‹ Histoire du consulat et de l'empire [Texte imprimé]Chapitre 151 sur 186 · LIVRE XXXV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXV

maréchal Davout aurait rem place le maréchal Masséna. Enfin le prince Bernadotte avec les Saxons avait ordre de quitter Dresde, que ne menaçait aucun ennemi, de remonter la Saie, de traverser le Haut-Palalinat , d'entrer à Ralisbonne, pour y remplacer la division Dupas. Le Danube ne pouvait ainsi manquer d'étre bien gardé, puisque les deux meilleurs corps de l’armée , ceux des maréchaux Masséna et Davout , escortés de deux corps alliés, devaient eu suivre le cours, tandis que par le centre de la Bavière , une forte avant-garde sous le maréchal Ilessières talonnerait les corps de Hiller et de l'archiduc Louis. Napoléon résolut de marcher lui-même avec la belle division Saint-Hilaire, avec la division Demont, avec la moitié disponible du corps d'Oudinot, avec la garde qui venait d’arriver, avec les quatorze régiments de cuirnssiers , cl d’escorter Ilessières par Landshut, ponr appuyer ce dernier s’il rencontrait quelque difficulté de la part des corps de Hiller et de l’archiduc Louis , ou pour se rabattre sur le bord du fleuve si l'archiduc Charles tentait de le repasser sur notre flanc ou nos derrières. Pour compléter cet ensemble de précautions , Napoléon jeta les Bavarois sur sa droite, avec mission d'occuper Munich, d’y ramener leur roi, de refouler la division Jellachich, qui, comme on s'en souvient, avait été détachée du corps de Hiller, de la pousser de Munich sur Salzhourg, de pénétrer ensuite dans le Tyrol, pour replacer ce pays sous là domination de la maison de Bavière. Cette dernière mesure, en rappelant les Bavarois chez eux , avait l'avantage d'éclairer la marche de l'arrnée du côté de l'Italie, et de la mettre en garde contre toute tentative de l'archiduc Jean. I.es corps longeant le Danube curent l'ordre d'arrêter les bateaux, de les amener à la rive droite, d'en composer des convois pour transporter les vivres, les munitions, les malades, les rerruos, de préparer sur tous les points des fours, des farines, du biscuit, de mettre enfin en état de défense Straubing, Passau, Lintz, de manière à pouvoir garder le fleuve avec peu de forces quand on en aurait franchi les divers échelons.

Napoléon s'occupa ensuite de procurer à ses corps les renforts dont ils avaient besoin, soit pour réparer leurs pertes, soit pour compléter leur effectif projeté. D’une part, ils s'étaient fort affaiblis par les combats de celte première période, car si nous avions enlevé 50 ou 60 mille hommes aux Autrichiens, nous en avions bien perdu 12 ou 15 mille, dont un tiers seulement devait reparaître dans les rangs ; d'autre part, les corps étnient entrés en action avant d'avoir reçu le complément de leur effectif. les vieilles divisions, depuis longtemps organisées, comme celles du maréchal 1 Davout, comme les quatre moins anciennes du maréchal Masséna, comme la division Saint-Hilaire, n'avaient pas reçu de. leurs dépôts les conscrits qui leur étaient dus; et les nouveaux corps; comme celui d'Oudinot, formé de quatrièmes bataillons, étaient loin de posséder tous leurs cadres. Beaucoup de oes quatrièmes bataillons n'avaient effectivement que deux, trois

■~Dtg !i — crey-Coo^lc

WitiftAU. «(37

uu quatre compagnies, sur six qui leur étaient destinées. Enfin les recrues venant d'Italie pour les corps qui avaient leurs dépôts dans cette contrée, avaient été arrêtées en Tyrol, et il fallait les remplacer par d’autres. Napoléon donna les ordres nécessaires pour que les conscrits tirés des dépôts, les compagnies qui manquaient encore aux quatrièmes bataillons, fussent promptement acheminés sur cette route si bien jalonnée de la Bavière, et pour que la cavalerie reçût les chevaux dont elle avait surtout besoin. Napoléon venait d’ètre rejoint par les grenadiers , chasseurs , fusiliers et tirailleurs de sa garde. Il réitéra ses ordres pour la prompte organisation des quatre régiments de conscrits de cette garde, et du nouveau détachement d'artillerie qui devait en porter les louches- à feu au nombre de soixante. Il écrivit en même temps aux rois de Bavière, de Saxe, de IVurlemberg, pour leur annoncer ses éclatants succès, et faire appel à leur zèle dans le recrutement de leurs corps. Il écrivit à son frère Jérôme, A sun frère Louis, pour presser la réunion de leurs troupes, afin de pourvoir à la sûreté de l'Allemagne contre les mouvements insurrectionnels qui éclataient de toutes parts. 11 ordonna qu'on fit expliquer le roi de Prusse sur la singulière aventure dn major Schill, et en annonçant ses victoires à M. de Caulaincourt , il ne lui envoya pas de lettre pour l’empereur Alexandre, désirant marquer à ce prince, par un pareil silence, ce qu'il pensait de la sincérité de son concoars. Il défendit en outre à notre ambassadeur d'écouter aucune parole relative au sort futur de l'Autriche, et aux conditions de paix qui pourraient être la suite de succès si rapides.

