant ce mouvement rétrograde porta sur notre gauche, qui se retirait sur un terraiu découvert. La division Uroussicr par sa superbe altitude sauva l'armée, tantôt attendant l’infanterie ennemie pour la fusdlcr à bout portant , tantôt recevant en Carré la cavalerie qu’elle arrêtait avec ses baïonnettes. Lorsque notre centre et notre arrièrc-gardc~curcnt défilé par Saeilc, elle y entra la dernière, laissant les ennemis eux-mêmes remplis d'ailuiiration pour sa belle conduite.

Jusque-là nous n’avions perdu que des morts, des blessés, de l’arliHcrie démontée, cl peu de prisonniers. Mais dans la nuit le prince Eugène ayant cru devoir pousser la retraite jusqu'à Coneglinuo, pour se couvrir le plus tôt possible du laPiave, le mauvais temps, reucuuihreincnt des voitures d'artillerie et des bagages, leur croisement avec les troupes, produisiient un désordre fâcheux. Les soldats, peu surveillés par leurs chefs au milieu de cette confusion , se répandirent dans les maisons, au risque d'y être faits prisonniers. L'ariuée qui sur le champ de bataille avait perdu euvirou trois mille et quelques cents hommes, |ierle à peu près égale à celle des Autrichiens, perdit encore trois mille hommes eu soldats pris ou égarés. Bientôt le désordre s'augmentant par suite d'un temps effroyable qui lit déborder les rivières et rendit les routes impraticables, on arriva derrière ia l’iavo dans uu état qui n’honorait point cette armée d'Italie, jadis si admirable. lieu nuise meut le» Autrichiens, peu accoutumés à la vaincre, pressés de jouir do leur victoire , cl retardés par le temps qui rendait leur .poursuite aussi difficile que notre retraite, restèrent plusieurs jours

sans attaquer le priuce Eugène. Ils lui laissèrent ainsi 'le loisir de se remettre de sa défaite, et d’en arrêter les conséquences.' Il avait été. rejoint en route, mais trop tard, par la division d'infanterie Lamarque et par la division de cavalerie Grouchy. Il lui arriva en outre, ce qui. dans le mo- Oiei\t valait mieux qu'un renfort, c’est-à-dire un. général, et ce fut l’illustre Macdonald, l'un des meilleurs officiers de la révolution, quoiqu’il éut perdu la bataille de la Trebbia. Ses liaisons avec Moreau, l'avaient cou-' damné à vivre pendant .plusieurs années dans une sorte de disgrâce, et à languir dans l’inaction, tandis que ses pareils d’àge onde services, Quelquesuns même ses inférieurs, obtenaient des fortunes brillantes. Le grand besoin qu'on avait de généraux et d’officiers , par suite do guerres continues , obligeait de revenir à beaucoup de ceux qu’on avait négligés. \ ayant pas voulu envoyer M asséna en Italie à cause du princé Eugène, qu'il craignait de réduire à un rôle secondaire, Napoléon s’était prêté à ce qu’on lui envoyât le général Macdonald , pour lui servir de guide et de soutien. Le général Macdouald, l’un des hommes les plus intrépides qui aient paru, daim nos armées, expérimenté, manœuvrier, froid,. sachant se faire obéir, fut reçu avec confiance par les soldais, avec déplaisir par quelques généraux, qui -voyaient à regret une maiu ferme prête à s’appesantir sur eux, et qui de plus, le croyant dans la disgrâce, craignaient qu'il n’y eut peu d’avantage à rendre des services sous ses ordres, Le général Lamarque notamment, qui so distinguait à l'armée par un esprit remuant, murmura tout haut, en disant que l’Empereur n’euvoyait le général Macdonahl en Italie que pour le perdre, et que ceux qui servii'ajeut sous lui seraient exposés à partager son sort. U n'y eut pas jusqu'à la tenue militaire du général Macdonald, fidèle au costume des premiers temps de la révolution 3 qui ne devint un sujet de raillerie^ inconvenantes de la part de jeunes officiers sur lesquels la mode avait déjà repris son empire; Mais il n’y avait j»as à railler avec un homme du caractère du général Macdonald > et il. ramena bientôt à la soumission ceux qui étaient fentes de s’en écarter. Toutefois lu prince Eugène ne voulant pas se donner un tuteur trop visible dans la personne de cet officier, n'en fit point son chef d'état-mqjor, et se contenta pour lui créer une place convenable, de distribuer son armée en trois commandements , un de gauche, un du centre, un do droite, Celui de droite , le plus considérable et le plus important des trois, composé des divisions Broussier et Lamarque et des dragons de Pully, fut confié au général Macdonald. Celui du centre fut attribué au géuéral Grenier. H comprenait la division Grenier, qui passa sous Je commandement du général Pacthod, et la division Durutte, qui contenait une partie de la division Barbon. .Le reste dé cette dernière division avait été jeté comme garnison dans Venise, Lié commandement de gauche fut conféré au général Baràguey-d’Hilliers : il se composait des Italiens et de quelques Français mêlés

à edi pour leur donner l’exemple. Avec la division Seras, la .garde italienne, les dragons de Grouchy, le prince Eugène se forma une réserve <f uriè dizaine de mille hommes. Le tolal de son armée s'éleva à 60 mille hommes, dont le général Macdonald eut à lui seul 17 mille. Celui-ci put ainsi exercer une véritable influence sur les événements, sans aucune apr perencc de commandement en chef. Mais le prince Eugène, qui était aussi modeste que sage , ne manqua pas de le consulter dans toutes les occasions importantes, et n’eut qu'à se louer de ses conseils '. Le général Macdonald fit prévaloir la résolution de se retirer lentement, et en marchant vers l'Adige, où l'on devait trouver la force de reprendre l'offensive, de s'y transporter avec une meilleure tenue. On se rendit en effet sur l'Adige, on s'y reposa, on s'y remit en ordre, et on y devint bientôt plus digne de l'armée d'Italie dont on avait un instant compromis le nom glorieux.