Tandis que ses corps cheminaient devant lui, Napoléon était resté à Katisbonue pour expédier les ordres nombreux qu'exigeaient la conduite de si graudes opérations et le gouvernement de l'empire, qu'il 11e négligeait pas quoique absent. Entré le avril au soir' dans Kalisbonnc, il y passa les journées du 24 et du 25, et il partit le 26 pour Landshut, afin de rejoindre l’armée et de la diriger en personne. Ayant trouvé sur la route la garde et les cuirassiers, il marcha avec ces belles troupes à la suite de Bessières^et de Lamies, qui s'avançaient, comme nous l'avons dit, par le centre de la Bavière , tandis qu’à droite les Bavarois longeaient le pied des Alpes tyroliennes, et qu'à gauche Masséna en tête, Davout en queue, suivis de Dupas et de Bcrnâdolte, descendaient le Danube.

Pendant ce temps, les généraux autrichiens adoptaient à peu près le plan de retraite que leur avait prêté Napoléon. L’archiduc Charles, rejeté avec environ quatre-vingt mille hommes dans le Haut-Palatinat , n’avait, dans le fait, d'autre parti à prendre que de se retirer par la Bohême, de traverser cette province le plus vite possible, de repasser le Danube soit à Lintz, soit à Krems, de s'y rallier au général HiUer et à l’arcbidoc Louis, et même, s'il le pouvait, -d'y amener l'archiduc Jean par le Tyrol insurgé. Le général Hiller et l'archiduc Louis, rejetés par Landshut au delà.de llsar

en. Bavière, avec environ AO mille hommes,' n’avaienl, dé leur côlé , pas miens à faire que de disputer les lignes de l'Inn, de In Traun, de l'Ens, affluents du Danube, de retarder ainsi la marche de Napoléon, et de donner aux archiducs Charles et Jean le temps de se réunir à eus , pour couvrir Vienne avec toutes les forces de la monarchie. C’est en effet le plan qu’adopta l'archiduc Charles, et qu'il prescrivit à ses frères, ce qui aclievait de justifier complètement la marche de Napoléon le long du Danube, puisqu’elle le plaçait sur le chemin direct de Vienne , entre tous les archiducs, de manière à les isoler les uns des autres , et à les devancer sur tous les points de concentration.

Conformément au plan arrêté, l’archiduc Charles se hâta en quittant Ratisbonne de venir prendre position k Cham , à l’entrée des défilés de la Bohème, il s'étahli! entre les deux routes de Kurth et de Roetz, qui mènent h l’ilseu , ayant le coqis de Rosenberg à gauche , celui de Hohcnzollcrn â droite, celui de kollowrath au milieu, le prince Jean de Liechtenstein en arrière avec les grenadiers et les cuirassiers, et enfin le corps de Bellcgarde détaché au couvent de Sclurnthal. Cette position de Chain était très-forte, et valait la peine d’élre disputée, si on était vivement poursuivi. Le prince Charles y attendit son matériel, ses traînards , ses égarés, résolu à se défendre avec les quatre-vingt mille hommes qui lui restaient, s’il était de nouveau attaqué par les Français. Le maréchal Dâvout l’y suivit par Milleuau, non point dans l'intention de lui livrer bataille, mais dans celle d'observer sa marche et de connaître, ses projets. Voulant toutefois, sans engager le combat , conserver l’ascendant des armes, il refoula brusquemont les avant-postes autrichiens jusque près do Cham, et se présenta dans l’altitude d’un ennemi pré! à en venir aux mains. Soit que l’archiduc ne voulût pai courir la chance d’une nouvelle bataille, soit qu’il crût avoir assea attendu, il décampa, laissant au maréchal Davout bien des voitures, bien des malades, bien des traînards que celui-ci fit prisonniers. Le projet étant de se retirer, il eût mieux valu le faire pins tôt» car, parti le 2A au malin des environs de Ratisbonne, le généralissime autrichien resta en position à Cham jusqu'au 28, et perdit ainsi deux jours sur quatre, ce qui était fâcheux , puisque son premier intérêt était d’altcindre le pont rie Lintz, pâr lequel il pouvait se réunir aux corps de Hiller et de l'archiduc I>ouis. La route intérieure de Bohême formant un arc, parPijsen, Budueis, LintZ (voir la Carte n" IA) , il avait à décrire un long circuit , tandis que Napoléon, suivant les bords du Danube, marchait directement au point si important de Lintz, par une route superbe, et avec le secours du fleuve qui transportait une parlie.de ses plus lourds fardeaux. Le prince autrichien aurait donc bien fait de se hâter, au risque de laisser beaucoup de monde en arrière, car il valait encore mieux arriver moins fort au rendez-vous de Lintz, que de ne pas y arriver du tout. ' " ■ .