Les choses se passaient plus mal encore dans la région montagneuse qui dominait les plaines de la haute Italie, et les Autrichiens obtenaient dans le Tyrol des avantages encore plus marqués que dans-le Frioul. Le général Chaslelcr avait franchi la frontière un jour plus tôt, c’est-à-dire le 0 avril, et passant de Cqrinthie en Tyrol s'était porté à Lientz. (Voir la carte n"3l.J Quoiqu’il fût convenu avec les secrets meneurs de l'insurrection tyrolienne qu’ils attendraient le 12 ou lo 13 avril pour agir, ils n'avaient pu se contenir, et avaient éclaté dès le 1 1. Le motif, il est vrai , de celle explosion prématurée était fort nature].. .Les -Bavarois , dans l'impossibilité de disputer le Tyrol aux forces autrichiennes,' avaient cherché à s’aider des obstacles locaux en détruisant les ponts, ce que les habitants n’avaient pas voulu souffrir, afin de conserver à leurs montagnes ces indispensables moyens, de communication. Ils s'étalent donc tous insurgés à la fois avec une spontanéité qui n'appartient qu'à la passion la plus vive. Dans toutes les vallées du Tyrol italien, deLientz à Brixen, de Meran à Brixen, enfin depuis Brixen jusqu'à Rivoli, ce n'avait été qu'un élan, qu’un Cfi , au milieu de ces hautes et -belles montagnes. Au revers de la grand* Chaîne du Brenner, dans le Tyrol allemand, le soulèvement avait été aussi prompt que général. Dans cette contrée comme en Suisse, les aubergistes qui vivent des relations avec les étrangers, étant les plus riches et les plus éclairés, un personnage de cette profession, le nommé André Hofer, avait pris sur ses compatriotes un ascendant irrésistible. Quelques anciens militaires du pays, formés au service d’Autriche, étaient également les agents les plus actifs de la révolte. Parmi eux un major Teimer s'était particulièrement distingué. La France ayant exigé la réunion sur Clsar de toute Par-

1 CW d’après drs documenta au (lien tiques que je. donne -ces details, et pleinement as- ■süré de leur rigoureuse vérité. La correspondance du prince Eugène, celle de Napoléon, de* mémoires manuscrits fort précieux du maréchal Macdonald, révèlent «Ttinr manière encore plus circonstanciée tout-cc que je rapporte ici de la campagne d'Italie en 1809.

U Ali K AM.

mée bavaroise, il n'était resté en Tyrol qu’environ 5 mille Bavarois, répandus sur les deux versants du Brenner, de Brixen à Inspruck. En fait de troupes françaises, il s’y trouvait, en deux colonnes, un rassemblement d’environ 4 mille conscrits, allant d’Italie en Allemagne recruter les divisions Boudet et Molitor, les cuirassiers Espagne, et les chasseurs de Marulaz. C’étaient des soldats qui n’avaient jamais vu le feu, qui étaient renfermés dans des cadres provisoires de marche, et commandés par des officiers de dépôt, la plupart vieux ou fatigués. Plus de 20 mille montagnards intrépides, enthousiastes, tireurs redoutables, joints à 12 mille Autrichiens, ayant à combattre 4 à 5 mille Bavarois et 3 à' <4 mille conscrits français, ne pouvaient pas rencontrer une résistance bien longue.

En efTet, à l’approche du général autrichien Chasteler tons les postes bavarois furent enlevés de 1/icntz à Brunecken. Ceux qui avaient pu se sauver s’étant réunis dans la plaine humide de Sterling, à l’extrémité du Tyrol italien, vers le pied du Brenner, y furent assaillis par André Hofer et un nombreux rassemblement du Meran. Enveloppés de tous côtés, attaqués avec fureur, ils finirent par mettre bas les armes, et la guerre étant une guerre nationale, presque une guerre de race, les excès contraire» au droit des gens se multiplièrent bientôt d’une manière affligeante. De part et d’autre on égorgea des prisonniers, sans qu’on sût d’où était venu le premier tort. I^es Tyroliens pour s’excuser disaient qu’on avait brillé leurs chaumières, tué des femmes, des vieillards, des enfants. Les Bavarois répondaient qu’on avait assassiné leurs prisonniers, et qu’ris n’avaient fait que se défendre. Quoi qu’il en soit, d’atroces vengeances furent exercées après la défaite de Sterzing. Dès lors le Tyrol italien fut entièrement délivré jusqu’à Roveredo , oii se trouvait le général français Baraguey-d’Hilliers avec une division italienne.

Dans ce même moment la longue file des recrues françaises, s’étendant de Vérone à Inspruck, se vit coupée en deux par l'insurrection. Pallie se replia sur Vérone où elle fut hors de tout danger, partie se jeta au delà du Brenner, se flattant de rencontrer à Inspruck les avant-postes français.

Elle marcha suivie en queue par Chasteler et André Hofer, qui passaient le Brenner pour venir opérer la délivrance du Tyrol allemand. Mais au nord comme au midi du Brenner, sur l’Inn comme sur l’Adigc , le soulèvement était violent et général. Les postes bavarois, assaillis partout en même temps, furent les uns pris ou égorgés, les autres refoules dans Inspruck, * contraint» de se rendre, et de livrer Inspruck , le vieux centre de la domination autrichienne. Les Français arrivant sous Inspruck à l’instant où la ville passait à l'ennemi, poursuivis par les bandes victorieuses du Tyrol italien et par la petite armée du général Chasteler, ne pouvaient pas sc défendre, formés surtout et commandés comme ils l’étaient. Ils furent donc forcés de capituler, au nombre d’environ trois -mille , ee qui était doublerons iv. 40

mont fâclictfx ; car outre l’échec moral pour nos armes, il y avait privation pour plusieurs corps d’un recrutement indispensable. Nous eûmes de plus à déplorer, à l’égard de quelques-uns de ces malheureux Français confondus avec les Bavarois, des traitements barbares, qui attirèrent de la part de Napoléon de terribles représailles sur le général Chasteler.

Celui-ci trouvant le Tyrol allemand délivré, crut devoir retoumèr avec André Hofer vers le Tyrol italien, pour concourir aux opération» de l’archiduc Jean. Revenu parle Brenner sur Trente, il se présenta avec toute la levée en masse du Tyrol et sept ou huit mille Autrichiens devant la position du général Baraguey-d’Hilliers. Le général français tourné par les vallées latérales ne put garder Trente, et se replia sur Roveredo. Tourné de nouveau, il fut obligé de se replier sur Rivoli, où appuyé à l'armée d’Italie, qui était occupée à se réorganiser, il n'avait plus d’entreprises sérieuses à craindre. Ainsi en une vingtaine de jours les deux Tyrols comme le Frioul avaient passé aux mains de l’ennemi.

Ce n’était pas seulement en Italie, en Tyrol, en Barière, que l’on comballait dans ce moment, c'était dans tout le nord de l’Europe, où la déclaration de guerre de l’Autriche avait remué tous les cœurs, inspiré de folles espérances , et fait éclater des vœux prématurés ; car bien que Napoléon eut déjà commis de grandes fautes, il n'avait pas commis encore celles qui devaient le perdre, et jusqu’ici son puissant génie était plus fort que la haine des peuples soulevés contre son ambition. Dans l'Allemagne entière on était, comme on l’a vu, indigné contre les princes attachés à soti char par la crainte ou par l’intérêt, et, quoique la domination française portât cachée dans ses flancs la civilisation moderne, on repoussait des biens qui se présentaient sous la forme de d’invasion étrangère.

En Bavière , une vieille antipathie de voisinage à l’égard de l’Autriche avait beaucoup atténué ces sentiments. Mais en Souabc, dans les provinces anciennement autrichiennes, en Franconie , dans les petits Etats arrachés à la douce autorité des princes ecclésiastiques, en Saxe même, où l’adjonction d’une couronne polonaise ne flattait que la famille régnante, en Hesse, où régnait Jérôme Napoléon, la haine, contenue d’abord, commençait à éclater à la nouvelle de l’audacieuse entreprise de l’Autriche. A mesure qu’on s'éloignait du Rhin et de la muiu de la France, la hardiesse devenait plus grande, et se changeait en manifestations hostiles. Déjà des bandes d’insurgés étaient descendues des montagnes de la Hesse sur les bords de l’Elbe, et s’étaient montrées jusqu’aux portes de Magdebourg, semblant attendre une soudaine apparition du côté de la Prusse, de laquelle on espérait un patriotique et vigoureux effort.

Dans toute la Prusse, en effet, l’exaspération était au comble. Aux souffrances générales dès Allemands se joignaient dans ce pays des souffrances toutes personnelles à la nation prussienne. Cès fameuses batailles où avait

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péri l’indépendance de l'Allemagne» c’était elle qui lds avait perdues. Elle avait vu démembrer la monarchie du grand Frédéric, et pour un moment éclipser sa gloire; et, si elle était sensible aux peines matérielles autant qu'aux peines morales, elle avait, dans d’écrasantes contributions militaires à payer, la preuve cuisante de la domination étrangère. Aussi l’audace avait-elle été poussée en Prusse plus loin que partout ailleurs. Un convoi français d’artillerie , venant des bords de la Vistule pour se renfermer dans Magdebourg, avait été assailli , insulté, accablé de traitements indignes. A Berlin, on avait annoncé tout haut la guerre d’Autriche avant qu’elle fût déclarée ; on avait également unnoncé dès ses débuts qu’elle serait heureuse, que le monde entier s’y joindrait, que si le roi Frédéric- Guillaume, abattu, démoralisé, refusait de s’y associer, un courrait malgré lui au-devant des armées autrichiennes. I/audace avait même été poussée à ce point que lors des premières opérations , sans en attendre le résultat , le commandant de Berlin avait donné pour mot d’ordre à la garnison : Charles et Ratishonne.