' BigttiJëd by GûUgle

Quoi qu’il en soit, l'archiduc Charles se retira en Bohême, décidé à ramasser en chemin tout ce qu’il trouverait de renforts, et à regagner ia rive droite du Danube le plus tôt possible. Se doutant néanmoins qu’il ne réussirait pas à marcher assez vite,- il envoya le général Klenau avec neuf bataillons, le général Stutlcrheim avec quelques troupes légères, pour aller, par les chemins les plus courts, détruire, si on ne pouvait les occuper, les ponts de Passau et de Lintz sur le Danube. Ces précautions prises, ne pouvant s’empêcher de céder au découragement à la vue d’une guerre qui commençait si mal, il proposa à l’empereur d’ Autriche de faire, sous prétexte-d’un échange de prisonniers, une démarche pacifique auprès de Napoléon. L’empereur François, qui avait consenti à la guerre sans y être conduit par une conviction bien arrêtée, et qui voyait à quel point son frère le généralissime était déjà découragé , ne se refusa point à cette démarche pacifique , pas plus qu’-ll ne s’était refusé à la guerre , mais en demandant toutefois qu’on ne montrât pas trop de faiblesse au début même des hostilités. En conséquence , l’archiduc Charles fit rédiger par son chef d’état-major, Gritnn, une lettre dans laquelle, félicitant l’empereur Napoléoa de son arrivée au quartier général français, ce dont il avait pu s’apercevoir, disait-il avec modestie, à la tournure des événements, il lui proposait un échange de prisonniers , pour adoucir, les maux de la guerre , heureux, ajoutait-il, si dès le commencement des hostilités on pouvait leur imprimer un caractère moins violent et moins acerbe. Il continua ensuite sa marche à travers la Bohême , après avoir enjoint h son frère Jean de passer en Bavière, et à son frère Louis et à son lieutenant Hillcr de disputer fortement cette contrée aux Français, pont donner le temps à toutes les forces autrichiennes d’opérer leur jonction derrière la Traun, aux environs de Lintz. \-r " »

Le maréchal Davout, dès "qu’il vit l’archiduc Charles s’enfoncer ett Bohême, rebroussa aussitôt chemin, revint sur Ratishonne, repassa le Danube, et commença de descendre ce fleuve par la rive droite, en se faisant éclairer sur la rive gauche par le général Motithrun. Il s’achemina sur Passau à la.suite du maréchal Masséna, qui devait s’acheminer sur Lintz, et sc fit remplacer à Ratishonne par le général Dupas avec dix mille hommes, moitié Allemands, moitié Français.

Tandis que l'archiduc Charles donnait à sa retraite la direction que nous venons d’indiquer, le général Hilier et l’archiduc Louis, même avant d’a-* voir reçu l’ordre de disputer pas à pas le sol de la Bavière, s’y étaient décidés, et croyant que Napoléon s’attachait à poursuivre l’archiduc Charles, ils avaient tésolu un mouvement offensif contre l’avant-garde du maréchal Bossièrcs, afin d’attirer l’ennemi à eux et de dégager le généralissime. La résolution était honorable et bien entendue, car ils pouvaient surprendre Bessières avant qu’iNut joint par loTenfort que lui envoyait Napoléon, et

Page 1