11 y avait à Berlin un offiçier fort connu sous le nom de major Schill , qui en 181KJ et 1807 avait heureusement fait la guerre de partisans contre nous peudant les sièges de Dantzig, de Colberg, de Stralsund. Il était à la tête de quelque cavalerie, et faisait partie de la garnison de Berlin. Sa vaillance très-vantée, sa haine publique contre les Français, l’avaient rendu l’idole du peuple. C’était lui qui devait, disait-on, lever l’étendard de la révolte, au nom du patriotisme allemand, et donner la main à un prince de la maison de Brunswich, au duc de Brunswiek-OEls, qui en ce moment courait la Saxe et la Silésie, embauchant partout les officiers prussiens oisifs, et les attirant en Bohême pour y former des guérillas germaniques. Le fanatisme des Espagnols s’était ainsi communiqué à toutes les têtes, et on croyait pouvoir faire des leuts et paisibles Allemands des coureurs d’aventures, agiles comme les contrebandiers delà Péninsule. Un soir, au milieu de cetto exaltation universelle, on apprit tout à coup que le major Schill, qui depuis quelques jodrs passait des revues de son corps, et les continuait jusqu’à une heure fort avancée, avait disparu à la tôic de 500 chevaux composant la cavalerie de la garnison. On le disait en marche sur l’Eihe, pour se joindre à un vaste soulèvement de la Hesse, et se porter ensuite au-de-. vaut des Autrichiens qui s'avancaient sur la Saxe. Cet événement, comme il fallait s’y attendre, produisit une sensation extraordinaire, tout le monde s’obstinant à croire que le gouvernement prussien en était complice. On se trompait cependant, et c’était tout simplement la passion nationale qui éclatait malgré lui. Les ministres éperdus accoururent chez l'ambassadeur de France, protestant de leurs sincères regrèls, déclarant qu’ils étaient étrangers à une conduite aussi folle que criminelle, affirmant avec vérité que le roi n’y était pour rien, et annonçant que lu plus grande rigueur

allait être déployée envers les hommes qui compromettaient contre son gré Je gouvernement de leur patrie. Mais tandis qu’ils parlaient ainsi , l’infanterie elle-même, imitant la conduite de la cavalerie, donna de semblables preuves d’insubordination, et des compagnies entières s’échappèrent à la suite du major Schill. Malheureusement on ne pouvait courir après ces insurgés qu’avec de la cavalerie, et le major Schill avait emmené toute celle qu'on avait à Berlin. Il fallait donc attendre qu’on eut des troupes assez sages, assez bien commandées, pour obéir aux ordres de leur gouvernement, quels qu’ils fussent, car ce n’est pas à l'armée à décider de la poli* tique extérieure d'un pays, pas plus que de sa politique intérieure. Mais, en attendant , ces actes étranges allaient produire en Allemagne une sensation générale, que les éclatants succès de Napoléon pouvaient seuls apaiser.

Sur la Vistule se passaient des événements qui n’avaient pas moins de gravité. Le septième corps autrichien, commandé par l'archiduc Ferdinand, et fort de 37 à 38 mille hommes, marchait. sur Varsovie en descendant la Vistule. Formé dans la Gallicie, il n'avait que peu de chemin à faire pour envahir la Pologne, étant d’ailleurs parti de très-bonne heure, binsi que tous les corps autrichiens. Ses opérations comme celles d'Allemagne et d’Italie, avaient 'commencé le 10 avril. Le prince Joseph Poniatowski , ce héros longtemps endormi dans la mollesse , et & l’exemple de beaucoup de ses compatriotes retenu inactif aux pieds des belles femmes de son pays, venait de se réveiller au bruit des armes françaises, et avait embrassé, comme on s’en souvient, la cause de la France, qu’il croyait avec raison celle de la Pologne, si la Pologne pouvait renaître. Il commandait l’armée polonaise. Napoléon, tout occupé de préparer les grands coups qu'il voulait porter lui -même à la maison d’Autriche, avait eu peu de temps à consacrer à cette armée. Tout ce qu’on avait pu réunir de troupes régulières se bornait & une quinzaine.de mille hommes; et à un petit détachement saxon resté à Varsovie. Napoléon ne s’était guère inquiété de cette infériorité de forces en Pologne , comptant tout décider lui-même à Vienne, et, bien qu’il ne se fil pas grande illusion sur le concours des Russes, croyant toutefois que leur présence sur les frontières du grandduché suffirait pour paralyser le corps autrichien de l'archiduc Ferdinand. Mais le concours des Russes était encore plus nul qu’il ne l'avait supposé. L'empereur Alexandre avait eu soin ,» en observant autant que la décence l’exigeait le traité d'alliance, d'envoyer ses principales force» en Finlande et en Moldavie, pour finir la conquête de Tune, et commencer la conquête de l’autre. Il n’avait donc destiné à la guerre d’Autriche qu ’wne soixantaine de mille hommes, qui en ce moment étaient à peine réunis, par diverses raisons, la plupart assez fondées, mais faciles à mal interpréter. D'abord la Russie, comme Napoléon lui -même, n'avait pas cru à des hostilités

aussi prochaines, et elle ne s'était pas assez hAtée dans scs préparatifs. Ensuite son administration qui avait eu tant de peine à faire, arriver en Finlande, et dans un intérêt éminemment russe, des forces suffisantes, n'avait pas eu le secret d'être plus active pour un intérêt exclusivement français. La saison, en outre, avait été affreuse, et des pluies diluviennes avaient rendu presque impraticables les vastes espaces qui séparaient le. Niemen de la Vistule. Enfin l’Empereur et M. de Rumanzof, déjà refroidis à l'égard de l'alliance française, étaient néanmoins les seuls à la vouloir, et ils avaient toutes les volontés à vaincre pour se faire obéir, lorsqu’il s'agissait de prêter secours à Napoléon. 11 s'était même établi des correspondances entre les officiers russes et autrichiens, pour exprimer à ceux-ci toutes sortes de sympathies, et le vœu le plas vif de marcher non pas contre eux, mais avec eux. Il était en effet difficile d’obtenir que des Russes marchassent contre des Autrichiens, et avec les Français, afin de contribuer au rétablissement de la Pologne. Il est vrai que le prix de ce concours c’était la Finlande, la Moldavie et la Vàlachie, et que si le sacrifice était grand, la récompense était grande aussi ! Au surplus, le secours des Russes ne pressait pas, tant que Napoléon restait vainqueur sur le Danube ; cl lé plus ficheux inconvénient de celte insuffisance do çoncours c'était la défiance qui en devait résulter, entre les deux empereurs et les deux empires.

C'est ce qui explique comment le prince Poniatowski , qui était fondé à espérer; sinon l’assistance directe de 60 mille Russes, au moins ledr assistance indirecte (et il est certain que s’ils se fussent portés suc la Gallicie, ils y auraient retenu les Autrichiens), se trouva, le 10 avril, avoir sur les bras l'archiduc Ferdinand, comme Napoléon avait l'archiduc Charles, cl le prince Eugène l’archiduc Jean. L'archiduc Ferdinand, descendant en effet la Vislule, dont les sources sont placées entre la Silésie et la Gallicie, au revers de la Moravie , s’avança par la rive gauche de ee fleuve sur Varsovie, en prodiguant aux habitants les protestations les plus amicales. Conformément au langage adopté, on venait, disait-il, délivrer tous les peuples, les Polonais comme les autres, d'une domination presque aussi onéreuse à ses amis qu’à ses ennemis.

Ce n'étaient pas les Polonais qu'il était facile de tromper avec de pareils discours. Ils sentaient trop que les anciens copartageants de leur patrie ne pouvaient pas èn être les libérateurs, que la France seule pouvait être une amie, amie pins ou moins secourahlc sans doute, mais sincère, parce qu'il était impossible qu’elle ne le fût pas. Aussi le prince Poniatowski s'avançat-il résolument avec une douzaine de mille hommes au-devant de l'archiduc Ferdinand. C'étaient ces mêmes Polonais qui avaient fait leurs premières armes avec taons «n 1807, et qui joignant à leur hravoufe naturelle, k leur patriotisme ardent, un commencement d'éducation .militaire reçue

à notre école, composaient déjà une troupe excellente à opposer aux Autrichiens. Malheureusement ils étaient par rapport à ceux-ci en nombre tellement disproportionné, qu'on ne pouvait guère espérer de leur part qu'une défensive -honorable et énergique, mais point victorieuse. Le prince Poniatowski, après quelques escarmouches de cavalerie, résolut de disputer ips approches de Varsovie avec le gros de ses troupes. Le lü, jour, mémo où le maréchal Davout livrait le combat de Tengen, le prince polonais s'arrêta à la position de Kaszyn, position formée, comme toutes celles qu'on peut défendre avantageusement dans son pays, de bois entrecoupés de marécages. Pendant huit heures il disputa ces bois et ces marécages, .avec douze mille Polonais contre trente mille Autrichiens, perdit environ douze ou quinze cents hommes morts ou blessés, mais en détruisit beaucoup plus à l'ennemi, et craignant d’étre devancé sur Varsovie, il rétrograda vers cette capitale.

Fallait- il la défendre, privée qu’elle était de moyens de résistance, et l'exposer ainsi à une infaillible destruction? ou bien valait-il mieux l’évacuer à la suite d’uneconvenlioo qui adoucirait les conditions de l’occupation ennemie, cl qui permettrait de se retirer intact dans des positions plus faciles à conserver? Telle était la grave et douloureuse question que le prince Poniatowski eut à résoudre, après le combat do Kaszyn. Les Polonais les plus énergiques voulaient une défense opiniâtre, sans tenir auctin compte des conséquences. Les masses inotfensives avaient peur d'un bouleversement. Les patriotes les plus éclairés t et pas les moins braves, voulaient qu'on allât, entre Modlin et Sjerock, dans le triangle de la \arow et de la Vistule, derrière de forts ouvrages construits par ordre de Napoléon, chercher un point d’appui invincible, avec la retraite assurée des marécages de Pultusk, et qu'on sauvât ainsi la capitale en la remettant temporairement dans les mains de l’ennemi. Il est rare qu'un pareil sacrifice soit sage : il l'était cette fois, et le résultat le prouva depuis. Le prince Poniatowski, plein de douleur, livra Varsovie, après avoir stipulé des conditions honorables. Il se porta sur la rive droite de la Vistule entre .Vlodlin et Sierock , avec le projet de se jeter sur tous les corps qui oseraient passer le fleuve devant lui, et la ferme résolution de défendre par des combats de détail la patrie infortunée qu’il ne pouvait plus défendre par des batailles rangées. Son attitude, son noble langage en faisant ce sacrifice, étaient de , nature à exalter plutôt qu’à refroidir le zèle des Polonais. Aussi ne manquèrent-ils pas d'accourir auprès de lui, pour l'aider à recouvrer la capitale qu'il venait do céder momentanément aux Autrichiens.

Ainsi en Italie, nous étions repliés sur l’Adige; en Tyrol, nous étions assaillis de toutes parts; en Allemagne, nous étions menacés, outragés par des peuples irrités ; en Pologne, nos alliés perdaient la capitale, que leur avait rendue le traité de Tilsit. Toutes. ces nouvelles vinrent surprendre,

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et médiocrement émouvoir Napoléon triomphant à Ratisbonnc. Il avait peu compté sur le concours des Russes, et tenait seulement à prouver à l'Europe qu’ils étaient avec lui et non uvec les Autrichiens , ce que la marche de leur armée,. si lente qu’elle fût, ne permettait pas de révoquer en doute. Quant au grand-duché de Varsovie, il savait qu’à Vienne il ferait ou déferait de nouveau tous les Etats de sa dernière création, et que peu importait qu’ils restassent debout, ou fussent renversés pendant sa marche victorieuse sur cette capitale. Mais les événements d’Italie l'avaient un peu plus affecté, parce qu'ils découvraient son flanc droit, parce qu’ils exposaient ses États d’Italie aux souffrances de la guerre, parce qu’eofin ils portaient atteinte à la jeune renommée de son fils adoptif, qu’il chérissait tendrement. Une circonstance particulière avait presque converti son déplaisir en irritation. Le prince Eugène, redoutant plus son père adoptif que l’opinion du monde, avait à peine osé lui rendre compte de ses revers, et s'était borué à lui écrire : Mon père, j ai besoin de votre indulgence. Craignant votre blâme si je reculais, fai accepte la bataille, et je l'ai perdue. — - Pas une explication n'avait suivi ces courtes paroles pour dire où en étaient les choses, et ce silence s'était prolongé pendant plusieurs jours; ce qui avait fort embarrassé Napoléon, qui ne savait quelles étaient ses pertes, quels étaient les progrès de l'ennemi. en Italie, quels dangers pouvaient menacer son flanc droit pendant sa marcho sur Vienne. - — Soyez vaincu, avait répondu Napoléon dans plusieurs lettres, soyez vaincu, soit; j’aurais dû m’y attendre en nommant général un jeune homme sans expérience , tandis que je n'ai pas voulu que des princes do Bavière, de Saxe, et de Wurtemberg, commandassent les soldats de leur nation ! Vos pertes, je vous enverrai de quoi les réparer; les avantages de l’ennemi, je saurai les neutraliser; mai? pour cela il faudrait que jé fusse instruit, et je no sais rien. Je suis réduit à chercher dans les bulletins étrangers la vérité que vous devriez m’apprendre. Je fais ce que je n’ai jamais fait, ce qui doit répugner par-dessus tout à un sago capitaine, .je marche mes ailes en l’air, ne sachant ce qui se passe sur mes flancs. Heureusement je puis tonl braver, grâce aux coups que j’ai frappés ; mais il est cruel d’étre tenu dam une telle ignorance! — Napoléon ajoutait ces belles paroles, que nous citons textuellement parce qu’elles importent â la gloire du plus grand de ses lieutenants, à Masséna : u La gloire est un jeu sérieux dans lequel on » compromet sa réputation, sos troupes et son pays. Quand on est raison* « nahle, on doit se sentir, et connaître si l’on est fait ou non pour lo^nié- « lier. Je sais qu’en Italie vous affectez de beaucoup mépriser Masséna \

1 Ce» paroles sont une allusion aux propos habituels que tenait à cette époque nnc jeunesse," br il Un h* niais légère, accourue, à la suite de la restauration du troua, sur les cliamps de bataille et dans le» nnlichoinbcoi de Napoléon, se montrant aussi brave sur 1rs ans, qu'élégante dans les au très, et médisant volontiers des vieux généraux «le la ré;

» Si je tousse envoyé, cela ne serait point arrivé. M asséna a des talents * militaires devant lesquels il faut vous prosterner tous, et' s'il a des dé- » fa uts il faut les oublier, car tous les hommes en ont. En vous confiant v mon armée d'Italie, j'ai fait une faute. J'aurais du envoyer Masséna et « vous donner le commandement de la cavalerie sous ses ordres. Le prince u royal de Bavière commande bien une division sous le duc de Dantzig!... ' a Je pense que si les circonstances deviennent pressantes, vous devez écrire « au roi de Xaples de venir à l'armée; vous lui remettrez le cotamandev ment, et vous vous rangerez sous ses ordres. Il est tout simple que vous a ajez moins d'expérience de la guerre qu'un homme qui la fait depuis a dix-huit ans ! (Burghausen, le 30 avril 1809.) »

Napoléon, sachant bien que toutes les illusions de scs ennemis, font leur courage tomberaient à la foudroyante nouvelle des événements de Ratisbonne, résolut, en se portant vigoureusement en avant, d’arrêter d’abord, puis d'obliger à rétrograder les forces qui agissaient sur ses flancs ou sur ses derrières. Alora comme en 1805, fondre sur Vienne était la manière la plus sûre de briser toutes les coalitions, nées ou à naître.

Cependant il se présentait l’une de ces graves questions, desquelles dépend le sort des empires, et qui ne sont faites que pour les grands hommes, à la*façon d’Annibal, de César, de Frédéric, de Napoléon : fallait-il suivre impétueusement 1a large voie qui mène sur Vienne, celle du Danube (voir t» carte nw M), laissant sur sa gauche l'archiduc Charles en Bohème, poursuivant devant, soi les débris du général Miller et de l’archiduc Louis, ramenant enfin sur sa droite l’archiduc Jean en arrière, par l’impulsion d'une marche victorieuse sur la capitale? ou bien fallait-il laisser à Bessîères le soin de refouler avec sa cavalerie et l'infanterie de Molitor les restes du général Miller et de l’archiduc Louis sur l’Inn , en se jetant soi en Bohême à la suite du prinçc Charles , en s’acharnant à le poursuivre , et en tAcliant de frapper dans sa personne , et non dans Vienne , la monarchie autrichienne * ? Napoléon y pensa (sa correspondance en fait foi) ; mais s’il était d'un grand capitaine comme lui de peser toutes les alternatives, il était aussi d'un grand capitaine comoie lui de ne pas hésiter après avoir réfléchi, et de marcher au véritable but, qui était Vienne. En effet il avaifhien, en s’attachant à poursuivre immédiatement l’archiduc Charles

cotation, et do M asséna en particulier. Ce dernier joignait h beaucoup d’esprit naturel un caractère simple mais rude, et peu facile. La jeune cour de Milan, craignant qu'on ne Tenvoyât commander l’armée d’Italie, s'exprimait très-défavorablement sur son compte. I.n même chose s’était passée à la cour de Xaples , où U n’avait pu rester.

1 Le général Grünn, principal officier d'état-major de l'archiduc Charles,, et officier de beaucoup d’esprit, a plusieurs fois traité eeflc thèse, dans des lettres et des écrits anonymes publiés en Allemagne, mais toujours au profit de son chef, et dans l’intention de placer sa conduite bien au-dessus de relie de Napoléon. Nous croyons ses raisons c\trè< moment faibles, et détruites parcelles «jue.nous présentons dan# re récit.

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à travers la Bohème , la chance d’augmenter la désorganisation de la principale armée autrichienne, d'en amener plus vile la dissolution, et d’empéclier que , reconstituée plus lard , elle ne vint , couverte par le Danuhe , lui disputer l’empire d’Autriche, dans les sanglantes journées d’Essling et de U’agram. Cela est certain , et les panégyristes -de l’archiduc Charles en ont conclu que Napoléon sacrifia tout à la vanité d’entrer à Vienne. Mais c’est là un faux jugement porté sans tenir compte de la réalité des choses.

Il est bien vrai que la principale armée autrichienne, rejetée par Ratisbonne au delà du Danube, était profondément ébranlée, et qu’un nouveau coup pouvait en achever la destruction. Mais la jeune armée de Napoléon,, quoique exaltée par le succès, était harassée de cinq jours de combats. Il n’y avait de capable de supporter cette prolongation de fatigue que lecorps du maréchal Davout, et il était épuisé lui-mème, car c’est sur lui qu’avait pesé le poids de ces cinq journées. Le reste était exténué. Il fallait donc avec 50 mille hommes environ poursuivre' les 80 mille hommes de l'archiduc Charles, qui quoi qu’on fit aurait deux jours au moins d'avance, qui trouverait quelques vivres sur les routes déjà épuisées rie la Bohème, tandis que les Français n'y trouveraient plus une miette de pairr,' qui perdrait sans doute dans sa retraite précipitée des traînards et des malades, mais qui n'en sauverait pas moins les deux tiers de son monde, et après avoir entraîné Napoléon à sa suite, reviendrait infailliblement par Lintz sur le Danube , repasserait ce fleuve, rallierait à .lui les 40 mille hommes du corps de Hiller et de l’archiduc Louis, les 10 ou 12 mille de Chàstclcr, les 40 mille de l'archiduc Jean , et aurait ainsi sur la véritable ligne de communication les 140 mille hommes les meilleurs de l'armée autrichienne : supposition qui n'a rien de chimérique, puisque plus tard les archiducs, quoique séparés par Napoléon resté sur le Danube, ne cessèrent de réver leur réunion , l’un devant venir de lu Bohème par Lintz , l'autre de l'Italie par Ineprùck et Salzbourg. Il est donc évident que si Napoléon avait voulu poursuivre l'archiduc en Bohème il aurait laissé vacante la route du milieu, c’est-à-dire celle du Danube . que'ilès lors la réunion des archiducs eût été certaine, et que ces princcs-cn Agissant avec un peu de hardiesse auraient pu revenir sur l'Iünr, mémo sur le- liant Danube, couper la retraite des Français en opposant I Ht mille hommes réunis à Napoléon qui n’avait déjà plus ce nombre de soldats après lès cinq jouys de Combats qu’il venait de livrer. Longer les Imrds du Damihè:, suivre ainsi la ligne la plus courte pour aller h Vienne , car les routes de la Bohème décrivent par Ratisbonne, Pilscn, Itudweis, Lintz, un grand are dont le Danube est la corde; se tenir sur cette route qui était Aon-seulement la plus courte, mais la plus centrale; sépares' eu l’occupant l'archiduc qui était en Bohème des archiducs qui étaient en Bavière et en Italie ; bien garder enfin en restant sur cette roule ce qu’un général a déplus précieux,-

c'est-à-dire sa ligna do communication , celle où il a scs malades, «es munitions, ses vivres, scs recrues, la possibilité de se retirer eu cas de revers, était donc la seule résolution sage, la seule digue du génie de Napoléon, celle enfin qu’il adopta sans aucune hésitation.

Sou parti uno fois pris de suivre le Danube et de marcher droit sur Vienne, Napoléon employa les moyens les plus convenables pour l'exécution de scs desseins. la) plan des Autrichiens ne lui était pas connu; tout ce qu’il én savait, c'est que la majeure partie d'entre eux, sous la conduite de l'archiduc Charles, se trouvaient rejetés sur la gaucho du Danube par Ratislionne (voir la carte n° 14), ot que la moindre partie, sous le général Hillcr et l'archiduc l«ouis, étaient par Landshut refoulés sur la droite du fleuve au delà de l'Isar. Il en conclut dés lors que tout en marchant en avant, et en poursuivant l'épée dans les reins la portion qui se retirait par Landshut sur la rive droite du Danube, il fallait prendre de grandes pré- ' cautions à l'égard de celle qui se relirait sur la rive gaucho, c'est-à-dire en Bohême, qui était de beaucoup la plus considérable, et qu’on allait avoir toujours sur son flanc ou sur ses derrières. Il fallait en veillant sur tout ce qu'elle pourrait tenter contre la sûreté do l'armée , porter en avant une masse assez, puissante pour accabler le général Hillcr et l'archiduc Louis, assez rapide pour les prévenir aux divers passages du Danube, et empêcher ainsi les deux armées ennemies de se réunir en avant de Vienne pour la couvrir. C'est d'après celle double condition que Napoléon calcula tous ses mouvements, avec une prévoyance admirable, et un art dont aucun capitaine ni ancien ni moderne n'a jamais donné l’exemple.

C’est le 2.‘l au soir qu’on pénétra dans Hatisbonne ; c'est dans le cours de celte même journée, et dans la journée du lendemain 24, que Napoléon arrêta toutes ses dispositions. D'abord le 22 , en quittant I.andshut pour se porter à Kekmübl, il avait déjà dirigé le maréchal Itcssières avec la cavalerie légèro du général Marulai et uno portion de la cavalerio allemande au delà de Landshut, afin de poursuivre à outrance les deux corps battus du général ifilier et de l'archiduc Louis. Il y avait ajouté la division de IVrède, et, pour pfuævlc eiirclc encoro, la division Molitor, l'une des meilleures et dp» mieux minnianslècs de l'année française. Grâce à ce dernier appui , il ptait assure que tout retour offensif de l'ennemi serait énergiquement afpoiissé. Le lundi main Sjjl, pendant que l'on rationnait Katisbonne pour y^pnlrer de vive force, il avait voulu que la ligne du Danube fût occupée par l'an de ses plus intrépides lieutenants, par Masséna luimême, afin que ce dernier suivit toujours le bord du fleuve, et pût empêcher toute réunion des archiducs, qu'ils cherchassent à passer de Bohème en Bavière, ou de Bavière ru Bohême. (Voir la carte n" 14.) Napoléon ordonna au maréchal. Masséna de descendre sur Slraulmig avec les divisions Iloudct, Legrand et Carra Sa'mt-Cyr, et pour le dédommager

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du détournement de celle de Uolitor, il ]ui adjoignit l'une des divisions d'Oudinot, la division Claparède. Ainsi deux colonnes devaient poursuivre les Autrichiens sur la droite du Danube : celle du maréchal Bessières-, chargée de marcher par le centre de la Bavière et de. talonner fortement le général Ililler et l’archiduc Louis au passage de tous les affluents du Danube; celle du maréchal Masséna, chargée do longer ce fleuve et d'occuper avant les archiducs les passages importants de Straubing, Passau, Lintz, qui formaient les points de communication entre la Bavière et la Bohème. ■ ■ "V

Ces précautions prises sur sqn front et sur sa droite, \apoléon disposa du corps du maréchal Davont pour garder sa gauche et ses derrières, contro un retour oflcnsif de l'archiduc Charles , au cas que ce prince fût tenté de nous attaquer en (lape ou en quouc. Napoléon rendit à ce maréchal les belles divisions Gudin et Morand, qu'il lui avait empruntées momentanément pour l'affaire d’Abensberg, et lui ota la division Saint-Uilairb, destinée avec les deux divisions du général Oudinot à former le corps du maréchal Lanues. Les trois divisions Friant, Morand, Gudin, habituées à servir avec le maréchal Davout depuis le camp de Boulogne , toujours restées hors do France depuis celte époque, composaient une véritable famille' sous le» yeux d'un père, inflexible mais dévoué à ses enfant», et offraient le modèle accompli de l'iqfanterie propre à la grande guerre. Files ne pillaient pas, ne manquaient de rien parce qu’elles ne pillaient pas, n’ avaient jamais un homme en arrière, ne reculaient jamais non plus, et enfonçaient tout ennemi', quel qu'il fut, qui se rencontrait sur leur passade. Avec la cavalerie légère du général Montbrun, et malgré leurs pertes, elles comptaient encore 29 ou 30 mille hommes. Napoléon ordonna au maréchal Davout do,quitter Ratisbonne le 24, de marcher sur les traces de l'archiduc Charles jusqu'aux frontières de la Bohème, de chercher à savoir s'il les avait franchies, puis cette certitude acquise, de rejoindre le Danube, d'en descendre le cours sur la rive droite, tandis que le général Montbrun descendrait par la rive gauche avec sa cavalerie légère, furetant sans cesse le Bôhmcr - tVald , longue chaîne de montagnes boisées qui sépare la Bohème de la Bavière. Le maréchal Davout devait donc, uno fois bien renseigné sur les mouvements de l'archiduc Charles, suivre la marche générale de l’armée en longeant le Danube derrière le maréchal Masséna, occuper Straubing quand le maréchal Masséna marcherait sur Passau , occuper Passau quand celui-ci se porterait sur Lintz. Le général Dupas avec une division française do 4 à 3 mille hommes, et les contingents des petits princes, en tout 10 mille hommes, eut ordre de sc rendre immédiatement à Ratisbonne, afin d’y remplacer le maréchal Davout, quand celui-ci quitterait celte Ville pour descendre le Danube. Il devait le suivre à son tour, et le remplacera Straubing, h Passau, à Lintz, . là même où le

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